CHAPITRE TRBIZJDBaiE
sager castillan Gil Yelasqaez de Ségovie. Ce second messager avait nom Martin Lopez, ainsi qae le roi d'Aragon ndas rapprend dans sa réponse. C'était un officier qui parait avoir joui, dès ce temps, de toute la confiance de Pierre, et que nous verrons plus tard remplacer près de lui Juan Ferrandez de Hinestrosa.
Pierre lY reçut cette lettre le 4 septembre, au cbftteau de Perpignan^ c*est lui qui nous le dit lui-même dans ses Mémoires '.
C'était une réponse, comme nous Tavons dit, à une précédente lettre du roi d* Aragon , dans laquelle celui-ci s'était plaint de ce qu'un vaisseau chargé de fer appartenant à nn marchand de Majorque, nommé Bamon de Frexeneta, avait été pris, hommes et choses, par Johan Perez de Yuaga, fils de Pero Jaymes de Yuaga, de Bermeo, ville du comté de Biscaye. Pierre répond qu'il s'étonne que le roi d'Aragon lui écrive de telles paroles, lorsqu'il sait bien qu'au temps oii il dit que fut faite cette prise, le comté de Biscaye était soulevé contre lui, et qu'on lui faisait de là la guerre; que par conséquent le mal que qui que ce fût pouvait en avoir reçu ne devait en aucune façon lui être imputé «•
^ Les cpials letres foren â nos presentades en lo casteU de Perpinyà : lo ténor de les quais es aytal :. • . . Suivent les lettres originales. — Pierre IV, roi d'Aragon, dans ses Mémoires ou registre des choses qui advinrent dans son royaume depuis sa naissance jusqu'à peu de temps avant sa mort (publiés par Miquel Carbonell, dans sa Chronica d'Espanya), emploie presque tout le livre yi à rappoirter les événemens delà guerre que lui fit le roi D. Pierre de Castille, omettant quelques faits notables ; en racontant d'autres a manera de rektdon de eamino, comme dit Zurita, c'est-à-dire avec beaucoup plus de brièveté que Pedro Lopez de Ayala ; il est cependant quelquefois plus étendu qu' Ayala, et contient çà et là des particularités qu'on ne trouve pas dans ce chroniqueur. C'est ainsi qu'il néglige de rapporter l'ambassade que lui envoya le roi de Castille, mais publie textuellement, m extenio, les lettres que s'écrivirent à cette ^casion les deux rois, lettres dans lesquelles il est fait mention de cette ambassade et de quelques autres faits antérieurs.
* Ca bien sabedes que en el tiempo que deddes que esto f ue tomado, quel condtOo de Vizcaya estaba alzado contra nos, é nos Ciden dende guerra ; é asld
430 HBTOU D'BPiOim.
Le CaBtillaii s'y vante ensuite d*ayoir fait tout ee qui étôt en lui pour le maintien de la paix, et de ne s*être décidé à rompre avec un ancien allié auquel son père, dit-il, à qoi Dieu pardonne, avait toujours rendu de bons et efficaces 8e^ vices, que comme contraint et forcé par ce qn*il devait à son honneur et à son droit. « Et bien que nous eussions déji depuis longtemps, lui écrit-il, reçu de vous divers dommages sans raison, vous ayant eu pour ami jusque-là, nous n'aTom pas voulu vous les reprocher pour garder Tamitié et les
traités qui étaient entre nous et vous Nous les atooB
gardés parce que notre volonté a été toujours^ et est encore, à quiconque nous avions pour ami, d*ëtre nn ami étident et véritable. Et maintenant, ces mauvaises choses noas ayant été faites par vous et .par vos nationaux, et aussi parce que cette même lettre que vous nous avez envoyée témoigne que vous n'avez pas gardé envers nous ce ^ue vous nooi deviez, nous ne pouvons nous empêcher â*en éprouver an juste ressentiment, et d'y répondre -comme il est de notre devoir de le faire pour sauvegarder et notre henoeur et
notre état Et dorénavant, ne nous tenez plus pour ami,
dH-il en finissant ; car nous voulons, nous tournant tont entier à cela, vous faire la guerre comme nous le devons et que notre honneur le • commande. Fait dans la très noble cité de Séville, le 8 d*août, et scellé de notre seeiOf dansTèrede 1356 «. »
Pierre lY répliqua par une lettre non moins vive» tonla pleine de récriminations et de reproches, et qui prouve qae, dès avant le 4 septembre, te guerre avait été de fait commencée contre TAragon par les lieutenans du roi de CastiUe
éunto 4ne qnalquiera dende rce&iese non v/toûio^ md etf de cOf^ nlogilitf (dans P. yiktàtk de Carbottell, 1. 1.) * QoatrcsîgiiéeoaMiell8ull:cBlolJuia[Femndet Pal Air éciDrepar l'ordrt
GfitilltBB TSÉttibiË. 4fll
tmr divers poiAts, notamment par des troupes caâttlkine» parties de Murcie et par d'autres parties de Molina. Après avoir réponda aux deux griefs principaux : « Quant aux autres choses que vous nous faites savoir dans votre lettre, lui dit-il, dans laquelle il est fait mention de la pait qui était de nous à vous, Dieu, qui est entre nous et vous, et qui voit toute la vérité, sait que cette paix, qui entre nous et vous a été confirmée par serment et par hommage, nous Tavons toujours complètement observée, autant par bon amour qu'en raison des traités C'est pourquoi nous sommes très étonné d'avoir, avant que cette lettre nonsfùt pré-»sentée, reçu du gouverneur du royaume de Valence la nouvelle certaine que des gens à vous, du royaume de Mureie, sont venus, bannière déployée {con pendon tendido)^ courir les villages de Ginosa et Muntnover, qui sont dans notre dit royaume , et y ont mis le feu. Et pareillement nous avons su d'une façon certaine, du même gouverneur, que les troupes de Bequena ont couru et saccagé le village de Siete^ Aguas, qui est dudit royaume de Valence. Et pareillement nous avons eu du gonvei'neur d'Aragon (sans doute Lope Ferdinand dé Luna) nouvelle' certaine que des gens à vous, venus du eôté de MoKna, ont couru divers hameaux de Daroca, et y ont mis le feu. Et tout ceci a étd fait sans aucune réquisition, et sans déclaration de rupture de pait ou de traité. Et parce que, Boi, de telles œuvres vous nous faites, et nous avez fait savoir que dorénavant nous ne vous avions plus pour notre ami, nous vous répondons que de même vous ne nous teniez plus pour le vôtre. Fait à Perpignan, etc.' »
Pierre de Castille avait mis hfypocritement, dans cette même lettre , au nombre de ses griefs contre Pierre d'Ara-
« Dada en Perpinyi dins noftro sicUo swntaA quatto dftsi andadot de A A anyo de la Natividad de Nuestro Seoyor MCCCLVI (CarlK>neU, 1. c).
gon, certains outrages que celai-ci aurait faits à la reine aa tante et aux infans ses cousins, et que, dit-il, il n'avait pas Youlu lui reprocher jusque-là. L'Aragonais lui répond que, sur ce point, il ne croyait avoir rien à se reprocher, et il révèle même un fait grave à la charge de son nouvel ennemi : c*est que (sans doute dans le temps où il avait eu pour adversaires sa tante et ses cousins d'Aragon), il avait excité le roi Pierre lY à les dépouiller des biens qu'ils possédaient en Aragon. « Et sur ce que tous nous dites, lai écrit Pierre IV, de la reine dofia Léonor votre tante, et des infans vos cousin&-germains, nous vous répondons que nous croyons n'ayoir jamais rien fait de contraire aux demandes raisonnables qu'ils peuvent nous avoir adressées; au contraire, toutes les fois qu'ils nous ont envoyé demander quelque chose, nous avons toujours agi envers eux suivant la justice et la raison. Et vous savez bien que, lorsque, par une lettre de vous, nous fûmes prié de vouloir bien prendre en nos mains tout ce qu'ils ont dans nos royaumes, nous ne le voulûmes pas faire ; c'est pourquoi si eux, ou Yous pour eux, tous nous demandez plus qu'il n'est de la raison, nous ne sommes pas tenus de le faire'. »
Poursuivant son récit, Pierre lY raconte qpe, cette lettre envoyée, il notifia à tous ses royaumes la guerre à soutenir, ou plutôt l'inyasion à repousser, et fit occuper tou8les biens des sujets castillans en Aragon, comme le roi de Cas* tille avait fait occuper les biens des sujets d'Aragon et de Catalogne en Gastille ; il ajoute que de Perpignan il vint à Barcelone, d'où il fit appel à tous les barons et chevaliers ses vassaux^.
Notons ici en passant un synchronisme qui mérite d'être rapporté. Presqu'au moment où nous en sommes, le 19 sep*
* Ibid.,I.c.
* Voyez CarboneU, Chronica d'B^anya, ad ann.