‹ Histoire d'EspagneChapitre 69 sur 108 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

Boarbon et avec les seigneurs et vassaux de son royaume. Avant de faire part au roi de ses instructions, le cardinal-légat le pria, de la part du pape, de vouloir bien faire mettre en liberté D.Pedro Gomez Barroso, que Pierre avait fait arrêter à Tolède lors de la prise de la ville, et fait depuis détenir prisonnier dans Aguilar del Gampo, sous la garde d*un che* Yalier nommé Gonzalo Gonzalez de Lucio. Le roi y consentit, et envoya aussitôt à Gonzalo Gonzalez de Lucio Tordre de mettre Barroso en liberté. C'était faire à la fois acte de courtoisie et de fine politique ; car, à cette mise en liberté, bien que demandée sans condition, était attachée, et il était facile au roi de le deviner, la levée de Tinterdit qu'Innocent YI avait mis sur le royaume en raison même de la détention de Tévêque de Si^uenza. £t cet évêque fut depuis évêque de Goïmbre, dit la chronique d'Ayala,et ensuite évêque de Lisbonne en Portugal , puis archevêque de Séville, et cardinal d'Espagne.. Une fois Barroso élargi, le cardinal communiqua au roi Tobjet principal de sa mission, consistant à établir une harmonie chrétienne, de devoir et de droit, entre le roi et sa femme, comme aussi dans ses états, « troublés par tant de scandales et d'offenses envers Dieu. » Mais, quelque zèle qu'il mit à manifester et à réitérer les instances du pape auprès du roi à ce sujet, jamais celuici ne voulut ouvrir là-dessus aucune conférence sérieuse ni accepter aucune médiation, ni, en faveur de ses grands vassaux en révolte , déposer les armes un seul instant. Au contraire , il animait chaque jour et resserrait davantage le siège de Toro, où étaient rassemblés ses principaux et ses plus hauts ennemis ^

Le 24 décembre, le roi prit la tour du pont, qui, quoique basse et peu fortifiée, s'était défendue très valeureusement. A cette prise D. Diego de Padilla, grand-maitre de Galatrava,

^ Voir Raynald.,adann.

eut le bras cassé d*un coup de pierre. Cependant les troupes des confédérés souffraient dans Toro du manque de vivres, non que les habitans n'en eussent en abondance, mais parce que la garnison n'avait pas d'argent pour les acheter. Cela fut cause de plus d'une désertion, et aussi de la démarche que fit auprès du roi un habitant appelé Garci Alonso Triguero, lequel vint lui offrir secrètement, s'il voulait l'assurer de son pardon, lui et les autres habitans, de lui ouvrir pendant la nuit la porte dite de Sainte-Catherine , par où il pourrait entrer avec les siens dans la cité ; le traité fut tenu si secret que personne ne le sut, hors le roi, Juan Ferrandez de Hinestrosa, le traître Triguero et ses parens.

On était au 4 janvier 1356. Ayala raconte que, peu d'heures avant le moment oîi cette porte devait être livrée par Triguero, le maître de Saint- Jacques don Fadrique, se promenant au déclin du jour avec six chevaliers et écuyers à cheval dans une petite île que forme le Duero en face de la ville, Jaan Ferrandez de Hinestrosa s'approcha de ce côté, et d'un bord à l'autre, appela le maître et lui dit : « Maître, seigneur, je vous prie de vous en venir plus près par ici, et de vouloir bien m'entendre. » Le maître demanda quel était l'homme qui Ini parlait; on lui dit que c'était Juan Ferrandez de Hinestrosa, et il répondit : « Je le veux bien; dites ce que vous voulez, je vous entendrai bien. » — « Maître, seigneur, reprit Hinestrosa, quand le roi don Alfonse votre père, à qui Dieu pardonne! voulut former votre maison avant que vous fassiez maître de Saint-Jacques, et vous donna des chevaliers et des écuyers pour vassaux, entre les autres il me donna à vous pour vassal, et je le fus, et reçus de vous beaucoup de faveurs Et Dieu sait qu'à l'exception du roi mon seigneur, je ne suis tenu de servir aucun homme au monde plus que vous. C'est pourquoi je voudrais et je veux votre bien, et vous garder 4p dommage et de mal partout où je le pourrai, si ce n'est au détriment du service du roi. Et parce que je sais qu'il vous

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