‹ Histoire d'EspagneChapitre 48 sur 108 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

maître de Galatraya D. Jaan Nufiez de Prado, et commandear de première classe de l'ordre, qui s'était refagié à Albaqaergne lors de la déposition et de Tassassinat de D. Juan Nunez son oncle à Maquéda. Pierre rendit sentence contre ces deui chevaliers, et la leur fit signifier par un héraut d'armes. Mais D. Pedro Estebanez Garpentéro répondit que le roi de Gastille n'avait pas raison de sévir contre lui ; qu'il ne commandait ni la ville ni le château d'Albuquerque, et qu'il ne s'y était mis que par la crainte du roi; que jamais il n'avait fait défaut à son service ; qu'au contraire il l'avait servi en mainte occasion, et que le roi le savait bien. Et à son tour Martin Alfonse Botello, qui était alcajde de la ville et du château, dit qu'il était Portugais, et qu'à ce titre le roi ne pouvait rien contre lui. Gomme l'expédition ne paraissait pas facile, le roi l'abandonna, et alla investir Cobdesera, qui appartenait aussi à Albuquerque; mais il y trouva la même résistance, et, renonçant à réduire à force ouverte les villes et les châteaux d' Albuquerque , ravagea cruellement les campagnes environnantes, puis se retira, laissant pour commandant de la frontière (fronteros) à Badajoz le comte D. Henri, et le grand-maître de Santiago D. Fadrique, ses frères, avec D. Juan Garcia de Yillagera, frère de dona Maria de Padilla pour lieutenant. Ge dernier était frère de Santiago, et commandeur-général de l'ordre'. Un nouveau projet d'amour adultère appelait en ce moment Pierre en Gastille, mais, dans sa haine implacable contre son ancien ministre, il ne sortit pas tout d'abord de TEstramadure ; il passa à Gaceres, et envoya de là des messagers au roi Alfonse de Portugal son aïeul pour lui demander Albuquerque. Ges messagers étaient D. Enrique Enriquez, qui était, dit la Abre-

* nies laissa proprement à la garde des frontières d'Albuquerque : — É el Rey dexd estonce por fronteros de Alburquerque en Badajoz al conde Don Bnrique, é a\ maestre de Santiago Don Fadrique sus hermanos.

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iriada, da lignage des rois et habitait Séville, et D. Fwnmd Sanchez de Yalladolid, chaneelier privé da roi.

Tous deux arrivèrent à Évora dans le temps qu'on y célébrait le mariage de Tintante dona Maria, petite-fille du roi de Portugal (fille de l'infant D. Pedro et de Constance Manuel), avec l'infant D. Ferdinand d'Aragon, marquis de lortose. D. Juan Alfonse d'Àlbuquerque, la reine d'Aragon dona Léonor, tante du roi de Gastille, dofia Maria de Portugal sa mère, l'infant D. Pedro, se trouvaient réunis à Évora pour les fêtes du mariage. « Et ii arriva, dit Ayala, que le jour des Doces de Finfant, le roi étant à table avec toute la cour et tous les chevaliers de Portugal dans le palais de Sant Francisco d'Évora que Tinfant habitait, les ambassadeurs du roi de Gastille que nous avons nommés s'y présentèrent pour dire au roi de Portugal ce qu'ils étaient chargés de lai dire; et dès qu'Albuquerque les vit, avant qu'ils eussent rien dit, se levant et prenant la parole :

« Seigneur, dit-it au roi de Portugal, que votre gràoe me pardonne, si, en un si grand jour qu'aujourd'hui, jour de fête, dans lequel, seigneur, vous célébrez les noces de votre petite-fille l'infante dona Maria avec l'infant D. Ferraad marquis de Tortose, fils du roi d'Aragon, je me hasarde, seigneur, à dire quelques paroles nécessaires. »

Le coi lui permit de parler et de dire ce qu'il voudrait. £t don Juan Alfonse alors reprenant : « Seigneur, on me dit qu'il y a ici des messagers du roi de CastiUe mon seignear, venus exprès pour vous faire des plaintes de moi, ce que Dieu sait être pour moi un grand déplaisir. A cela je réponds, seigneur, brièvement et en peu de paroles, pour ne pas vous fatiguer, que, s'il y a quelqu'un en Gastille qui dise que j'aie fait jamais chose qui ne fût pas pour le service du roi de Gastille mon seigneur, je suis prêt à en venir aux mains avec lui, si vous, seigneur, trouvez que je doive le faire j pourvu toutefois que vous soyez juge d« camp, par cette

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raison que je ne me tiendrais point en sûreté devant le roi de Castille mon seignenr. Et si cela plaît au comte D. £nrique et au grand-maître D. Fadrique son frère,de prendre en main cette querelle et de soutenir contre moi que )'ai fait quelque chose contre le roi de Castille mon seigneur, j'en viendrai aux mains avec eux, un contre un, ou cent contre cent. £t en raison de ce que le comte D. Enrique a dans son parti le grand-maître de Santiago de Castille, son frère, je prendrai pour tenant le grand-maître de Santiago de Portugal, D. Gil Ferrandez de Carvallo, ici présent, qui veut bien m'assister de son concours. Quoi qu'il arrive d'ailleurs, la vérité est, seigneur, qu'aussitôt que le roi D. Pierre de Castille, votre petit-fils et mon seigneur,' vint à régner, je mis la main pour son service dans toutes les affaires que je compris pouvoiir mener à bien pour lui et le profit de son royaume, et je m'y employai le plus loyalement que je le pus ou que je le sus faire. C'était mon devoir, car j'étais son majordome en ce temps où il n'était encore qu'infant, et[ j'ai souffert alors pour lui de grands maux et couru de grands dangers près de doua Léonor de Guzman, mère du comte D. Enrique et du grand-maître D. Fadrique, et à cause des autres enfans qu'avait d'elle le roi D. Àifonse. Et dès que vint à régner mon seigneur le roi I). Pierre, je trouvai que c'était raison que je le servisse mieux encore que par le passé, en raison surtout de ce que je lui dois et lui suis par ma famille du côté de madame la reine doua Maria sa mère, votre fille. Et, seigneur, il est de notoriété générale que, dans tout ce que j'ai fait depuis lors, soit par moi-même, soit par ceuic que j'ai placés dans les diverses charges du royaume de Castille, jamais rien ne Ta été à son préjudice. J'ai mis dans ces charges dçs hommes bons et estimés tels, et qui dira le contraire ne dira pas vérité. Que si d'ailleurs quelqu'un d'entr'eux a fait quelque chose au détriment du royaume, qu'on lui en demande compte. S'il a prévariquéi

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et qa'on le prouve, j'en répondrai de ma personne et de mes biens, et paierai ce qu'il conviendra, ces hommes ayant été mis par moi dans ces offices où ils auraient mal fait. Et je dis ceci relativement à ce gui touche à l'argent et aux revenus de son royaume, seigneur : qu'il veuille bien faire comparaître devant lui ses comptables ; s'il trouve que j'ai pris, de ses rentes ou de ses trésors, quoi que ce soit que je n'en dusse prendre, je suis prêt à le payer à l'instant, et ce sera justice. Qu'il le fasse, je n'ai pas autrement à me justifier. Il trouvera que jamais je n'ai pris d'autre argent que celai qui, au temps du roi D. Alfotose son père, avait coutume de m' être livré. Jamais non plus je ne lui demandai indemnité ni héritage pour moi, ni ne consentis qu'il en donnât à personne, à l'exception des biens de Garcilasso et de D. Alfonse Ferrandez Coronel, qu'il a donnés à qui il a voulu et non à moi. J'ai fait, de plus, beaucoup pour lui faire trouver un bon mariage, car je le mis en rapport et l'unis avec la maison de France et avec une femme du lignage du roi de France, nièce de ce roi. J'ai fait ses amis des rois ses voisins, du roi de Navarre et du roi d'Aragon, et je les ai faits tels plus qu'ils ne l'avaient été jamais du roi D. Alfonse son père. Et tout cela, seigneur, est vérité et notoire dans le royaume de Gastille, et je tenais à le dire devant vous. »

Il se rassit, étales ambassadeurs du roi de Gastille, qui étaient là, dirent que D. Juan Alfonse s'était appliqué à répondre avant de savoir ce qu'ils venaient demander. Ce que le roi de Gastille, leur seigneur, les envoyait dire au roi de Portugal son aïeul, était ceci : Que le roi de Castiile leur seigneur prétendait et demandait que D. Juan Alfonse vint en Gastille rendre compte de tout ce qu'il avait fait dans ce royaume depuis que le roi D. Pierre avait commencé d'y régner, et que là il pourrait dire et alléguer tout ce qu'il venait d'exprimer si longuement; que c'était l'unique objet pour lequel ils étaient venus et qu'ils avaient à demander et

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