‹ Histoire d'EspagneChapitre 51 sur 108 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

voulut point venir où étaient le comte et D. Jaan Alfonse, et prit un autre chemin (pour s'en retourner en GastiUe). Et allait avec elle Tinfant D. Pedro, son frère, qui fut depuis roi de Portugal, et D. Alvar de Castro, et D. Bodrigo Yafiez, grand-maltre de Gbristus dans le royaume de Portugal : et ils allèrent d*abord (remontant vers le nord) à Niza (on lit dans un manuscrit Casaniza), et ensuite (passant le Tage) à Gastil Blanco (Gastelo Branco), et là ils s'arrêtèrent huit jours ; ils se rendirent de là à Saut Vicente de la Vera (de la frontière), an sud de la Sierra de Moradal ; et Martin Alfonse Tello dans ce voyage menait la reine doua Maria par la bride de sa mule, d'où vint le bruit qui se répandit dans la suite sur leur compte. Et de là ils furent (toujours en remontant vers le nord et en s'éloignant davantage d' Albuquerque) à Gobillana (aujourd'hui Govilhao), et ensuite (franchissant la Sierra de Estrella) à Guarda; ensuite à Trancoso, et ensuite à la Torre de Montecorbo, et à Mogadoyro'; et l'infant D. Pedro, et D. Alvar Perez de Gastro, et le grand-maître de Gbristus furent avec la reine jusque hors da royaume de Portugal, et s'en retournèrent de là. La reine passa à Zamora, et de là à Tore ; et avec elle était toujours Martin Alfonse Tello ; et là elle trouva le roi D. Pierre son fils*.

L'excellent chroniqueur nous apprend ici ce qu'avait fait le roi de GastiUe dans l'espace de temps que durèrent les noces de sa cousine, les négociations d' Albuquerque et du comte, et ce retour de sa mère d^Évora en GastiUe, en suivant parallèlement, du sud au nord, la frontière des deux royaumes. Pendant que ces choses se passait en Portugal, Pierre s'était livré en GastiUe à de nouveaux déportemens, et c'était pour s'y livrer, ce semble , qu'il n'avait pas persévéré au

^ On lit dans la Âbreviada : É à Trancoso, é à Marialva, é à la torre de Montecorvo, é â Mogadoyro, é à Mirandel, é iba con ella el Infante Don Pedro.

' É all( fallaron al Rey D. Pedro su ti}0 ; ces derniers mots manquent dans la Abreviada.

334 HISTOIRE d'bspaghis.

siège d'Albuqaerqae. S41 y a liea de s'étoniiOT qae Pierre ait épousé soIeDnellement Blanche de Bonrbon, lorsque , si Fob en croit ce qa*il jara plus tard, il était déjà marié à Hiorie de Padilla, il est plus étonnant encore que, du \iyant de oes déax femmes, il ait voulu en prendre une troisième. C'est ce qu'il fit cependant au moment où nous en sommes. Il avait vu, quelque temps auparavant, à Guellar, comme nous l'avons dit, une femme d'une grande beauté, pour laquelle il avait conçu, à ce qu'il parait, une violente passion. C'était Joana de Castro, qui avait reçu par excellence le surnom de la Fermosa. Voulant à tout prix la posséder, et n'en pouvanft faire sa maîtresse, il eut recours à une de ces ruses que la religion et rhonneur réprouvent également. Il lui promit, avec son cœur, sa main et le titre de reine. Juana, comme tonte la Castille, le savait marié à Blanche de Bourbon, et connaissait sa liaison avec Marie de Padilla. Il lui persuada, sans trop de peine, qu'il n'avait eu pour celle-ci qu'une passion passagère et désormais éteinte. Le mariage solennel qui l'unissait à Blanche de Bourbon était un obstacle plus difficile à lever ; mais il vainquit les scrupules religieux de Juana de Castro, à l'aide de deux lâches évêques que la crainte fit ses complices : il fit par eux déclarer nul, au nom de l'Église, son mariage avec Blanche. Après quoi Juana n'eut plus d'objection à opposer à la passion du roi, et ces mêmes évêques, par le même abus d'autorité, les marièrent.

Il faut entendre là-dessus Âyala, avec son accent simple, vrai, et gravement castillan, pour bien saisir les nuances de cette affaire singulière entre toutes les autres de ce règne.

« Baconlons, dit Ayala, ce que fit le roi D. Pierre depuis qu'il eut laissé le comte D. Enrique et le grand-maitre D. Fadrique aux frontières d'Albuquerque. Le roi s'en vint à Yalladolid et de là mena une négociation avec dofla Juana de Castro, fille de D. Pedro de Castro dit de la Gaenm, et veuve de D. Diego de Haro, qu'il avait vue à Cuellar où elle

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