‹ Histoire d'EspagneChapitre 97 sur 108 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

gnait, de ]a part du comte, une certaine habileté et beaucoup de résolution. Mais les choses n'étaient pas mûres encore. Il avait cru trop tôt qu'il trouverait les populations lasses de D. Pedro, et prêtes à briser le joug. La longanimité des peuples à supporter la tyrannie n'a d'égale que la longanimité des tyrans àl'exercer, jusqu'à ce qu'ils se perdent par les moyens même qu'ils emploient pour s'assurer la domination. On commençait cependant, après dix ans de règne, à souhaiter un changement. Cette tuerie de Juifs, le comte la laissa faire, dit Ayala, parce que les gens de la ville la faisaient de bonne volonté, et que par là même, ils devaient d'autant plus s'aliéner et craindre le roi et tenir pour le comte. Remontant vers les sources de l'Èbre, il poussa ensuite jusqu'à Pancorbo; il s'y reposa quelques jours, et mit un corps de troupes dans une maison fortifiée {casa fuerté) de Pero Ferrandez de Yelasco, bâtie non loin de là, dans le hameau ou aldea de Gameno, à une demi-lieue de Briviesca. Instruit de l'entrée du comte à Pancorbo, le roi, qui venait de tomber malade à Burgos, envoya D. Gutier Gomez de Tolède, prieur de Saint-Jean, avec six cents chevaux, à Briviesca, pour demeurer là jusqu'à ce qu'il se portât mieux, ne pouvant partir, à cause de sa maladie, aussitôt qu'il l'eût voulu, et n'ayant pas encore, d'ailleurs, les troupes qu'il avait envoyé chercher. Guéri, ou à peu près, par quelques jours de repos, il partit de Burgos et arriva à Briviesca, d'où il fit entourer aussitôt de troupes et d'engins le village de Gameno, ou plutôt la maison fortifiée qui était dans Gameno, appartenant, comme nous l'avons dit, à Pero Ferrandez de Yelasco, lequel était avec le comte D. Henri. Geux qui étaient restés à la garde de cette maison, ainsi attaqués, ne la purent défendre ; ils la livrèrent au roi, qui fit tuer les trois écuyers qui y commandaient pour Yelasco (Pero Sarmiento, Juan de Soto et Alfonse Gonzalez de Huidobro). En ce moment, le comte D. Henri, D. Tello et le comte d'Osona

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pouvaient avoir à Pancorbo, où ils se trouvaient, quiioe cents chevaux et environ deux mille fantassins; tandis que les troupes du roi, qui allaient s*augmentant chaque jour à Briviesca, s'élevaient à cinq mille chevaux et dix mille fantassms <•

Ayala rapporte ici de D. Tello un fait qui s*accorde assez bien avec ce qu'on sait de son ambition irrésolue et de sa faiblesse en toutes choses. Pendant que le roi était à Briviesca, un écuyer genétaire de D. Tello, Ferrando de los Boyos, vint le trouver et lui dire que son frère D. Tello, qui était avec le comte D. Henri à Pancorbo, était disposé à venir à sa merci s'ils pouvaient s'entendre. Le roi s'y prêta très volontiers, et c'était de sa politique; mais la chose ne pot demeurer secrète, et il fut coupé court à la négociation par le comte, qui, voulant ménager son frère, et pour déguiser les choses de son mieux, le chargea d'aller près da roi d'Aragon avec une mission de confiance. D. Tello ne put refuser, et D. Henri fit partir avec lui, comme poar le garder, Diego Perez Sarmiento, Juan Gonzalez de Bazan et Suer Perez de Quinones, trois chevaliers en qui il avait une entière confiance. Ainsi, dit Ayaia, il sépara D. Tello des siens, de peur qu'il ne le troublât dans ses opérations ^.

La situation était difficile d'ailleurs, et D. Henri sentit qu'il ne pouvait tenir à Pancorbo, non plus qu'à Miranda de Ebro, où la population l'avait accueilli comme on l'avait fait à Najera, et où il y avait eu aussi une tuerie de Joifs dans son intérêt. Il quitta cette position, et le roi ne tarda pasi apprendre à Briviesca, comme il y faisait la revue de ses troupes pour se mettre en campagne, que le comte et ceax qui étaient avec lui avaient quitté Pancorbo, et que D* Sancho, frère du roi et du comte, avait été détaché sur Haro, petite

* Gronica dcl Rey 0. Pedro, aoo X\, c. 7.

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