‹ Histoire d'EspagneChapitre 75 sur 108 · CHAPITRE TREIZIEBIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIEBIE

tembré, eut lieu en France la bataille de Poitiers, dans laquelle le roi Jean fut yaincu et fait prisonnier par le prince de Galles, fils du roi Edouard d'Angleterre. Le roi Jean, comme on sait, fut amené à Londres à la suite de celte défaite ; son fils Philippe, alors duc de Bourgogne et de Flandres, fut fait prisonnier avec lui, et le duc Pierre de Bourbon (père de Blanche) fut tué dans la bataille. Ce fut en parant les c^ups qu'on portait au roi. qu'il reçut ceux qui retendirent mort à ses pieds. Cette bataille, ' dit Âyala, fut perdue, comme souvent il arrive, par la mauvdse ordonnance des troupes. Au bruit de cette défaite, ^ Charles-le-Mauvais, roi de Navarre, que le roi Jean avait fait jeter en prison à Paris, fut mis en liberté par la volonté du peuple de Paris, à la suite d'un mouvement insurrec-> ^^ tionnel qui mit la ville aux mains du peuple et des petits ^ bourgeois adhérens du prévôt des marchands Marcel, aux- ; quels le chroniqueur castillan donne le nom de Comunes^. c Le succès de la bataille de Poitiers, ou mieux du champ u de Maupertuis, près de Beaumont, à quelques lieues au nord lv de Poitiers, fut dû surtout au prince de Galles, plus populairement connu sous le nom de prince Noir. On sait le retour triomphal des Anglais à Bordeaux lorsqu'avec le roi i Jean, Philippe son jeune fils, dixHsept comtes, un arche- ^ vèqne, soixante-dix barons et bannerets, et deux mille hommes d'armes prisonniers, sans compter la foule des fantassins, ils se retirèrent vers la Guienne ^•

^ Fué suelto por voluntad de los de Paris, por £prand movimiento que ovo en la ciMad, que los comunes se apoderaron délia.

2 L'année anglaise se mit en marche le lendemain de sa victoire arec ses innombrables prisonniers. Elle se dirigea d'abord vers Poitiers. Le prince de Galles croyait sans doute qu*il aurait bon marché de la ville dans ce premier moment de stupeur ; mais il fut trompé. Chevaliers et bourgeois s'étaient armés, et Cadtoient bonne garde aux portes et sur les tours. « Les Anglais passèrent outjre sans potait approcher, dit Froissart ; car Ils étaient si chargés d'or et d'argent, de joyaux et de bons prisonniers, que ils n'avaient mie loisir ni conseil d'assailUr à leur retour vm. 28

434 mSTOŒUI D*lSPAGlfB«

La gaerre étant désormais inévitable oa plutôt commencée entre la CastiUe et FÀragon , le roi de ce dernier royaume s'y prépara de son mieux. Le gant lui avait été jeté parle roi de Gastille, il le releva sans hésitation, et songea à op* poser à son ennemi, non seulement la force des armes, mais encore celle de Topinion et de la diplomatie. Ne pouvant refuser la guerre, il résolut de la faire bravement, et d'cmpbjer contre le roi de CastiUe tous les moyens que la politique pourrait lui suggérer. Il envoya à cet effet ses messagers au comte don Henri, frère du roi de Gastille, qui, comme nous l'avons vu, était alors en France. Ces messagers étaient don Alyar Garcia de Albomoz et don Ferrand Gomez son frère, deux chevaliers de CastiUe réfugiés en Aragon par peur du roi don Pedro de GastUIe. Par un acte authentique conservé aux archives d* Aragon, selon toute apparence de la fin d'août, on apprend qu*U envo;^ de» instructions secrètes en ce même sens à un personnage important antérieurement envoyé par lui et accrédité près du roi de France, à savoir ce même amiral contre lequel Pierre était si vivement irrité pour sa conduite à San-Lacar de Barrameda, appelé dans Tacte authentique dont nons parlons Mosen Francesch de Perellos <. En se rendant prêt du comte D. Henri, qui était pour lors à Paris, Alvar et

BuUe fortereises mais leur semblait un grand exploit, si ils pouvaient knàiit France et leur conquets mettre à sauveté en la cité de Bordeaux. Si allaient-Os i petites journées, ni ils ne se pouvaient fort exploiter pour la cause des pesans sommiers et du grand charroi que ils menaient; et ne cheminaient point tous lesjoun flus de quatre ou six lieues, et se logeaient de haute beur». Et cbevaucbaicst tous ensemble sans eux dérouter, excepté la bataille des maréchaux, le comte de Wtfwich et le comte de Suiïolcb, qui allaient devant, à cmq cents armures, pour ourrir les pas et courir le pays, mais ils ne trouvaient nul arrêt de nul cdté, ni nulle icnconlre ; car tout le pays était si effrayé, pourhi grand'déconfiture qui afaitéièà Poitiers, et rocdsion et la prise des nobles du royaume de France, et de la prise èi roi, leur seigneur, que nul ne mettait ordonnance ni arroi en soi, pouraUerMdevant ; mais se tenaient toutes gens d'armes cois, et gardaient tou» fortmwfc • ^ Arehlv. gêner, de Aragon, regist. 1283 Secretorum.

GQ4rrnus Twaima. 435

Ferrand 4'Albornos troaYèrent sur leur chemin d*aatres chevaliers de Castille qm ayaleot pris da service ea France, tels que don Gonzalo Mexia, commandeur général de Tordre de Saiut-Jacqnes en Castille, et Gomez Garrillo, qui étaient dans Toulouse-^Ia-Grande, dit Ayala, à la solde da roi de France. Le comte d* Armagnac était lieutenantgénéral eu Languedoc pour le roi de France, et il prenait là è 8a solde tous les étrangers qni y venaient pour prendre du service. Don Alvar Garcia de Albornoz et don Ferrand Gomez traitèrent avec eux à Toulouse, et les appointèrent pour qu'ils attendissent le comte don Henri, et Vaccooipagnassent ensuite en Aragon, Ils le promirent et se réjouirent fort de cette offre. Les deux frères poursuivirent leur route, et vinrent à Paris, où était le comte : il reçut avec joie les propositions du roi d'Aragon, et partit sur-le-champ de Paris avec ses messagers. Il grossit son cortège, en passant à Toulouse, des réfugiés dont nous venons de parler, et avec eux passa en Aragon.

Quoique la guerre fût engagée déjà sur toute la frontière, Pierre cependant ne crut pas devoir encore sortir des voies diplomatiques ; il écrivit de nouveau, de Séville, au roi d'Aragon, sous la date du 18 octobre ;

« Boi, nous vous faisons savoir que nous avons va votre lettre que nous a remise Eniego (Inigo) de Lorbes, votre courrier, dans notre cité de Séville, le mercredi 11 de ce mois d'octohre ; et selon ce que par cette lettre il paraît, vous n'avez pas répondu à quelques-unes des choses que nous vous avons demandées dans la lettre que nous vous avons dernièrement envoyée. Et, Soi, vos gens ayant fait sur nos terres les maux et dommages au sujet desquels nous vous avons envoyé requérir, et vous ayant fait interpeller sur cela par Gil Blasques, notre alcade de cour, vous n'avez rien fait pour réparer ces dommages, ni ne nous avez fait aucune bonne réponse; au contraire, depuis, vos officiers, et vos

436 HISTOIBB d'espagnb.

gens de Majorqae, ont pris des yaisseanx de nos domaines, fait prisonniers et taé les hommes qui les montaient, ^enda et fait argent publiquement desdits nayires et des marchandises dont ils étaient chargés, comme ils eussent fait de nayires ennemis. Et certain il est, Boi, que nos yassaux et nos naturels, en faisant ce que yous nous ayez fait dire qu'ils ay aient fait, par représailles de ce qu'ils ayaient reçu, et encore qu'ils eussent fait dayantage, yous ne le deyriez pas ayoir pour déraisonnable. Et puisque yous nous ayez enyoyé dire que yous n'étiez pas notre ami, nous enyoyons deyers yous un de nos cheyaliers chargé de yous dire certaines choses là-dessus : envoyez-lui une lettre de sûreté à Bequena, pour qu'il aille et yienne sans danger. Et si yous désiriez nous enyoyer un cheyalier, yous pouvez l'enyoyer en toute sûreté; car les messagers des rois doivent être assurés '. »

Cette lettre, comme nous le yerrons, fut remise au roi d'Aragon à Saragosse par deux nouyeaux messagers, le 15 novembre, c'est-à-dire quasi un mois après ayoir été écrite; c'est le terme moyen que mettaient les ambassadeurs de l'un et de l'autre roi à se rendre d'Andalousie en Aragon et réciproquement, au moins à en juger par cette correspondance.

De Barcelone cependant , où il était passé vers la fin de septembre, le roi d'Aragon s'était rendu peu après à Lérida, et de là à Pina, petite yille située à quelques lieues au sud-est de Saragosse. Il trouva là le Icomte don Henri, et l'y reçut avec la plus grande courtoisie, lui et les cheyaliers de sa compagnie. Le roi et le comte jurèrent à Pina, le 8 noyembre, un traité d'alliance offensive et défensiye, dont les principales clauses avaient été arrêtées entre les envoyés du roi d'Aragon et le comte, à ce que tout indique, à Paris même; moyennant quoi don Henri ayait renoncé an

^ E Si vos quisieredes enyiar â nos cabaUero, bien lo podredes en?iar scuaro : c& lo» mensageros de los reyes seguros deben ser (apud CarboneU, 1. c).

GHAPITBE TREIZIEME. 437

rôle de capitaine d'aventure qu'il avait consenti à jouer dans les armées de la France contre TAnglais.

Le roi d'Aragon donna au comte don Henri, dit Ayala, dès qu'il fut près de lui, quelques yilles et villages en Catalogne, à savoir Tarrega , Villagrassa et Montblanch pour y mettre ses hommes, et la solde de huit cents chevaux '.

C'est tout ce que Ayala nous dit du traité dePina; l'original s'en est perdu aux archives d'Aragon, mais Zurita, dans ses Annales, en donne un résumé qui paraît avoir été fait sur l'acte authentique même. Le comte s'y déclarait vassal du roi d'Aragon, et lui prêtait hommage et serment de fidélité; il s'engageait à prendre congé et à se dénaturer *du roi de Castille, et à tenir désormais le roi d'Aragon pour son seigneur naturel. Le roi d'Aragon, de son côté, s'obligeait à défendre le comte pendant toute sa vie (en toda su vida), aussi bien dans le royaume de Castille qu'en Aragon, et à lui donner, à titre héréditaire, les lieux que les infants D. Fernand et D. Juan possédaient dans le royaume d'Aragon, à l'exception d'Albarracin, comme aussi ce qu'ils avaient dans le royaume de Murcie, à la condition toutefois de les conquérir, car ils n'étaient pas pour lors aux mains du donataire ; conquis, ils devaient être remis au comte. Il lui offrit tous les châteaux que la reine Éléonore, mère des infants, possédait dans le royaume d'Aragon, à la condition qu'il ferait hommage et serment de recevoir dans tous ces châteaux le roi en colère ou satisfait, content ou mécontent (trado ô pagado), et de faire la guerre d'iceux pour lui contre tous ceux qui tenteraient de l'offenser.... Aucune trêve ni paix entre le roi et le roi de Castille ne pouyait être conclue sans la volonté et l'exprès consentement du comte. Il stipula pour l'entretien particulier de celui-ci un traitement annuel de 130,000 sous^, et, en outre, un subside pour la solde de

^ É ftueldo para ochodentos de caballo (Gron., etc. , aiio viii, c. 1). * Le sou barcdonaii valait un peu plus d'un deml-réal actuel de Castille.

438 HiSTOmis d'espaoiœ.

600 chevaox, pendant tonte la durée de la guerre, à raison de sept sous par jour pour chaque homme d'armes au cheTal bardé de fer, et de cinq pour chaque homme monté à la légère» sans compter celle de 600 fantassins. Une danse remarquable, et qui, Tenant à être connue plus tard de don Pèdre, peut avoir été pour beaucoup dans ttti tragique événement que nous aurons à raconter tout à Thenre, est celle qui stipule pour don Fadrique, au cas ûh il voudrait passer au service du roi d'Aragon et lui faire hommage, Tinvestilnn de toutes les commanderies et possessions de Tordre de Saint- Jc^pques situées dans les états dépendans de la couronne d'Aragon. « A ces conditions, dit Zurita, le comte vint de France.... et trouva le roi dans la ville de Pina.... et en ce lieu, le roi et le comte, un mardi 8 de novembre 1356, jnrèrent cet acte de concorde.... ^ Ce qui indique assez clair^ ment que le traité avait été négocié et conclu, à peu de chose près, en France et par fondés de pouvoir, antérieurement i ce serment de Pina, qui en fut comme la dernière sanction^ Le comte réunit d*abord sous ses ordres ttois cents chevaux armés, c'est-à-dire bardés de fer, et trois cents entres simplement revêtus de housses de cuir ou de toile piqnée^ D. Henri s'occupa ensuite de prendre possession des villes et lieux que venait de lui donner Pierre IV, dont ce dernier lui-même, dans ses Mémoires ou Registre, comme les appelle Zurita, nous donne le détail, à savoir : en Catalogne, de Mentblanch, de Tarrega et de YiUagrassa (les seuls nommés par Ayala) ; dans le royaume de Valence, de Gastellon del Campo de Burriana et de Villaréal; dans le royaume d'Aragon, de Tamarit, de Litera et de ses hameaux, enfin de fiicla et

1 Con estas condiciones se y\n6 el Conde de Fraada. . . y alcanztf d R«7 en la vUla dcT Pina,. . . y en aqud lugar el Rey y el Conde un martes é^^ noviembre 1356 juraron esta concordia. . . (Zurita, Anales de Aragon, 1. a, e. 5* t II, p. 278 et seq,)

' CGC cavaUs armats» é altres CGC alfonats (GarlKNiell, Cbroiiia d*l9<"^' p. 184).

CHAPIT&E TREIflraiB. 439

d'Épilâ; lesquels il posséda, a§oiite Pierre IT, atec jtirklicfion baate et basse, ^isiUemeat et saos eontestatioa aucaDe, }Qsq«*âu joar qa*il entra (c'est-à-dire régna) en Castille <.

Le oemlpe-ooup immédiat da traité de Pina, lorsqae fafe»* tM après sVn divolguèrent les clauses, fut de porter Tisrftrt Ferdinand d'Aragon à rompre ouvertement ayec son frère ee^nsanguin le roi d*AragOD, à se déncUurer de lui, comnie on disait alors, c*est-à-^ire à abjurer hautement et par acte aatbenttque le serment et Tbommage qu'il avait fadts mdU; roi comme à son seigneur naturd ; il fit plus : par le royaoïne de Murcâe il pénétra dans les domaines do roi d'An^n^ è la tête d*un corps de troupes considérable. Pierre espérait beaucMp de cette attaque. D'aucun a«tre côté il ne croyait pouvoir faire plus de dommage à lennemi ^e par cette frontière, sur laquelle il tenait déjà les dbàteanx d'AHcante et d'Orihuela dans le royaume de Valence, que lui avait depuis longtemps donnés l'infant Ferdinand d'Aragon. Mats il avait compté sans son hôte. L'infant eut beau £aire appel à la révolte, et en dernier ressort aux armes, personne oe se leva pour lui; loin de faire des conquêtes de ce côté, D. Fernand dut battre en retraite, vigoureusement pourmm par les compagnies de chevaliers et de fantassins dirigés contre lui par D. Pedro de Xerica et par le comte de Dénia ; Alicante, enfin, se souleva, et chassa les troopes qui y tenaient garnison pour le roi de Gastilie >•

^ lEn Catalunya dels lochs de Montiilanch, é de Tarrega, é de Vilagrassa : é «n d Règne de Valentia, dels lochs de GastelU^ del Camp de Borriana, é VUarr^ial : i en el Règne d'Aragd, dels lochs de Tamarlt, é de Litera ab ses aidées, é de Ricla, é de Epila : los quais ell posehi ab tota jurediccid alla é baxa, pacificament, é sen tôt conftrast, tro al dia que entra en Castella (Ibid., 1. c). ~ H éprouva néanmoins tluelqnes difficultés à faire reconnaître sa juridiction sur les villes de Castellon et de Villaréal, et n*y parvint qu*un assez long temps après, avec Tintervention et «or les ordres répétés du roi de Aragon à ces deux vOles d*avoir à lui obéir en oâa (Ârariv. gêner, de Aragon, p. 36 et seq. du registre coté t543 ).

2 Zurita, Anales de Aragon, t. n, p. 275 et seq.

440 msToiBE d'sspagub.

Tont ceci avait liea au miliea même de ce commerce épistoaire entre les deax rois dont il nons reste à rapporter le dernier message. Noos avons dit que la lettre da roi de Gastille da 18 octobre, antérieure par conséquent de vingt jours au traité de Pina, ne fut remise au roi d'Aragon que le là novembre, sept jours après la consécration de ce traité. Pierre s'était rendu de Pina à Saragosse, et ce fut dans cette dernière ville qu'il reçut la lettre en question. Soit qu'il fût embarrassé de répondre, soit qu*il eût quelque raison politique d'ajourner la réponse, il n'écrivit à Pierre de Gastille que vingt-un jours après, le 6 décembre, et d'un lieu plus rapproché du théâtre de la guerre, de la ville de Galanda, située dans la province de Terruel, non loin du rio Guadalupe, à quelques lieues au sud d'Alcafliz.

Dans cette réponse <, le roi d'Aragon entre encore en d'assez longs détails justificatif, et montre avec évidence qu'il n'avait pas dépendu de lui que la guerre n'éclatât pas; il reproche entr'autres choses au roi de Gastille l'envoi de douze galères et de quatre vaisseaux venus à Majorque « pour faire dommage à nos gens, dit-il, avec vos' enseignes, et votre amiral, et armés dans vos ports. »

« Ni cela n'aurait eu lieu, poursuit-il, si vous ne l'aviez ordonné, ni vos troupes n'auraient couru nos terres avec vos

officiers et vos bannières Toutes ces raisons, Boi, nous

vous les faisons savoir en présence de Dieu pour que tout le monde connaisse la grande justice de notre cause, et l'iniquité de votre attaque. Quant au chevalier que vous nous annoncez devoir venir à nous de Bequena, nous vous fid-

1 Elle commence ainsi : « Roi, nous avons reçu votre lettre le mardi 15 de novembre^ à nous présentée par Johan Ferrandez d'Arcos et Pero Ferrandez de Ségovie vos messagers, répondant à une réponse que nous avions faite à une autre lettre de vous, que vous nous aviez d'abord envoyée. Dans cette lettre, roi, vous dites que n'avions pas répondu à certaines choses que dans ladite première lettre vous nous aviez envoyé dire, etc. • Voy. CarboneU, Gbronica d'Espanya, 1. c.

GHAPfTBE TttBOSàUE. 441

sons saToir qae nous lui enTerrons une lettre de sûreté, comme aussi à tous les mandaires qui viendront à nous de votre part*, »

Jusqu'au commencement de Tannée 1357 la guerre se borna à des escarmouches et à des surprises de frontières. Mais dès le mois de janvier elle prit un caractère plus se-* rieux sur toute la ligne, les hostilités s'envenimèrent, ^t des deux côtés la guerre s'alluma sur plusieurs points, dure et cruelle pour les deux peuples. Pierre ne tarda pas à vouloir y prendre part de sa personne, et il partit de Se ville à la fin de 1356 ou au commencement de 1357, pour se rendre à Molina, sur le rio Gallo, d'où il voulut diriger lui-même une attaque sur le Haut-Aragon.

Les principales villes frontières de TAragon, du côté de laCastille, dans une étendue d'environ 140 lieues du nord au sud, étaient Tarazona, sur le rio Queyles, Borja, Galatayud, Daroca, Alcaniz, Terruel, dans T Aragon proprement dit ; Alicante, Guardamar , dans le royaume de Valence ; enfin, sur Textrème frontière-sud, s'élevait Orihuela, sur la Ségura, opposée à Hurcie. Du côté de la Castille, s'élevaient dans la même étendue de frontières du nord au sud une longue suite de villes dont quelques-unes très importantes : Agreda, au nord -ouest du Montcayo, contre-partie castillane de Tarazona; Soria, Almazan, Deza, Ariza, Médina-Cœli, MoUna d'Aragon, Requena et Murcie. Ce fut, comme nous Tavons vu, sur cette dernière frontière que les hostilités avaient commencé au désavantage des armes castillanes.

Les capitaines du roi d'Aragon, échelonnés, pour ainsi dire, sur la frontière des États castillans, du royaume de Valence, jusqu'à la Gasti^e-Vieille, étaient nombreux et renommés. Les

' Dada en Calant dins nostro sello secreto à yi dias andados dd mes de didembre en él anyo de la Natividad de Nostro Senyor MIL GCCLVI. Visa. R<5. (dans Carbonell, 1. c).

tro» piifteipun étaieiit le comte D. Henri, D. Pedro de Xerioi et le «comte D« Lepe Feraeiidez de Luiia : oeax de Castille, le grand-maitre de Saint-Jacqaes D. Fadriqne, te deox infants cTilragoii D. Ferdioand et D. J«aQ, J>. Jaan de la Oerda fils de Louis d'Espagne (roi des Iles Fortonées) et le rei lainnème. Maif le plus redoutable «ntiliaire de ï/kngonade élait le méconteidement qu'exeiUit «n €astUie même la politiqaB despotiopie et la froide craanté da roi. Chaque jour, quelque d^ection eovveUe s'ensuivait^ qoelqae personnage important quittait le parti de Pierre, pour nne tmm «u ponr une autre, et tenait grossir •oekii de «on frère et da roi il' Aragon qoi le soutenait. Ayala nous en raoonte ici m exemple qui mérite d'être rapporté.

Pierre étant a« siège d'un chàtoau d'Aragon, appelé Gubel, situé dans le YoAsiaage de Holina, reçut airis q&e D* Joaa de la Cerda, ffls de Loufîs, et don Àlvar Pere^ de CkiSBman, seigneor de Olvera^ que le toi avait laissas ponr fronteros ém une Tille appellée Seron, sur la f rentière d'Aragon, en étûeit pnrtia^ et étaient allés en Andalousie» La raison ponr kqnette tons deoi: étaient partis de S^ron, était^ à ne qu'on disait, patœ qne le mi «vait ^mnla avoir la feanne 4e don Alw Perctt de Gazmian, iaïqueile étaiit doâa Aldonsa Goronel, fiUe de don Àlfonse Ferranén Coron0l, ^ aoeur de dofia Maria Comnel, feolHne de don Juan d^e la Cerda. Pierre l'avait ifoe À fiévïle peu de temps nvamt sont départ ponr la frontière d'Aragon, et -en étffft, disaitHm», devenu mafeunenx. Le brait du moins en avait «conrn. Si die s'^kaiît en «ffet «déjà daanée à M, on ne le savait pas alors, mais qoelque^faose, à ce que «kmne à penser Ayala, sembla le prim<«r depuis: «'est qne, justettient, définis, le roi la prit pour maîtresse, oomme noas le verrons tout à l'heure. Quoi qu'il en fût alors, le brait qui en courut, comme je viens de le dire, détacha du service du roi les deu hauts aeîgneuFS qoe je viens deaoïamer. En apprenant leur départ de Seron, Pierre «mçrt

de grandes inqniétades, et craignit nn iMment que eette défection ne fit toarner à mal la guerre commencée. H fat Sût It pdhïif tant il avait peur que ces deux grands chetaliers {estos dos grandes càballeros), très pnissans en Âtidalousie, ne soulevassent tonte cette province, ût laisser le«t)in de diriger la guerre d'Aragon à ses lîeutenans, et de retoorner lui-même dans le cercle de Séviile, où ils allaient satis doute opérer quelque dangereuse levée de boucliers. Mais il céda à d'autres conseils, et, ayant résolu de demeurer à la gnei^e qu'il avedt commencée, se contenta d'envoyer an cerde de Séville et à tons les antres cerdes de rAndalousie des ordres précis de se mettre en défense contre te tentative qu'il redoutait. Il apprit, peu de jours après, que D. Juan de la Gerda s'était retiré dans la ville fortifiée de Gibraléon qai était à lui, et que D. Alvar Ferez s'était réfugié près des mécontens d'Aragon; TAbreviada dit avec sa femme dona AMonza Ck)ronel, mais l'on a plus d'une raison de croire qu'il la hissa à Séville dans le couvent qu'elle habitait avec sa sœur, pcsisffut |>it)bablement on qu'elle ne se donnerait pas àPierre» eo que celni-ci serait abattu avant d'avoir eu le temps de la prendre, retenu qu'il était d'ailleurs à la frontière par les nécessités de la guerre d'Aragon. Après être demenré quelques jours encore dans le cercle de Molina, le roi entra sur les terres aragonaises, y prit quelques châteaux, puis se replia sur la ville de Seron, qui était de ses domaines. Il reatra peu après de tMmveaa on Aragon, ^ y prit nn lien appelé Bordai va, et un autre appelé Embid. Ce dernier avait pour alcayde un ohevatier nommé Ximeno Lopez de Tok>, qui s'y défende vaillamment, et fnt tué par les troupes castillanes, ainsi que l'atteste un privilège concédé à Juan de Tolo son petit-fils par le roi IX. J«iaa II d'Aragon. Pierre reatra à Deza, où vint le trotiver teisandinc 6uiUanme,légat dn pape Innocent, ehai^ de mettre la paix entre les deux rois. U ne put faire consentir d'abord le roi de Gastille qu'à une trêve de quinze jours, et

444 HI8TOIRB D'ESPAGNE*

partit d'auprès de lui pour aller trouver le roi d'Aragon à Saragosse <.

Ce fut durant ce séjour de Pierre à Déza, qae Pierre reçut, vers la fin du mois de février, la nouvelle de la mort de sa mère. Marie de Portugal était morte à Evora, le 18 janvier de cette année, par le poison, suivant le bruit poblic. Aucun des auteurs contemporains faisant seuls autorité poar moi, et Ayala moins que personne, n'a accusé le roi son fils de cette mort. Néanmoins, dans la suite, la mauYaise réputation de Pierre, qu'on tenait à bon droit pour capable de tout,. la lui a fait attribuer. Il parait que si, en effet, Marie de Portugal mourut par le poison, comme Ayala parcdt le croire sans toutefois l'affirmer, ce fut par l'ordre de son père, et à cause des bruits qui couraient sur elle, au sujet sans doute du successeur ou des successeurs obscurs qu'elle avait donnés à son ancien écuyer et amant Portugais Martin Alfonse Telho, tué sous ses yeux à Toro dans la terrible journée du 5 janvier 1356. Le bruit public était, dit Ayala, que le roi D. Alfonse de Portugal son père lui avait fait donner des herbes pour qu'elle mourût, n'étant pas content de ce qu'il entendait dire d'elle^.

Bien qu'aucune autorité, je le répète, n'ait sérieusement accusé Pierre de la mort de sa mère, ses défenseurs en titre

^ Cronica dd Rey D. Pedro, afio ym^ g. 2.

* É segund fué la fama, dixeron que el Rey Don Alfonso de Portogal su padre délia le ficiera dar hierbas con que moriese, por quanto non se pagaba de la fama que ola deila (Ibid., 1. g.). •— Par le testament que fit la reine Marie de Portngal à Valladolid, le 8 novembre 1351, pendant la première réunion des Certes sous ce règne, elle nous apprend, entre autres choses, un prénom ignoré de sa rivale Éléonore de Guzman. Après y avoir ordonné qu'à sa mort son corps serait enterte dans la chapelle des rois, à Séville, près du corps de son mari, et avoir réglé diTCRC restitutions de lieux qu'elle possédait à differens titres, elle y ordonne qu'on ^de Madrigal, Palacios de Valduema et YiUadiego, qu'elle tenait du roi son mari, et tous les autres lieux et biens que le roi son fils lui avait donnés sur la frontière à titre héréditaire, lesquels avaient été à Éléonore Anne ( ou Inès) de Guzman : - »

GHiiPITRE TREIZmiE. 445

ont beànconp insisté sur rinjostice de Taccasation, et ont sur ce point, on le conçoit, facilement triomphé. Il y a pins, il s*est rencontré nn écrivain qni, emporté par son zèle, s'est pin à admettre un moment la chose, et a prétendu prouver que Tempoisonnement de Marie de Portugal du fait du roi son fils eût-il été vrai, c'eût été bien fait, et très juste, suivant le droit monarchique. On trouve cette argumentation sans nom dans l'apologie la plus misérable sans contredit de toutes celles qui ont été faites de Pierre-le-Cruel, œuvre d'un certain Godinez de Paz, abbé de San Cucufat del Vallès au temps du bon roi Ferdinand YII. C'est là assurément un incroyable écrit. On y lit, p. 74, cette admirable théorie monarchique : « Avant tout, je dois avertir, dit le bon apologiste, que, quand même le roi D. Pedrto aurait ordonné de lai donner la mort (à sa mère), il n'aurait point agi sans justice, la loi ne reconnaissant ni ne devant reconnaître de parenté. Il est constant qu'elle porte la peine capitale contre les traîtres; la reine dofia Maria le fut envers son fils ; elle en dut supporter la peine. «^ La loi qui autorise à faire empoisonner sa mère, de loin! C'est un grand royaliste assurément, mais un bien singulier chrétien que cet abbé de San Cucufat del Vallès, auteur de cette merveilleuse vindicâtion du roi don Pèdre I^'

todos los otros logares é biencs que él Rey mio ^o me dUS en la Frontera por jiiro de heredat, los cpiales fueron de Leonor Aunes de Guanan. — Elle fait mention, dans ce testament, de la dot d'un millioft et demi de maravédb qu'elle avait reçue de son père lorsqu'elle s'était mariée, et lègue au roi son fils sa couronne d'or et de pierreries. — Voici comment la Chronique de Coimbre rend compte de sa mort (Chronicon Conimbricense;, dans Florez, Espana Sagrada, t. xxm) : Ferla V, XVIII dias andados do mes de Janeiro da Era de mil é CGC é noventa é sinq annos, passou A Reyna Donna Maria de Castella, mulher del Rey Don Âlfonso fle Castella, é madré del Rey Don Pedro outrosi de CasteUa, é fllha do muy nobre é boa memoria Rey Don Alfonso de Portugal, é da Reyna Domna Beatris : à quai veo à Portugal para veer seo padre é sua madré : é partidsse délies en a vUla de Lirea, é morretf en la cidade de Ebora, é df a levaron para Sevilha, é jas na see da ditta cidade à par de seo marido. — Son corps repose maintenant dans l'église du coûtent de Saint-dément, à SéviUe.

44$ «BTODUI P*SSyAGIf«.

de CastiUe. C'est ainMar et comprendre el r#ir iie(iO| comme il convenait au bon temps <•

Ayala ne nous dit rien des sentimeng quefitéprouYerà Pierre la mort de sa mère; il se ^contente d'enregistrer I0 fait, et nous raconte immédiatement « comment le roi doa Pedro partit de Deza, et entra en Aragon , et gagna la i^ilk de Taraaona *• «

Le roi don Pedro étant à Deza, noua dit-il, une de ses Yilles sur la frontière d*Àragon, sut que la ville deTaraionSi qui est du royaume d* Aragon, était une bonne ville, bien pourvue de vivres, peu fortifiée, et n'ayant pas beaucoup da garnison, et qu'elle était près de là. £t il partit de Den pour Agreda; et le lendemain partit de là pour Tarazoiut,et prit dans sa marcbe un cbâteau du roi d* Aragon, appelé Sancta Croz, et ensuite fut vers Tarazona* Et le joar qu'il arriva là, qui fut le jeudi, neuvième jour de mars de oette dite année, il prit la ville de Tarazona par force, et ei^tra par le côté de la Horeria (rancien quartier maure), qui éUit faible, et auquel donnèrent l'assaut le maître don Fadriqoe et ses chevaliers; il y eut là perte de gens des deux côtés. Ceux de la ville se réfugièrent dans une enceinte qui formait comme une autre ville sépiirée,au milieu de laquelle étaitaoe sorte de château ou d'habitation fortifiée, appelée l'Azuda, appartenant à une dame très honorable qui l'habitait, laquelle avait nom dona Guillelma, femme d'un grand seir gneur d'Aragon appelé don Garcia de Loriz, qui était gea-

^ Textoellenent : Ânte todo, debo advertir que aua cuando el Rey D. Pedro bnbiMe mandado darla la muerte, no hubiera procedido sioo en jusUcia porqiH ^ Icy no reconoee ni debe reconocer parentescos. Es constante que esta pooe peot capital i los traidores : lo f ue contra su bijo la Reina dona Maria ; debid sufirir U pena, etc. (p. 74). — Le titre de l'œuvre de cet apologiste quand même 4c H royauté est : Vindieadon dd Rey don Pedro ir« de CattiUfi, et«„ ^ ^ Vidoca Narcof de Pagne Godinez de Paz, Barcelona, 1831*

2 Co«o el Rey D. Pedro partid deDe^, é entn) ea Aragon, 4 C^»^ ^ <it^ ^ Tarazona (Cron. delRey D. Pedro, ano yiu, c 8).

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verneor de Valenee, et absent en ce nonent. Les gens iu roi de Gastille entrèrent tons ce jonr là dans la ville, et à minait lee habitans qai s^étaleoft réfogiëe dans d'Aznda obtinrent qn'on les mi^^ de leurs personnes et ayec tout ce qu'ils pourraient emporter, en sûreté dans la title de Tudèle de Navarre, qui est à quatre lieues de là, et le roi le fit ainsi. Et en effet le lendemain Tendredi , à Theure de none, partirent de là tous ceux de la cité de Tarazona, et une escorte castillane les conduisit à Tudèle ayec tout ce qu'ils purent emporter sur eux <•

Le roi prit ainsi Tarazona, où ses troupes trouvèrent beaucoup de vivres et de munitions: il s*empara, les jours snivans, de quelques autres châteaux du voisinage: d'Alcalade Yé^ ruela, de Ferrejon, qui la plupart lui ouvrirent leurs portes ; et d'un château appelé Los Fayos, dont était commandant un chevalier navarrais, déjà connu de nous, Martin Abarea, que nous avons vu, à la prise de l'AIcazar de Toro, venir le premier à la merci du roi et lui amener son frère don Juan. Pierre prit le château, et fit tuer le chevalier, dit Ayala, évidemment à cause de ce souvenir.

Le cardinal Guillaume, légat du pape, accourut sur ces entrefaites à Tarazona, très fâché et reprochant au roi d'avoir pris cette ville avant que fussent écoulés les quinze jours de la trêve conclue par son intercession entre les deux rois, à Deza, dans les derniers jours de février.

Ayala raconte ici, à la manière de Froissart, comment le roi

* . . . Con todo lo que levar pudieron sobre sus cuerpos (ibid., 1. c.).— PlcppelV, dans ses mémoires, attribue à une sorte de trahison ou à la Iftcheté du gouverneur de Tarazona, rentrée du roi de Castille dans la place : É per gran malida d'Ea Miquel de Gurrea, cavalier d'Aragd,... no volent se defiendre aii com fer dévia, Isiiué à tratameDts al dit Rey de Casteila.... & descraparada la dlta cuitat per lo éU capità, lo Rey de Casteila podcrosament entra en aqueUa, é gitâ tots los pobladon dopullala da tots lo» bcos q^fi bavien, é no traïuquerea sino les perswo ab lu» nsUts (Garbooell, ChroiUca d'Espanya, p. 18^).

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don Pedro marcha sur Borja. . . . Étant, dit-il, dans Tarazona, vinrent à loi de nombreuses tronpes de tons lescôtésdelaCastille, et Yint làdonTelloson frère, qni était seignear deYiscaya et de Lara et d'Agnilar, avec de nombreuses troupes de Biscayens; et là était déjà, avec le roi, don Fadriqne son frère, maître de Saint-Jacques, qui avait là sept cents chevaai. Et étaient là aussi avec le roi Flnfant don Juan son cousin et don Ferrand de Castro, et don Pedro de Haro, qui était alors encore enfant. Et étaient en outre là, avec le roi, don Diego Garcia de Padilla, maître de Calatrava, don Suer Martinez maitre d'Alcantara, et don Àdan Arias lieutenant da prieur de SaintrJean, et autres grands seigneurs et chevaliers du royaume. Les troupes que le roi rassembla ainsi alors dans Tarazona s'élevaient à sept mille cavaliers armé» de toutes pièces, et à deux mille génétaires ou cheveau-légers {dos mil de la gineta) '. Et là aussi arrivèrent au roi le seigneur de Lebret (d'Albret) et ses frères, qui étaient grands seigneurs en Guyenne, avec bonne chevalerie, qui le venaient servir, et ils faisaient cela parce qu'ils avaient su qne le comte de Foix, leur ennemi, était venu au roi d'Aragon pour l'aider. Et le roi sut comment le comte don Enriqne son frère, et le comte de Foix, avec un grand nombre de seigneurs et chevaliers d'Aragon, étaient venus à Borja, qui est i quatre lieues de Tarazona. Et partit le roi de Gastille de Tarazona avec toutes les troupes que là il avait avec lui, et fat à Borja, une ville du roi d'Aragon, et trouva que ces troupes qui tenaient pour le roi d'Aragon s'étaient mises en bataille près de Borja dans un lieu élevé qu'on appelait la Mnela : et le roi arriva près d'eux, de manière qu'il y eut quelques escarmouches ; mais ceux qui étaient dans la Muela ne qoit-

* Caralien portant la gineta, espèce de lance courte, dont le fer était doi<, montée sur une petite houppe de fil d'or. On a donné ce nom plus tard an ta^ garni de velours rouge et de clous dorés que les capltidnes de rin&oiterk < portaimt à la main au Ueu de canne.

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tèrent pas de là, et le roi, dès qu'il yit qa'il ne pouvait rien faire, et qae les antres ne vonlaient pas combattre, s'en revint vers Tarazona. Et ce jonr il faisait grande chaleur, et il y eut si grande soif dans le camp du roi, que quelques hommes de pied périrent de soif : et cela était un jeudi dans le mois d avril. Et le roi d'Aragon était dans Saragosse, et n'avait pas assez de troupes pour combattre avec le roi de Gastille; et le cardinal don Guillen, légat du pape, faisait tout son possible pour les réconcilier, ou leur faire du moins signer une trêve '. Pierre, de retour à Tarazona, apprit comment don Juan de la Gerda (celui-là même que le roi avait commis avec don Alvar Ferez de Gozman à la garde des frontières, et que nous ayons vu naguère partir de Seron et passer en Andalousie), ayant fait un mouvement sur Séville, le conseil de Séville, les vassaux qui combattaient sous la bannière de don Juan Ponce de Léon, seigneur de Marchena, l'amiral Gil Bocanegra, et d autres chevaliers et écuyers vassaux du roi, avaient combattu contre ledit don Juan de la Gerda entre Veas et Triguero, près d'une rivière ayant nom Gandon, et l'avaient vaincu et fait prisonnier. Gonduit à Séville, il y fut, suivant un ancien document rapporté par Zuniga, renfermé dans la Tour de l'Or. Le roi eut grand plaisir de cette nouvelle, dit Ayala, et aussitôt envoya un message à Séville, par un arbalétrier à lui, appelé Rodrigo Ferez de Gastro, avec l'ordre de tuer ledit don Juan de la Gerda. Graignant pour la vie de don Juan, Marie Goronel sa femme quitta sur ces entrefaites le monastère de Sainte-Glaire, où elle et sa sœur dona Aldonza vivaient en sages matrones en l'absence de leurs maris, et partit pour Tarazona, dans l'espoir d'obtenir du roi la grâce de don Juan. Pierre avait remarqué Marie, dit-on, presque autant que sa sœur Aldonza, pendant le dernier séjour qu'il avait fait à Séville. Il lui donna des lettres de grâce, pour qu'on lui ren-

> CroDica del Rey D. Pedro, ano vin, c. 4.

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