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CHAPITRE TREIZmiE

même rentra dans la galère qa'il avait montée depnis Touverture de la campagne, et sur laquelle il était venu. Mais, en ayant dans sa flotte une très grande, qui lui parut ^sans doute plus digne de Tidée qu'il se faisait d'un vaisseau destiné à porter un roi tel que lui, il la choisit et s'y transborda. C'était une galère qu'on nommait Uxel ', construite par les Maures, et prise sur eux avec d'autres, du temps d'Âlfonse XI, au combat de Xatarès^ petit port à une demilieoe d'Algésiras, par l'amiral D. Gil Bocanegra, qui y vainquit et défit les Maures en 1342. Les Arabes africains faisaient de ces sortes de grandes galères , avec écurie à l'entrepont pour quarante et même pour soixante chevaux, à l'effet de passer le plus de monde qu'ils pouvaient de Geuta à Gibrai tar . Le roi y fit construire par les charpentiers de la flotte trois cbàteaux, un à la poupe, un au milieif et un autre à la proue^ et nomma un alcayde pour chacun. Le commandement de celwi de la poupe fut donné à l'historien Pero Lopez de Ayala, capitaine de la flotte; celui du milieu à Arias Gonzalez de Valdès, seigneur de Velena, et celui de la proue à Garci Alvarez de Tolède, patron de la galère du roi. Il y mit cent soixante hommes d'armes et cent vingt arbalétriers. Mais tous ces préparatifs étaient moins faits en vue d'une grande bataille de roi à roi, que pour battre honorablement en retraite. D'Iviza, en effet, l'escadre gagna la côte de Valence; quelque précipitation marqua même le départ, et il laissa, au rapport de Pierre IV, son artillerie devant la ville assiégée. Filant entre Iviza et Formentera, il alla mouiller près du cap St-Martin, en un lieu appelé Galpe. De son côté, la flotte aragonaise, sur la nouvelle de l'abandon du siège d'Iviza, quitta la baie de Palma, où elle s'était ralliée, pour aller à la recherche des Castillans. Mais le roi d'Aragon ne la

^ Ux9l oa Oxel, c*e8t-à-dire par excellence Vaisseau, ou de Tespèce qu'on appelait vaisseaux (tiâwbi ou oxtUs).

suivit point ; il resta à Majorque, à la prière de son c(»seil, qui l'engagea à ne point s'exposer inconsidérément^ à un péril inutile. On voit par le livre de loch, si je puis ainsi dire, de Pierre IV, que Mossen Francesch de Perellos figurait parmi ces conseillers. Les galères du roi d'Aragon étaient au nombre de quarante, ni plus ni moins, et il n'avait pas d'autres vaisseaux. Deux d'entr elles étaient très grandes, et portaient des châteaux ; dans Tune commandait le comte de Gardona, et dans l'autre Don Bernai de Cabrera, qui était amiral d'Aragon. Elles se dirigèrent vers Calpe, où était le roi de Gastille, et arrivèrent en vue de la flotte du roi, à deni lieues en mer. Elles marchaient dans cet ordre : an miliea d'elles étaient les deux galères qui avaient des châteaux, portant le comte de Gardona et l'amiral Don Bernai de Cabrera; deux galères d'amnt-garde marchaient environ une demi-lieae en avant. Toutes les quarante venaient à la voile. La flotte da roi de Gastille, cependant, tant galères que vaisseaux, était, comme nous l'avons dijt, et avait jeté l'ancre dans un assez bon mouillage, abrité par le haut rocher de Calpe appelé Hifac, qui couvre Calpe du côté du nord. Navires et vaisseaux étaient à l'ancre très près du bord rocheux de la Pena, et par cela même difficiles à apercevoir de loin. Les deux galères d'avant-garde aragonaises, qui venaient une demilieue en avant du reste de leur flotte, les virent les premières, et, à cette vue, plièrent leurs voiles et prirent en main les rames pour s'en retourner. Ce que voyant, les autres trente-huit galères firent de même, plièrent les voiles, et prirent les rames au poing pour pouvoir se régir et gouverner à leur avantage et suivant leur volonté. Leur but était d'éviter un engagement avec la flotte castillane, et de gagner la côte voisine appartenant au royaume de Yalence, dont la population armée faisait bonne garde sur tous les points menacés de la côte. Dans cette intention, non-seulement les galères d'Aragon s'approchèrent de la terre, mais

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encore tontes les quarante entrèrent dans la rivière de Dénia. C'était sur le soir. L'escadre castillane s'attendait à une attaque certaine pour le lendemain, et au besoin était disposée à rechercher elle-même la bataille ; mais, le matin venu, rien ne bougea; le temps était calme, aucun vent ne soufflait sur la mer,; les navires à voiles ne pouvaient manœuvrer. Le roi assembla son conseil dans une petite île qui est devant Calpe pour décider le parti qu'on prendrait. Il voulait diriger en personne une attaque contre Fennemi, et sur ce point surtout les avis furent partagés. L'amiral Bocanegra dissuada le roi d'entrer de son corps dans la bataille, par cette consiijération principale que le roi d* Aragon n'était pas, de son côté, venu là avec les siens. ^ Seigneur, mon avis est, dit le vieil amiral génois, que puisque le roi d'Aragon n'est point sur sa flotte, il n'est pas de votre honneur que vous entriez en bataille avec ses lieutenans. Grâces à Dieu, vous avez sur la vôtre ici réunie plusieurs hommes bons, et vous m'avez, moi, qui suis votre amiral, et qui le fus du roi D. Alfonse, votre père, sous lequel j'ai eu maintes bonnes aventures dans les guerres maritimes que j'ai soutenues pour son service, et j'espère bien, avec la grâce de Dieu, que j'en aurai de même aujourd'hui. » Il conseilla ensuite, piuisque le roi avait en ce moment des troupes sur Alicante, à peu de distance d'où ils étaient, qu'il y allât descendre, et leur ordonnât, à lui son amiral et à ceux qu'il lui plairait de la flotte avec lui, de rester pour tenir tête à la flotte et à l'amiral du roi d'Aragon, ne doutant point qu'ils ne fissent les choses au mieux de ses intérêts et de son honneur. D'autres chevaliers en grand nombre appuyèrent l'avis de Tamiral, et particulièrement les patrons des navires marchands qui l'aidaient dans cette guerre. Il y en eut cependant des uns et des autres qui opinèrent que le roi ferait bien de combattre de sa personne, se promettant par cela même un avantage certain sur la flotte d'Aragon. Mais, en fin de compte, on passa deux, jours sans

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rien faire et sans qae la flotte cT Aragon parût; par crainte, à ce que croit Âyala, des nombreux navires à voile que le roi de Gastille comptait dans la sienne. D'nn antre côté, aucun vent qui permit à ces navires d*entrer en ligne, ne soufflant de l'est, et le biscuit commençant à manquer, le roi ordonna la retraite sur Alicante. On leva l'ancre et partit. Six jours le roi tint la mer devant le port d' Alicante sans voir poindre à l'horizon aucune voile ennemie, et on regagna Garthagène. Là, l'amiral portugais Lanzoroto Pezana déclara au roi n'avoir ordre de servir la Gastille que trois mois seulement. On était dans les premiers jours du mois de juillet, et, le terme étant accompli, il dit ne pouvoir demeurer davantage avec le roi de Gastille, ce qui parut beaucoup contrarier celui-ci. Pezana se sépara, en conséquence, de la flotte royale, et retourna à Lisbonne. Sur quoi le roi ordonna à Bon amiral et aux capitaines de la flotte de ramener vaisseaux et chevaliers à Séville, et donna licence aux navires marchands rassemblés de tous les ports de ses domaines pour cette guerre, de se séparer dès qu'ils seraient arrivés à fiialagaoa à Gadix, et d'aller chacun où il voudrait. Ils se séparèrent à Malaga. La plupart étaient des Asturies, de la Biscaye et du Guipuscoa, et ils allèrent y reprendre leur commerce. Quant à lui, il partit pour la Gastille par terre. L'escadre aragoniaise, de son côté, retourna à Barcelone, où les galères qui la composaient allèrent désarmer, sauf dix, qui restèrent armées pour garder les côtes et courir la mer au besoin.

Ainsi se termina cette campagne maritime, annoncée afec tant de fracas, et dont on se promettait presque la conquête de' la Gatalogne. J'ai passé sous silence divers incidens qoi la marquèrent. Tl en est un cependant qui mérite d'être rapporté. Le roi Don Pedro, dit Ayala, étant près d' Alicante avec toute sa flotte, le prieur de Saint-Jean, appelé Don GutierGomez de Toledo, et Don Enrique Ënriquez et Inigo

GHAPIUIB TmaBIBW. 51 1

Lopeis de Orosco, et les autre» compagmes du roi^ étaient près de la ville d'Alicaute, qui était déserte (yerma) et dépeuplée^ parce qu'elle avait été avant cela prise par les gens do roi pendant la guerre* Les troupes de la flotte du roi étaient de Tautre côté de la huerUi d'Alicante^ contre le château; et il arriva qu'un jour Don Diego Garcia de Padilla» maître de Galatrava, entra dans la huerta pour s'y promener, avec environ une vingtaine des siens sans armes, et comme ils étaient là, ceux qui étaient dans le château d'Alicante les virent et sortirent contre eux, ayant à leur tète un chevalier commandeur de Montesa, et jusqu'à cinquante hommes d'armes à cheval avec lui, et ils vinrent où étai( le maître de Galatrava, qui s*enfuit vers la mer n'ayant pas de troupes pour les attendre, et» entrant dans un petit bateau qui se trouvait là, s'en vint'rejoindre les galères. Tous ceux de sa suite, cependant, ne purent tenir sur ce bateau, et les hommes d'armes qui venaient à cheval du château d'Alicante arrivèrent au lieu où étaient ceux du maître, et y tuèrent quatre écuyers particulièrement attachés à son service : Alfonse Ferrandez de Gastrillo, le même que nous avons vu tuer dans Toro Rai Gonzalez de Gastaûeda; Juan Sanchez de Oteo, celui qui avait tué dans Toro Don Pedro Estebanez Carpentero, lequel prenait le titre de maître de Galatrava, concurremment avec Diego Garcia de Padilla ; Alfonse Garcia de Mata et Ferrand Garbon ; lés autres s'enfuirent le long du rivage jusqu'à ce qu'enfin ils trouvèrent une barque sur laquelle ils purent regagner les galères du roi ^

De Carthagène, Pierre prit sa route vers Tordésillas, qu'habitait en ce moment Marie de Padilla. Il passa et il était déjà le 5 juillet à Olmédo, d'où, toujours actif, il dépêcha une avala aux receveurs des dîmes qu'on payait au pape : « J'ai été averti, leur maudait-il, que le pape par une

^ Cron. del Rey D. Pedro, suo x, c. 17.

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bolle récente exige que les ordres de cheTalerie qui sont de ma seigneurie lai paient la dime; et parce que ceci est chose nouvelle, et jusqu'à présent non accoutumée, qui, si elle passait en usage, serait une occasion de destruction pour lesdits ordres, qui sont Toeuvre des rois d'où je sors et mon œuvre, d'où il s'ensuivrait pour moi un très grand dommage; pour cette raison, j'ai envoyé exposer le fait au pape, et le supplier de ne pas vouloir que cela se fasse contre lesdits ordres ni contre mon service. Et en attendant je tiens pour bon que vous ne vous entremettiez point de demander, ni de livrer si vous les avez déjà perçues, ni de recueillir les dîmes ci-c^essus dites des dits ordres, ni d'aucuns lieux lenr appartenant, jusqu'à ce que le pape ait pourvu sur cela ce qui à sa sainteté plaira, et que vous ayiez une lettre de moi par laquelle je vous fasse savoir ce que vous aurez à faire à cet égard '. » Rendu près de sa maîtresse, il passa quinze jours à Tordésillas avec elle; l'y laissant sur le point d'accoucher, il s'en revint à Séville où, peu de jours après son arrivée, il apprit queMarie dePadilla venait de lui donner un fils. C'était le premier enfant du sexe masculin qu'il eût de Marie; il en ressentit une vive joie et l'appela de ce grand nom d'Alfonse que ne devait plus porter aucun roi de Castille. Il retourna aussitôt à Tordésillas, mais il s'y arrêta peu, et revint de nouveau à Séville. On ne s'explique pas bien ces brnsqoes allées et venues en si peu de temps, des bords du Duero aux bords du Guadalquivir, ces espaces franchis avec une célérité merveilleuse, comme si tout devait être extraordinaire de la part de cet homme. Naturellement il semblait devoir être appelé en ce moment, par son intérêt et par celui de sa gloire, plutôt aux frontières d'Aragon qu'en Andalousie. Pourquoi ne va-t-il pas aux premières? qu'est-ce qui le rappelle à Séville? Quel démon le partage entre ces deux villes, Tordésillas et

^ BuUarlo de Àlcântara, ad ann.

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SévilJe, et le ramène de Tune à l'autre, à quelques jours à peine d'intervalle? Le même démon peut-être sous deux formes différentes, tirant le même cœur en sens divers : un nouvel amour qui commence et un ancien amour qui ne veut pas finir. Je le crois : la suite dira si j'ai tort. Ayala toutefois n'en dit rien ^

Cependant, le comte D. Henri, qui avait ses cantonnemens à Épila sur le rio Xalon, et à Borja, résolut sur ces entrefaites, avec quelques batailleurs , principalement aragonais, de tailler des croupières aux fronteros castillans. Avec son frère D. Tello, D. Pedro de Luna, D. Juan Martinez de Luna, D. Frey Artal de Luna, de l'ordre de l'Hôpital, frère du précédent, et D. Juan Ferrandez de Heredia, châtelain d'Amposta, qui fut depuis grand-maître de Rhodes, et d'autres riches-hommes et chevaliers d'Aragon, à la tête d'environ huit cents chevaux, il entra, vers le milieu de septembre, sur les terres d'Agreda. Les chevaliers de frontière du côté de la Gastille, avertis de ce mouvement, s'en émurent et se disposèrent à le repousser, et à cet effet D. Ferrand de Castro, Juan Ferrandez de Hinestrosa et leurs compagnons de guerre qui avaient leurs quartiers à Almazan, se réunirent avec quinze cents chevaux et marchèrent contre les agresseurs. Les choses tournèrent de telle sorte que les uns et tes autres en vinrent aux mains en s'apercevant. La rencontre eut lieu dans le champ d'Araviana, au pied du Mont-Gayo, entre les deux monts de Toranzo et de Tablado, le dimanche 22 septembre 1359. Ce fut moins une bataille qu'une rencontre de chevaliers. D'aucun côté il n'y avait d'infanterie. Les ans et les autres combattirent vaillamment, mais peu longtemps. Quoique supérieurs en nombre aux Aragonais,

^ Ayala se contente d'enregistrer ces voyages si rapprochés sans en donner le motif; mais je crois l'avoir trouvé dans ce qu'il dit plus loin (en 1360) d'une nouvelle maltresse du roi, prise tin an auparavant (Gronica del ReyD. Pedro, afioxi, c. 18 et 19). J'y reviendrai dans un moment.

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les Castillans farent, presque da premier choc, colbulés et défaits. Hinestrosa fat tué des premiers dans la mêlée, et avec lui plusieurs autres bons chevaliers de Castille : D. Cornez Suarez de Figueroa, commandeur-mayor des terres de Tordre de Saint-Jacques dans le royaume de Léon , qae le roi avait résolu de faire maître de Tordre, s'il eût vécu; Ferrand Garcia Duque; Pero Bermudez de Séville; D. Gonzalo Sanchez de Uiloa, grand alferez de D. Ferrand de Castro et Juan Gonzalez de Bahabon, Inigo Lopez de Orozco fat fait prisonnier. D. Ferrand de Castro eut son cheval tué sons lui et n'échappa qu'à Taide d'un autre cheval que lui céda un écuyer galicien de ses domaines. Le jour même de la rencontre, les trois principaux chefs, Hinestrosa, D. Ferrand de Castro et Orozco, avaient envoyé quérir dans leurs cantonnemens à Agreda, pour leur prêter main-forte, Diego Ferez Sarmiento, adelantado-mayor de Castille et Juan Âlfonse de Benavidès, justicia-mayor de la maison du roi, qui résidaient à Agreda; mais, on ils furent appelés trop lardon quelque obstacle retarda leur marche vers le lieu désigné: quand ils arrivèrent, la déroute était consommée, et ils s'arrêtèrent sur une hauteur voisine du champ d'Arayiana. On les accusa d'avoir mis volontairement peu de diligence à accourir au lieu du combat, paroe qu'ils voulaient du mal à Juan Ferrandez de Hinestrosa ; mais rien ne prouve la justesse de l'accusation. Même parmi les chevaliers vaincus, beaucoup disaient qu'ils n'avaient pu arriver plus tôt pour prendre part à la bataille, et, pour peu qu'on fasse attention aux distances, ceux-là semblent avoir été dans le vrai. Toujours est-il que, quand il apprit à Séville cette déroute d'Araviana, le roi, qui déjà en voulait à Sarmiento et à Benavidès, la leur attribua, et en conçut un grand ressentiment contre eux. Sarmiento, qui connaissait la défiance naturelle du roi et la haine que celui-ci lui avait vouée pour s'être quelquefois exprimé devant lui avec franchise, de ce

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