‹ Histoire d'EspagneChapitre 57 sur 108 · CHAPITRE TRBIZIÈIIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRBIZIÈIIE

Blanche, de l'église Sainte- Marie dans l'Alcezar de Tolède. On ▼oit effectivement Pierre confirmer à Médina dei Gampo, le 16 août de cette année, nn acte par lequel, à la date dn 15 de de ce mois, la reine sa mère avait fait, dans cette ville, donation du lieu appelé Yallecillo, qui était de ses domaines, à Juan Ferrandez Gabeza de Yaca, frère du grand majordome d*Albnquerque, et ce n'est pas sans étonnement qu'on voit le roi, dans cette confirmation, nonobstant son récent mariage public avec Juana de Castro et sa conduite ultérieure envers Blanche, donner à celle-ci le titre de reine, et l'appeler sa femme :

« Moi, D. Pedro, par la grâce de Dieu, roi de Gastille et de Léon, etc., conjointement avec la reine dofia Blanca ma femme, dit-il dans cet acte, au vu d'une lettre de la reine dona Maria ma mère'..., etc. »

Il se rendit quelques jours après à Tordehumos, et ce fut là qu'il apprit ce que les habitans de Tolède venaient de faire en faveur de sa femme, et l'appel qu'ils avaient fait du grandmaltre D. Fadrique dans leurs murs. La nouvelle lui en fut désagréable ; mais elle plut beaucoup aux cousins du roi et à plusieurs chevaliers de haut parage qui se trouvaient là avec lui , et qui, mécontens de la façon dont il gouvernait son royaame et sa maison, avaient résolu de se séparer de lui.

Le roi D. Pierre, dit Ayala, était en ce temps à Tordehumos, et, s'il fut très chagrin de ce qu'on lui dit de Tolède, beaucoup de ceux qui étaient avec lui, tant les infans d'Aragon D. Ferdinand et D. Juan, se^ cousins, que d'autres, eurent de ces nouvelles grand plaisir, ne pouvant leur plaire

^ Yo Don Pedro por la grada de Dios, Rey de Castilla é Léon, etc. .... , régnant en uno con la Reyna doiîa Blanca mi muger, vi una carta de la Reyna dona Maria mi madré, etc. (Pellicer, Casa de Gabeza de Vaca, fol. 102 et 103). — Ainsi s'exprimait^ dnq mois après avoir fait déclarer nul son mariage avec Blanche et avoir épousé solennellement à Cuellar la sœur d'Inès de Castro, et quoiqu'il ait prétendu, qudqucs années plus tard, être marié aussi en légitime mariage, dès 1352, avec Marie de Padilla.

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de voir le roi gouverner le royaame et sa maison comme il faisait, et aussitôt ils commencèrent à traiter les nns avec les antres ponr se départir du roi, comme ils le firent, et que nous le conterons plus loin. En même temps, D. Jaan AIfoDse de Haro, fils de D. Alfonse Lopez de Haro et de cette dame d^boDueur, dona Léonor de Saldafia, que noos avons tue à Tolède agir si efficacement comme gouveruaDte de la reine dofia Blanca, se sépara du roi, et s*en fut à Montalègre, lien qui appartenait à D. Juan Alfonse d* Aibuquerque ; il 7 entra avec des troupes de cheval et de pied levées et soldées à ses frais. Et à peu de jours de là s*en fut au méiDe lien de Montalègre D. Alvar Garcia de Albornoz, lequel s'arrêta là avec les autres qui le gardaient. Et ainsi chaque jour se ralliaient de nombreuses compagnies an comte D. HcBri et à D. Juan Alfonse, et se séparaient du roi les seigneurs et les chevaliers '.

Lorsque les infans d'Aragon et les chevaliers avec lesquels ils traitaient furent décidés à se rapprocher du comte D. Henri et d*AIbuquerque, pour s'entendre et traiter avec eux , ils se séparèrent ouvertement da roi, se réunirent, et furent à un lien voisin de Tordehumos appelé Tillabraxima : et là, ils prirent la reine dona Léonor, leur mère, et se portèrent avec elle à Montalègre, qui était à D. Joan Alfonse de Aibuquerque (entre Médina de Bioseco et Ampadia, à Test de Tordehumos); ils y furent très bien reças, et ils demeurèrent là quelques jours, et ensuite furent à Coeoca de Tamariz \ Et les chevaliers qui, avec les infans, se séparèrent du roi furent D. Diego Ferez Sarmiento, Pero Gonzales de Aguero, Ferrand Ferez de Ayala, et sept ou huit autres.

« Et dès que les infans et les chevaliers qui avec eux étaient furent à Cuenca de Tamariz, ils écrivirent pour faire savoir au roi, continue Ayala, comment tous étaient affectiranési son

* Cronica dd Rey D. Pedro, ano v., c. 23.

2 On appelle aujourd'hui la ville qu' Ayala désigne ainsi Cuenca de Gampos.

GHAPrnUS TREIZIÈME. S59

service, et ne s'étaient séparés de sa cour que parée qa*il avait abandonné la reine doua Blanca sa femme, ce qui était con^ traire à son honneur; que les troubles qui régnaient dans le royaume et parmi les seigneurs tiraient leur origine du scandale public qu'il causait en ne vivant point avec la reine et en s*abandonnant entièrement à la Padilla et à ses parens, par les conseils de qui tout se faisait, pour le malheur di| royaume. Mais que si, comme ils Ten priaient, il voulait biea apporter à ceci Tunique bon remède pour qu'ils passent demeurer en sa cour et à son service avec honneur et sûreté (le renvoi des Padilla et le rappel de la reine), ils étaient prêts à y rentrer et à reprendre tous leurs fonctions auprès de lui. Et au fond ils disaient vrai. Si le roi eût changé de conduite, il les eût par cela même vaincus et ramenés. C'est toujours le principe juste et sage des oppositions: elles croient que les princes leur sauront gré de ne pas leur laisser faire des fautes qui, plus tard, tournent contre eux -mêmes. Hais Pierre n'écouta que ses passions, et ne tint aucun compte de leurs remontrances. Il ne daigna leur faire que des réponses évasives, et les poussa ainsi définitivement dans l'opposition armée vers laquelle ils inclinaient. Ils n'attendirent plus, dès lors, que le moment de s'allier ouvertement avec Albuqnerque, le comte D. Henri et D. Ferrand de Castro, qui venaient de se réunir avec toutes leurs forces à los Barrios de Salas, et dont on leur avait annoncé la marche vers Cuenca de Tamariz *•

La jonction de toutes les forces des trois premiers grands confédérés s'était opérée, peu auparavant, à los Barrios de Salas. Nous avons dit que le comte D. Henri avait d'abord quitté Albuquerque pour aller chercher dans les Asturies des troupes de pied :il était venu rejoindre D.Juan AUonse

^ n contraignit par ses mauvaises mœurs et ses turpitudes, dit l'auteur des Annales Ecclésiastiques, les princes castillans à prendre les armes pour corriger sa folie : — . . . Corripuisse principes castellanos arma ad sanandam Pelri régis Tdaniam.

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déjà réani à losBarrios de Salas avec D. Ferrand de Castro, et toas les trois en partirent an mercredi du commencement d*août. Ils avaient mille deux cents chevaux et trois mille cinq cents hommes de pied, et ils furent ce jour-là coucher à Yal de Sant Loreuzo; le lendemain, jeudi, ils passèrent le pont d'Astorga, et furent coucher an pont d'Orvigo; ils prirent le lendemain le chemin de Valence (Valencia de Don Juan), et furent diner à Nava, hameau à deux lieues de Mayorga ; ils y firent la sieste, et partirent de là snr le soir, passèrent de nuit à Mayorga, et quand le jour parut, le lendemain samedi, ils étaient à la porte de yillalon,qui était une ville de D. Tello. Us apprirent là comment les infans d* Aragon et D. Tello s'étaient réunis, et étaient en ce moment à Guenca de Tamariz avec deux mille chevaux, pour combattre, leur disait-on, contre eux ^ Le comte, Albuquerque et D. Ferrand de Castro ignoraient encore Tintention des infans. En arrivant près de Guenca de Tamariz, ils firent halte, et le comte, par mesnre de précaution, envoya en avant trois éclaireurs à cheval avec Tordre de se placer en observation (en vedette, por atalaya) sur une colline qui était devant eux, entre eux et la ville, et d*où l'on pouvait la voir. Et tons mangèrent, et firent manger à leurs chevaux de l'avoine fraîche qui se trouvait là sur des aires où Ton venait d'en recueillir, car on était au mois d*août, au temps où l'on moissonne et recueille Tavoine. Et, à peu d'heures de là, revint un des éclaireurs, disant qulls avaient vu sortir de Guenca cinquante hommes à cheval, la laûce à la main, lesquels venaient à toutes brides contre eux. Le comte et D. Juan Alfonse donnèrent Tordre à tous de remonter à cheval et se portèrent aussitôt vers le monticule où étaient leurs vedettes, où ils s'arrêtèrent et se mirent en bataille dans Tordre saivant : leurs trois bannières en une, les hommes à cheval

^ Con do5 mil de cabaUo para peiear con ellos

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