CHAPITRE TREIZIÈME
La dixième année du règne de Pierre se ferma par ce nouvel adultère du roi, et parla défection, qui en fut la suite, d'un des meilleurs chevaliers de Castille, et la onzième s'ouvrit par celle de plusieurs autres personnages importans. Les défian^ ces, les injustices du roi, la crainte continuelle où Ton était de ses vengeances inattendues, en déterminèrent plus d'un à chercher un refuge près de son frère le bâtard. C'est ainsi que Diego Ferez Sarmiento, qui n'ignorait pas le mal que lui voulait le roi parce qu'il n'était pas arrivé à temps pour prendre part au combat d'Araviana, ne se sentant plus en sûreté dans le royaume, fit un pacte secret avec le comte, et passa à lui en Aragon, avec une assez forte compagnie d'hommes d'armes. De même fit Pero Ferrândez de Velasco, capitaine de frontière pour le roi en Murcie, sur ce qu'il apprit que le roi, près de qui on l'avait dénoncé, voulait le faire arrêter. Encouragé par ces défections, qui fortifiaient son parti, et voyant des hommes comme Diego Perez Sarmiento et autres grands chevaliers et fijos-d'algo de Castille, prendre parti pour lui, et lui faire hommage dds forteresses qu'ils avaient dans le royaume de son frère, D. Henri ne douta plus du succès d'une invasion en Castille, et son ambition, à ce qu'il parait, s'exalta. Peut-être les mêmes
mois et demi à peine après la mort de son père, et que le roi semble n'avoir osé prendre, comme on disait alors (tomar), du vivant de celui-ci, mais il en parle plus loin, à propos du meurtre deGomez Carrillo, frère de Garcilasso :— Ca el Rey, dit-il, tomâra un ano antes desf^ â doîia Maria Gonzalez de Henestrosa, fija de Juan Ferrândez de Henestrosa, muger de Garci-Laso Carrillo hermano del dicho Gomez Carrillo, por lo quai cl dicko Garci-Laso se fuera para Aragon al Conde Don Enrique, etc. (Cronica del Rey D. Pedro, ano xi, c. 18). Voyez aussi le chapitre 19 de la même année C1360). — L'existence et le nom du fils en question, né des amours du roi avec la fille de Hinestrosa, sont constatés par un document du 9 janvier 1361, conservé aux archives des ducs de Médina -Sidonia, et que cite Florez, Reynas Catdlicas, 1. 11. Nous en reparlerons au commencement de 1361. — Dona Maria Gonzalez de Hinestrosa avait de son mari Garcilasso Carrillo, quand le roi la prit, un fils déjà âgé de quelques années, nommé Juan Carrillo. Il en est question dans l'Inrorme de Toledo sobre pesos y medidas, p. 1 18, par où l'on infère qu'il fut dans la suite camarero du roi et alcalde mayor de Tolède.
518 HISTOIRE D*£SPAGNE.
sorcières qui se montrèrent à Macbeth sor les bruyères do chemin de Fores lai étaient- elles apparues, et aTaient-eUes crié déjà à ses oreilles Venivrant : Tu seras roil Quoi qu'il en soit, il dit au roi d'Aragon que s'il obtenait de lui une bonne troupe de gens d'armes pour entrer en Castille, il irait avec eux et ne faillirait pas à la bataille, et cela étant, que la guerre présente aurait bientôt pris fin, et que ce ne serait pas long. Et là -dessus le roi d'Aragon tint conseil, dit Ajala, et quelques-uns voulaient que l'infant D. Ferrand prit la charge et l'honneur de cette inyasion en Castille, disant qu'il pourrait se faire qu'étant, comme le roi D. Pèdre, petitfils légitime du roi Ferdinand de Castille, les Castillans le prissent pour roi; mais le comte D. Henri dit que si un autre avait en chef celte charge et cet honneur, il ne serait ni de sa compagnie ni de son conseil, et n'irait avec personne qui serait plus que lui. Ainsi déjà paraissaient les symptômes d'une ambition qui ne devait aboutir que neuf ans plus tard. Zurita ajoute que le comte ne voulait pas aller sous les ordres de l'infant D. Ferrand parce qu'ils étaient très mal ensemble^ La cause de cette haine était évidemment que tous deux aspiraient i^ecrètement au trône de Castille. Le comte savait que l'infant était Théritier légitime immédiat du roi Don Pedro, et que son droit était un grave obstacle pour effectuer ses projets, et l'infant, en voyant tout puissant le comte, avait comme le pressentiment que déjà il avait conçu l'idée de détrôner son frère. Et finalement ils' ne s'accordèrent point, et furent ainsi quelques jours.
Le cardinal de Boulogne, pensant avec raison que la perte de la bataille d'Araviana, la défection de Diego Ferez Sarmiento et de Pero Ferrandez de Velasco, et surtout le bruit de l'invasion que le comte méditait de faire en Castille, reodraient le roi de Castille plus disposé à la paix, et moins
^ Porque estaban entre si muy mal (Anales de Aragoa, 1. IX| c 28}.