‹ Histoire d'EspagneChapitre 54 sur 108 · CHAPITRE TIŒIZièME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TIŒIZièME

n'avaient rien de plus contraire à la morale que les actes da roi minenr et détestable qu'ils combattaient, et s'il est difficile d'affirmer que la justice et le bon droit fussent ée Icnr côté, il est certain du moins qu'ils n'étaient pas du o6té de Pierre. Yoilà ce qu*étaient ces hommes; voilà ce qa'ils faisaient : que le lecteur en tire la conclusion qu'il voudra ; notre rôle est de le constater.

D. Fadrique se sépara du comte son frère à Giudad-Bo* drigo, et s'en alla par les terres de son Ordre, s'emparant des forteresses, et réunissant autour de lui le plus de troupes qu'il pouvait. Il arriva ainsi à Montiel, qui était un château de rOrdre, très bon; mais Pero Buiz de Sandoval, commandeur de Hontiel, ne Ty voulut point recevoir, disant qu'il avait fait pour ce château hommage au roi dès le commencement de son règne. Il y laissa un écuyer avec Tordre de livrer le château de Montiel au roi, en raison de cet hommage, et s'en vint de sa personne près du grand-maître D. Fadrique, par la raison qu'il était son frère et chevalier de son Ordre ; et tous trouvèrent que le chevalier avait fait en cela ce qu'il devait faire '. D. Fadrique ne put preildre possession de Montiel dans Vintérèt et au nom de la ligue d'Albuquerque ; mais il fut facilement accueilli dans tous les autres domaines de l'Ordre : il le fut à Segnra de la Sierra notamment, bon et fort château, par D. Lope Sanchez de Bendafia, l'un des grands commandeurs de Saint-Jacques en Castille, et à Fornos, autre très beau et très bon château du voisinage, par Gomez Garrillo de Quintana , fils de Bui Diaz Garrillo. Gomez Garrillo n'était pas chevalier de Saint- Jacques, mais grand ami et vassal du grand-maitre, et commandant ^ pour lui le château et les terres de Fornos ^.

1 Por quanto era su Freyre é caballero de la su Orden ; é tovieron todos que fidera el caball^'^o lo q|^e debia facer.

2 cronica d^l Aey D. Pedro, ano v, c. 14.

346 HI8TOI1K D*ESPAdinB.

Pendant qne la ligne se fortifiait ainsi en Gastille, le roi cherchait à Tentamer dans la tierra de Campos. De Castro* Xériz il avait envoyé qnelqaes troupes à Salamanque et aux lienx qu'il savait le plus voisins de ceni où le comte D. Henri et D. Juan Alfonse avaient rassemblé les leurs. Pierre vint loi-mème bientôt dans la lierra de Campos mettre le siège devant nn des châteaux d'Alboquerque, nommé Hontalègre, dans leqnel était en ce moment renfermée dofia Isabelle, femme de D. Juan Alfonse, avec pinsienrs chevaliers ses vassaux, lesquels étaient : Bni Diaz Cabeza de Yaca, son vaillant et fidèle majordome, Ferrand Sanchez de Tovar, Fer^ rand Garcia Doque, Juan Ferrandez Cabeza de Vaca, Ferrand Gutierrez de Sandoval, Ferrand Sanchez de Bojas, Pero Diaz de Sandoval, Martin Alfonse de Arenillas, et beaucoup d'autres chevaliers et écuyers très bons, tous vassaux d'Albuqnerque.Les troupes du roi engagèrent en arrivant un combat aux barrières avec ceux-ci, mais elles furent repoussées; Tun des principaux chevaliers du roi, Juan Martinez de Bojas, filsdeBui Diaz Cencerro, fut blessé au visage d*un coup de lance dont il mourut quelques jours après ; et le roi ne put prendre alors Montalegre*. Il prit cependant avec facilité quelques autres châteaux moindres, de la dépendance d* Albuquerque, qu'on lui livra, ou dont il put s'emparer sans de trop grands efforts de vaillance, entre autres Ampudia et Yillalva del Alcor, voisins de Montalegre, et laissa l'infant D. Joan d* Aragon, son cousin, à Palacios de Meneses contre les confédérés de cette frontière. II fut de là à Sahagun (Saut Fagund), et, dans les contrées environnantes, prit ou détruisit tout ce qui tenait pour Albuquerque : Cea, Grajal, etc. Et de là donna ordre à l'infant D. Ferrand j marquis de Tortose, son cousin, et à quelques-uns de ses plus grands vassaux, de se porter sur Salamanque pour j combattre le comte D. Heori,

^ É el Rey non Um6 el lugar de Montal«gr« cslMce (€nm., etc.» 1. c, e. 15).

CHAFITM TBSIZnMJI. 347

D. Joan Alfonse d'Àlbuquerqae, et les autres «heyaliera qui avec eu s'étaient réanis là.

Le comte et Albuqaerque avaient , pendant ces vaines agitations du r4»i, gagné à leur parti un nouvel et puissant anxiliaire. D. Ferrand de Castro s'était, comme on Va vu, retiré sur ses terres de Galice deux jours après Tabandon de Blanche par le roi à Yalladolid. Dès les premiers momens de leur alliance, ils l'avaient envoyé soUirîter d'y entrer, et diverses causés l'y engagèrent, mais surtout l'offre qu'ils lui firent de le marier avec la sœur du comte, doua Juana, fille d' Alfonse XI et d'Éiéonore de Guzman, de laquelle depuis longtemps déjà D. Ferrand de Castro était amoureux <. Il était, d'un autre côté, allié par le sang à Àlbuquerque. En^ fin, Pierre venait de faire un affront sanglant à doua Juana de Castro, sa sœur. C'était plus qu'il n'en fallait pour le dé** tacher du roi. Il répondit que leur proposition lui plaisait, les fit assurer de son concours, et partit au mois de juillet de Monforte de Lemos pour les rejoindre. Avec une petite armée levée dans ses domaines et entretenue à ses frais, selon l'usage féodal, il se rendit d'abord en un lieu appelé Monzon (Honçaô), château de Portugal syr la rive gauche du Mino, près de Salvatierra, qui de l'autre côté relève de la Castille. « Il posa là son camp près dudit lieu neuf jours : et chaque jour, après la messe, il passait le fleuve et allait à Salvatierra, et là, devant un notaire public, disait qu'il se dégageait et se dénaturalisait du roi D. Pierre de Castille et de Léon, parce que, sans qu'il l'eût mérité, le roi l'avait voulu tuer dans • tournoi qui s'était fait à Yalladolid quand il s'y était marié, et aussi parce qu'il avait déshonoré dofia Juana de Castro sa scsur, en disant qu'il se mariait avec elle et en

^ De la cpial 'la grand tiempo que el dicho Don Ferrando de Castro andaba enamorado.

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loi faisant prendre le titre de reine, poar Tabandonner ensuite et la mépriser. Et cbaqae jour de ces neaf jours il prenait un nouveau témoin. Gela fait, il partit de Honzon, et fut à Orense, et ensuite à Yaldeorras, et là fit un appel à tous ses vassaux. Et dès que tous furent arrivés près de lui, il partit de là et fut à Gacavelos]: et de là partit avec sept cent trente hommes de cheval et mille deux cents hommes de pied, et fut à Ponferrada, qui appartenait à sa sœur doâa Juana de Castro, celle qu'on appelait reine de Castille. Et il fut là dix jours attendant que le comte et D. Juan Alfonse lui fissent savoir où ils étaient et où il pourrait aller les rejoindre; et chaque jour les uns et les autres délibéraient sur ce qu'ils avaient à faire ^ »

Ayala revient ici avec des détails fort remarquables sur ce qu'avaient fait le comte D. Henri, le grand-maltre D. Fadrique et Albuquerque après leur alliance: « Le comte D. Henri, dit-il, et le grand-maître D. Fadrique son frère, et D. Juan Alfonse d' Albuquerque, dès qu'ils eurent arrêté les termes de leur traité dans Albuquerque, demeurèrent quelques jonrs dans la contrée, ravageant toutes les terres voisines de Badajoz ; ils pas^rent ensuite le Tage à Alcantara, menant avec eux. quatre cents chevaliers, et s'ari^êtèrent à Giudad-Rodrigo, d*où il firent solliciter de se joindre à eux, d'une part, comme on vient de le voir, D. Ferrand de Castro, et de l'autre, le grand-maitre d'Alcantara, D. Ferrand Ferez Ponce. Il demandèrent à celui-ci, pour sûreté de sa parole, le château de SanUvaiiez, mais ils ne purent s'accorder, et le grand-maitre demeura neutre sur ses terrât entre eux et le roi. Ce fut alors que D. Fadrique les quitta pour faire déclarer en leur faveur les villes et les châteaux de son Ordre. La frontière de Salamanque était tenue à cette heure pour le roi par Tinfant Ferdinand d'Aragon que le

^ Gronica del Rey D. Pedro, aiio v, c. 17.

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