‹ Histoire d'EspagneChapitre 64 sur 108 · CHAPITRE TREIZEÈBfE · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZEÈBfE

pour 1*7 aller rejoindre, et se porter de là avec lai aa secours de Tolède. Des espions avertirent le roi, à peu de distance de Toro, da départ du comte et de la route qu'il avait prise pour se rendre à Talavera par le port del Pico, et Pierre envoya ordonner aux gens d'Avila et de Golménar de Tattaquer au passage. Ils s*embusquèrent dans le port del Pico, en assez grand nombre, et quand il fut arrivé à leur portée, l'attaquèrent et lui tuèrent plusieurs chevaliers d'élite, entr'autres Ferrand Sanchez Manuel, fils de Sancho Manuel el Mozo ( petit-fils de D. Juan Manuel) et neveu de la femme du comte. Il traversa néanmoins ces bandes armées qui l'avaient si rudement assailli, et put franchir le défilé; mais ceux de Golmenar le poursuivirent et le harcelèrent dans la plaine, entre la sierra et le Tage, jusqu'aux portes de Talavera. Il opéra là sa jonction avec le grandmaltre, et, furieux de cette attaque imprévue, en repartit le lendemain avant le jour avec son frère et toutes les troupes qui se trouvaient à Talavera pour aller châtier dans sa colère ses agresseurs de la veillç, surprit Golmenar, le brûla, et en tua la plupart des habitans, auxquels il en voulait durement de l'avoir si fort maltraité dans son chemin, lui, dont ils n'avaient jamais eu à se plaindre et qui jamais ne leur avait fait de mal '•

De Golmenar, le comte et le grand-maître revinrent à Talavera, où ils ne tardèrent pas à apprendre que le roi avait passé le port de la Tablada et était en ce moment à Torrijos, à cinq lieues de Tolède ; aussitôt ils partirent de Talavera et se dirigèrent sur Tolède par la rive gauche du Tage, laissant le fleuve entre eux et les troupes du roi réuni%à Torrijos. Ils arrivèrent un samedi du mois de mai (le 7), de grand

^ Cronka del Rey D. Pedro, aiSo ti, g. 5 : — Gomment le comte Don Enrique fot maltraité par les habitans de Colmenar et d*Avila dans le défilé del Pico ; et eonmient après il revint sur eox et leur fit grand dommage.

9M Bffmiiiit o'bv40iv-

IS4tiP| an pQst de ^iot'Martin de Tolède, et, d^ que Ig» çbeviiUers de la Tille le surent « Us leur firent apporter beaucoup de vivreSi et demander la cause de leur &r* rivée I^^ à (j|[aoi le comte et le çrand-maitre répondirent qu'ajout appris d'une manière certaine que le roi était à ^orrijoPt h cinq lieues de Tolède, ils avaient craint, ^% eatri|i( dp^pa le ville, qu'il n'en arrivât malheur à \a, reiue4oAl Qleoca qui 9*; trouvai^, et à ceux de la ville qui avainat l^ris sou prti avec euSi et que^pour cette raison,^ ils éuiept ^ veiiu9 pour les secourir et rester avec eu^, suivant léser* (peut qu'ils ep evaieut fait ; qu'ils les priaient en conséqneiice de vouloir bien les accueillir dans la ville. Ils firent valoir surtout pour argument que, lorsque le roi lea verrait tou^li réunis et dans un commun dessein, il leur serait d'^utadt plus facile de terminer toutes choses à leur lionneur^

\fi^ chevaliers de Tolède, qui étaient sortis pour venir l^ar perler au pont de Saint-Martin, leur dirent ])our réponse qq ils teuaieut ^ grand honneur leur arrivée ; mais que, àm I ét^t des choses, ils avaient cru devoir négocier avec Iç roi PQur amener quelque bon arrangement et ne pas mettre toot e;^ plus grand péril, et lui avaient envoyé à cet effet deacbe* yaliers, leurs parens, à Torrijos,, pour traiter avec lui et lai demander d*ètre favorable à leurs vœux ; que tout ce quece^ chevaliers étaient chargée de demander au roi était <^n rbanqeur et à Tavantage desdits comte et gra^d-maitre de SaÎQt* Jacques, et de tous ceux qui, avec eu^t voulaient |a loi^ chose; qu'ils croyaient le roi adouci et déposé dao^ son cœur à faire un bon arrangement, tent pQur boivorer H femme I4 reine dona Blanca^que pour éloigner de lui Tenqui que lui çau^ieut ceux qui avaient pris parti pour elle, et que si maintenant ils accueillaient lesdits comte et grand* mattre dans la ville de Tolède, qui était une ville du roi et une place si noble et si forte, il n'était pa3 douteux qaç te négociation ne se rompit;, et q^e lea cWes, qui étemtM

CHAPItRB TftBEEIÉM. 3^1

bODëM, M tonnuuMefit à mal. Ils ajoatèrent qne, puisque le comte et le grand-mattre avaieRl à eux la Tille de Talavera^ qui était très forte et en an site escarpé, et dans laquelle ils tt^aient beaucoup de Tivres et de troupes, ils voulussent bien 7 retourner, jusqu'à ee qu ils eussent tu quelles seraient les imentmis ds roi; que, datlleurs, quelle que fût sa réponse, ils la leur feraient savoir aussitôt, et ue feraient riea que si eda lewr plaisait, et par leurs conseils.

Le comte et le grand-maître ne se tinrent pas poir satis** IMts de cette réponse; il y avait près des deux frères qneU qoes chevaliers et écuyers de Tolède, leurs vassaux, qui étaient venus avec eux de Talavera ; d'antres, dans la ville , bien que n'étant pmnt leurs Tassaux, leur voulaient da bien et désiraient à tout prix les voir entrer dans Tolède; île dirent au comte que, puisqne par ce pont de Saint- Martin on ne les voulait pas recevoir, ils fissent le tour du flenYC jusqu'aux jardins du roi, situés en face et à rentrée du pont d'Alcantara, où ils pourraient camper, et qu'une fois là, leurs amis du dedans tâcheraient de les faire entrer par eer côté. Ils redescendirent et tournèrent en effet le Tage, dans le demi-cercle qu'il forme du pont de Saiat-Martin au pont d'Alcantara, et s'arrêtèrent à l'entrée de ce dernier pont, à Tendroit où passe aujourd'hui le chemin de Gorbellos Layos. Ils y furent le reste du samedi, y passèrent la nuit, et le lendemain dimanche, à midi, ceux de leurs partisans qui les appelaient à Tolède leur en ouvrirent les portes et les reçurent. Ce fut une bonne journée pour le comte et le grand-maltre, car ils ne traitaient d'aucun accord avec le roi, ni ne se fiaient à lui, et ils tenaient à devenir maîtres, à quelque prix que ce fût, d'une cité aussi forte et aussi importante que Tétait Tolède, jusqu'à ce qu'ils eussent obtenu du roi une sûreté telle qu'ils la désiraient. Et, comme, à ctMs Iwure de midi, tous étaient sans crainte dans la eîté, ne pensant à rien de semblable, on ne ^j doulaj de neo.

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si ce n'est lorsque entrèrent par le pont d*Alcantara les hommes d*armes et les bannières da comte et du grandmaitre. La i^ille se divisa là-dessas : ceux des chevaliers de Tolède et des habitans à qui plaisait cette euité^ des deax frères se joignirent incontinent à eux ; ceux à qui elle ne plaisait point se réfugièrent dans TAIcazar, et envoyèrent mettre en défense le château de la grande Juiverie (la Juderia major) qui était entourée , d'un mur d'enceinte. Et on grand tumulte se fit aussitôt par toute la ville '.

Ceux de la ville de Tolède, dit Ayala^, à qui ne plot pas l'entrée du comte don Enrique et du grand-mattre de Santiago, quand ils les virent entrés dans Tolède selon ce que nous avons dit, le reprochèrent vivement au grand-mattre, et lui dirent que par lui adviendrait à leur ville grand dom« mage; et aussitôt ils envoyèrent des lettres an roi D. Pedro, qui était à Torrijos, à cinq lieues de là, par lesquelles ils le priaient en grâce de venir vers sa ville de Tolède, où ils le recevraient. Le comte et le grand -maître, de leur côté, dès qu'ils furent entrés dans la ville, se mirent au repos dans leui% logis ; mais leurs troupes commencèrent à attaquer une juiverie écartée qu'on appelait VAlcana. C'est ainsi qnon nomme encore aujourd'hui à Tolède une rue où il n y a guère que des marchands merciers, et qui donnait alors son nom à un quartier exclusivement habité par les Juifs. Elles la pillèrent, et tuèrent, des Juifs qui s'y trouvaient, jusqu'à mille deux cents, hommes et femmes, grands et petits. Mais elles ne purent prendre la grande Juiverie, qui était fortifiée, et remplie d'une population nombreuse. Quelques chevaliers, qui tenaient pour le parti du roi, y prêtaient main-

^ E OTO luego muy grand rcTuelta en toda la^ cibdad (Cronica del Kej D. Pedro, ano yi, e. 6).

^ ABo Tiy c. 7 : — Comment quelques-uns de la vUle de T(^ède, à qui ne plut pas Ventrée du comte et du grand-maltre, envoyèrent vers le roi Don Pedro, et comment il vint Immédiatement le jour suivant, et ce qui arriva.

GHAPJTBE rmmkuE. 393

fcHTte aux Juifs, et défendirent avec eax la grande Juiverie. On envoyait cependant d'heare en heare presser le roi de Tenir en tonte hâte à Tolède, et le lendemain lundi, 8 mai, de grand matin, sur ces invitations réitérées, Pierre partit de Torrijos, passa le Tage par un gaé qui était en ce moment fort bas, près d'un hameau appelé Pertusa, et remonta le fleuve du côté du pont de Saint-Martin de Tolède ; il vint par ce chemin parce que le pont de Saint-Hartin était lié à la grande Juiverie, qui 8*était déclarée pour lui. Ceux de son parti lui avaient envoyé dire de venir de ce côté, parce que les écluses du Tage, dépendantes de la Juiverie, étant en ce moment à sec , ceux qui tenaient pour lui dans la place pourraient par là donner entrée aux siens. Le roi amenait avec lui de nombreuses troupes, et fit en arrivant attaquer le pont de Saint-Martin; quelques-uns des siens commencèrent aussitôt à passer par les écluses qui étaient à la droite de la juiverie (en aval du pont de Saint-Martin), lesquelles étaient alors plus à sec, dit Ajala, qu'elles ne Tavaient été depuis vingt ans. Près de trois cents hommes d*armes passèrent ainsi, les Juifs de Tintérieur de la Juiverie les aidant, avec des cordes de chanvre qu'ils leur tendaient, à passer le fleuve et à monter par les écluses en se tenant aux cordes. Ceux qui purent ainsi passer entrèrent dans la grande Juiverie, et se joignirent fort à propos à ceux qui en ce moment la défendaient; car déjà les troupes du comte comm2nçaient à y entrer par les brèches qui s'ouvraient sous leurs efforts, et les pans de murailles écroulés de l'enceinte défensive <.

Le comte D. Henri, le grand-maitre de Saint-Jacques D.Frédéric son frère, et D. Pedro Estevanez Garpentero, qui s'intitulait grand-maitre deGalatrava(neveudu grand-maitre de cet ordre D. Juan Nunez de Prado, que Diego Garcia de Padilla avait supplanté et avait fait mourir dans Maqneda),

^ Gronica dd hfis D* Pedro^ ano yi, «. 7.

tandis que le gros d% leun hommes assiégeait aittâ leqiHrw tier des Juifi, étaient aecooros à la défense de la perle et éo pont de Saint* Martin avec leors meilleurs ehevalierset aai partie de la population de la Tille. Quelqoes-mis des lean se jetèrent intrépidement dans la tour du pont, mais ib a J trouTèrent ni pierres ni armes de tratt. C'étaient D. Pero Im de Sandoval, ooimnandenr de Hatttiel, de l*ardre de Saiot-iaequee, Àlfonse Jnfré Tenorio^ Fermnd Sanckes ëe lojaâ, et un chevalier de GatalraTa appelé Père AlTareik Ils firent les pios grands efforts pear s'y maintenir, maigri Finnombrable qnaotité de flèches que faisaient pleafoir wt eui les archers du roi, mais ils ne le purent, et presque tous se retirèrent blessés. On mit alors à la garde de la porte quelques habitans et un certain nombre de chevaliers de bonne ▼(>« louté. Cependant, le comte D. Henri, le grand-niaitre D. Fré» déricsou frère, D. Pedro E^^tevanez Carpentero, qui sîatita*' lait grand-maitre deCalatrava, comme ne manque jamais de l'appeler Ayala, et les chevaliers qui avec eoi étaient, voyant de moment en moment les hommes du roi paeser dam la vilie par les écluses en aval du pont et leurs propres bommes repoussés de la grande Jniverie, tinrent conseil, et, peasaot que si le roi entrait une fois, tous ceux de la ville tieadfaieat pour lui, résolurent de mourir plutôt en rase campagne que par les rues de Tolède. C'est pourquoi ils sorlireol tous aussitôt de la ville par le pont d*Aleantam,el piv rent leur chemin le long du tow^nant du Tage vers le pont de Saint-Martin, où était le roi, pour l'aller eombattre; mais, conune ils sortaient dans ce desseiu par la porte du côté de Touest, du côté de l'est le roi faisait mettre le fiea à la ports du pont de Saint-Martin, et entrait avee toutes ses oempa" gnies et toutes ses bannières. Lorsqu'ils arrivèrent au pont de Saint- Martin, àéjk le roi était dans Tolède avec toute son armée. Toutefois, Tarrière-garde, les bagages et les chariots n'avaient pu encore entrer, tant la presse était grands; le^

gens da (iomte, cIq graDd-maitre let de D< Pedro SslevanciTt Carpeotçro les attaquèrent, pillèrent les oharrois et les bète$ de somme, et les emmenèrent avec eux versTalavera;le so-> leil était déjà couché quand ceci avait lied. Le roi avait ca jour-là avec lui deuK mille cinq cents hommes à cheval caa« tillans et six cents cbevaux-l^ers. Les affaires.de Pierre se ré** tablissaîent» comme on voit ; il avait reconstitué sa majorité ipilitaire, comme d'autres reconstituent leur miyorité par|#r mentaîre, ear sous toutes les formes de la monarctaie, qu'on ^ 1 avoae ou qu*on se le cache, il fqut toujours compter av^ U nombre, Tétonner, le gagner, le séduire, le contraindre, le corrompre, ou Topprimer. Le comte et le grand-maitre çon frère, et qeux qui avec eux allaient, pouvaient s'élever en tout à huit cents chevaux ; mais tel était leur désespoir qq'ib étaient sortis (lour livrer bataille au roi, s'ils leu-saimt tirouvé encore arrêté au pont de Saint-Martin, et qu*ils eua^ sent tenté contre lui h tous risques la fortune des armes ^. Fierre, apprenant, comme il était déjà engagé asse;^ avaat dans Tolède, ce qui se passait au-^delà du Tage, et le pillage des bagages de son armée, revint en toute bâte au pont da Çaittl-tlartin et sortit de la ville pour aller co4ubattre ses frères; mais déjà ils avaient fait un asses long trajet sur le çbemin de Talavera; il courut à leur poursuite Tespace d'une l eue, jusqu'à Tendroit appelé la Pedrosilla, sans pouvoir les atteindre, LorsqiCil y arriva, il était déjà tard; il avait avec lui peu de monde; car, dit Ayala, la plupart d&s siens étaient restés dans la ville pour y prendre leurs logeraens , et quelques-uns pillaient ceux que venaient de quitter les gens ^a. combe 0. Qleuri, du grand-maltre, et de 1), Pedro £stevapez Carpeutero; et il se détermina à retournera Tolède par diverses raisons très sages *. Il y rentra comme la nuit était tout à

^ Cronica del Key D. Pedro, aSo v, c.

* E el Rey o?o sa acuerdo de se volver, ea lo iino levaba muy poca compana,

396 HISTOIRE d'espaghe.

fait tombée, et alla se loger dans la maison où était mort récemment Martin Ferrandez, surnommée el Ayo parce qu'il ayait été gonvemeur du roi Alfonse, père de Pierre; il ne Yonlut pas aller se loger à l'Alcazar, dit Ayala, parce que la reine dofia Blanca sa femme y était; t il ne la voulut pas voir, ni ne la vit jamais depuis ^. » Hais Hinestrosa fut chargé de se rendre à TAlcazar, et d'y veiller à ce que Blanche n'en pût sortir, sous quelque prétexte que ce fût, jusqu'à ce que le roi eût décidé de ce qu'on ferait d'elle. Quatre jours après son entrée, Pierre fit arrêter Tévéque de Siguenza, qui était de Tolède et s'y trouvait en ce moment, parce qu'il s'était prononcé pour le parti de la reine : on appelait cet évèqae D. Pedro Gomez Barroso, et il fut depuis cardinal ; tout son avoir lui fut pris et volé (robado), et Pierre envoya Hinestrosa prendre possession en son nom de l'alcazar et des chàteaoi de Févéque, à Siguenza, et y fit conduire le même jour Blanche prisonnière. Hinestrosa Yj conduisit avec son impassibilité accoutumée, et l'y laissa sous la garde de deux chevaliers vassaux du roi : Inigo Ortiz de las Cuevas et Rui Perez de Solo ; mais, à peu de jours de là, lûigo Ortiz resta seul chargé de cette garde. Prenons date de ceci (mai 1355); car Inigo Ortiz ne quittera plus la reine jusqu'à sa mort. Alors seulement Pierre s'installa dans l'alcazar de Tolède dont il avait exilé la reine, et avec son intrépidité de mensonge ordinaire écrivit au pape qu'il l'avait reprise poqf la traiter avec décence et honneur >.

otrosl que lo avia de aver con ornes desesperados ; é toraose para Toledo, ca ya era cerca de nocbe.

^ E non qubo ir al Alcazar, porque estaba ay la Reyna do2a Blanca sa mogcr, nin la quiso ver, nin la vid nunca despues.

* I^ pape lui répond le 8 juUlet de cette année (Raynald., ad ann. 1355, mm. 31) : Utteras tuas, per quas ingressum tuum in civitatem Toletanam, et cfaarisrtOMP in Cbristo filise nostne Blanchae Reginse Castellœ et Legionis iUustris uxoris toe reyoeaUonem ipslus nobis diffusius intimastl, bénigne reoepbnus. Oat. A?, vm, id. jnlii, anno m.

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