‹ Histoire d'EspagneChapitre 96 sur 108 · CHAPITRE TRBIZEÈIIB · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRBIZEÈIIB

et prétendant an respect des peuples^ sons le manteau d*ua christianisme obscarci et souillé, méconnaissable, et ne servant plus que de couyert aux énormités d'un monomane de sang, que la légitimité ou le hasard de la naissance avait investi de la puissance suprême. Tel était le régime de terreur couramment appUqué parD.Pèdre, sans obstacle encore organisé assez puissant pour le contenir ou le renverser, que, loi vivante en personne et bourreau des suspects, dans cette ville où il venait de faire tuer Osorio, et ce même jour, faisant appréhender au corps deux jeunes hommes fils de Ferrand Sanchez deYalladolid,sur ce qu*on lui dit qu'ils étaient soupçonnés d'être en correspondance avec D. Pero Nuûez, ce dont ils se justifiaient en donnant les motifs légitimes de cette correspondance , il les mena prisonniers avec lui à Yalladolid où il se rendait, et les fit mettre à mort le lendemain. Quelques jours après, à Duenas, il fit arrêter en arrivant l'archidiacre D. Diego Arias Maldonado, dont le crime, réel ou supposé , était d'avoir reçu des lettres du comte D. Henri: c'eût été peu d'être arrêté pour ce crime sous un tel roi, et Pierre le fit tuer à Burgos huit jours après ».

Avec un tel homme, personne ne pouvait compter sur le lendemain. Gonzalo Gonzalez de Lucio, que Hinestrosa avait placé en qualité d'alcajde ou de commandant à Tarazona, ne se sentant plus soutenu par le crédit de son patron, et craignant que sa parenté avec quelques-uns des émigrés castillans n'appelât sur lui la colère du roi, c'est-à-dire la mort, livra Tarazona au rt)i d'Aragon, et chercha un refuge dans son royaume (février 1360). On ne peut blâmer un homme de ce temps de s'être soustrait aux violences d'un roi tel que Pierre. On ne saurait taire cependant que Gon-

^ É alli (à DueBas) fizo prender en llegando al aroediano Don Diego Arias Maldonado, diciendo que recibiera cartas del Coude Don Enrique : é fizole matar en burgos dende à ocho dias.

524 UISTOIRB D^BSPAGNE.

zalo Gonzalez de Ludo reçut an prix de sa défection : quarante mille florins d'Aragon, et la main d'une riche héritière aragonaise, de très grande naissance {muy Fija-dalgo^ dit Ayala), qui avait nom dona Violante (Yolande), fille d'un riche-homme d* Aragon appelé D . J uan Ximenez de Urrea. Ainsi chacun s'arrangeait pour le mieux, et l'esprit des affaires, comme on voit, n'était pas étranger à ces chevaliers. Toujours est-il que le roi ne pouvait raisonnablement attribuer cette défection, comme tant d'autres, qu'à la crainte qu'il inspirait. Le roi d'Ai'agon, à ce qu'il semble, ne paya pas comptant ces 40,000 florins promis à Gonzalo Gonzalez de Lucio. Par les actes des cortès d'Aragon de i 365, on voit qu'il donna, en cette année, à ce chevalier, la ville d'Alagon, remise dans ses mains pour gage de 17,000 florins, complément sans doute des 40,000 stipulés pour la reddition de Tarazona'.

Cependant, le comte D. Henri, D. Tello, le comte d'Osona et les autres chevaliers qui faisaient cause commune avec eux , étaient entrés en Gastilie , avaient pénétré jusqu'à Najera, dont Diego Ferez Sarmiento leur avait livré les châteaux, et y avaient fait ou laissé tuer les Juifis, qui y étaient nombreux. Ce mouvement » fait dans l'intention évidente de se rapprocher du roi de Gastilie, et peut-être d'en finir avec lui dans quelque rencontre heureuse, témoi*

1 Ayala exprime les raisons qui portèrent ce clievalier à rendre Tarazona aa roi d'Aragon y raisons toutes d'intérêt et de sûreté personneUe sans doute; mais que celui qui aurait été sans péclié dans une situation semblable à celle où se trouvait Gonzalo Gonzalez de Lucio, en présence d'un tel roi, lui jette la première pierre : — É ooo estaba bien contento del Rey, dit Ayala, por quanto él fuera siempre ayudado de Juan Fenandez de Hinestrosa, é despues que Juan Ferrandez morid, el Rey non le mostraba asi buena voluntad, é el cabaUero avia miedo del Rey. . . . É el Rey de Aragon, quando sopo que avia miedo del Rey de CastiUa su sefior, fizo tratar i algunos de los suyos con él..,. etc. —Pierre IV donna l'alcaydie de Tarazona, par lettre patente du 26 février 1360, à Pero Ximenez de Samper, en récompense des nombreux efforts que ce chevalier avait faits dans le but de recouvrer cette ville (Abarca, Anales de Aragon, t. ii, p. 126. )

Page 1