CHAPITRE OnZIÈME
de cette beUe expédition , le roi retoarna à Bargos. Ces meurtres étaient d'ailleurs des affaires pour les rois de Gastille : ils frappaient monnaie en tuant leurs ennemis» La seigneurie de los Gameros fut laissée, par l'auguste clémence du roi, à un frère de Juan Alfonse, appelé Alvar Dia2 (fils de Diego), moyennant finances. Les autres terres et châteaux, le roi les prit pour lui, sous de très honnêtes prétextes, comme tonjoars; et il ne songea plus, après ayoir abattu Haro, qu'à loyer des troupes pour marcher contre Lara et l'abattre à son tour et de la même manière, si faire se pouvait; c'est-à-dire par trahison pour plus de sûreté, lorsque celui-ci demanda à faire sa paix avec Alfonse par l'entremise de Fernandez Portocarrero, conseiller du roi. Lara consentait à ne plus faire la guerre au roi, et à se tenir tranquille sur ses terres poarvu qu'on ne Vj\ inquiétât point et qu'il ne fut pas tenu de se rendre à la cour ; mais il paya ces conditions par l'entière cession de la Biscaye au roi, et par la remise des cinq châteaux qui étaient demeurés fidèles à dofia Maria Diaz de Haro, sa femme.
Restait, hors de la juridiction du roi, le seul DJuan Manuel, des forteresses duquel sortaient des troupes pillardes et bien armées, qui portaient l'effroi sur les terres royales. Le roi se porta sur Santivafiez, qui appartenait à D. Lope Diaz de Boxas, allié de D. Juan Manuel, et la prit sans beaucoup, de peine. Un autre D. Lope Diaz (Lope Diaz Gil de Ahumada) possédait une forteresse appelée Gasa de Roxas. Le roi lui fit faire sommation de la lui rendre sur-le-champ; mais D. Lope ne se contenta pas de refuser, il fit incontinent décocher des flèches et des pierres contre le roi et la bannière royale. Audace et affront intolérables, dit Ortiz. Le roi fit aussitôt venir des balistes et des catapultes, et pressa vivement le château. Lope Diaz Gil de Ahumada perdit bientôt tout espoir de résister aux assauts des troupes royales, et demanda à rendre la place. On signe une capitulation par laquelle on en
oBiîent%'fê(iyi{{bn, à'ia condition que Lopé feîaz pourra en sortir libre avec sa conipagnie. La capitulation signée, L'ope sort plein de confiance avec ses hommes ; mais le roi les fait arrêter à fa sortie, et, dans un prétendu conseil de guerre fènli <tans *sa tente, tous furent incontinent condamnés à la peine capitale, et exécutés sous ses yeux. « Ici encore, dit lin 3es bistoriehs les plus favorables à Alfonse, le roi rompit la foi|ur&, par un pçrnicieux exemple '. »
Cependant, D.Juan Manuel avait, dans ces derniers temps, iàugmenté sa puissance et ses titres. Il avait eu, le 3 mars (1334), une entrevue avec le roi d'Aragon à Castelfabib. h. 'Juah avait les plus grandes et les plus légitimes appréiiensions du roi de Castille, et avait conclu avec Alfônse son ^eau-frére un traité d'amitié et d'alliance, ainsi que le mariage futur d'une de ses filles avec l'infant Ferdinand d*'Âragon,'ïïls du roi Alfonse IV et delà reine Éléônore sa sébonde femme. Les fiancés étaient tous deux au berceau, miJs'Voilt se faisait hâtivement en ce siècle. Le roi d'Aragon érigea^ dans ces conférences, pour D. Juan Manuel, la viHe deViliena et les autres villes que t). Juan possédait dans le royautne àe Valenée en principauté, et lui accoMa le titre de' prince de Villena, titre qui devait passer à ses héritiers, ie privilège fut concédé à Castelfabib le 7 mars. 'Malgré tout cela, le plus que promit de faire le roi d'Aragon en faveur de b. Juan Manuel fut de le protéger dans cëiix'déses domaines qui relevaient de la couronne d'Al^agon contre les entreprises du roi de Castille, mais non de faire une 'guerre offensive au roi castillan. Une assez bonne intelligence continua' même de régner entre les deux beaiix-ïrères, le castillan et l'aragonais. Ils ne purent toutefois se voir comme ils en était convenus, en raison de l'altération profonde qui chaque jour se manifestait davantage dans la santé * in roi d'Aragon. Le roi malade demeura à Barcelone, mais
I Tambien aqiii quebranlô d rey su palabra jurada, con un pernicuMO exemplo.
ilao»eiiie>Élé«mi« tnltà Ateea, sarla limitedwdciatroxanr ^l«e8,t3£^son^ frère* le roi d^Castille se rendit de 0omeAté.f6ii 'Tiprit phKiears nesvres contre leprinee d'Aragon (D.)Bm*0e, .'fll8ide»'ni<pè8ed'£ntença)«t en faveur ëe «es frère» qowas- (ffuins^Fenaiando et Juany prtiieipalemeBtparcequ*ils>YojaieiJit le roi d* Aragon très malade. Dien lenr destiDilt'nneifin '^fanelitev comme nons le Terrons, dit Ortiz.
' La ^ chronique d'Alfonse rapporte ici, 8OO0 Vannée tSX, "une de ces scènes à demi-barbares qai* peignent toQt l^éUt 'âocia1'd*nne époqac. I^e roi de Gastille, de retour d*Ateoa, dons'^dit-on, passa lapàque de la nativité et le commencement de cette année 1385 à Guellar, d'où il se rendit à Vàlladolid. C'était en février. Un jour, il fit avec ses compagnons nnepartie de chasse qui les conduisit près du château discar. Il fit'demaiMer au commaddant(à Talcayde)^ qui le tenait pour Juan Martincz de Lcyva, de l'y Tecevoiryce qtte-l'alcayëe^ ref usa'de faire: Le roi fit appeler au son du cor les hommes des communes environnantes, et leur ordonna de tenir différèrent aleaj^de bloqué, pour qu'il "ue s'enfuit point. Dans le même temps, il courut à Portillo, oùsetrouyait jkian 'Martinez de ^Lejva; il l'y surprit,' le saisit par iescheven, ^ à là lettre (eogiùlo por losmkellos)^ le traîna à l'endroib Outil était descendu, cl lui demanda s'il avait donné l'ofdfe au commandant d'Iscar d'y recevoir le roi, au cas ou crim-fei 'Toudrait y entrer. Ley va répondit qu'il l'avait ainisio^donité*, maisi le roi, ne se fiant pas à «on dire, le fit garder prisonnier ; tout cela avec une violence inouïe. De retour àValladoUd, il fit* amener Talcayde et Juan' Martinez en sa présence,* en plein conseil. Il fit au commandant la même demaiide : si'aon maître lui avait ordonné de recevoir le roi dans son château. Il répondit que oui. — « Pourquoi donc ne m'as-tu pas reçU?» tépliqod le roij — * Mon malheur a voulu, steîgnenr, die l'al- *cayde,'que je ne l'aie pas fait. «'Tout le conseil royal ('de quels membres était-il composé? personne ne le* dit), déclara
56 JUSTOniE D^ESPAGNE.
l'aleayde coupable de trahison, et il fot mis à mort. Juan Martinez de Leyva fat mis en liberté. Ces actes de sévérité étranges, spontanés, capricieux, jetaient Finquiétude parmi les seigneurs. Personne ne se croyait en sûreté, et chacun se fortifiait de son mieux, tout eh gardant les apparences de la soumission.
L'exécution si prompte de cet alcayde, la mort tragique de IX Juan Alfonse de Haro, tenaient surtout D« Juan Manuel dans une alarme continuelle. Il fit vers ce temps sa paix avec le roi, mais il évita de le voir, et se tint le plus qu'il put hors de la portée royale. Il traitait en ce moment du mariage de sa fille Constance (un moment reine de Gastille) avec Tinfant dom Pierre, fils d*Alfonse IV, roi dé Portugal, et héritier présomptif de cette couronne. Si Ton en croit un auteur portugais, qui, toutefois, ne semble pas bien informé des circonstances du premier mariage d' Alfonse XI, tout jeune, avec Constance Manuel plus jeune encore, le roi de Castille 8*opposa secrètement à cette alliance, et aurait eumême, quoique marié avec dofla Maria et tout entier dans les chaînes d'Éléonore de Guzman, un vif retour pour la fille de D. Jnan Manuel. Il écrivit lui-même à Constance, d'après Sousa, , pour rassurer d*an amour éternel, et lui dire combien il ^ avait été ma) conseillé dans l'union qu'il avait formée avec l'infante de Portugal ; que cette union était nulle pour cause de parenté et qu'il la ferait dissoudre ; qu'enfin toutes les affections de son âme étaient à jamais pour sa chère Cons- i tance. La princesse montra cette lettre à son père, qui lui eonseilhi de répondre au roi: « qu'il avait une première fois ^ » abusé de sa crédulité en lui donnant des espérances qui n'a- m » valent pu se réaliser ; qu'il montrait bien son caractère par ^ » la manière dont il traitait la reine; qu'il avait donné trop de | » preuves de sa fausseté, pour que l'ame la plus crédule pût ^ » avoir confiance en ses promesses, et qu'elle devait remercier » le ciel de ne l'avoir pas destinée à lui être unie par des lieos
CBAPrrBB onziiiDi. 57
» iodissoliiblefl; car elle aurait alors souffert toutes les peines « qa*éprouvait la rdne, en voyant le fol amour qu'il avait < coi^u pour Éléonore de Guzman, qui même n* avait pas été » sa première passion, etc.'. »
Quoi qu'il en soit de ce récit, le mariage projeté de Constance avec rinfant de Portugal s'effectua. On fit casser l'union de Pierre avec Blanche. Ils avaient été mariés lui et elle étant encore enfans.Blanche était devenue paralytiqueetfoUe^et par suite leur mariage n'avait pas été consommé au moment où l'un etrautreavaient atteint l'âge depuberté.Lacausede nullité n'était malheureusement que trop légitime, et le roi de Gastille lui-même finit par adhérer à l'union de Constance avec l'infant de Portugal. Cependant, les noces ne furent célébrées qu'en 1340. Il faut placer ici la mort du roi d'Aragon, Alfonse lY.U mourut à Barcelone le 24 janvier 1336, à l'Age de 37 ans. La douceur et la noblesse de son caractère et de ses manières lui avaient valu les surnoms de Bon et de Magnifique. La reine était en route pour Valence lorsqu'elle apprit la mort d'Alfônse, le 26, à Fraga. Son beau-fils, le prince héritier de la couronne, se trouvait à Saragosse , et il l'y apprit le même jour. On l'avertit en même temps que sa marâtre s'acheminait en toute hâte vers la Castille, avec une longue suite de bêtes de somme chargées d'or et d'autres richesses. Aussitôt, Pierre dépêcha un détachement pour l'arrêter et l'amener à Saragosse ; mais la reine, qui connaissait la haine que lui portait Pierre , eut le temps de gagner Albarracin , qui appartenait à son fils Ferdinand. Pierre était à peine entré dans sa seizième année ; il réunit les cortès d'Aragon et prit le titre de roi d'Aragon, de Valence, de Sardaigne et de Corse, comte de Barcelone et d'Urgel.
A l'avènement de Pierre lY, D. Juan Manuel se rendit en Aragon pour mieux assurer ses bons rapports avec le nouveau
* Faiia y Sousa, HMoria dol^ortugal, ad ann*
rôi.^le '1 5 ttiài ' I^SlS ,''éélûi-^i ôOiifli^ntà^dr'tita ^ô^lMl «Mfis le 'tlWe tte'Jfrittée'Ite Vlllena qu'AlfoïtéèlV ûtnaiV^t^ém^^ D. ÏUân'Màtiûel.îfàîs'en'inême temps ,'(irtkigtiatit quUlfOilse XI ne voulût s'emparer de ses états, D. Jdto eheréha'ù^ei^pa- 'IriérâVeeieYoi de^Castille.'UnaccdMtoodémeiit fdt'ûégocié "étoele roi et'lte prince'de'ViUeiïa, sur'des^bases ^las' solides que lès'préé^deûs, jjdr'dofla Jaaria/mère'de'D. JdËn 'NuBcfz de Lai*a, et ttn traité fat conclu en *effèt^à*Madrid, qui alors n^'ètaît guère qu'un rendéz-votts de plaisance dès rois castillans. GôâttHe gai'antie de sa fiMifé fatare, 'D. Juan Manuel reconntit' la i^zéfainèté du roi sur la-vîlleet le château d*Escalona, sHt la ville et le château 'de' Carlhagèûe et sur l'un dès châteaux dé Peûafiel.' S'il manquait au servièe promis, cette portion 'des vastes domaines de D. Juan Jlamiel devait idemelirér* en toute* propriété à Aîfônse,'qui pourrait, en outre, faire démolir un des châteaux de Pefiafièl, celai de * Galve et trois autres, non désignés dan^ le traité, au choix et à la volonté du roi. Le traité conclu, D. Joan* Manuel' se rendit à Garci-Muûoz, pétille ville de la Oastîlle-Vieille. Il existe en Espagne un très grand nombre ^dc noms de Hcittx qui sont aussi dès noms propres d'hommes, ddmfme-Don- Benito, Don-Jifneno„ ' Garcillàn, *Dofla-Mencia ; soit parce qu'ils ont appartenu à des fondateurs ou à des seigneurs de ce nom, soit par toute' autre cause originaire. Tel est celui'de Garci-Muûoz. Les dénomiuatioûs géographiques dans lesquelles sont entrés en composition des noms de saints^ sobt aus^i très nombreuses, et passent douze ceùts, sans compter plus de quatre mille cinq cents paroisses 'de la'Galiôe et'des Âsturies désignées par le nom d'un àaint accompagné d'an surnom profane. D. Juan Manuel poussa la condescendance et la soumission jusqu'à venir baiser la main du roi, qui se trouvait alors à Guenca. li ne consentit toutefois à s'y reddre qu'accompagné de doâa Juana de Lara, de D. Juan Nuûez, de doua Blanca femme de ce dernier ,^^t de la reine d'Aragon,
terfve d'Alfo!]féè'lV;'lôU8 se pdrtarit'cautibnétéarëiisiébaléttki pour sa part, de la bbnnc'foi des deux' cônlractans. Ba'fédvte d'Àlfohse IV, en favorisant D. Juan, avait surtout en vttej'ft ce qu'il semble, de s'assurer lin protecteur pfès du •fils'^attfe de son mari, Pierre, devenu roi d'Aragon. La rdrie saibte Ellsabetfa, mère du roi de Portugal, mourut le 4 jtiiHefde^îa même année, et peu après une guerre 'assez vive éclata entl^ la Gastille et le Portugal. Elle se poursuivit, avec dés alternatives peu remarquables, jusque vers W fin de 1337, qu'titfe trêve fut conclue à Mérida entre les deux Alfonses, le Portugais et le Castillan; et enfin, dès le printenips suivant, tout s*apaisa presque dans les divers ro;^aumes chrétiens de' la Péninsule àia nouvelle des préparatifs du roi de Màrok qui, selon toute apparence, avaient pour objet quelque grafbde eipédition en Espagne.
Quel était cependant la situation du l'oyatimle musulman de Grenade? le moment est venu de le dire. Le moment est venu de reporter nos regards sur ce point et 6ur l'action du chef des Berbers d*Afrique en Andalousie, depuis la mot't du roi Ferdinand lY de Castille.
Nous avons laissé en 1312 le bon Mobèfmmdd Itl, sûtnoînmé Àbou-Abdallah (Boabdil) sous le soupçon de connivence avec les chrétiens contre l'usurpateur de Témirat de Grenade, Abou'1-Djoïousch-el-Naser. Mohairiiméd mourut peu après (24 janvier 1314), et fut enterré dans? lé tombeau de ses ancêtres, avec une pompeuse ëpitaphe <.
Le règne d'El Naser fut court et malheureux. A la mort de'Hohanïméd tous let^ partis setnblaient'dèVdir diSpà'rîaîire, niaLsiln en fût pas ainsi, malgré les belles qualités dont Tusurpateur devenu légitime était doué. £1 Naser, dit-on , avmt une taille bien prise, de beaux yéûx et d'élëgttntès^ jjifrdpbrlions, un esprit remarquable, un bon caractère, de la'dou-
1 Voyez dans Gasiri.
60 HISTQQUE »*affi^AGlfE.
cear et de l'affabilité enyacs tout le monde ; il était sobre, fort stadieux, adonné anx sciences et surtout à Tastronomie dans laquelle il avait pour maître le savant Abou- Abdallah ben El- Bakkan « homme très versé dans la mécanique, qui inventa de très ingénieuses pendules et auteur de tables astronomiques estimées. El Naser avait, à Tépoque de-sa première proclamation, vingt-trois ans, et sa seule présence lui gagnait TaffectioD de tout le monde ; il était en même temps fort libéral, et ennemi de la guerre. Aussi, dès le commencement de son gouvernement, chercha-t-il à faire la paix avec les chrétiens, et envoya-til des ambassadeurs la demander au grince Pedro de CastiUe <• Le prince chrétien fut très aise de cela, et loi accorda facilement la paix qu'il désirait. Ses visirs furent Abou- Bekr ben-Atya, Abou-Mohammed ben el-Moul de Cordoue, illustre par sa noblesse, sa valeur et son esprit, et Mohammedben-Ali-el Hadji, homme rusé et ambitieux, qui fut , dit-on, la cause de chute de son maître^.
Les prétentions de préséance surtout de Mohammed ben Ali el-Hadji mécontentèrent ceux qui, jusque-là, avaient joui de la faveur de Fémir. II les éloignait du palais, et voulait que personne ne pût arriver jusqu'au prince sans son intermédiaire. Ceurqu'il voyaitdansles bonnes grâces d'ElNaser,ille8 perdait par des artifices et de faux rapports.Le nombre était si grand de ceux qu'il avait blessés par sa hauteur, qu'ils formèrent une ligue pour le renverser et l'émir avec lui. Us recoururent pour cela au wali de Malaga, mari d'une sœur d'El
^ n 8'a^t de innfiint don Pierre, frère puiné du roi de CastiUe Ferdinand IV. ^ est nommé dans l'original aralie eidi Bedro, et non melek ou sultan Bedro; ce qui n'empécbe pas le chapitre 16 de la m"* partie de Gonde, dans FédiUon de Madrid comme dans l'édition de Paris, non revue et non corrigée par M. Eugenio de Oclioa» son nouvel éditeur, de porter pour titre : « Nazar règne et perd bient6t son royaume. Algarades du roi Pedro de CastUle. »
3 Son imique alcaUb^ dit Conde (ellcatheb ou secrétaire) fut Aboul-Hassan l>cn ^' Djab; son cadi-â-eoda, également unique, fut Abou DJafiur d Karsi, surnommé 0 Varkon.
GHAPITEB OR2IÈMB. 61
Naser, et père de ce jeane Abonl-Walid , dont les prétentions àTémirat s'étaient tout d* abord manifestées à FaTénement même de son oncle, à qui , comme nous l'avons vu , il avait refusé de présenter le salut d'obéissance. Abonl-Walid, d'accord avec son père, envoie des agens à Grenade; ils y excitent une portion du peuple à la révolte, et courent en foule demander à l'émir la tête de son favori.
Celui-ci avait tant d'éloquence et avait su si bien persuader le sultan de ses bons services, dit la chronique arabe mise en œavre par Gonde, qu'El Naser lui promit de lui sauver la vie. II sort là-dessus sans armes du palais, harangue le peuple et lai promet solennellement de donner satisfaction aux griefe pablics contre son visir. G'était, selon les idées et les moeurs du temps, promettre sa mort ou tout au moins son exil. Par ce moyen , dit l'auteur musulman employé par Gonde , la tempête se calma ; mais l'émir ne fit que priver le ministre de son emploi, et le fit plutôt ostensiblement, dit-on, qu'en réalité.
Cette première sédition eut lieu , suivant El-Eatheb, le 25 deramadhan 712 (24 janvier 1313). Ge prétendu changement de ministère ne satisfit pas les mécontens. Toutefois, à l'aide d'babiles concessions, et tout en préparant sa vengeance avec le visir, El Naser se maintint près d'un an encore. Ses projets s'étant à la fin divulgués, les princes de Grenade du parti contraire résolurent d'abattre par la force le tyran hypocrite qui mtrthinait^eur perte. Ils s'enfuirent à Malaga, où ils n'eurent pas de peinera persuader à Ismaël de tenter ouvertement la dcpossessionde son oncle et la conquête de l'émirat par les mêmes moyens qui avaient fait son oncle émir. Ismaêl et son père embrassèrent chaleureusement ce dernier parti. Ils assemblèrent aussitôt une armée véritable, et Ismaël reçut d'elle le titre d'émir^et marcha résolument sur Grenade. Il soumit avec peu de difficulté les forteresses qui sont sur la
6? m^^m ^'^^<îF-
rqnte* et s'avança, avec pue armée formidable, jusqi^^ ^®y?!?^ Qj^ade, ojEi il campa le 28 de schaviral 713 (14 février 13|4). I^e même jour, il sortit de Grenade beaucoup de monde qui ^'iiîçorporîi, à sou camp, pendant que d'autres séditieux soulevaient la ville en répandant de l'argent parmi le peuple et en prodiguant les promesses aux gens plus considérables. Grenade tout entière se partagea en deux camps : des deux parts on pillait et tuait, les uns pour contenter leur cupidité, les autres pour assouvir leurs ressentimens et leurs vengeduces particulières»
On demeura dans ce trouble et dans ce désqrdre. une grande partie de ce jour et toute la nuit. Le matin , ceux qui souffraient le plus ouvrirent les portes de la ville , du côté dij faubourg appelé TAlbaycin (la Fauconnerie) ', et, sans que personne ^j opposât, les troupes d'Aboul-Walid (les au,teurs arabes cqmmencent à désigner Ismaël de préférence par ce surnom) entrèrent et occupèrent la forteresse qui est en face de TAlhambra, et s'emparèrent ensuite de l'Alcaçar. Çftla eut lieu le 29 février.
El Naser s'était retiré avec les siens dans l'Alhambra, où ^'assiégèrent; aussitôt les partisans d'Aboul Walid. Se voyant à l'extrémité, sans savoir à qui avoir recours, il eut l'idée d'envojrer demander des secours à l'infant don Pierre qui était à Çordoue; il lui exposa le grand besoin qu'il avait de sa protection, et le pria de venir le délivrer de son neveu le wali de Malaga, qui le tenait assiégé dans l'Alhambra; qu'il avait encore à Grenade beaucoup de partisans qui le seconderaient, s'il venait, ainsi qu'il l'espérait de son amitié. Le prince de Gastil(e assembla aussitôt son monde; mais il ne fut pas aussi pfompt (|ue les circonstances l'exigeaient. Le wali de Malaga
^ Faubourg de Grenade, ainsi nommé selon d'autres, parce qu*il avait été construift ^ pç0é par la poj^ulâ^Uon de Baeza, lors de la prise de ceUç y^*^ P^^^ diréUens.
is^nimtTfimiriTa tell^eat El Ni^er^ à^%^ VMkmbftK qfi^ ses propres troupes le prièrent de se rendra à, de bpnpfQs. q^Ofr, ditioos^ et de n*attendrc de secours que du ciel. £1 Nasej* se bifisd»peEsmdefi pai:^ leurs. ];Qiâpi^ et céda l*€i»pirA;à,cqA^ tion^que son ne^u lui lais^erait^ 1» propriété^ de^ la i^iliadei Gliadix et de son territoire, et accorderait sûreté à tous ceux qpi^wntîsuiyison. parjli.Xft vai^qu^iu- y^ ÇjQpsfipjtit^, Qout^ d^amp si facitement alleitit le[^bui> de ses. désirs. L'émiD déi*- (osé partit pour Guadix la nuit du mardi 3 de djoulkbada 7 1 3 (18 iévrier 1314) a.TeQ. peu, i^ sujta,. «. bi^o, détrompé, d^^ k luikér des proapépités humaines^ dit son bistorien, elëpi^ou-* vaut de la part de son neveu le même traitement <]^u*il avait ^Ual;!lr luji-mémei à sou^ouii^le Mobammod* ^
fiependant, le peuple dd^GreBade célébiait par d» grmide» IHes Tïivénement de son nouvel émir, tandi» que le priuce Pierre de Castille v^ait avec ua cprps dq. çi^vulejcift 4'#t|p 94 seo^OBS de son ami EL Naser. Apprenant en cheoiia la pouii:dle qne le fils dti v?aU de Malaga s'était emparé de TAlbambra et aiait été proclamé énwr h Grenade,, Veuixemi de IJieflt, 4U récrivaia arabe, ne s*afcéta.pas pour si p^u; il assiégea lafor^ teresse de Rute, et bien qu'elle fût très forte par elie-méme et qu'elle fut bieci défendue,, il l'attaqua et y çqtra p^ç la fojfcp dttarmes, eo tua et ea auiena eapli&ks défenseuraet Vabaop donna ensuite vide d'habitans et de tout ee qu'il en put emporter; puîs,^il s'en retourna, triomphant à Cordou^. Quî)nt aab(»i éj»îr £1 Na$er, comme lappdlent 1j6S cbr<)xiiqjiii«or8 mosulmans, il demeura paisible, depuis, dans sa retraite de Gaadix. S ^ge et modéré, il ne chercha point h recoiivrer ses états, qu/(»iqu'il ne mwqqât pda dip gens qui \^ \m consfiUldSr sent et qui lui promettaient aide et facilité pour y réussir, et c'est ce qui lui valut peut-être dans la suite (en la neuvième année du règne de sou successeur), les honneurs quq celmici lit rendre à ses ^pestes. U paesa ainsi tranquillement sa vie < à cultiver ses jardins et à prier Allah, • jusqu'au n^ercrçdi,
mSTOmE D ESPAGKB.
6 de djonlkada 722 (15 novembre 1322), qu'il moarut, ftgé de trente-six ana ».
^ Comme le porte son épitaphe, il naquit en 1287, fut proclamé en 1309, et mourut en 19(22, Agé par conséquent de trente-six ans. Son corps fut déposé dans la mosquée de l'Âlcacaba de Guadix, et de là transféré à Grenade le 1er jour de djouledija de la même année (10 décembre 1322). On lui fit un enterrement très honorable auquel assista Témir son neveu avec une suite très distinguée : rémir fit sa prière d'elazar sur son cercueil, qui fut placé avec beaucoup de pompe et de solennité dans le dmetière de ses pères, le jeudi sixième jour de ladite lune. On y grava cette épitaphe : C'est id le sépulcre du sultan haut, puissant, illustre, de très grande maison, descendant des rois très nobles et de la race la plus distinguée des Ansaris, le plus haut en lignage, splendeur royale et défense inaccessible des siens ; quatrième des rois de Boii Naser , défenseurs de la loi et de la dbrectlon et zélateurs choisis et diligens dans la voie de Dieu, roi clément avec les hommes, libéral entre les libéraux, noble dans sa bonté, généreux , bien intentionné, saint, miséricordieux, Aboul Djolousch A Naser, fils du sultan élevé, protecteur, illustre, défenseur, roi juste, magnanime, humain, boudier de la loi , de Tislam , destructeur des idolâtres, le fovorîsé, le vainqueur, le compatissant, le saint prince des fidèles Abou Abdallah, fils du sultan noble roi, honneur des hommes, émir des fidèles, roi de ceux qui craignent Dieu et des bien intentionnés, dépôt fidèle de la tradition (Hafit, celui qui sait les traditions ) et des paroles de Fislam, appui de la religion et de la foi, le vainqueur par Dieu, le victorieux par la grâce de Dieu, le saint, le miséricordieux prince des musuhnans Abou Abdallah ben Naser,''que Dieu le sauve et le couvre de sa miséricorde et de sa clémence ! qu'il le place dans la demeure de la sainteté I qu'il l'inscrive parmi ceux avec lesquels il se complaît! 11 naquit le jour de lundi 24 de la lune du grand ramadban, l'an 686. Il fut proclamé le jour de vendredi 2 descbawal de l'année 708 et mourut la nuit du mercredi 6 de la lune de djouikada de l'année 722. Loué soit le roi de vérité, l'héritier évident de la terre et de ce qui est dessus, cdui qui est le meilleur des héritiers I » Et en vers: — « Ô sépulcre du généreux f que sur ta poussière tombent des nuaiges célestes d'appui, de miséricorde et de paix ; que sur ton estrade s'entende toujours la bénédiction d'un roi noble, généreux entre les plus généreux, délices du genre humain, bonté de cœur par-dessus toutes les créatures , charité, source perpétuelle de gloh%. Sois heureux avec El Naser, te quatrième des rois de Béni Naser> défenseurs de l'islam. Depuis l'apparition du flambeau de la religion, depuis l'aube de la loi, leur trône fut le meilleur appui des créatures : oh seigneur de la bonté et de l'humanité, ta maison fut une mine de jugement, de prudence, de vertus et de bienfeisance, et tous ceux qui curent le bonheur de te connaître et de s'approcher de toi trouvèrent en toi ce qu'ils désiraient : la noblesse et l'excdlence du monde, la splendeur de la^bonté sur ton visage comme la lumière du jour qui dissipe les ombres. Jamais la lune ne fut dans un plus parfait et un plus beau plehi : les hauts mérites d'Aboul Djolousch rendent d'eux-mêmes un vif parliim, ainsi que le musc prédeux se découvre même dans la bouteille cachetée ; que Dieu le couvre de sa miséricorde ; qu'il daigne par dle^le placer dans un étemel s^our de délicei. »