‹ Histoire d'EspagneChapitre 98 sur 108 · CHAPITRE TREIZlÈlifE · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZlÈlifE

ville située sur le rio Tiron vers son confluent avec TÈbre, tandis que le comte se retirait sur Najera. Le roi partit ce jour-là même de Briviesca et fut coucher à Gresalena (Iglesia Saleiia), à une lieue de distance. Il fit une pointe le lendemain sur Hiranda de Ebro, où les troupes du ccmite et les habitans avaient rançonné les Juifs, et même en avaient tué quelques-uns, à l'exemple de Najera. C'en était assez pour appeler les rigueurs du roi ; il fit mettre à mort un certain nombre d'habitans, entre autres deux hommes de la ville, dont Alaya nous a conservé les noms dans l'Âbreviada : Pero Martinez, fils du chantre, et Pero Sanchez de Banuelos, qu'il fit, le premier, bouillir dans une chaudière, et le second rôtir en sa présence ».

Justice faite, ou ce qu'il appelait ainsi, de Miranda, Pierre, tirant directement du nord au sud, et laissant à sa droite Haro où était son troisième frère bâtard D. Sancho, se rendit, le jour suivant, à Santo-Domingo de la Galzada, et de là se dirigea sur Najerà, où étaient rassemblées toutes les troupes du comte; il établit son camp près de Najera, en un lien nommé Azofra, et donna l'ordre de se préparer pour le lendemain à combattre avec le comte ^.

Ici se place une singulière aventure. Le roi étant dans ce lieu d' Azofra, près de Najera, un prêtre de Santo-Domingo de la Galzada vint à lui , et loi demanda s'il lui plaisait de Tentendre un moment seul à seul. Le roi lui répondit qu'il le voulait bien, et le prêtre lui dit : « Seigneur, saint Dominique de la Galzada m'est apparu cette nuit en songe, et m'a dit de vous venir trouver pour vous dire de tenir pour certain, si vous ne vous gardez bien, que le comte D. Henri votre frère

^ É fizo y (â Miranda de Ebro) Jasticia de dos ornes de la villa, é al uno decian Pero Martlnez fijo del Chantre, é al otro Pero Sanchez de BaHaelos : é al Pero Martinez fizo cocer en una caldera, é al Pero Saochez fizo asar estando el Rey delante, é fizo matar otros de la villa.

* Cronica del Rey D. Pedro, aSo xi, c. 8.

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VOUS taera de ses mains. » Pierre fut d'abord troublé de la prophétie, et demanda au clerc si quelqu'un de vivant sur la terre lui avait conseillé de dire cela. « Personne, répondit le clerc, sauf saint Dominique. » Le trouble du roi à cette réponse se changea en colère. Il appela ses principaux officiers, et ordonna au clerc de répéter devant eux ce qu'il avait dit en particulier. Le clerc le répéta simplement et avec la même impassibilité. Pensant alors qu'il avait été chargé de loi dire cela pour l'effrayer , peut-être' par son frère lui-même , il ordonna qu'on brûlât vif le clerc prophète de malheur, sar rheure, devant les tentes de son camp <.

Que ne venait-il lui prédire, au contraire, que ce serait lai, le roi, qui tuerait le comte D. Henri son frère de ses mains? Au lieu de le faire brûler, le roi l'eût fait revêtir d'une robe d'honneur, et renvoyé à Santo-Domingo de la Calzada comblé de présens et de faveurs. De tout temps, on le voit, même sous les rois les plus conservateurs des privilèges sacrés de la puissance suprême, on a fait de l'opposition , et il s'est trouvé des fous et des pervers pour troubler Tordre et entraver l'action de la loi vivante. La loi vivante, sur la terre, c'est le roi, quel qu'il soit et quoi qu'il soit. Ce qui, dans l'étude de l'histoire, contrarie l'historien honnête et ami de la tranquillité , c'est cette lutte éternelle de l'impérissable liberté qui, sous une forme ou sous une autre , reparait toujours et à toute époque , même sous les rois qui , comme Pierre de Castille, savent employer le mieux et le plus énergiquement les seuls véritables moyens , comme on sait, de faire régner l'ordre ici-bas. Si personne n'eût fait d'opposition à Pierre-le-Cruel, il est probable qu'il n'eût point mérité ce surnom , qu'il ne s'attira que parce que, n'étant pas toujours de son avis, on l'obligea à faire ce qu'il fit sous peine

^ Ê el Rey pensd que lo decia por inducimiento de alguno, é mandd luego quemar al aerigo aUi'dd estai» delante sus tlendas.

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