CHAPITRE TRBIZIBUE
certain que le roi ferait plus grand compte d'eux dans la guerre qae dans la paix ; ils dirent en conséquence au roi que ce capitaine aragonais lui avait fait un grand affront, qull serait mal séant à lui de souffrir, et qull serait bon qu'il envoyât au roi d* Aragon un chevalier ou un écuyer de quelque importance (fijodalgo), avec la mission de requérir de lui justice contre Frahcès de Perellos, et de lui demander de le livrer prisonnier au roi de Gastille; que si le roi d'Aragon ne Toalait pas en agir ainsi, il le défiât et lui fit la guerre. C'était ^ conseiller à Pierre ce qu'il désirait, et plaire aux velléités guerrières d'un roi de vingt-trois ans. Il se rendit avec joie à leurs conseils, et envoya en effet, peu de jours après, au roi d'Aragon, un alcade de sa cour appelé Gil Yélasquez de Ségovie, chargé de lui demander la satisfaction qu'exigeait le roi de Gastille, à savoir, entr'autres choses, et principalement, qu'il voulût bien lui faire livrer le commandant aragonais, qui, à San-Lucar, s'était conduit envers lui, le roi de Gastille, avec si peu de respect, et lui avait fait affront publi-qaement^ Il était chargé en même temps d'exposer au roi d'Aragon un autre grief du roi de Gastille: D. Pero Moniz de Godoy, commandeur de Garacuel, commanderie de l'Ordre de Galatrava, était passé en Aragon, en état de pleine désobéissance, et le roi d'Aragon lui avait donné la commanderie d'AIcaniz , bien qu'il sût que cette commanderie dépendait du grand-maître de Galatrava de Gastille. Pierre, en conséquence, demandait que cette commanderie d'AIcaniz fût ôtée à don Pero Moiiiz, et remise à la disposition de la Gastille et de don Diego Garcia de Padilla, grand-maitre de Galatrava, comme elle l'avait toujours été jusque-là. Les instructions de Gil Yélasquez de Ségovie étaient précises: il avait ordre, si le roi d'Aragon refusait de faire ces deux
1 E oomo aquel caballero suyo Momu Francés de en Perellds avia fecho grant baldon al Rey de Caslilla en la mar, é quel requerla que se lo entregase, 6 que se ovlese por su desaflado.
4M HUICMU D'MMGIK.
dioseSy de le défier de la part du CastUlaQi fRiivant rexpres- «on chevalereiMiae da temps ;o'e8t-à-dire de lai déclarer lermellenieat la guerre.
Gil Yélasqaez de Ségo^ie arriva en peu de jours à Barcelone, où se troayait le roi d'Àrugou , parut devant lui, «t loi dit tout ce que don Pedro Tavait chargé de lai dire. A qm le roi d* Aragon répondit de cette façon, au rapport d'Ayik: PremièremcntfSur ce qu'il disait de ce chevalier tfosen fraaces de PerelloSf' commandant des dix galères et d^ vaisseau qnll envoyait au secours du roi de France, leqpel avait pris deux bateaux de Placeatins dans le port de San-^Lucar de Barrameda, qui est daoa le Boyaume de Castille, en la présence du roi de Gastille : le roi d*Aragon répondit quUl lai fâchait que quelque homme que ce fût de ses étals edt fait chose quelconque qui fût à déplaisir au roi de GastiUe; que le chevalier dont cdai-d se plaignait n'était |mis en ce moment dans le royaume d'Aragon; que, dès qu'il y serait revenu, il Tentendrait, et en ferait justice de manièrs à ce que le roi de Gastille s'en tint pour satisfait. Quant à ce qu'on lui disait qu'il retirât la commanderie d'Alcafiii, fii était dans son royaume d'Aragon, à don Pedro Mofiiz âe Godoy , naturel du royaume de Gastille , dont le roi de Gastille n'était pas content, pour la remettre à la dispe* sition du grand*maitre de Galatrava de Gastille, suivait la coutume qui toujours avait été ainsi : le roi d'Aragon répondit que ce chevalier était et vivait sons sa proteolion, qu'il lui avait fait don de cette ooamanderie; que cependant, puisque la volonté du roi de Gastille loi était eoa* traire, il chercherait antre chose qu'il pût lui donner dans son royaume -, mais que jasque-là il no lui pouvait Ater ladite commanderie. £t Gil Yélasquez, alcade, dit Ayala, dès qu'il eut entendu la réponse du roi d'Aragon, et va que le roi d'Aragon ne se soumettait .pas à ce que le roi de Castille lui envoyait dire, sachant d'autre part qiaeU^ était ia
GHAnrRE TRnziiSBlB. 427
volonté da rm de Gastille son seigneur dans cette circons^ tanee, répondit, selon ce que lui avaient ordonné le roi et ses conseillers privés, qu*il défiait, de la part du roi de Gastille, ledit roi d* Aragon et tout son royaume. Le roi d'Aragon, congédiant là-dessus le messager, lai dit que le roi de Castille faisait en ceci sa volonté, sans avoir aucun juste motif de le défier; qu*au surplus, il s*en' remettait de tout, quanta lui, au jugement de Dieu. Et aussitôt il envoya des lettres par tous ses royaumes d'Aragon, pour les avertir qu'ils eussent à se garder K .
Cependant, et dans le même temps que le porteur de ce
f message se dirigeait vers le roi d'Aragon , Pierre , pensant qu'il pourrait trouver encore, dans les eaax du Portugal, les dix galères et le vaisseau aragonais de Francès de Perellos qoi lui avait fait affront à San-Lucar de Barrameda, avait
1 fait armer en toute hâte, à Séviile, sept galères et six vais-
i seaux pour en tirer préalablement vengeance en personne.
i Et il mit dans lesdites sept galères un grand nombre de chevaliers et d'écoyers, et beaucoup d'arbalétriers, et il s'en fut avec elles à la poursuite de Tescadre de Perellos. Il fut, dit an mémoire du temps cité par Zuûiga, le premier roi de
I Castille qui s'embarqua pour faire la guerre sur iner, et personne ne l'en put empêcher ; car son ressentiment était
i tel, qu'il voulait tailler en pièces ceux d'Aragon et Monsieur Perellos ^. Il courut, dit l'Abreviada, après les dix galères catalanes jusques à Tavira,qui est une ville maritime du Portugal. Il apprit là que le capitaine, avec les dix galères,
^ Cronica del Rey D. Pedro, aBo vii, c. 10 : » « Comment arriva le messager du roi de Castille à Barcelone, et dénonça au roi d'Aragon le message qu'il portait, et de la réponse que lui fit le roi d'Aragon. •
2 Fueron con èl rey, dit le mémoire elle par Zuhiga (^Anales ecdesiasticos de Sevnia, t. u, p. 141)^ todos los EUcos ornes é caballeros é Homes de facienda de SevUlay é él lo mandd con asaz enojo, é non lo pudieron impedir que se embarcase ; é fué el primer rey de CastiUa que contra enemlgos se puso en la mar ; fâ su carage cra tal, que quislera focer pieias & los de Aragon, é à Mosen PereUds.
428 HISTOIRE D'SSPAailB.
était passé, il y ayait plasiears jours» en vae da port , et ' deyait être déjà bien loin sur la route de France , sinon arrivé à destination. Le même chroniqueur nous apprend ce que devinrent ces galères : elles arrivèrent en France et désarmèrent à Bochefort, oit on les laissa et où elles se perdirent, de telle sorte qu'il n'en revint jamais aucune en Aragon '.
Le roi s'en retourna là-dessus à Séville, et envoya de là ses galères à Iviça, avec Tordre de commencer dans ces parages la guerre par mer, tandis que, par Molina, entrerait en Aragon, avec une armée castillane, Gutier Ferrandei de Tolède, qui, à ce qu'il parait, se porta brusquement vers Daroca, et fut battu par Lope de Luna^.
Ayala ne donne point la date précise de l'ambassade de Gil Yelasquez de Ségovie, mais, par la place qu'elle occupe dans sa chronique, elle dut être envoyée par Pierre de Castille à son homonyme d'Aragon sur la fin de juin on dans les premiers jours de juillet, immédiatement après sa querelle avec Perellos à San-Lucar de Barrameda. Gil Yelasquez revint de Barcelone, à ce que tout indique, au commencement d'août,' et rapporta à Pierre la réponse, pea faite pour le satisfaire, que nous avons vue plus haut, et, chose singulière, Pierre , bien que par ses lieutenans il eût déjà commencé la guerre, tint à continuer je ne dirai pas les négociations, mais les explications diplomatiques. Le 8 août, il envoya un nouveau messager au roi d'Aragon, avec nne lettre cette fois , répondant à une demande antérienre de Pierre lY, et exprimant, article par article, les griefs qn'avait déjà transmis à celui-ci, de vive voix, le premier mes*
^ E las galeas de Cataluena iiieronse para Francia,é desarmaron eo Arafor,ê alll dexaron las dichas diez galeas, é alli se perdieron, que niinca las tornaroa à Aragon.
* E salid à él el conde don Lope Ferrandez de Luna, é pelearon, é fué i tado y Gutter Ferrandez. . . (Gron. del Rey D. Pedro, aoo yii, c. 11.)