CHAPITRE TREIZIÈME
joor-là jugea prudent de se tenir loin de la présence da roi, et n*06a plas paraître devant Ini. Juan Alfonse de Benayidès se tint également le plus qu*il put loin des regards du roi '. Pierre, dit-on, eut un grand chagrin d'orgueil de voir quinze cents chevaliers de Gastille cédant ainsi à la vigueur du premier effort de huit cents chevaliers ennemis. Il eut grand regret aussi de la perte de son fidèle camareromayor. L'oncle de Marie de Padilla Favait toujours servi à sa guise, sans résistance, sans protestation, comme il convenait pour lui plaire. Soit qu'il vouliït consoler sa maîtresse de la mort de son oncle, soit qu'il voulût pourvoir à la défense de la frontière en s'en rapprochant, il partit incon- ' tinent, à la nouvelle du désastre, pour Tordésillas, où il alla de nouveau trouver Marie, et il envoya de là l'ordre aux chevaliers cantonnés dans Almazan et dans les différentes places voisines de la frontière d'Aragon, de se réunir tous dans Almazan, et d'y attendre ses ordres ultérieurs. Il écrivit en même temps à Gutier Ferrandez de Tolède pour le charger da commandement général de cette frontière en remplacement d'Hinestrosa. Gutier Ferrandez de Tolède résidait à Molina, et, sur le vu de la lettre du roi, en partit aussitôt pour Almazan, oil se réunirent, chacun de son côté, les autres chevaliers de frontière, conformément aux ordres reçus. Deux seuls manquèrent à l'appel du roi, savoir D* Pero Nunez de Guzman, adelantado-mayor de la province de Léon, et Pero Alvarez de Osorio, qui, après la défaite d'Araviana, quittant les frontières commises à leur garde, étaient partis pour leurs terres de Léon, avec l'intention, disait-on, d'aller y chercher des renforts. Malgré l'annonce prochaine de leur retour pour le plus grand service du roi, celui-ci se tint pour grandement offensé de leur départ, et ne le leur pardonna point, comme nous allons le voir tout à l'heare.
^ Cronlea del Rey D. Pedro, a&o x, c. 22.
Ô16 HIST01BE d'£SPAGNE.
Il s*arrèta pea de temps à Tordesillas près de sa nudtresse, après avoir nommé le vieax et excellent Gutier Ferrandez de Tolède à ce commandement, et s'en relourna à Séville, à ce que je présume vers le milieu ou dans la seconde quinzaine d*octobre. Il fit en arrivant D. Garci Alvarez de Tolède maître de St -Jacques, place restée vacante depuis le meurtre de D. Fadrique, et nomma le dit Garci Alvarez majordome de son fils D. Alfonse, alors âgé de deux mois et demi. Ulcéré de la déroute d*Araviana, et comme pour s en consoler tout ensemble et ôter du monde des compétiteors, même éloignés, mais possibles, de ce fils qui venait de lai naître à Tordesillas, il fit tuer à Garmona, où ils étaient prisonniers, D. Juan et D. Pedro, ses frères, fils du feu roi D.Alfonseetd'Éléonorede Guzman. Ce fut un arbalétrier de masse du roi, appelé Garci Diaz de Albarracin, qui les tua. D. Juan avait alors dix-neuf ans et D. Pedro quatorze. Et ce fut un sujet de regret, dit Ayala, pour tous ceux qui aimaient le service du roi, qu'on tuât ces deux enfans de la sorte, car ils étaient innocens, et jamais n'avaient manqué au roi ^
Hinestrosa avait une fille, nommée Dona Maria Gonzalez de Hinestrosa, cousine-germaine par conséquent de Marie de Padilla, et mariée à Garcilasso Garrillo, laquelle avait été laissée à Séville par son mari, Tun des chevaliers fronteros d'Aragon. Pierre la trouvant à son gré, et l'aimant j)eQt-étre depuis quelque temps, de retour à Séville, la prily selon l'expression du temps (la tomô), et eut d'elle. Tannée suivante, vers le mois d'août ou de septembre, un fils qu'il nomma D. Ferdinand. Cet outrage détacha Garcilasso Garrillo da service du roi, et il passa en Aragon à celui du comte D. Henri. Ainsi finit l'année 1359 ^.
^ É pesd mucho â los que amaban servicio del Rey porque asi morieron, ca eran ijiocentes, é nunca errâran al Rey.
2 Ayala ne mentionne pas ici ces nouvelles et étranges amours de D. Pedro avec la fille de Juan Fernandez de Hinestrosa, cousine-germaine de Marie de Padilia, ni