CHAPITRE TREIZIÈBIE
Lara, femme de son frère D. Tello, qu'il avait toutes deux en sa puissance à Castro- Xeriz ; il s'était emparé de cette dernière, comme nous l'avons raconté, à Âguilar del Gampo, lorsqu'il s'y était rendu pour y surprendre et y tuer D. Tello. Il fit transporter de là à Almodovar del Rio, fort château voisin de Cordoue, Juana de Lara, qui, peu de temps après, fut conduite et tuée à Séville par ordre du roi. De même, comme s'il eût voulu régler à la fois le sort de toutes les femmes qui le touchaient de près, il fit en ce temps transférer la reine Blanche de Bourbon, sa femme, du château de Siguenza, où elle était détenue, à Xerez de la Frontera, et fit mettre là, prisonnière avec elle, Isabelle de Lara, veuve de l'infant D. Juan {el que mataron en 5i/6ao), qu'on y emmena de Castro-Xeriz où venait d'être tuée la reine Leonor, sa belle-mère. Isabelle de Lara ne survécut pas de longues années à sa sœur Juana, et la même main qui avait fait tuer la femme de D. Tello fit donner des herbes (dar yervas)^ quand le moment sembla opportun, à la veuve de D. Juan. Ainsi se défaisait-il de tous ceux qui pouvaient porter ombrage à ses usurpations, sans se faire faute jamais de s'enrichir de leurs dépouilles, objet direct bien souvent de ses ordres de mort <.
Ces choses faites, Pierre laissa ses lieutenans sur la frontière d'Aragon, savoir : à Gomara, ville de l'évêché d'Osma» Juan Ferrandez de Hinestrosa, avec quinze cents chevaux; à Almazan, D. Ferrand de Castro, avec cinc[ cents chevaux;
^ É dicen que por mandado delRey le fueron dadas yervas (anox, g. 9).— L'intérêt matériel de Pierre à cette double mort, pour éteindre tous droits d^héritage sur la Biscaye, dont il s'était emparé, est évident : il devenait par là, comme on disait alors, propriétaire du senorio de Viscaya. C'est ainsi que, pour lui^ comme pour beaucoup d'illustres familles de ces temps religieux et monarchiques, la propriété n'était pas seulement, suivant un mot célèbre, le vol, mais encore l'assassinat. Cela ne l'empêchait pas d'être respectueusement traité par le légat du pape, dans le mêoie temps qu'on pendait les petits larrons chrétiens qui ne pouvaient ou ne savaient voler que petitement. Il n'est rien tel que la justice.
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498 HisToiHÉ d'ë^paghe.
à Seroii, D. Diego Garcia de Padilla, pareillement avec cinq cents cheyaax ; à Molina, Gutier Ferrandez de Tolède, a^ec quatre cents; à Agreda, Juan Aifonse de Benavides, grand justicier de sa maison, et Diego Ferez Sarmiento,son adelantado-tnayot* de Gastille, aussi ayec cinq cents chevaux. Quant à lui, il retourna à Séville pour j hâter rarmement de la flotte avec laquelle il voulait attaquer en personne les côtes de TAragon.
Pierre arriva vers le milieu de février à Séville, et y présida deux mois à Tarmement de ses galères. Sa flotte, prête enfin à tenir la mer au commencement d'avril, se composait de galères à lui au nombre de vingt-huit, de deoi galiotes et de quatre lins. Les navires à château sur l'avant qu'il rassembla des différens ports de son royaume, prin* cipalement de Galice et de Biscaye, s'élevaient à quatrevingts. Il avait de plus promesse d'un double renfort de trois galères auxiliaires de Grenade, et de dix galères et d'une galiote portugaises. Celles-ci avaient été engagées par le roi Pierre de Portugal pour trois mois, probablement à partir du 1^* avril jusqu'au l^r juillet suivant, sous les ordres de l'amiral Micer Lanzaroto Pezafla, Génois, depuis longtemps au service du Portugal comme homme de mer, et mises ponr ce teî'me à la disposition du roi Pierre de Castille.
Pero Lopez de Ayala, notre chroniqueur, faisait partie de l*expédition, et nomme les chevaliers de Castille qui étaient patrons des galères du roi ». Il en faisait partie avec un titre {capitan de la flota) que je suppose revenir à celui d'intendant ou de secrétaire-général de la flotte. Dans la galère du roi, il y avait, dit-il, pour patron Garci Alvarez de Tolède, qui fut depuis appelé à la maîtrise de Saint-Jacques, restée vacante depuis la mort du maître D. Fadrique ; des autres galères
* Cronica dd Rey D. Pedro, aîlo x, c. 11. — Como el Rcy de CasUBa to)« armada, é que flota leyada, é que gentes.