‹ Histoire d'EspagneChapitre 95 sur 108 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

détourné, an homme à cheval, qui, courant tant qu'il put, avertit à temps D.Pero Nunez; il put se sauver, et, de Taldea où il était, gagna à toutes brides, avec quelques compagnons d'armes, un sien château qu'il avait plus loin, appelé Aviados. Le roi arrivait en vue de Villa-Frechos au moment où D. Pero Nunez s'en échappait; il le suivit jusqu'à ce qu'il le vit, lui et les siens, s'engager dans une sierra conduisant à Âviados. Il ne put le suivre davantage, car il était déjà tard, et ceux qui allaient avec lui menaient des bêtes fatiguées, et il eut grand ennui de ne pouvoir prendre le réfractaire qu'il était venu chercher si loin. Il gagna le soir, pour se reposer, le monastère de Santoval, sur le chemin de Mayorga. Ainsi le roi avait fait ce jour-là, pour surprendre . un seigneur à qui il en voulait, vingt-quatre grandes lieues formant la distance qu'il y a de Tordesillas, d'où il était parti le matin, au monastère de Santoval, en passant par Mayorga. Il entra le lendemain à Léon, dont il envoya l'évêque au château d' Aviados, pour dire à D. Pero Nunez, de la part du roi, de venir près de lui, qu'il l'assurait de son pardon ; mais le pardon du roi ne rassurait personne. D. Pero Nunez ne s'y fia pas et demeura tranquille dans le château d' Aviados, qui était très fort, et où le roi n'avait ni le loisir ni les moyens de l'assiéger, obligé qu'il était de se porter, avec tout ce qu'il pourrait réunir de forces, sur la frontière d'Aragon menacée par D. Henri. Mal en prit à Pero Alvarez de Osorio de tenir une conduite différente ; il vint près du roi à Léon, et se disculpa d'avoir quitté Gomara pour venir sans permission sur les terres qu'il avait en Léon. Le roi lui dit qu'il n'avait aucune plainte à faire de lui: il était venu, non sans raison, dans ses domaines, qu'il n'avait pas visités depuis longtemps. Pierre ajouta, pour mieux le rassurer, qu'il voulait lui donner l'adelantamiento de Léon et le gouvernement (la merindad) des Asturies, qu'avait la veille D. Pero Nunez de Guzman, auquel il les ôtait, puisqu'il ne voulait pas venir à

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lai ; il Vy nomma en effet, et lui fit donner par écrit la charte de cette nomination.

Après être resté quelques jours a Léon, voyant que D.Pero Nuiiez de Guzman n'y voulait pas décidément venir, et restait retranché dans son château d'Aviados, instruit d'ailleurs de rentrée du comte D. Henri dans la province de Logrono, Pierre partit de Léon pour Yalladolid. Et chemin faisant, dans ce voyage, le roi, de Médina de Bioseco alla diner dans un village appelé Yillanublai qui est à deux lieues de Yalladolid. Avait-il été averti par des espions de ce qu'il devait y trouver, ou fut-ce par cas fortuit? Toujours est-il que Pero Alvarez de Osorio dînait ce jour-là même à Yillanubla avec le maître de Galatrava, D. Diego Garcia de Padilla, son ami, dans la maison de celui-ci. C'était dans le carême. Les deux chevaliers faisaient un simple repas ensemble, lorsque, dans la salle où ils étaient, entrèrent par l'ordre du roi, chargés d'une mission de mort, trois arbalétriers de masse et de chambre du roi {ornes de la camara del Rey)^ trois bourreaux, dont le nom n'est pas nouveau pour nous : Juan Diente, Garci Diaz de Albarracin et Bui Gonzalez de Atienza, qui, frappant Pero Alvarez de Osorio sans lui donner le temps de se lever de la table oh il était dînant, le tuèrent, et aussitôt lui coupèrent la tête, au grand chagrin et à la honte, en tout cas, de D. Diego de Padilla, qui, suivant Ayala, ne savait rien de ce qu'on devait faire un moment auparavant, et ne fut pas sans crainte pour lui-même ^

Je n'ai pas cru inutile de montrer une fois de plus, dans les plus grands détails, la manière dont se passaient les choses en ce siècle de chevalerie. C'était, en petit comme en grand, toujours les mêmes trahisons, les mêmes froides injustices, la même scélératesse royale érigée en art de régner,

' É à la mesa, donde estaba oomiendoy le mataron, é liiego le cortaron la caboa. É Don Diego Garcia non sabia desto ningiina cosa, antes ovo grand miedo.

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