‹ Histoire d'EspagneChapitre 86 sur 108 · CHAPITRE TREIZIÈIIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈIIE

Le cardinal, arriTé à Saragosse, fit part aa roi d* Aragon de Tobjet de sa légation, et des conditions auxquelles le roi de Gastille était disposé à la paix, en le priant d*accéder le plus qu'il poprrait à ces conditions. « Cardinal ami, lui répondit le roi '8'Aragon, vous voyez et entendez bien que si le roi de Gastille avait sérieusement le désir de faire la paix avec moi, il ne demanderait pas ce qu'il demande. » Puis, passant par ordre à l'examen de chacune des conditions proposées, il rejeta, par d'excellentes raisons, la première et les deux dernières. Quant à la seconde, il distingua entre son frère FinfantD. Ferrand, son frère légitime et son héritier dans le royaume d'Aragon, contre lequel il n'avait nul grief à élever, et les réfugiés castillans, frères du roi de Gastille ou leurs adhérens. Il n'avait aucune raison d'exiler le premier; pour les derniers, il était disposé à négocier à l'amiable leur sortie du royaume. « G'est moi, dit-il, qui les ai appelés à mon secours dans cette guerre ; la paix se faisant entre le roi de Gastille et moi, je les contenterai, leur paierai ce que je leur dois de leur solde, et les renverrai hors du royaume. » Par là sans doute il paraît être resté peu fidèle à cette clause du traité de Pina qui l'obligeait à ne pas faire la paix avec le roi de Gastille sans le consentement du comte D. Henri; mais, dans les circonstances graves où l'on se trouvait, il semblait certain de faire agréer au comte cette séparation politique par des raisons d'état qu'il se réservait de faire valoir auprès de lui '.

Le cardinal de Bologne, là-dessus, dit au roi d'Aragon

CaBtilla demandaba eosas que eran muy graves de librar, respondio que él avia oido lo que le decia, é que le placia de tomar cargo é de trabajar en ello. É esto facia él por dar lugar à que el trato una vez se comenzase.

^ Sur le troisième point, savoir la restitution des villes et châteaux réclamés par le roi de Gastille, la réponse de Pierre IV, telle que la rapporte Ayala, fut appuyée par les conclusions d'un légiste nommé Francès Roman (È iuego un doctor del consejo del Rey de Aragon, que dedan D, Frânces Roman, dixo asi al eardenal, etc.)-

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qu'il avait bien entendu toute sa réponse, et qu'il retournerait vers le roi de Castille, et lui rapporterait le tout. Pour rendre la négociation plus facile, il pria cependant le roi d'Aragon, s'il n'y trouvait aucun inconvénient, de s^rapprocher de la frontière castillane ; ce à quoi Pierre IV consentit sans difficulté, et il vint aussitôt, à cette intention, résider à Galatayud, qui est plus près d'Almazan que Saragosse de seize lieues ^

De retour à Almazan, le légat fit part au roi de Castille des conditions auxquelles le roi d'Aragon était disposé à la paix; mais Pierre s'en montra très irrité, et ce fut en vain que Gui de Bologne lui proposa, pour examiner et répondre à toutes les questions pendantes en s'en référant au pape, une trêve d'un an. Il se refusa absolument à tout. Point de trêve, qui n'était qu'un prétexte pour l'arrêter en son essor lorsqu'il avait toute sa flotte prête à prendre la mer au printemps prochain et des troupes cantonnées et payées de son trésor sur la frontière; point de trêve ne pouvant servir qu'à son ennemi et qu'être dommageable à lui-même. La guerre doue, puisqu'on ne voulait, à aucun prix, lui faire amende honorable et satisfaire à ses légitimes prétentions; la guerre, où chacun, cette fois, ferait voir le pouvoir qu'il avait*.

Sa première colère passée cependant, et pressé par le légat, il rabattit quelque peu de ses prétentions, et pour que le ca^ dinal ne doutât point de la bonne volonté qu'il avait de faire la paix avec le roi d'Aragon, il déclara être prêt à abandonner toutes ses précédentes demandes à ces seules conditions : Tque le roi d'Aragon lui restituerait les villes et châteaux d'Orihuela, Alicante, Grevillente, Ëlche, Guardamar et la vallée d'Ëlda;

^ Le cardinal demanda ce déplacement au roi d'Aragon pour avoir un moins luv trajet à faire de l'un à l'autre roi, et savoir les volontés de chacun : Porque él pudièse mas aina andar sus caminos, et saber las voluntades dellos.

^ Diciendo que el Rey de Aragon non queria Uegasse â pleytesia con éi ; pero Que esta vez provaria cada uno que poder avia.

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2"" qu'il chasserait de ses domaines le comte D. Henri, D. Tello, D. Sancho et tous les Castillans qui faisaient cause commune avec eux en Aragon. A cela se bornaient ses exigeances. Le légat s'empressa de porter ces conditions au roi d'Aragon; mais cette tentative de conciliation échoua encore. Le roi d'Aragon accorda bien le bannissement des bâtards et de leurs adhérons; mais, son conseil entendu, il ne voulut rien concéder relativement aux villes réclamées. Le légat continua ses voyages, mais enfin, après plusieurs allées et venues inutiles, il perdit tout espoir d'amener la paix entre les deux rois, au moins quant à présent, et le roi de Gastille ne songea plus qu'à retourner à Séville pour y presser le départ de la flotte. La colère est mauvaise conseillère, dit-on, et Pierre le prouva bien avant de quitter Almazan. Blessé d'avoir succesr sivement amoindri ses prétentions sans que la paix s'ensuivit, et attribuant à l'infant D. Ferrand son cousin, au comte D. Henri, à D. Tello et à D. Sancho,ses frères, et aux autres chevaliers de Gastille qui étaient au service du roi d'Aragon, le dernier refus de celui-ci, il résolut d'en tirer, autant qu'il serait en lui, immédiatement vengeance ; en quoi il fit selon son bon plaisir, dit notre chroniqueur, et on eût pu mieux faire '. L'acte était étrange, sin^ insensé : en effet, dans Almazan où il se trouvait, en présence de tous ceux qui étaient là avec lui, il rendit sentence, tant contre l'infant que contre ses frères et les autres chevaliers de Gastille qui étaient en Aragon, et qu'Ayala déclare inutile de nommer, parce que, dit-il, une œuvre comme celle-là était un acte de colère, et rien de plus ^. Le roi n'agit guère habilement en cela pour son service, selon le même Ayala ; car la plupart de ces seigneurs et chevaliers de Gastille qui étaient en Aragon, et qui chaque jour désiraient davantage faire leur paix avec

^ En lo quai fizo k> que la w mercedfué, é pudierase mejor facer (Cron. del Rey D. Pedro, aBo X, c. 8).

2 Por quaato tal obra coho esta fué Mâa, è ami àl (U>id., 1. e.).

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loi et rentrer en sa grâce, à la nouvelle de la sentence qu'il venait de rendre contre eux, perdirent toute espérance d'accommodement avec lui, et, de ce jour en avant, loi forent toujours ennemis, et lui firent plus vivement la gaerre qu'ils ne la lui avaient faite auparavant '•

Un meurtre nouveau, un meurtre atroce, celui d'une femme, marqua ce moment de Thistoire de D. Pedro. Sa rage était telle contre son cousin l'infant D. Ferrand d'Aragon, que le moment lui parut venu d'exercer une vengeance qu'il avait toujours eu secrètement à cœur d'accomplir. Ne pouvant frapper le fils, il se tourna contre la mère, et envoya l'ordre de la tuer dans le château de Gastro-Xeriz, où elle était retenue prisonnière depuis qu'on l'avait arrêtée à Boa après le meurtre de son autre fils D. Juan, assassiné par le roi à Bilbao. Ce nouveau crime souleva une indignation universelle. Ce fut un sujet de douleur pour tous ceux qni aimaient le service du roi, dit Ayala, car la reine dona léonor d'Aragon était un très noble dame, et c'était la tante durci, fille du roi don Ferrando, et sœur du roi don Alfonse son père. Il parait qu'aucun Castillan ne voulut se charger de l'exécution de la sœur d' Alfonse XI : « Il fit donner la mort, dit Pierre lY dans ses m^oires écrits par lui-même en langue catalane, à la reine Éléonore notre belle-mère, sa tante, et la lui fit donner par des Maures, car aucun Castillan n J voulut toucher^. » Il eût pu, mais il n'osa pas faire tuer immédiatement la très jeune veuve de D. Juan d'Aragon, Isabelle de Lara, non plus que la sœur de celle-ci, Joanade

^ Plus loin, ano XIV, c. 3, Ayala parle d'une autre sentence que rendit le td D. Pedro contre quelques chevaliers de Castille pour lors au service dn roi d'Aragoi avec le comte Don Henri, lesquels, à ce que tout porte à croire, devaient être les mêmes que cette première sentence d'Almazan avait frappés.

* Feu dar mort à la Reyna dona Aleonor madrastre nostra, thia sua....; la <I0>^ mort U feu dar en tal manera, que la feu matar à Moros^ car nengun Gastellâ noy volgue ^r (CarboneU, Chroniques d'Espanya fins asino divulgades, etc., p. tM.)

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