CHAPITRE TREIZIÈBIE
importe d'agir ainsi, je yoqs prie en grâces, et tous donne conseil de Tenir incontinent à la merci dû roi mon seigneur et votre frère, et tous avertis que, si tous ne le faites, ce sera grandement au péril de votre personne. Et je tous le dis en présence des chcTaliers et des écuyers qui sont aTec tous, et de ceux qui de cet autre côté sont, pour que si tous ne le faisiez, et qu'il TOUS en advint quelque mal et dommage, tous ne disiez point, ni tous ni aucun autre, que je ne tous en ai pas averti, et que j'ai été pour quelque chose dans Totre mal. Que s'il TOUS en arriTait maintenant, je suis quitte euTers vous, et tiens qu'en vous disant cela et en vous en aTertissant, j'ai rempli le dcToir auquel j'étais obligé comme ayant été autrefois Totre Tassai. »
Et cela, poursuit Ayala, Juan Ferrandez le disait parce qu'il saTait, suiTant ce que l'on a vu, que Garci Alfonse Triguero devait, dans la nuit ou le lendemain, livrer au roi la porte de Sainte-Catherine, par où le roi devait entrer et prendre la ville, et tuer le maître, et qui il Tondrait, ou faire d'eux à son bon plaisir. Hinestrosa donc sachant ce qui deTait arriTer, était bien aise de ménager le retour de don Fadrique an roi, et peut-être la chose était-elle concertée aTec le roi luimême, comme on pourrait Finférer d'un incident du récit qui frappera le lecteur tout à l'heure : « Juan Ferrandez, je tous ai connu toujours pour bon chcTalier, répondit don Fadrique à Hinestrosa, et c'est Térité que tous fûtes mon Tassai, et me serTites toujours bien et loyalement; cependant , en ce moment, il me semble que tous ne me donnez pas un bon conseil en ceci, que je quitte et abandonne madame la reine dona Maria qui est dans cette Tille, et ma sœur la comtesse dona Juana femme du comte don Henri mon frère, et tous ces bons chc- Taliers et écuyers qui ont été et qui sont dans cette Tille pour serTir la reine, jusqu'à ce que soient Tidés couTenablement nos différends aTcc le roi mon seigneur, et que nous soyons tous en sa grâce. Mais si sa Tolonté était de reccToir madame
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la reine sa mère, et ions ceux qui sommes ici pour elle, en sa grâce et merci, et de mettre tout ressentimeiït du passé en oubli, ce serait ffurt son avantage, et veus le lui derriez bien conseiller. » Juan Ferrandez répliqua : « Maître, seigneur, je vo«s ai dit ce que je dois et ce que je sais. Soyez certaia qne si tous ne ivene^s auasiiât à la mearci du r(4 mon seigneur votre frère, qui est ici, tous êtes en péril de mort. U ne m'est pas donné de vous pouvoir avertir davantage; et je prends à témoins tous ceni^ qui m'entendent. » Le mattre de Saint Jacques, entendant cela, eût grande crainte; car il connaissait Juan Ferrandez pour bon chevalier et hooMne de vérité, qui n'eût pas dit ces paroles s*il n'^ été instruit de certaines choses qui devaient se faire , par où le maître se verrait en péril. Sien qu'il ne sût rien de la trahison de Triguero, et ne se doutât pas que révénement fût si près de s'accomplir, don Fadrique n'avait pas élé sans remarquer le mécontentement qu'éprouvaient les habitans d'un siège » prolwgé, et les dispositions où ils étaient de se rendre on de cherdber eux-mêmes les moyens de faire qne le roi recouvrât la ville. Ébranlé par les paroles d'Hinestrosa, le maître lui dit : « Juan Ferrandez, comment me iK)Dseillezvous de me livrer à la merci du roi sans sanf*conduit de lai?> A ce moment^ le roi, qui était sur le bord du Duero non loin d'QioieMstrosa, et qui avait entendu toutes les paroles échangées des deux rives, cria au maître, de manière à ce qn'il l'entendit : « Frère grand -midtre, Juan Ferrandez voos conseille bien. Yenez à ma merci, je vous pardonne, et vous donne un sauf-^sonduit à vous et à ces chevalicirs et écoyers qui sont dans cette ile avec vous.» Ce qu'entendant le grandmaltre, il lui redemanda : « Seigneur, me pardonnez-vous et me donnez^vous un sauf-conduit, à moi, et à ceux^ qui sont ici avec moi? » Le roi répowlit: « Oui, je vous l'ai dit; c'est pourquoi, frère, venez-¥ou&-en incontinent à moi." le grand^dui^tce et ceux qui avec lui étaient dans la petite
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lie passèrent alors le bras du fleave qui les séparait de la rive où était le roi, et allèrent à lai, et Ini baisèrent la main. Ceux de la yille qui ayaient pn iroir cet entretien da haut des murailles ne savaient ce dont le grand-maitre traitait avecle roi. Mais le voyant passer ainsi dans son camp et à sa merci , ils se tinrent poar perdns. £t il s'éleva an grand bruit par la cité. « Nous sommes morts, criait-on de toutes parts, le maître est passé au roi et nous abandonne. » La reine dona Maria, mère du roi, et dofia Jnana, femme du comte don Henri, surprises de la nouvelle, se retirèrent dans le château, accompagnées de quelques chevaliers. Ceci se passait à l'entrée de la nuit. La nuit venue, le roi fit armer tous les siens, et passa aussitôt le fleuve. Arrivât à la porte de Sainte - Catherine, ils la trouvèrent ouverte coitime Triguero l'avait promis, et entrèrent sans embarras aucun. Cette nuit, qui était celle du lundi 4 au mardi 5 janvier 1356, on ne fit rien que donner des logemens aux troupes <.
Prolonger la lutte semblait impossible. Les chevaliers et les écuyers qui étaient à Toro comprirent qu'il ne leur restait plus qu'à se soustraire à la colère du roi, soit en la conjurant, soit en s'y dérobant. Quelques-uns se réfugièrent dans l'alcazar avec la reine et la comtesse; d'autres se cachèrent comme il purent dans les maisons de la ville. La plupart auraient voulu sortir de la place et s'enfuir, mais ils ne le purent, le roi ayant mis des gardes à toutes les portes, au dehors et tout autour des murailles. Le mardi 5 , dans
^ CroDtca del Rey D. Pedro, a!io yi, c. 17. — Dans quelques exemplaires manu^ crits de cette chronique, on lit que Toro fut prise le mardi 25 janvier. — Le savant éditeur de l'édition qui nous sert de guide ( Uaguno Amirola) a préféré et adopté cette le^, sans apporter aucune raison de cette préférence, pour laquelle il ne s'était pas sans doute déterminé sans quelque motif. Quoi qu'il en soit, comme, en cette année 1356, le 25 janvier ne fut pas un mardi, et que le 5 le fut, il convient, ce semble, de s'arrêter à cette date pour la prise de Toro ; c'est celle, du reste, que poHent la plupart des manuscrits, et qu'a adoptée Zurita (1. iz,c. 1).
4 1 2 HISTOIRE d'eSPAGIŒ.
la matinée , il s'approcha da château fortifié de Tore, o& étaient la reine et la comtesse avec lenrs adhérens. Ànx barrières, un chevalier appelé Martin Abarca, qui était originaire de Navarre, mais qui depuis longtemps vivait en Castille, s'avança, tenant par la main un frère du roi, appelé don Juan, qui était seigneur de Ledesma , alors âgé de quatorze ans, et il dit au roi, qui était alors si proche de Talcazar qu'il pouvait l'euteudre : « Seigneur, que ce soit un effet de votre clémence de me pardonner, et j'irai à vous, et je vous apporterai D. Juan votre frère. » Le roi dit: «AD. Juan mon frère je pardonne , mais à vous, non, Martin Abarca, et tenez pour certain que, si vous venez à moi, je vous ferai tuer. » A quoi Martin Abarca répondit : « Seigneur , faites de moi ce qui sera votre volonté. » Et prenant D. Juan dans ses bras il s'en vint au roi; mais le roi ne le fit pas tuer; et cela plut beaucoup, dit la chronique, aux chevaliers qui étaient avec le roi qu'il ne le fit pas tuer. La suite toutefois montra que ce n'était là qa'une feinte clémence pour encourager les autres, ainsi que sa mère et la comtesse, qui étaient encore dans l'alcazar, à se rendre. Il envoya aussitôt dire à doua Maria, sa mère, de sortir de l'alcazar et de venir à lui. La reine lui envoya demander grâce pour les chevaliers et pour tous ceux qui étaient enfermés là avec elle ; il lui envoya dire qu'elle vint, elle, sans crainte; qu'il verrait ensuite ce qu'il ferait des autres. Parmi ceux-ci était Bui Gonzalez de Gastaûeda, qui avait traité secrètement avec le roi quelques jours auparavant, et en avait obtenu un alvala de pardon. GastaAeda avait pleine confiance en ce pardon , et il dit à la reine : « Madame, allez au roi , car nous n'avons rien à craindre de lui. » Dona Maria prit confiance sur ces paroles et sortit de l'alcazar, et avec elle la comtesse doua Juana Manuel, femme du comte D. Henri, D. Pero Estevanez Garpentero, qui, depuis la mort de Juan Nuûez de Prado, se faisait appeler