CHAPITRE TREIZDSIIE
dont son père Alfonse lai avait donné Texemple, lorsque, , par les mêmes moyens, la contrainte on Tabus des influences, il avait fait, en 1339, donner cette grande-maitrise à un frère de sa maîtresse Éléonore de Guzman, pour la garder à son fils né en 1332, et qu*il en fit définitivement investir en 1343, c*est-à-dire à Tàge de moins de onze ans. Ce fut le premier exemple dun grand-maître de Saiot-Jac* ques marié, et il y en eut plusieurs autres depuis'.
Tandis que ces choses se passaient à Ségura et à Ocana, Tolède avait fait une révolution en faveur de Blanche de Bourbon. Aussitôt après le départ d*Hinestrosa, la jeune reine avait été, dans Tasile sacré où elle avait cherché un • abri contre le mauvais vouloir des officiers de son mari, Tobjet des plus vifs témoignages d'intérêt. Elle y avait reçu la visite de plusieurs femmes des premières familles de la Tille, et s y était entretenue avec elles de ses craintes {fablô con muchas grandes duehas de la cibdad que eran alli). Elle leur dit que le roi allait venir à Tolède pour Ty faire emprisonner ou tuer (por la facer prender ô matar) , et les pria de lui venir en aide en ce danger. Blanche avait pour conseillère et pour guide en ceci, étant encore très jeune (à peine comptait-elle dix-huit ans), une gouvernante de haute noblesse, qu'avait placée f)rès d'elle la reinemère. C'était une riche dame {una rica dueha) appelée doua Léonor de Saldana, fille de D. Ferrand Boiz de Saldana, et femnae de D. Alfonse Lopez de Haro, fils de D. Juan Alfonse de Haro, seigneur de los Cameros. Touchées de ce que leur disaient la jeune reine et sa gouvernante, les dames de Tolède s'émurent vivement en faveur de Blanche, parlèrent à leurs maris et à leurs parens, et les déterminèrent à prendre parti pour sa cause, par cette considération surtout qu'il y aurait danger non seulement pour sa liberté ,
^ Voir le BuUaire de Saint-Jacques, ad ann.
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r maîfi èncof^ pour sa Tie, si on la laissait livrée aux Pa-diila. Ce serait une tache ineffaçable à Thonneur de Tolède, qa*une si noble reine, qni était une créature sans péché, et de si grand lignage, venue en Espagne sur la foi des traités, fût mise traîtreusement à mort dans la ville où ils étaient; ils avaient le pouvoir d'empêcher cet acte de cruelle trahison, et ils le devaient. Blanche leur disait que Juan Ferrandez de Hinestrosa allait revenir avec Tordre du roi de Tarracher à soti asile pour renfermer dans TAlcazar, où elle était bien i^rtaine qu'on ne la laisserait pas vivre longtemps : elle èroyait que ce n^était pas la volonté spontanée du roi qa'oo Vy tuât; mais que ses conseillers, parens de Marie de Padilla, sauraient bien lui en arracher Tordre et Texécuteraient avec empressement; qu'un temps viendrait où le roi, leur seigbeur, leur saurait gré de lui avoir épargné un crime en Sauvant de la mort la reine sa femme, et que, loin de tron- Ver mauvais qu'ils eu eussent agi ainsi, il leur en tiendrait compte comme d'une chose faite pour son service.
Touchés à leur tour, la jplupart des babitans les plus considérables de Tolède suivirent les conseils de leurs femmes, et prirent, les armes pour la reine, n'hésitant pas à mettre en péril pour elle, et en grande aventure, leurs corps et tout ce qu'ils avaient '.Ils parlèrent en ce sens à quelques homittes de bien de Tadministration municipale de la cité, et les trouvèrent tout disposés à cette bonne œuvre, sauf trois ou quatre chevaliers, les deux principaux alcades et Talguacilmayor qui tenaient la ville pour le roi, lesquels ne voulurent pas se prononcer. Tous les autres, sans considérer les périls qui en pourraient surgir, comme plus tard il arriva, se prononcèrent; Et quand tous surent^ que Juan Ferrandez de flinestrosa voulait venir à Tolède, quoique il fut encore ao-
^ Los mas d'ellos movieronse â defender la Reyna à todo su poder, é à poner por éUo â qualquier aventura cuerpos é quanto avian. ' 2 E quande sopieron ios GabaUeros é Escuderos é Ornes buenos de la dMid, etc.
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près da roi, pensant qae, s'il venait, il ferait immédiatement ^ prendre on tuer Blanche, selon qu'on le leur avait fait entendre, ils la tirèrent de léglise de Santa-Maria où elle était, et la conduisirent à TAlcazar de leur ville, à Thenre de tierce, le jeudi 14 août, veille de la Sainte-Marie d'août. Les tours, tant de l'Alcazar que de la ville, furent aussitôt mises an pouvoir et confiées à la garde de chevaliers et d'hommes notables de la simple bourgeoisie de Tolède ; car tous voulurent coopérer à cette œuvre de bonne volonté. Et, ce jour*là même, D. Martin Ferrandez, qui avait été gouverneur du roi D. Alfonse et était alors alcade-mayor de Tolède, D. Gonzalo Ferrandez Palomeque, second alcade de la ville, D. Suer Tellez de Meneses, Tuu des premiers chevaliers de Tolède, furent arrêtés, et conduits prisonniers dans rAlcazar par leurs propres parens. Le vieux D. Martin Ferrandez, peu de jours après, y tomba malade, et on le transporta à sa maison où il mourut. D. Gonzalo Ferrandez, D. Suer Tellez de Meneses et leurs compagnons de captivité ne tardèrent pas cependant à être mis en liberté, et allèrent rejoindre le roi. Le premier qui fut mis en liberté fut Alfonse Jufré Tenorio. Cette levée de boucliers alarma quelques hommes prudens; car c'était, dit Ayala, une entreprise très périlleuse, comme il y parut bien par la suite '.
Gela fait, et pour donner plus de force à leur entreprise, les Tolédans envoyèrent sur-le-champ dire au grand-maître de Saint-Jacques D. Fadrique, qui était encore à Ségura, de venir aussitôt à Tolède, et qu'ils l'y recevraient avec toutes les troupes quHl mènerait avee lui; ils envoyèrent dire pareillement au comte D. Henri, à D. Ferrand de Castro et à D. Juan Alfonse d'Albuquerque, que, puisqu'ils demandaient au roi de reprendre sa femme, qui était ce qu'ils voulaient
i Ca la obra fué muy pdigrosa, segund que addante paresdô (Cronica del Rey D. Pedroy ado v, c. 21).
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eux-mêmes, ils leur offraient d*ètre avec eax en cette demande, d'un seul cœur, car c'était là uniquement ce qu'ils Toulaient, que le roi reprit et traitât avec honneur Blanche de Bourbon. Et sur cette nouvelle, les chevaliers de Tolède que le roi avait laissés contre le grand-maitre devant Ségura, traitèrent et s'unirent avec D. Fadrique dans les mêmes yœux, et tous ensemble s'en retinrent à Tolède dans sa compagnie; il avait sous ses ordres, tant à lui que de Tolède, jusqu'à sept cents chevaliers qui vinrent ainsi se joindre à ceux qui déjà s'étaient déclarés en faveur de Blanche dans la cité royale. Ils prirent logement, à leur arrivée, dans le faubourg de la ville, et le grand-maitre fut aussitôt voir la reine à l'Alcazar et lui prêter serment, ce que firent aussi avec lui, en grande cérémonie, les principaux habitaos de Tolède.
Guenca, Cordoue, Tévéché de Jaen, Talavera, Ubeda, Baeza, etc., ne tardèrent pas à suivre l'exemple de Tolède, et un grand nombre de chevaliers et de seigneurs se prononcèrent dans le même sens. Mais, quoique tout cela fût fait avec bonne intention par quelques-uns, cependant, répète encore ici Âyala, c'était œuvre de grande aventure, dont ne se trouvèrent pas bien dans la suite ceux qui en furent, selon que ci-après on le racontera dans cette histoire '.
Pierre, au commencement d'août, après avoir fait déposséder D. Fadrique et avoir fait donner tyranniquement la grande-maîtrise de Saint-Jacques à Juan Garcia de Villagera, à Ocana, n'avait pas osé se rendre à Tolède; il avait voulu s'entendre préalablement avec sa mère, et s'était rendu à Médina del Campo, où Marie de Portugal résidait. Il était là près d'elle le jour même que les Tolédans avaient conduit
^ B como quier que todo esto fué con buena entencion de algunos, pero foé obn <k grande aventura, por toquai despues non se faUaron bien deUo les que en eDo fueron, segund que adelante se contrarà en este Ubro (Crooka del Rey D. Pedro, ubi supra, c. 22 ).