‹ Histoire d'EspagneChapitre 52 sur 108 · CHAPITRE TSBIZIÈBfE · texte numérisé non relu

CHAPITRE TSBIZIÈBfE

habitait, et dont il était demeuré secrètement amoureux. Et était cette dofia Jaana femme très belle, et le roi disait qa*il voulait se marier avec elle ; et de ce mariage traitait entre eux un chevalier de Galice qu'on appelait Men Bodriguez de Senabria : et d'autre part lui était favorable ( par intérêt, à ce qu'il semble), D. Enrique Enriquez, qui avait été marié avec dofia Urraca, tante de ladite doua Juana, sœur de dofia Isabelle sa mère. Mais dofia Juana de Castro disait que le roi était marié avec dofia Blanca de Bourbon, et qu'il montrât d'abord comment il pourrait légitimement se séparer d'elle, et alors qu'à elle il plairait de se marier avec lui. Et le roi disait qu'il lui montrerait qu'à bon droit il pouvait se séparer de ladite dofia Blanca, laquelle n'était pas sa femme ; et ils convinrent de cela. Et le contrat arrêté, D. Enrique Enriquez, qui avait été marié, comme il vient d'être dit, avec dofia Urraca, sœur de dona Isabelle, mère de ladite dofia Juana de Castro, voulant raffermir ce fait, et pour sûreté que le mariage se ferait, demanda que le roi lui livrât l'alcazar de Jaen, le château de Duefias, et le château de Castro-Xériz ; le roi livra lesdits châteaux à Enrique Enriquez, et se rendit à Cuellar, où il trouva Juana de Castro, qui avait ses principales possessions dans le voisinage de cette ville. Il envoya chercher les évèques d'Avila et de Salamanque, et leur dit qu'il n'était pas marié avec dofia Blanca de Bourbon, qu*il avait toujours protesté contre ce prétendu mariage, et exposa devant eux les raisons par lesquelles il ne se croyait pas lié à la reine, et leur ordonnait de prononcer qu'il pouvait se marier avec qui il lui plairait. Et lesdits évêques, par la grande crainte qu'ils eurent, le firent ainsi, et dirent, par l'ordre du roi, à ladite dona Juana de Castro, que le mariage que le roi avait fait avec dona Blanca de Bourbon était nul, et que bien pouvait le roi se marier avec qui il voudrait. Et dofia Juana se rendit à ces raisons; et aussitôt se firent publiquement, dans ladite ville de Cuellar, les noces du

roi et de doua Juana, et on l'appela la reine dona Juana^et l'évêque de Salamanqae les couvrit da voile nuptial dans Téglise, aussi solennellement qu'il lui fut possible de le faire '. » Ce même jour des noces que le roi faisait avec dona Juana de Castro à Guellar, à l'heure de vêpres, arriva un chevalier qu'on appelait Diego Gutierrez de Zaballos, vassal du roi, que le roi avait laissé près du comte D. Enrique à Badajoz contre Àlbuquerque, et il apprit au roi tout ce qui venait de se passer entre ses frères et Albuquerque, dans le château de ce nom, et comment ils avaient fait prisonnier D. Juan Garcia de Yillagera, frère de dona Maria de Padilla, et commandeur général de Gastille ; et comment tous ces seigneurs avaient réuni leurs forces près de Badajoz, et se disposaient à entrer en Gastille. C'était, répète par deux fois la chronique d'Âyala, le jour même de la célébration de son frauduleux mariage avec Juana de Castro que le roi apprit ces nouvelles; et dès le lendemain Juana put compter au nombre des victimes de la bonne foi du jeune roi. Il partit de Guellar pour Castro- Xériz et jamais ne vit plus Juana de Castro. Il lui fit toutefois livrer la ville de Duenas, où elle vécut et porta longtemps le nom de reine, quoique cela ne plût pas au roi. Mais il reprit, ou se fit restituer, on ne dit pas si ce fut par ruse ou par force, les châteaux de Jaen et de Castro-Xériz qu il avait, quelque temps auparavant, donnés à D. Enrique Enriquez pour gage de sa parole. Il appela en même temps à Castro- Xériz, où il s'était rendu après avoir abandonné, Juana de Castro à Guellar, dona Maria de Padilla, avec laquelle il fit sa paix, bien qu'on ne conçoive guère par quelles excuses il put pallier son dernier abandon, et y appela également les infans d!Aragon D. Fernand et D. Juan ses cousins, qui s'étaient arrêtés à Tolède à leur retour de Portugal, où nous venons de voir célébrer le mariage de l'ainé avec l'infante

^ Crooica del Rey D. Pedro, aoo v, c. 10.

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