CHAPITRE OHZmiE
obtena cette ville, plutôt qae de se rendre mdtres dlglésias. Et ainsi, tons les gens de Tost auraient ét^ frais et bien portans, car ils auraient eu tous leurs effets, vivres, vins, lits, et toutes choses de qualité que chacun avait sur les galères , tandis qu'ils ne purent se servir de rien à Iglesias. Et ainsi ces deux choses m'ont été fort à cœur; mais cependant, grâces à Dieu, tout leur vint h bien; mais il y a du bien et du mieux'. »
Ce fut à nie Saint-Pierre, sur la côte. occidentale de Sardaigne, que Tinfant relâcha à*abord avec toute la flotte. Quand tous furent réunis, ils se dirigèrent sur Palmas de Sulds. *« Là toute la cavalerie et toute l' Almogavarerie ^ furent débarquées. Aussitôt se présenta le juge d'Arborée (Hugo III) avec toutes ses forces, qui le reconnut pour seigneur, ainsi que le firent une très grande partie des habitans de File de Sardaigne. Les habitans de Sassari se soumirent aussi à lui. (Ils lui avaient envoyé leur soumission avant son départ de Port-Fangos, et il leur avait concédé, le 7 mai, une charte de privilèges pour prix de leur empressement à le reconnaître). Là, ils tombèrent d'accord, d'après les conseilsMu juge, que le seigneur infant devait aller assiéger Iglesias. Le juge fit ceci parce que ses terres avaient beaucoup à souffrir du voisinage d'Iglesias, et bien plus que de Gagliari ou de tout autre lieu ^. »
Huntaner trouve que ce fut une faute. Le siège, en effet , traîna en longueur. Iglesias ne capitula'que le 7 février 1324, après un siégé de huit mois, pendant lequel les fièvres pestilentielles, ordinaires en ce lieu marécageux et rendues plus actives par la réunion d'un^and nombre de troupes sur le même lieu , avaient moissonné une bonne partie de l'armée.
1 Ram. Hunt., c. 272.
* VAhnogauria. Nous avons godru en Sicile cette Almogavarerie. 3 Ram. Mmit, c. 273. — M. Manno, ( Sloria di Sardegna, t. ii, p. 6), parle avec soin da privilège accordé aux habitai» de Sassari.
42 fOST(^tE DBSPAGMB.
Enfin, r armée uragonaise se porta tout entière an siège de Ciagliari , où les Pisans ayaient concentré lenrs forces.
Le jenne général aragonais foi encore arrêté là fort longtemps , mais il se montra habile et généreux. Il vint en personne à ce siége^ et fit élever deyant le ehàteaa de Gagliari , à un quart de lieue au 0ud<*est, sur le golfe, un château et une ville, à laquelle il donna le nom de Bon- Aria.
Cependant , les Pisans étaient encore possesseurs d^une grande partie de la province de Gagliari, à laquelle ils avaient été dès longtemps rédtfits , et qui avait été divisée en trois parties qu*on avait données à trois chefs pisans des trois fa^ milles les plus fidèles à la république. Le comte Donartico de ces délia Gheradesea dont était Ugdin (Ugolino deSla Gherardesca) , ce Laocoon du moyen-âge immortalisé par la plume du Dante, était un de ces trois chefs.
« A la nouvelle du débarquement d* Alfonse , les Pisans, dit l'estimable historien de la Sardaigne que j'ai déjà cité% armèrent à la hâte trente-deux galères qu'ils envoyèrent dans le golfe de Gagliari ; mais ce golfe était alors oeoiipé par une flotte catalane supérieure en forces. L'amiral pisan s'estima fort heureifx d'éviter le combat et d'effectuer sa retraite après avoir débarqué Manfredi délia Gberardesca avec trois cents hommes de cavalerie allemande et quelque peu d'infanterie, qui se jetèrent dans Iglesias. » Manfredi , un peu avant la prise d'Iglesias , en était sorti pour aller chercher de nouveaux secours à Pise , et reparut le 25 février 1324 , quel«ques jours à peine après que l'infant eut établi son camp devant Gagliari , à Ventrée du golfe , avec une flotte de cin-. quante-deux bâtimens portant environ deux mille cinq cents hommes. Il débarqua sans opposition à la pointe de l'étang de Gagliari , vers la Maddalena , et y fit sa jonction avec les
^ M. HImaut, longtemps consul de France en Sardaigne, et auteur d'une fort bonne Histoire de Sardaigne, en 2 volumes.
GHAPRU onZIlMK* 43
troupes et les miiiees restées Mêles mx Pisins , q«i lui amettèrent bien, de Fintérieur de File, aa rapport de Montaner, « six mille hommes de pied , a^ee de méchans Sardes qoi Tinrent se réunir à tonte l'armée stationnée auprès de Capo* Terra (de l'autre eôté de Vétang de Cagliari , Ters la Maddalena). »
« Alfonse, informé de la marehe des Pisans (le long de rétang de Cagliari jasqn*à Dedmo), quitta les retranche»' mens qn'il avait fait faire, an lien où est mûntenant l'église de Bon-Aria, et vint an-devant d'eux. Les deux armées se rencontrèrent le 28' février dans un lieu que Zurita appelle Lnto-Cisterna et qui n'existe plus sous ce nom (H. Mimant croit que c'est Bao-Terra, à la pointe de Tétang de Cagliari, entre Masie et Assemi). On se battit longtemps avec un conrage et un acharnement extrêmes. Les avantages furent d*abord balancés, mais la supériorité du nombre finit par prévaloir, et les Aragonais remportèrent une victoire complète. Les Pisans mis en fuite se rembarquèrent en désordre, et un grand nomtee se noyèrent dans les marais fangeux qui environnaient le champ de bataille. Le chef de l'expédition, Manfredi délia Gherârdesca (comte de Donartieo), quoique blessé, parvint avec cinq cents soldats environ à entrer dans Castro (le château de Cagliari); le reste de son armée fut détruit ; les bfttimens de transport qui accompagnaient sa flotte tombèrent au pouvoir des Aragonais. On avait fait de part et d'antre des prodiges de valeur; l'infant lui-même, qui avait été constamment à la tète des siens et avait eu un cheval tué sons lui, fut un moment complètement cerné et en danger d'être fait prisonnier; mais il fut secouru à temps et reprit l'étendard royal qui lui avait été enlevé >. »
^ Ram. Blunt., e. Î75.
' Hist. de Sardaigne, 1. 1, p. 180. — Pierre IV, qui devint roi d'Aragon apris Alfonse IV son père, et qui a laissé une cbrouique où l'expédition de oelni-^ ea SarAaôgne
44 HISTOIRE D*ESPAGNB.
« Alfonee, poursuit fil. Mimaot, après la victoire de Lato- Cisterna, retourna sous les murs de Cagliari et en recommença le siège avec vigueur. Manfredi, à peine guéri de ses blessures, dirigea la défense de la place. Il tenta, pour faire une sortie, une diversion sur les assiégans. Il surprit leur camp et y jeta le désordre ;^ mais bientôt les Aragonais victorieux reuTironnèrent de toutes parts , et de cinq cents hommes qu*il commandait, trois cents restèrent sur le champ de bataille. Atteint d'une blessure mortelle, ce brave et malheureux capitaine ramena dans Castro le reste de ses soldats, au milieu desquels il expira quelques jours après. Les assiégés de Cagliari, perdant tout espoir d*ètre secourus (après la mort de Manfredi) et sédaits d'ailleurs par les promesses de rinfant, prirent le parti de se rendre par capitulation '. »
La paix fut faite â la condition que les Pisans tiendraient le château de Cagliari, appelé par excellence Castro, au nom du roi d* Aragon, et que la république de Pise serait sa vassale (pour ce château), et aurait à lui payer le droit de juridiction , de succession, et l'impôt personnel qu'on était tenu de payer en personne. Le traité portait : « Que la république de Pise, faisant abandon de l'île entière au roi d'Aragon, conserverait la ville de Cagliari, son château (Castro), ses faubourgs et son port, comme fief de la couronne d'Aragon, et que tous les Pisans dont leà propriétés, .de quelque nature qu'elles fassent, seraient scrupuleusement respectées, seraient considérés et traités, dans toutes les parties de l'île indistinctement, comme sujets aragonais^. »
Tel fut le premier traité de cession, du mois de juillet 1324. Muntaner ajoute que, « quand toutes les clauses furent
est racontée d'une manière fort détaillée, dit, dans sa ctironi(|ue,Y. ax, que le combat eut lieu en la traversa del cami qm va M Decimoen camp qui es dit iM-Ci^ema.
> Uiid, p. 181 et suiv.
2 Ibid. p. 182.
CHAPITRIL ONZmiB. 45
signées et jurées des deoi parts, la bannière du seignear roi d* Aragon, escortée de cent hommes à cheval, entra ainsi dans le château de Gagliari, et fut placée sur la plus haute tour dndit château» Ainsi la paix fut signée et jurée et les portes du château de Gagliari furent ouvertes, et il fut permis à chacun d* y entrer, et les Pisans et les habitans du quartier de la Pola à Gagliari firent de même dans le camp et le château de Bon- Aria. Et quand ceci fut fait, le seigneur infant envoya Thonorable En Boxados, avec l'envoyé- de Pise, afin que la commune approuvât et confirmât tout ce qui s*était fait; et la commune l'approuva et le confirma ' »
Ce succès en amena incontinent un autre. On se souvient qu'avec l'investiture de la Sardaigne, Boniface YIII avait donné, en 1297, à Jacques II, roi d'Aragon, celle de la Gorse, qui était restée, comme la première, purement nominale pendant vingt-huit ans^. Aussitôt après la prise de possession de Gagliari, Alfonse traversa la Sardaigne du sud au nord, et se jeta avec une partie de son armée dans la ville de Bonifazio, la première et la plus importante de la Corse de l'autre côté du détroit qui sépare les deux iles. Alfonse arrivait là avec une telle réputation militaire, qtie personne ne songea à lui opposer de résistance, et qne tous le reçurent avec la ferme conviction qu'il allait devenir maître de la Corse. L'Ile était commandée pour les Génois par Guglielmo dalla Bocca, lequel, pour demeurer seigneur tributaire (comme il l'était des Génois ), dit Eilippini, aHa, par un trop hâtif conseil, lui jurer fidélité ; et il fut en effet laissé par l'Aragonais dans la même situation où l'avaient placé les Génoise
^ Ram. Miint.. c. 278.
* Voyez la balle de cette double concession (1297), et une autre bulle confirmtttfe d4? la première (ISOO), dans Ralnàld., Ann. Eed., ad ann.
3 Subite vernie (Alfonse après la reddition de gagliari), in Gorsica à campegglar BonlÊoio, es6 i.Uo quella fortezza alla prima frontlera per rimpresa di quest' isola, ^
46 OISTOraË DESPAÊVIE.
Alfonse r^ioufiia easaite près de son père, et, selon iMteataner, ee fat €hose bien plas honorable qne la commune de Pise tint la terre de lai, el que les Pisans fassent ses vassanx, qne s'il eût en le château de Gagliari. D*aatre part, le chft* teau de Bon«-Aria se penpla de telle mamère qa'avant qu'il n'écoulât cinq mois il fut muré et tout bâti. €ette <;ité élcTée aux portes et à la. garde d'une autre et pour la brider, s'ac* crut à mesure.Le fort et la ville prirent le nom d' Aragonetta. Alfonse y plaça seulement de purs Catalans, plus de six mille hommes, a Et de là en avant, ajoute Muntaner qui écrivait ceci, à ce qu'il semble, au moment même de l'événement, le château de Bon-Aria sera destiné à contenir le château de Gagliari, si les Pisans voulaient se mal conduirez »
Les choses ne tardèrent pas en effet à se gâter entre les deux nations, et bientôt la guerre se ralluma entr*dles. Muntaner traite un peu confusément du différend qui amena cette nouvelle guerre, dans son chapitre intitulé : « Comment denx galères légères des Pisans, chargées de vivres, entrèrent dans la palissade du château de Gagliari ; et comment l'amiral En François Garros les prit avec tout Téquipage ; ce que les Pisans ayant appris, ils résolurent de venir secourir le château de Gagliari. » Il est plus clair dans ce sommaire que dans le chapitre lui-même. De quelque QÔté que fassent les torts, c'est là du moins ce qui amena le conflit. La querelle s'envenima. Les Aragonais assiégèrent les Pisans dans Castro. Pise arma et se prépara à venir au secours des assiégés, et de leur côté le roi envoya de tels
di più importanza deir altre terre que v'erano. Era venuto Alfonso in Corsica oon tanta ripatazione dl viltoria, che dascuno si immaginô che egli indubitamente dovese rimaner signore. Laonde Guglielmo délia Rocca, per rimaner in 8ttlo> cm troppo Ut^ttOoso coDfligUo v'aodo à givras feMU; U qaàk da ^pièUo fii iMdito inHo stato e con6rmato in quel medesimo modo ohe 1 taiovsl l'awvaii» |MmIo (Stella dl Cor» sica, 1. in, t. u»p. 176 de l'édiUon de M. Gregori.) » Ibid., e. 278.