‹ Histoire d'EspagneChapitre 76 sur 108 · HI6T0IRB D^BgPAGRE · texte numérisé non relu

HI6T0IRB D^BgPAGRE

dit son mari sain et sauf, tout en sachant trà bien qa^aTank que les lettres qu'il donnait arrivassent à Séville, don Juan aurait été mis à mort; et en effet, quand Marie Ck)ronel 7 accourat, toute pleine de la joie d'avoir sauvé don InaO) eelui-ci était exécuté depuis environ huit jours. Âyala ne nous dit pas comment, si ce fut par un coup de masse on d'épée, ou par le poison '.

Les instances du cardinal-légat cependant pour faire conclure la paix entre les deux rois de Castille et d'Aragon étaient de jour en jour plus actives. Toutefois, les prétentions des deux parts, surtout de la part du roi de Castille, étaient telles que, désespérant d'arriver à mettre fin à leurs différends par un traité de paix véritable, il s'attacha à leur faire conclnre une simple trêve, pendant laquelle il espérait voir les esprits se calmer, et changer ou se modifier les choses dans le sens désiré par lui. Étant le roi don Pedro, dit Âyala, dans la Tille de Taraaona, appartenant au royaume d'Aragon^ de laquelle il s'était emparé, et le roi don Pedro d'Aragon dans sa viUe de Saragosse, le cardinal don Guillen, légat du pape, 8'effo^ çait d'établir la paix entre eux, et ne les pouvait mettre d'accord ; et dès qu'il vit qu'il ne pouvût établir la paix entre eux, il traita d'une trêve d'un an, et ils y consentirent; et incontinent ils signèrent cette trêve, et elle fut publiée dans les villes où les rois étaient, le lundi 8 mai de cette année*.

^ VA histoMen moderne a vainement essayé, à Taide de je ne sais quel calcul tout au moins singulier, sur les heures d'avance que le messager du ni avait sur doUa Maria, à quoi le roi, dit-U,ne pouvait rien, de disculper DonPèdre d'avoir sciemment trompé Marie Coronel en cette occasion ; mais Ayala, que cet auteur a évidemment très mal lu, déjoue toutes ces subtilités en nous disant expressément qu*au retour de Marie Corond à SéviUe, Don Juan avait été, comme nous venons de le dire, mis à mort depuis huit jours : — É asi fué que quando dooa Maria ilegé à Sevilla, fuera Don Juan muerto hien avia ochos dias ( Gron. del Rey D. Pedro, ano Yin, c. 5).

* É luego firmaron treguas , é se pregonaron en las dbdades dd los Reyes estaban, lunes ocho de mayo deste dicho a2io (1857).

GHAPITBIE TRBtZmMB. 451

Les négociations eurent lien à Tndële, en Navarre, avec l'assentiment du régent de Navarre, Louis, frère de Charles^ le-Mauvais, qui gouvernait la Navarre en Tabsence de celui^ ci, alors tout occupé en France de ses intrigues et de ses vengeances contre le dauphin, régent du royaume. Les plénipotentiaires des deux rois étaient, pour le Castillan, Juan Ferrandez de Hinestrosa, son camarero-mayor , Juan Alfonse de Benavidès, alguacil-mayor du palais, et Inigo Lopez de Orozco, mayordomo-mayor de dona Blanca de Yillena, sœur de la comtesse, femme de don Henri de Trastamare ; pour le roi d'Aragon, D. Pedro de Xerica, D. Bernard de Cabrera et Alvar Garcia de«Albornoz. Ce dernier, naturel de Castille, semblait chargé surtout de stipuler pour les émigrés de ce royaume: on n'a pas oublié que, par le traité de Pina, renouvelé plus tard à Saragosse dans le même sens, le roi d'Aragon ne pouvait faire avec le roi de Castille ni paix ni trêve sans le consentement du chef des émigrés castillans. Les intérêts de don Henri furent fort bien défendus sans doute par Alvar Gar^ cia de Albornoz, car nous lui voyons obtenir pour le comte et ses adhérens la levée du séquestre de leurs biens en Castille, et régler avec Inigo Lopez de Orozco diverses questions délicates touchant l'héritage de dona Juana Manuel de Yil-^ lena. Une des principales clauses du traité portait que le roi de Castille aurait à remettre en dépôt entre les mains du légat, dans l'espace de quinze jours à un mois, la ville de Tarazona et les divers châteaux dont il s'était emparé sur le territoire aragonais. Dans le même terme, le roi d'Aragon s'engageait à livrer au même légat, et au même titre, la ville et le château d' Alicante, ainsi que les autres châteaux et villages pris par les Aragonais sur les Castillans. Le légat devait les garder sous sa dépendance jusqu'à ce qu'eussent été applanies tontes les difficultés pendantes entre les deux contendans; il consentait à laisser Tarazona sous la garde toute de confiance de Juan de Hinestrosa, en attendant qu'il en fftt définitivement

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ordonné. Jusqu'à la Noël prochaine les plénipotentiaires des deux côtés devaient faire valoir les droits ou les prétentions de leurs seigneurs, et, s'ils ne pouvaient se mettre d'accord dans cet intervalle, l'arbitrage définitif était dévolu au légat. Six mois lui étaient accordés pour régler toutes choses. La sentence pf omulguéc après ce terme, qae les rois la ratifiassent ou non, un nouveau terme d'un an était fixé, au bout duquel seulement les hostilités pourraient être reprises. Le traité laissait ainsi une latitude d'une année aux négociations laïques, et une année et quelques mois à l'arbitrage du légat (à la rigueur un an et six mois). Au nom de leurs seigneurs respectifs, les négociateurs ét^lirent pour sanction pénale contre les infractions, une amende de 100,000 marcs d'argent, moitié pour le saint-siége, moitié pour la partie contractante qui demeurerait fidèle aux conditions stipulées. L acte porte de plus l'accompagnement ordinaire de sermens et d'hommages entre les parties, et d'excommunication et d'interdit contre le réfractaire, dans les termes et selon toutes les formules diplomatiques du temps '.

Pierre eut l'air d'accepter le traité ; mais il interpréta à sa manière la clause concernant Tarazona. Il y mit bien pour gouverner Hinestrosa, comme c'était convenu, mais il persista à la considérer comme sienne. Hinestrosa délégua lui-même ses pouvoirs à un chevalier de Gastille son parent, dont le nom n'est pas nouveau pour nous, Gonzalo Gonzalez de Lucio ; toutefois, c'était le roi qui payait la solde et le service de ceux qui y tenaient garnison, et, quoique le cardinal dit qu'il laissait ainsi la ville de Tarazona en dépôt {en fialdad)^ cependant le roi prétendait qu'elle était à lui ; il la fit peupler de gens de son royaume, et en partagea les propriétés, terres et maisons, à ces non-

* ZuFlta, Anales de Aragon, 1. n, c. 11, et Archive gênerai de Aragon, wgisJff 1894 Pa€ium et Treugarum, inprindp.

OHAPITBE TREIZIÈME. 453

veaux venas, si bien qu'elle était déjà très bien penplée, et qu'on y comptait dès lors trois cents hommes d'armes ou chevaliers Fijosdalgo, qui s'y établirent à demeure {qys alli tomaron vedndad) ».

Pierre, en commettant ainsi cette population et ces hommes d'armes à la garde et à la conservation de Tarazona sous les ordres de Juan Ferrandez de Hinestrosa et du lieutenant de celui-ci , Gonzalo Gonzalez de Lucio, exécutait fort à son avantage et d'une façon toute léonine la clause qui l'obligeait envers- le légat Guillaume de la Jugie, qui d'abord ne s'en plaignit pas trop ouvertement ; il espérait sans doute ramener bientôt le roi à plus de modération, mais c'était un bien vain espoir. Pierre quitta enfin Tarazona, oti il laissa, atec Juan Ferrandez de Hinestrosa, liiigo Lopez de Orosco (majordomo-mayor, ainsi qu'a toujours soin de le dire Ayala tontes les fois que ce nom se rencontre sous sa plume, de dofiaBlanca de Villena), pour Texécution de certaines choses qui devaient être tenues et gardées en vertu des dites trêves. On ne sait si les plénipotentiaires du comte D. Henri, dans les conférences de Tudèle, réclamèrent la mise en liberté de la femme du comte, dona Juana Manuelde Villena, détenue prisonnière en Castille depuis la prise de Toro, et à quoi tint qu'ils ne purent l'obtenir. Quoi qu'il en soit, Pierre se rendit de Tarazona à Agreda, où étaient rassemblés les principaux seigneurs qui étaient venus se réunir sous sa bannière avec leurs compagnies d'hommes d'armes pour l'aider dans cetteguerre, et que nous avons nommés plus haut; il y demeura une quinzaine de jours, et, pour la seconde fois, il eut, là, le désir de se défaire à la fois de trois hommes qu'il ménageait publiquement et abhorrait en secret, savoir ses deux frères don Fadrique et don Tello, et son cousin don Juan d'Aragon, qui se trouvaient tous trois en ce moment auprès de lui ;

* Cron. del Rcy D. Pedro, ano viii, 6.

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mais, comme précédemment à Villalpando, il n'osa passer du désira Texécation. Diverses considérations paraissent Favoir retenu : il n'avait pas encore perda tout espoir de ramener à son obéissance son frère D. Henri, en raison même da précieux otage qu'il gardait par devers lui, et quand il Tanrait sons la main avec les autres, il comptait se défaire de tous d'un seul coup, selon qu'il le dit Ini-^mème depuis {segund il lo dixo despties).D*un autre côté, il n'osait trop agir en roi à sa manière, dans le milieu où il se trouvait àAgreda; en ^et, bien que son intention fût toujours, dit Ayala, de tuer les infans d'Aragon ses cousins, le maître de SaintJacques don Fadrique et don Tello ses frères, par rancune de ce qu'ils avaient fait contre lui à Toro, cependant il ne le vonlat pas faire alors, parce que ces seigneurs, aythit près d'eux entie moment de nombreuses compagnies, et le roi d'Aragon étant tout près, il avait peur que beaucoup des siens ne passassent en Aragon, et que cela ne rompît tout ; car, encore bien que les trêves fussent publiées, il restait beaucoup de formalités à accomplir, et il appréhenda que ces meurtres ne tournassent à grand dommage pour lui en éloignant beaucoup de puissans personnages de son service; autrement, il n'eût p?i manqué de les tuer, répète Ayala, car il voulait grand mal à ces seigneurs, depuis qu'ils avaient été ligués contre lui à Toro lorsqu'il y fut prisonnier en leur pouvoir, et jamais il ne leur voulut de bien depuis, selon ce qu'il a été dit '.

^ É como quier que su yoluntad siempre era de matar â les infantes de Aragon sus primos, é al maestre Don Fadrique, é â Don TeUo sus hermanos, por la saôa que de ellos avia por lo de Toro que avemos ya contado, quando el Rey fué alli detenido ; pero dejdlo de £acer estonce, por quanto se tralaba que el Conde Don Enrique, que estaba en Aragon, viniese â la merced del Rey, é quisieralos matar

todos juntos en uno — Âyala revient avec trop d'insistance sur ce point et eo

termes trop explicites pour que le fait de cette intention ne soit pas pour nous hors de doute. Il dit ensuite l'autre crainte du roi, celle de voir passer les siens au camp ennemi par l'effet même de ers meurtres intempestifs. Puis il ajoute ce dont les derniers mots de notre récit sont la simple traduction littérale : •— fin otra maoera

GQAPXraB TBSIZQW». 455

TçUe était la sitaatioii des choses sur la froatiève après la trêve 4e Tadèle. Pierre y laissa ses troupes ^t les oommssaires chargés de poursuivre les uégociatioio^ de la paix pen« d^ut la trêve» et retourna à Séville, priadpaleiueut^ dit«<iQ, pour 7 préparer une flotte foroûdable, avec laquelle ii avait résolu d'attaquer TAragon par mer à Texpiratioii de la tràve* Il y trouva Marie de Padilla installée à demeure dans VAl-^ caçar des anciens émirs arabes de SéviUe, qu'elle habita depuis plus habituellement qu'aucun autre château du roi. Elle avait fait, à Séville, dans ces derniers temps, divers actes d'autorité seigneuriale, selon son droit, et concédé, entr'au^ très choses, le 8 juillet, la communauté de pâturage à ses villes de Huelva et de Niebla (comunidad de pa$to9 à sfus aillas de Huelva y Niebla) ^

Alfonse lY, roi de Portugal, surnommé le Brave et le Fier, grand-père maternel du roi de Gastille, monrnt vers ce temps (le 28 mai 1357), peu de mois après la mort dosa fille, dont on l'accusa, comme nous l'avons vu, d'être l'auteur; il eut pour successeur son fils Pierre I®', particulièrement célèbre par ses amours avec Inez de Castro, sœur de deux seigneurs que nous connaissons, D. Ferrand et D. Alvar de Castro, et de cette Juana de Castro que le roi de Gastille avait fait sem*blant d'épouser quelques années auparavant ^. On ne sait si Pierre de Gastille apprit cette mort et l'avènement de son oncle Pierre, premier du nom en Portugal comme lui-même Tétait en Gastille, s'il apprit, dis-je, cette mort et cet avènement à Agreda ou à Séville. Ce qu'il y a de sûr, c'est que les meur-

el Rey non dexàra de los matar, ca queria muy grand mal à estos senores : ca despues que fueron en Toro contra él quando estovo como preso en su poder dellos, nunca bien los quiso, segund dicho es.

t Hueha ilustrada, ad ann.

2 On sait qu' Alfonse IV avait fait tuer, en 1355, par quelques-uns de ses officiers, (le peur que son fils ne l'épousât, la belle Inez, surnommée CueUo de Gana, à cause de la beauté de son cou.

456 msTonus d'espagub.

triers dînez de Castro, Pero Goelho, Diego Lopez Pacheco, et Alvaro Gonzalez, s'étant réfagiés en Gastille aussitôt après la mort d'Alfonse lY pour fuir la colère du nouveau roi, celuici entra en négociation, dès son avènement, avec son neveu de Gastille, à l'effet d'en obtenir l'extradition de ces cheyaliers.Hinestrosa se rendit même en Portugal pour y traiter de cette affaire, à la fin de cette année ou au commencement de la suivante. Elle traîna en longueur, mais Pierre de Portugal obtint enfin ce qu'il voulait : Pero Goelho et Alvaro Gonzalez lui furent livrés en échange de quelques transfuges castillans. Diego Lopez Pacheco, averti à temps, s'enfuit en Aragon. L'oncle du roi de Gastille était, à tout prendre, un | singulier et bizarre personnage, fort justicier à la manière du | * temps, et même un peu bourreau, fouettant au besoin de sa | main les patiens qui relevaient de sa grâce ; il portait toujours) dit un de ses historiens, un fouet à la ceinture pour n'avoir pas à perdre de temps à le chercher <; très tendre d'ailleurs et très amoureux, et poète comme son homonyme d* Aragon Pierre lY, mais poète dans une langue qui devait être celle de Gamoëns. Nous citerons ici de lui quatre vers adressés à Inez de Gastro au temps de leur plus intime union, et qui, à l'orthographe près d'un mot, ne diffèrent en rien de la langue portugaise actuelle :

Mais dyna de ser servida Que senhora de este mundo 1 Vos soes 0 meu Deos segondo.

Vos soes meu bem de esta vida.

« Pins digne d'être servie qu^aucune autre dame de ce monde, toos êtes mon second Dieu, vous êtes mon bien dans cette vie. »

Après la mort tragique d'Inez, Pierre exhala en vers ses regrets, que de sanglantes représailles devaient seules cahner.

^ Na dnta trazia sempre o açoutep or nào haver dilaç&o em o buscar (Duarte do Liao, Ghronicas dos Reis de Portugal, ad ann., t. ii, p. 199).

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