CHAPITRE TRElZlÈBfE
réunis antonr, et les hommes de pied, la moitié d'un côté des chevaux, et Tautre moitié de Tautre '.
Les cinquante hommes à cheval que les vedettes avaient vu sortir de Guenca de Tamariz avaient à leur tête Diego Ferez Sarmieoto, Lope Diaz de Rojas et Juan de Âbendaûo; et dès qu'ils furent arrivés où étaient e comte, D. Juan Alfonse et D. Ferrand de Castro, ils leur parlèrent à part. Ce qu'ils leur dirent, on Tignore; mais on les vit, peu d'instans après, se mettre tous en mouvement et marcher ensemble vers Guenca de Tamariz. Arrivés à la porte de la ville, il fut ordonné à tous d'en sortir, et les trois seigneurs y entrèrent et avec eux quatre de leurs chevaliers : Pero Ruiz de Villegas, Juan Gonzalez de Bazan, Suer Yanez de Parada et André Sanchez de Grez; ils trouvèrent dedans la reine dona Léonore et les infans ses fils. Et les infans, le comte D. Henri, D. Juan Alfonse, D. Ferrand de Gastro et D. Tello s'entretinrent l'espace d'une grande heure avec la reine dona Léonore. Les compagnies du comte, de D. Juan Alfonse et de D. Ferrand de Gastro, qui étaient au dehors, le tenaient pour merveille, et commençaient à s'inquiéter de leurs seigneurs, lorsqu'enfin ceux-ci sortirent de Guenca accompagnés de D. Tello, avec lequel, eux et leurs troupes, se rendirent à Villalon, qui était, comme nous l'avons déjà dit, à D. Tello; on les 7 accueillit bien, et ils y restèrent deux jours. La reine doiia LéoDore et les infans ses fils restèrent à Guenca. Et tous ensemble envoyèrent de là, le lendemain, des messages aux villes de Tolède, de Gordoue, de Guenca del Xucar, de Jaen, d'Ubeda, de Baeza et de Talavera, qui toutes s'étaient déjà prononcées dans le sens de la ligue ^, pour leur faire savoir comment eux tous s'étaient entendus pour ne former
** B pusieron sus batallas en esta ordenanza : los pendones todos très en uno, é los de caballo juntos en uqa haz ; é los peones la metad delà uiia parte de los caballos, é la otra metad de b otra parte.
* Que todas estaban alzadas por que el Rey dejase à dona Maria de Padilla, é ficiese vida con la Reyna dona Blanca de Borbon su muger.
362 HI8TOIRS d'espagioe.
pins qn'un parti. En même temps ils écrlTirent au roi pour le prier en grâce de quitter Marie de Padilla et de bien Tivre avec la reine Blanche de Bourbon sa femme légitime; et aussi, que ce fût son bon plaisir de mettre le bon ordre dans le royaume et dans sa maison, pour que ceux qui devaient le servir eussent honneurs et biens de lui, chacun selon son état et la nature de ses services. Ils écrivirent pareillement à la reine dona Blanca, à Tolède, et lui firent savoir comment eux tous étaient à son service, armés pour sa juste cause, et entendaient pousser Taffaire jusqu'au bout, airec l'aide de Dieu '.
Les confédérés avaient jusqu'à cinq mille chevaux et une infanterie plus nombreuse encore, forces très supérieures à celles du roi, à qui il ne restait plus qu'environ six cents hommes à cheval ^. Se voyant presque sans troupes et craignant d'être fait prisonnier dans Tordehumos, il prit le parti d'aller s'enfermer dans Tordesillas, ville forte et de difficile accès, et il emmena avec lui la reine doua Maria sa mère et dofia Maria de Padilla sa maîtresse. Mais les confédérés se mirent en devoir de suivre ce mouvement, se réunirent tons à Montalegre où ils demeurèrent quelques jours, et ensaite en partirent, et se rendirent aux environs de Tordesillas, prenant leurs quartiers, les infans d'Aragon et la reine dofla Léonore leur mère, à Villalar ; le comte D. Henri, D. Tello et D. Juan Alfonse, à Pedrosa; et D. Ferrand de Castro à Casasola. D. Juan de la Gerda vint de Séville se joindre à eux, et se logea avec ce dernier à Casasola. Et de là, tenant Tordesillas en quelque façon bloquée, ils résolurent d'ex-
^ É que asi lo entendian levar adelante con lo ayuda de Dios.
* É non fincaron con él mas de seiscientos de naballo , los quales eran estes, dit Ayala : Don Diego Garcia de Padilla maestre de Calatrava, é D. Pero Nuôez de Guzman, é Don Garci Ferrandez Manrique, é Juan Alfonso de Beoavides, é Cigo Lopez de Orozco, é Juan Ferrandez de Henestrosa, é Pero Gonzalez de Mendoza, é GuUer Ferrandez de Toledo, é otros Caballeros ; pero todos non eran mas de seiscientos de cabello.
GHAPITRB TREIZIÈME. 363
poser de nonvean au roi les causes qui les obligeaient à se tenir hors de son service. La reine d'Aragon sa tante se chargea da message. Accompagnée seulement de quelques femmes de sa suite, elle se rendit à Tordesillas pour parler an roi, et lui renouvela la demande des confédérés : qu'il reprit la reine Blanche sa femme et la menât avec lui, comme c'était raison ; qu'il eiilàt ou plutôt envoyât vivre, avec des rentes suffisantes, doua Maria de Padilla, dans le royaume de France ou dans celui d'Aragon; qu'il cessât de tout faire par les conseils des parens de cette femme : à ce prix, tous ses vassaux, qui maintenant se tenaient éloignés de lui, lui reviendraient fidèles et dévoués. Mais le roi, bien qu'il eût écouté attentivement tout ce que lui dit sa tante, ne fit aucune réponse satisfaisante ; moins que jamais il paraissait disposé à se séparer de Marie de Padilla, et la négociation en resta là. La reine d'Aragon revint auprès des seigneurs qui l'avait priée d'aller parler au roi, et leur fit part du peu de succès de sa mission. Ils furent dévastant alors la banlieue de Tordesillas bien dix jours; après quoi ils en partirent pour aller courir la Tierra de Campos. La reine-mère, qui était avec le roi à Tordesillas, le voyant si obstiné dans le mal, lui demanda la permission de le quitter pour se rendre àToro. Il la lui donna, et demenra à Tordesillas avec la Padilla '.
1 Pierre et la reine dona Maria sa mère étaient déjà à Oterdesillas (Tordesillas), le 6 fMj^tembre de cette année, comme le prouve un acte de la reine, donné de cette ville, 80U6 cette date, par lequel elle fit donation de Cillero de Armellada à Juan AlfoMO de Benavidea justida mayor de la Casa del muy noble Rey Don Pedro mio fijo , é mayordomo mayor de la Reyna Dona Blanca su muger^ ete. (Voyez Argote, Nobleza de Andaluzia, fol. 203). — Pierre écrivit de la même ville , le 28 octobre, à l'infant D. Pierre d'Aragon , lieutenant-général de ce royaume en l'absence du roi Pierre IV, une lettre par laquelle il lui fit part de la défecUon des deux infants d'Aragon dont il parle comme il suit : — Facemos vos saber qae los infantes Don Fernando é Don Juan mis primos, é hermanos del Rey de AragoB, vlvlendo eon nusco et en nuestro senorio, é seyendo nuestros vassallos, é teniendo de nos ^ndes ofldos de la nuestra casa é del nuestro Regno, el infante Don Fernando Adelantado mayor de la [Frontera ;é nuestro CanccUcr mayor, é el
364 USTOIBE b'bspaghe.
Les confédérés firent cependant des courses de goerre, d*nn coté, jusqu'aux portes de Yalladolid , où ils avaient des intelligences avec Juan Alfonse Tello, frère de Martin Alfonse Tello, qui avait les offices de Yalladolid, et de Tautre, jusqu'aux portes de Salamanque, où un de leur amis, Alvar Gonzalez Moran, qui en était, tâcha de les introduire ; mais ils ne purent entrer dans l'une ni dans l'autre ville. Ils furent plus heureux à Médina -del Gampo; cette place tenait pour le roi et avait une garnison de chevaliers d'élite. Les ligués l'attaquèrent, et y entrèrent de vive force le 28 septembre, veille de la saint Michel '. .
Les vainqueurs se logèrent avec leurs troupes dans la ville et y trouvèrent des vivres en abondance. Hais ils y perdirent bientôt un de leurs chefs, celui à qui le roi en voulait le plus. Au commencement d'octobre, Albuquerque fut atteint d'un mal inconnu, dont il mourut presque subitement. Il sentit d'où cette mort lui venait. Suivant ce qu'on sut depuis, dit la chronique, sa mort eut lieu de cette manière : quelques jours après être entré à Médina del Gampo, D. Juan Alfonse fut pris de la fièvre; il y avait près de l'infant D. Ferrand d'Aragon un médecin romain, appelé maître Paul, qui fut chargé de donner des soins au malade. Le roi Pierre le sut, et envoya dire secrètement à ce médecin que, s'il voulait empoisonner Albuquerque, il Tenrichirait et lui ferait maintes fa-
infante Don Juan nuestro Alferez mayor, é teniendo muy grandes tierras de nos por que nos avian à servir, é levando sueldo de nos contra el Gonde é Don Fernando de Castro, etc.— Cette lettre n'eut aucun résultat (Voir Zurita, Anales de Aragon, 1. Tni, c. 56). Enfin, le roi était encore à Oterdesillas le 10 novembre, comme on le voit par la date d*un acte par lequel il fit donation de la ville de VUlafranca de Valcarcel à Juan Alfonse de Benavides (Voir Argote, ubi supra, 1. c.)*
^ Les chevaliers que le roi y avait envoyés pour sa défense, dit Ayala, se réfugièrent dans la ville vieille, au château de Médina, et obtinrent de là qu*on les laisserait sortir saufs ; lesquels étaient ceux-ci : Juan Rodriguez de Cisneros, Pero Gonzalez de Mendoza, Ferrand Alvarez de Tolède, Gard Alvarez son frère, Gomez Garrillo, fils de Gutier Ferrandez de Tolède, Suer Bfartinez^ clavero d'AlGantara,Men Rodriguez Tenorio, qui avait la charge de D. Juan, fils de D. Pero Poaee, et d'autres.