CHAPITRE TREIZIÈME
voyons de plas en pins Tordre monarchiqne s'établir, affermir la morale et la religion, et tonrner à rntilité générale. C'est à ces grands coups de yertu de la part des rois qu*on les reconnaît à toutes les époques. Le droit divin ou humain de la royauté sort ainsi à mesure du domaine de la discussion et des vaines disputes, et l'autorité royale monte à cette sphère élevée où plus rien des faiblesses humaines ne semble lui être resté. Institution véritablement ordonnée de Dieu pour Féternel salut des peuples et le plus grand bonheur du genre humain,
D. Juan Nunez de Prado, pris ainsi comme au trébuchet, fut aussitôt livré par lé roi à son beau-frère naturel pour qu'il en fit ce qu'il voudrait sans doute, et celui-ci Tenvoya prisonnier au château de Haquéda, sous la garde d'un chevalier originaire d'Avila, vassal et instrument des Padilla, appelé Estevan Domingo el Mozo '.
D. Juan Nunez était un grand criminel aux yeux de Diego Garcia de Padilla, et le nouveau grand-maître, ayant là en son pouvoir un homme qu'il avait si légalement supplanté, eût manqué à toutes les lois d'une saine politique, s'il l'eût laissé vivre. Aussi n'eut-il garde de commettre cette faute, et un de ses écuyers, nommé Diego Lopez de Porras, alla bientôt, par son ordre, tuer dans Maquéda ce rival importun^. Il parait toutefois que ce meurtre politique fut généralement peu goûté, et que des voix nombreuses s'élevèrent pour le blâmer; le pape du moins, et quelques évéques, le condamnèrent ; si bien que le roi crut devoir désavouer cet acte tout haut, et l'imputer uniquement à.^ son favori; ce qui ne l'empêcha pas de le traiter. toujours
^ £ él enridlo preso al alcazar de Maqueda en poder de un caballero que decian EsteYan Domingo el Mozo, que era un caballero de Avila, é era vassallo del dicbo Don Di^^ Garcia, Maestre.
2 É enyi<5 Don Diego Garcia â matar al dicho Don Juau Nuiiez à un escudero que vivia con él, que decian Diego Lopez de Porras ; el quai Ûzolo asf .
324 HISTOIRE D*ESPAaNE.
aTec ane égale faveur. Quelques-uns ajoutaient que D. Juan Nunez de Prado avait contribué à faire déposséder autrefois, à peu près aussi injustement qu'il venait de Têtre lui-même, son prédécesseur Don Garci Lopez qui Tavait reçu frère de Tordre, et qu'ainsi venaient les jugemens de Dieu '.
Après la mort du grand-maître de Galatrava, le roi résolut de dépouiller Àlbuquerque son allié et occupa la ville et le château de Médellin, que lui livra son châtelain, Diego Gomez de Silva, mais Silva ne voulut le faire qu'après en avoir référé à son seigneur^. Le roi y consentit, et D. Juan Alfonse ayant envoyé ordre de remettre la ville et le château au roi, celui-ci les fit incontinent démolir.
Le château de Médellin rasé, le roi marcha sur la ville et le château d*Albuquerque, lesquels relevaient alors de la couronne de Portugal ; mais on ne lui en ouvrit point les portes : il fit en vain sommer le châtelain qui y commandait pour D. Juan Alfonse, seigneur du lieu, d'avoir à l'y recevoir : ce châtelain, nommé Martin Alfonse Botello, était Portugais, et refusa de livrer la place; il avait auprès de lui en ce moment D. Pedro Estebanez Garpentero, neveu du grand-
^ E decian algunos que el dicho maestre Don Juan Nunez fuera en éeposcer dd maestrago al maestre de Calatrava Don Garci Lopez que le freyiara, é que as( venian les juicios de Dios. — La force des choses entraîne ici le bon Ferreras luimême hors des limites ordinaires de son obséquiosité monarchique, et l'emporte jusqu'à lui faire oublier le respect dû aux personnes royales, « respect dû » qu'il manque rarement de prèclier d'exemple, quelque indigne qu'en soit le sujet. « Comme il y avait à craindre, dit-il (non cependant encore sans quelque timidité), qu'on m dit que la renonciation de D. Juan Nunez de Prado était forcée, et l'élection de D. Diego Garcia de Padilla invalide, on ôta la vie, par ordre du roi et du nouveau grand-matlre de Calatrava , au légitime grand-mattre qui était prisonnier à Maquéda, le roi violant ainsi sa parole pour couvrir sa vengeance : action détestable que tout chrétien ne pourra jamais justifier en aucune manière (Ferreras, Hist. de Esp., vin part.,, année 1353). »
2 II fit sommer ce gouverneur de lui remettre la place, dit Ferreras; mais celui-ci lui demanda permission de faire savoir à D. Juan Alfonse l'état où il était, et promit d'obéir, dès qu'il aurait reçu sa réponse.