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versa la rivière dans un endroit qui était guéabler Le duc d'Albe, connaissant le mauvais état des finances de ce prince , évita soigneusement une action?: se bornant à observer les mouvements de son adversaire. Cette conduite prudente réussit. Les troupes soldées de Xarmèe protestante se révoltèrent pour avoir leur solde; le prince, ne pouvant s'emparer d'aucune ville ou forteresse, fut obligé de se retirer sur les frontières de l'Allemagne et de licencier ses troupes. La retraite du prince d'Orange parut donner encore plus d'ascendant aù^ dqc d*Albe :. l'inquisition continua ses recherches,, avec plus de vigueur et de cruauté ; et tous les efforts, furent dirigés contre l'exterinination de l'hérésie de Luther»
L'fiispagne , ainsi quie les. Pays-Bas, était désolée par les persécutions de l'intolérance religieuse et par les maux de la guerre civile. Lorsque Grenade se soumit aux arme^ de Ferdinand , il avait été stipulé dans l'acte de capitulation que la religion mahométane Serait permise et protégée : depuis le règne de ce prince, les Maures de Grenade avaient suivi sans inquiétude le ciiite de leurs pères. Sous l'administratiori de, Philippe, l'inquisition sévit avec fureur contre l^si Maures , et ces infortunés eurent recours à la révolte, comme à leur dernière ressource. Us choisirent pour souverain un descendant de leurs anciens rois; et réfugiés dans les montagnes d'Alpuxura, ils soutinrent une guerre active contre les armées espagnoles. Leur valeur tumultueuse * fut^
obligée de céder à des forces régulières ; ils cherchèrent, par la soumission, à se préserver d'une ruine totale. Le marquis de Mondegar, lieutenant -gênérai de cette province, accueillit favorablement leurs députés, et conseilla au roi de les traiter avec bonté. Cette modération s'accordait mal avec le caractère de Philippe; il publia un décret qui ordonnait que tous les prisonniers, sans distinction de sexe, de rang et d'âge, fussent vendus commet esclaves. Malgré la situation désespérée des Maures, ce traitement inhumain bannit de leur esprit le sentiment de leur danger et accrut leur fureur jusqu'à la rage. Les soldats espagnols ne recevant pas l'argent qui leur était dû, abandonnèrent leurs drapeaux et ravagèrent le pays. Grenade offrit le triste spectacle d'une province révoltée et d'une armée entièrement indisciplinée et se livrant à tous les excès. La cour de Madrid fut alarmée des nouvelles qu'elle recevait chaque jour de cette partie de la péninsule : les désastres qui provenaient de la mauvaise conduite des ministres furent attribués au général, et on ne vit d'autre remède à ces maux que de nommer un nouveau commandant.
Ce fut dans cette occasion que les talents mili-^ taires de don Juan d'Autriche commencèrent à paraître. Ce prince, fils naturel de Charles V et de Marie de Blomberg , dame allemande , se faisait remarquer par un extérieur séduisant, et par un esprit ardent, qui n'aspirait qu'au moment où il pourrait
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se distinguer dans la carrière 46s armes. Quoiqu'il . n'eût que vingt-deui£ an$ lorsque Philippe lui donna le eommandement de rarniée dest;née à soumettra les Maures , son activité et son habileté surpassèrent l'attente publique. Il est vrai que les dissensions des insurgés rendirent ses snccès faciles. Aban-Humaya, que les Maures avaient élu pour leur souverain^ tomba sous le fer d'un assassin. Aban^Âboo lui succédai et péril de la même maniàre : la discorde détruisit la forme de leur gouvernement , et ce peuple malheureux tomba dans une entière dépendance. Ceux que l'on prit les armes à la main furent ptinis de mort, ou vendus comme esclaves. La plus grande partie de ceux qui n'avaient même pris aucune part à la révolte furent arrachés à leur sol natal et trans-t plantés dans des provinces éloignées, où ils langui^ rent pauvres et méprisés. On ne permit qu'à un très-i petit nombre d'entre eux de rester à Grenade., afin de continuer à faire prospérer ces manufactures qui avaient autrefois enrichi lé royaume. Mais ce n'esl pas sous le poids de l'oppression qtie le commerce peut fleurir, et que l'industrie peut exercer son acr ji57o. tivité. Telle fut la fin de la guerre contre les Maures ; guerre qui, par ses: pernicieux effets sur l'agricuK ture, les manufactures et le commerce, fut l'une des? causes principales de la décadence de l'Espagne.
Le règne de Philippe II fut Ëttal à tous les états (ie ce prince. Les. Flamands furent complètement réduits à l'obéissance : la prééminence de l'église»
d'e&pagne. ïa3
catholique fut rétablie ; on construisit des citadelles dans plusieurs des villes principales; et la présence des tix>upes espagnoles contint les habitante par la terreur qu'elles inspiraient. Entourée de telles sauvegardes l'autorité royale avait peu à craindre ; et si les mesures de Philippe eussent été modérées, il aurait pu continuer à régner sur les Provinces - Unies avec une puissance aussi étendue qu'un despote puisse jamais la désirer. Le peuple avait été tellement effrayé qu'il n'y avait que l'excès de l'oppression qui pût lui donner assez de courage pour secouer le joug. Philippe et ses ministres, enivrés de leurs succès , écrasèrent sous leurs pieds les malheureux qui s'y étaient prosternés. Afin d'entretenir les troupes espagnoles, une taxe mobilière de dix pour cent, et une sur les biens fonciers de vingt pour cent , fut établie malgré les remontrances des états qui représentèrent combien cette mesure serait pernicieuse au commerce et à l'industrie. Les catholiques et les protestants se plaignirent également ; Albe fut inflexible : il ordonna le paiement immédiat de cette nouvelle taxe ; elle occasionna une stagnation^ dans le commerce, et fit négliger les propriétés rurales* Les Flamands s'étaient courbés sous le joug de la tyrannie religieuse; mais lorsqu'ils virent qu'après^ leur avoir été la liberté de conscience on les dépouillait encore de leurs biens , leur patience épuisée et le^isrs craintes firent place au ressentiment. Le nombre des exilés s'accrut rapidement ; ils cherchèrent à ar-
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racher sui: mer là subsistance qu'ils ne pouvaient plus se procurer sur terre. Croisant le long du canal, dans de petits vaisseaux, ils saisirent tous les bâtin ments marchs^nds sous pavillon espagnol, et vendi-. rent, pendant quelque temps, leurs prises dans les ports de l'Angleterre. La politique d'Élisabelh, qui n'était point encore préparée à rompre avec l'Espagne, les priva à la fin de cette ressource. Leur exclusion des ports anglais leur rendit nécessaire de se pourvoir d'une retraite assurée , et ils s'emparèrent par surprise de Brille , ville forte dans Tîle de Voorne, située à l'embouchure de la Meuse, et distante de Rotterdam d'environ quinze milles.
Le duc d'Albe, en apprenant la nouvelle de cet événement inattendu, ordonna au comte de Bossut, gouverneur de Hollande, de s'avancer sur 3nlle, afin de prévenir la révolte des villes voisines. Les exilés , convaincus de leur inhabileté à repousser des forces supérieures en nombre et bien disciplinées, ouvrirent les écluses, et ce ne fut que par une retraite précipitée que les Espagnols échappèrent à l'inondation. Cette entreprise malheureuse fut suivie de plus grands revers. Le comte de Bossut, dans sa retraite , ne put entrer dans la ville de Dordrecht : Flessingue arbora l'étendard de la révolte : l'esprit d'insurrection se répandit rapidement dans la Zé^ lande ; et le nombre toujours croissant des insurgés les mit à même de faire le siège de Middelbourg. Bien qu'ils fussent forcés d'abandonner cette entrer
prise, et de se retirer des murs deTemeuse, leurs succès sur mer compensèrent les désavantages qu^ils avaient eus sur terre. Les exilés croisèrent dans le canal avec cent cinquante de leurs petits vaisseaux', et empêchèrent le duc de Médina-Céli, qui venait avec une escadre de cinquante voiles, apporter des renforts au duc d'Albe , d'entrer dans le port. Après ua rude; combat , vingt des plus grands vaisseaux espagnols furent pris ; le duc lui-];néme s'échappa avec peine , et vint se réfugier dans la baie de Sluys. Ces entreprises maritimes des exilés flamands embarrassèrent extrêmement Philippe, parce qu'à cette même époque, il était engagé dans une expédition qui exigeait la concentration de toutes ses forces navale^.
Depuis le siège mémorable de Malte , les armes ottomanes avaient enlevé Chypre aux Vénitiens : leurs progrès avaient alarmé les états chrétiens qiii bordaient les côtes de lin Méditerranée. Le zèle et la politique de Pie V voulurent exciter les peuples à entreprendre une guerre de religion : mais cette sainte ardeur qui , six ou sept siècles auparavant ^ avait été la source des sanglantes croisades , était alors éteinte. De tous les grands monarques de l'Europe, Philippe seul, que ses possessions en Afrique rendaient l'ennemi naturel de la puissance musul^ mane, éco^ata les prières du souverain pontife. Il entra avec empressement dans la ligue que formaient les Vénitiens et le saint-siége^ et s'engagea
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a payer la moitié des dépenses, de cette guerre : les Yéakiem devaient fournir les trois qaapts cfe la moitié qui restait, et le pape l'autre quart.
Les coalisés équipèrent un; armement fonïiidable qui se réunit quelques semaines après dans le port de Messine. Cette flotte consistait en deux cent cinquante vaiisseaux de guerre, ayant à bord oiisquante mille hommes taM soldats que matelots. Le commandement en- cltéf des' forces? combinées était confié à don Juan d'Autriche , pour qui on inventa le titre pompeux de généralissime. Les apprêts de Sélim' II étaient dignes du suceessËur de Soliman; Il eoiploya toutesJes ressources de son vaste et belliqueux empire^ qui était alovs au plus kaut période de son pouvoir et de sa force. Les corsaires d'Aftriqae vinrent à sa demande se ranger soms; son pavillon. Avant que la flotte chrétienne fût sortie du port de Messine , celle des Ottomans , commandée par le eapitan' pacha , rintrépïde Ali,, mit à la voile et quitta le port de Coxistantinoplé. Après avoir passé THelr iesponl el l'Archipel,, eHe doubla le cap Matapiaii t{ui est à: l'extrémité méridionale de la Morée , et Vétendit le long de la cote occidentale de la Grèce jusques au, golfer de Lépante, où, vers le com«meacement d'octobre , le eapitan pacha aperçut 3a flotte des confédérés.
La homillante valeur de don Juan d'Autriche était encore stimulée par 1^ bénédiction du pontife vo^ Main ; la supériodité du nombre de» forces turques
ne put^ un seul moment, réprimer son ardeur guerrière. Le signal du combat fut donné au même instant des deux côtés. L'engagement fut des plus opiniâtres et des plus sanglants. Chaque vaisseau eut à combattre et à repousser l'attaque des galères turques: Espagnols, Italiens, Turcs, semblaient tous défier le danger et la mort : pas un d'eux ne quitta son poste et ne montra la moindre crainte- p^idant le combat. Les vaisseaux de l'amiral ottoman et de don Juan d'Autriche s'entrechoquèrent et se cramponnèrent fortement; les deux commandants étaient dis-, posés à vaincre ou à périr : le c^pitan' pacha fut tué; les f^pagpols sautère^t à l'abordage , le caraiige fut horrible ': ils arrachèrent le pavillon turc , et élevèrent à la place l'étendard de la croix qui frappa de terreur la flotte ottomane. L^s esclaves chrétiens qui ramaient sur les galères turques brisèrent leurs fers et vinrent augmenter la confusion et l'effroi : cent trente vaisseaux turca fuirent pris 2 presque tout le reste de la flotté fut coulé à fond ou échoua sur les rochers. Vingt-cinq mille Turcs furent tués : plus de dix mille furent faits prisonniers; et quinze mille chrétiens que cette bataille mémorable rendit à la liberté, répandirent dans toute l'Europe la renommée de don Juan d'Autriche.
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