‹ Histoire d'EspagneChapitre 71 sur 108 · CHAPITRE TREIZIEBIB · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIEBIB

grand - maître de Galatrava, Bai Gonzalez de Gastaneda, Alfonse Tellez Giron et Martin Alfonse Telho. Garpentero et Castaûeda étaient aax côtés de la reine, qui s'appuyait sur leur bras ; les autres marchaient autour d'elle et à sa suite. Bui Gonzalez de Gastajâeda tenait à la main et montrait Tal- Yala de pardon que le roi lui avait envoyé quelques jours auparavant , disant que le roi lui pardonnerait en raison de cet alvala. Mais Pierre lui cria que le terme qu'il lui avait assigné pour venir à sa merci était passé, et que l'alvala ne valait plus rien. Enhardis par la récente conduire du roi à regard de Martin Abarca, tous malgré cela passèrent outre.

Arrivés en-deçà du petit pont qui était devant la porte principale de Talcazar, ils s'avancèrent vers le roi, arrêté à la tète d'un corps d'arbalétriers. G'était où Pierre les attendait. Un écuyer de D. Diego Garcia de Padilla, appelé Juan Sanchez de Otero, se détachant du groupe où était le roi, s'avança vers eux et frappa d'abord de sa masse d'armes à la tète D. Pero Ëstevanez Garpentero, d'une telle force qu'il le jeta à terre aux pieds de la reine, où on l'acheva. Un autre écuyer, appelé Alfonse Ferrandez de Gastrillo , vint sur Bui Gonzalez de Gastaâeda, lui traversa la gorge d'un coup d'épée, le fit tomber et le tua. De même un autre écuyer tua Martin Alfonse Telho, et un autre Alfonse Tellez Giron. Tout cela se fit en moins de temps que nous n'en mettons à le raconter. La reine, à cette vue, tomba par terre comme morte, et avec elle la comtesse dona Juana. L^one et l'autre demeurèrent assez longtemps sans que personne les secourût. Lorsqu'enfin on les releva et que dona Maria vit morts autour délie tous ces chevaliers meurtris et nus, car déjà on les avait dépouillés de leurs vétemens, elle se mit à pousser des clameurs de désespoir, et à maudire le roi son fils, disant qu'il Tavait déshonorée et désolée

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pour toujours, et que la vie lui serait désormais plus dure que la mort. Le roi, sans lui dire une parole, la fit conduire, désespérée, et plus morte que vive, au palais qu'elle possédait dans Toro, d'où peu de temps après elle fit demander à son fils de renvoyer en Portugal ; il le lui permit , et Tannée suivante elle mourut à Evora, non sans soupçon d'empoisonnement, le 18 janvier 1357 ^

Le roi fit arrêter, ce jour-là même, dona Juana Manuel, femme du comte D. Henri, et la fit garder étroitement dans le château de Toro. Nous verrons par quel stratagème un officier de son mari la tira dans la suite des griffes de Pierre. Il se mit à faire tuer, les jours suivans, plusieurs autres de ceux qui avaient été pris à Toro, et il en fit chercher quelques-uns jusque dans les maisons particulières où ils s'étaient cachés. De ce nombre furent Gomez ManriquedeUrunuela, et Alfonse Gomez, commandeur de Otos, de Tordre de Calatrava^. Le bruit de ces terribles exécutions répandit la terreur parmi tous ceux qui avaient pris part au pronunciamento en faveur de la ligue, et dès queD. Alvar Garcia d'Albornoz et D. Ferrand Gomez son frère Tapprirent à Guenca , où ils élevaient D. Sancho, troisième fils d'Alfonse XI et d'Éléonore de Guzman, ils passèrent en Aragon avec Tinfant, craignant que le roi ne vînt exprès pour faire tuer son frère. Par

^ Il est difficQe d'admettre qu*eUe soit demeurée à Toro du 5 janvier 185S, jour •-de la prise de la ville par le roi Pierre, jusqu'au 10 janvier de l'amiée suivante. On lit cependant dans Torres (Cronica de Alcàntara, t. ii, p. 26), un acte d'elle daté de Toro, le 10 janvier 1357, par lequel elle déclare que les biens de Tordre d'Alcantara, situés à Puente de Orvego, Labaneza, et Palacio de Valducrna, qui lui avaient été donnés pour en jouir sa vie durant, devaient faire retour à l'ordre après sa mort ; mais il est à croire que c'est par une erreur de copiste, que cet acte porte la date de 1357, et qu'il fut rendu quelques jours avant son départ pour le Portugal, en 1356.

3 El rey euirô en la villa, dit la curieuse chronique du comte Pero Ni2o, é matd catorze caballeros IO0 mejores de Caslilla, é tuvd presa a fu madré, é prtta murid en Portogal.

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ane crainte semblable passèrent en Aragon D. Gonzalo Cornez Mexia, commandeur-mayor de Saint-Jacqaes, et Gomez Carrillo de Quintana'.

Toutes les villes des opposans cependant n'étaient pas rédaites. Le roi marcha contre Palenzuela, occupée en ce moment par des adhérens du comte. Dia Sanchez de Terrazas et Juan de Herrera, son frère , y commandaient pour D. Henri; ces deux chevaliers, pendant que le roi assiégeait Toro, avaient couru les terres voisines et tué D. Juan Bodriguez de Sandoval, un des meilleurs officiers du roi. Pierre les assiégea rudement. Gomme il était occupé à les réduire, vinrent à lui de Biscaye des messagers de D. Tello son frère, qui s'était réfugié en Biscaye, lesquels venaient supplier le roi de lui pardonner comme il avait fait à son frère D. Fadrique, disant que D. TcUo voulait passer à son service. Pierre lui envoya des lettres de pardon, avec Tordre de venir sur-le-champ près de lui. Tout ceci se faisait à Tinstigation d*un personnage très important et très influent en Biscaye, appelé Juan de Avendano. Muni du sauf-conduit reçu, D. Tello annonça son départ. Ge que le roi ayant appris, dit la chronique, il s*en réjouit beaucoup par le grand désir qu*il avait de le tuer. Il n^avait pas un désir moins grand de faire tuer les deux infans d'Aragon D. Ferdinand, marquis de Tortose, et le frère de celui-ci D. Juan, en même temps que le maître de Saint-Jacques D. Fadrique et D. Juan de la

^ Alvar Garcia et Ferrand Gomez d*Albonioz étaient frères du cardinal Don Gii de Albomoz, ancien arclievè(iue de Tolède, alors légat du Saint-Siége en Italie. Raynaldus (Ann. Ecci., ad ann.) dit que le roi fit occuper cette année les rentes que Don Gil possédait dans son royaume. Il semble que ce dut être à Toccasion de eette émigration de ses frères en Aragon, à moins que ce n'ait été quand le cardinal espagnol avait accepté la légation papale dltalle contre la volonté du rot, ainsi que le rapporte le même Raynaldus à Tannée 1353, num. 1. —Le roi tenait àrançoner ses vassaux ecclésiastiques, et 41 avait saisi l'occasion ou le prétexte du séjour de quelques autres cardinaux à la cour pontificale pour faire pareillement saisir leurs rentes; le pape Innocent VI .lui adressa à ce sujet un bref daté du 10 mars de cette année, que Raynaldus publie en son lieu.

Cerda, aiixqaels il avait aassi pardonné, et qui étaient près de lui. C'était, ce semble, le cas de répéter ce refrain d'une chanson bien connue en Espagne :

Espagnols, que Dieu vous garde Du pardon de votre roi I

Il n'en fit rien cependant, et différa de les faire tuer, dans Tespoir de voir bientôt D. Tello venir se mettre à sa discrétion, il pourrait alors le faire tuer là avec eux du même coup, et repaître ses yeux d'une scène de mort aussi belle et aussi complète, plus agréable encore que celle qui avait ensanglanté la place du palais de Toro, en ce qu'elle ne compterait pour victimes que des personnes de sang royal. Il prépara l'affaire avec Hinestrosa , et lui demanda comment il pourrait s'y prendre pour les tuer ensemble tous les cinq, lorsque serait arrivé D. Tello. Hinestrosa voulait du bien à Juan de Herrera et à Dia Sanchez, qui défendaient Palenzuela, et il essaya de les sauver en disant au roi :-r- « Seigneur, pardonnez maintenant à ceux que vous tenez ici assiégés, pourvu qu'ils vous livrent la place, et ensuite vous pourrez faire des autres ce qui sera votre bon plaisir. Palenzuela occupée, je prendrai, moi, le petit château que vous voyez là, et je feindrai d'être malade. Vous viendrez me voir, en disant que vous voulez là jouer aux dés ; et en faisant appeler ces seigneurs pour jouer avec vous, vous pourrez les tuer ensemble sans difficulté aucune. »

Le tyran goûta ce bon conseil. Il fit proposer aussitôt une capitulation honorable à Herrera et à Dia Sanchez, et ils lui livrèrent la ville et la forteresse. Hinestrosa occupa celle-ci ; mais on n'y put perpétrer les cinq meurtres projetés. L'affaire manqua par la non-arrivée de D. Tello, que de vagues pressentimens ou quelque avis seci;et détournèrent de se rendre auprès de son frère ; car, pourattendre D. Tello afin de le faire tuer avec les quatre autres, le roi ne fit point tuer

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