CHAPITRE TRB121ÈME
lui dit qu'il lui plairait beaucoup d'apprendre cela, et qu'il le priait de lui dire ou de lui faire dire quel avait été ce commencement <.
On fixa pour cela un rendez- vous au lendemain, et le lendemain, le conseil réuni, Pierre exposa fort au long tous ses griefs connus contre le roi d'Aragon, insistant surtout sur l'injure que lui avait faite à San Lucar de Barrameda l'amiral aragonais Francès de Perellos, cause première de toute cette guerre, injure qu'il avait fait connaître et dont il s'était plaint au roi d'Aragon, en lui demandant de lui livrer ce chevalier, sans pouvoir en obtenir justice; loin de là, avant que la guerre fût commencée, et lorsqu'il y avait lieu encore d'espérer quelque arrangement, le roi d'Aragon, non content de ce refus, avait appelé de France le comte D. Henri, avec D. Tello et D. Sancho, ses frères, lesquels toujours avaient été contre son service, et les avait attirés dans le royaume d'Aragon avec ton» ces chevaliers naturels des royaumes et seigneuries de Gastille qui toujours également avaient été prononcés contre lui; donnant par là moins lieu que jamais à la paix. £t à la proposition que fit le légat d'aller, si cela lui plaisait, voir le roi d'Aragon pour entendre ses raisons sur tout cela, le roi dit qu'il lui plaisait que le cardinal fit librement toutes les choses pour lesquelles le pape l'avait envoyé; et le cardinal fut satisfait de tout ce que lui dit le roi, et dit qu'il entendait bien tout ce que le roi lui avait dit, et qu'il lui plaisait d'avoir été informé par lui de la manière dont avait commencé cette guerre, et qu'il travaillerait de tout son pouvoir à mener tout cela à bien ^.
Gui de Bologne ne partit pas sur-le-champ pour aller trouver le roi d'Aragon. Il envoya un abbé de Saint-Benoît, qui fut depuis cardinal d'Embrun, pour lui annoncer sa ve-
* Cron, dcl Rey D. Pedro, afio X, c. 2, « Ibld., 1. c.
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nue et l'objet de sa légation, et attendit à Almazan, où le roi continua à être plein d'attentions et de déférences pour lai, le retour de son messager. Celui-ci, ayant vu le roi d'Aragon à Saragosse, et l'ayant instruit de sa mission, trouva Pierre IV dans les meilleures dispositions, et prêt à recevoir le légat avec tous les honneurs et toute la bienveillance dus à un si haut personnage; il retourna à Almazan, et rapporta au cardinal la réponse du roi d'Aragon. Sur quoi le cardinal se disposa à partir, après avoir pris l'ultimatum du roi. Cet ultimatum était assez hautain. Le roi dit au cardinal que, pour le service de Dieu et du pape, et pour l'honneur du cardinal, il ferait la paii avec le roi d'Aragon aux conditions suivantes : 1*" que le roi d'Aragon lui livrerait Mosen France» de Perellos pour en faire justice comme et où il voudrait*, T que le roi d'Aragon jetterait hors de son royaume et de tons ses domaines l'infant D. Ferrand, marquis de Tortose,son frère, et cousin du roi de Castille, le comte D^ Henri, D. Tello et D. Sancho, frères du roi de Castille, ainsi que tous les ciievaliers, les écuyers et les gens de Castille sans exception qai étaient avec eux en Aragon venus pour les aider dans cette guerre contre lui; 3*" que le roi d'Aragon lui restituerait les villes et châteaux d'Orihuela, Alicante^ Guardamar, Elcbe, Crevillente et la vallée d'Elda, qu'il disait avoir été usurpées sur la Castille par le roi B. Jayme d'Aragon, sans droit et sans raison, au temps de la minorité de son aïeul le roi Ferdinand; 4"* enfin que, pour les dépenses de la guerre, l'Aragonais lui paierait dix millions de maravédis de Castille ou cinq cents mille florins d' Aragon. Le cardinal sentit bien l'impossibilité de rien conclure sur de telles prétentions; mais, pour donner commencement aux négociations, il consentit à travailler sur ces bases, et partit pour Saragosse ^
' Voici comment Ayala rend compte de la façon dont le légat accuelUitces prétentions du roi de CastUle : É el cardinal legado, dit-U, magner y\6 que el Rey ^