‹ Histoire d'Espagne depuis la plus ancienne époque jusqu'a la fin de l'année 1809Chapitre 15 sur 57 · Tome II. g · texte numérisé non relu

Tome II. g

fBo HISTOIRE

çait à écllkter en Hollande et dans U Zélande. Il avait réuni des foriez considérables , et devait être son tenu par la France. Charles IX avait promis au comte Louiâ de Nassau de faire marcher une armée au. secours des Flamands. Encouragés par ces ap-^ parencés favorables, un grand nombre de huguenots Suivirent les drapeaux de Nassau ; et le comte Louis, à. la tête de cette troupe hardie , surprit la ville de Mons sans perdre un seul homme. Le duc d'Àlbe, irrité de cet événement extraordinaire , jura de reprendre cette place importante. Il ordonna à son fils. Frédéric de Tolède d'y conduire un corps de viagt mille de ses meilleurs . soldats ; et , quelques jouirs après , Mons fut totalement investi» La nou^^ velle de ce siège accrut l'ardeur des réformés de France : près de cinq mille d'entre eux , sous la conduite du sieur de Genlis, vinrent au secours de leurs frères. Le roi de France , malgré le. projet perfide qiiHl avait concerté avec Philippe pour exterminer les protestants, ne pouvait cependant interposer son autorité pour arrêter leur marche; il avertit, en secret Frédéric de Tolède de la route qu'ils prenaient. Ainsi trahis, ils furent attaqués à l'improviste.par l'élite de l'armée espagnole. Leur retraite fut honorable,. mais inutile; ils perdirent la moitié dés leurs, et leur commandant fut fait prisonnier. ' Lorsque le prince d'Orange apprit que la ville de Mons venait d'être surprise par son, frère, il entra dans le3 Pays-Bas, réduisit Ruremoftde,.Mechieieii,j

Nivelles , Diest , Tirlemont , et surprit Audenaerde et Dendermonde. Dans cette circonstance difficile, il reçut la nouvelle désolante du massacre des protestants à Paris, le jour de la St-Barthélemy. L'avenir brillant dont il se flattait fut bientôt évanoui : il vit bien qu'il ne devait plus attendre aucun secours de la Finance, et ses propres ressources «ne suffisaient pis pour soutenir la querelle dîans laquelle il' était Rengagé. Toutefois la situation des af&ires ne permettait pas qu'il hésitât ; les dernières espérances ds sa religion et de son pays reposaient sur son courage et sa persév€a:ance. II résolut de tenter la délivrance de Mons; mais le' duc d'Albe avait rejoint l'armée; il dirigeait les opérations du siège, et son habileté empêcha que le géhéreux projet du prince d'Orange tie réussit.

Lorsque ce prince approcha de la ville , les officiers espagnols pressèrent l^r général de donner le signal de l'attaque. Au lieu de céder à leurs instances , le duc ajouta de nouveaux ouvrages aux fortifications de' son camp, et resta dans ses retranchements. Le prince d'Orange , après avoir essayé de les enlever, fut obligé d'abandonner Mons à son . sort. Cet ëvénemeïit diminua son autorité , et la désobéissance de ses troupes fournit au duc d'Albe une occasion favorable de satisfaire aux vœux de son armée. TJn corp» choisi d'infanterie surprit au milieu de la nuit le camp des protestants. Le prince d'Orange forma ses troupes en toute hâte, et re-

l32 HlftTOIRH

poussa ies Espagnols* Cinq cents* Allemands avaient péri dans cette affaire.; le reste des soldats se révolta ouvertement et menaça d^ livrer le prince au djuc d'AJbe , afin d'obtenir le paiement qui leur était dûv Les officiers s'opposère^ à cette infamie; m^is Guillaume, voyant tout le danger de sa situatiqn, èicenteia une armée plus redoutable pour son. généred. qu'elle riè Tétait pour' reni^emi , et, suivi de quelques fîd^s {If^rtisàns, il se retira en Hollande. Mons se rendit peu- de temps après/ par capitu- > lation y et évita ainsi le pillage.. Mecbelen et ^utphen, villes connues pour être attachées au prince d'Orange ,. furent abandonnées, à la f^r^^r et à l'avarice des* soldats, qui massacrèrent et pillèrent sans. pitié et; sans distiiiictiôn de rang , de sexe,, 4'^^ et de religion. La licence des troupes ne connut plus, de fifeîn : ces Espagnols , qui combattaient poiir lé soutien de la &)i catholique, violèrent les nonn^, et pillerait les églises aussi-bieur q^e les liaisons. Le féroce dtic d'Alhe publia un manifeste dans lequel ii^établit que Medfielen et Zutphen n'avaient souffert que le châtiment que leur rébellion méritait , et que toutes lés villes qui suivraient leur exemple subiraient un traitement semblable. Ces ^lenaces produisirent leur effet : Groningen y Overyssel ,. Utrecht et plusieurs autres villes* qui s'étaient déclarées pour le prinee d'Orange, n'obtinrent leur pardon .que par une prompte soumission*

Les provinces maritimes, enhardies, par les avan-

d'bspagdtk. i33

tages que leur dotinaient les localités, ne pouvaient être 'détadhées de la ligue ni par des menaces ni par .des concessions. Les habitants de Zéelande et de Hcrilande .avaient tout prépare pour une vigour reuse résistance c les Hollandais avaient reconnu le prince dérange pour leur souverain légitime ; Amsterdam refosait seule de prendre part à rinsurreotion ^ et restait encore fidèle à Philippe. L'objet immédiat des opérations duducd'Albe fht la réduction des villes rebelles de la Hollande. Son armée, sous le commandement de son fils Frédéric de Tolède , marcha sur Naarden. Cette ville ayant refusé d'ouvrir ses portes à un corps <le cavalerie espar gnole , éprouva le sort de Mechelen et Zutphen. Lorsque les soldats eurent assouvi leur brutalité, leur général les mena devant les mm*s de Haarlem. Le siège de cette ville fut aussitôt formé par une armée de vingt mille hommes de vieilles troupes ; sa défense mémorable l'a rendue /célèbre dans This* toire. FrédéHkî avait une grande partie des défauts de son père : comme lui il était orgueilleux , et na pouvait souffrir que Ton s'opposât en rien à ses volontés l cependant il s'aperçut aisément de quels efforts les hommes sont capables , lorsqu'ils sont animés par l'amour de leur pays et de leur religion. Le temps se consumait sans que l'on eût pliifi.d'es* poir de prendre la place : les plus 'braves soldats avaient péri datis'ies attaques, ou étaient. exténués He fatigue par un service continuel ; les officiers les-

l34 HISTOIRE

plus expérimentés conseillaient à Frédéric d^abandonner une entreprise dans laquelle on ne pouvait réussir. L'inflexible d'Albe ne répondit ai^x repré«sentations de son fils que par des reproches , qui obligèrent celui-ci à persister. Le duc lui ordonna d'affamer la ville, puisque ses armes ne pouv;aient la réduire ; il lui déclara que s'il levait le siège, il le regarderait commeétant indigne du nom qu'il portait , et du sang dont il était né; et que s'il persistait dans ce dessein, lui-même, quoique malade^ viendrait prendre le commandement de l'armée , et que si son état devenait encore plus grave ^ il enverrait la duchesse d'Albe dans le camp des Espagnols , poursuivre les travaux du siège. Un reproche si sévère railiima l'ardeur du jeune général : il reçut de nombreux renforts , et bloqua étroitement Haarlem. Les habitants avaient jusqu'alors supporté toutes les fatigues et tous les dangers avec le plus grand courage , la famine les accabla ; ils virent mettre en pleine déroute un corps de troupes qui s'avançait pour protéger l'entrée d'un convoi. N'ayant plus d'espoir d'être secourus , ils se rassemblèrent en armes , et prirent la résolution désespérée de s'ouvrir un passage l'épée à la main , à travers les retranchements de l'ennemi. Le général espagnol, instruit de leur dessein , leur offrit une capitulation , dont les principaux articles étaient, qu'à la condition de payer deux cent mille florins , la ville serait exempte du pillage , et les habitants , à l'exception

d'espa^oks. i35

de cinquante-sept qu'il désigna, recevraient leur par4ou. Les soldats allemands, qui composaient la plus grande partie de la garnison, insistèrent pour que Ton acceptât la capitulation, et les portes furent ouvertes aux assiégeants. Le duc d'Albe arriva dans la ville trois jours après la reddition, et fit exécuter dès le lendemain trois cents personnes : le nombre de ses victimes augmenta chaque jour; et neuf cents de ces braves citoyens , qui n'avaient posé les armes que sur la foi du traité , furent siacrifiés à la ven-* geance de cet illustré scélérat.

Ce ne furent pas les seules calamités que souffrit la ville d'Haarlem : les troupes espagnoles et italiennes étaient furieuses des conditions accordées aux habitants ; l'exemple de leurs chefs leur avait appris comment les capitulations pouvaient être violées, et ils demandèrent avec menaces le paiement de leur solde ou le pillage de la ville. On ne pouvait leur rien refuser , et les malheureux habitants de Haarlem furent exposés à des exactions qui ne ces* sèrent que lorsque leurs ressources furent épuisées.

Les armes espagnoles ne furent pas toujours couronnées par de semblables succès. Lorsque l'armée eut quitté Haarlem , elle s'avança sur Alkmaar , et fut repoussée. Elle se préparait à renouveler l'attaque, lorsque d'Albe fut informé que les Hollandais avaient résolu d'ouvrir les écluses et d'inonder le pays. Il fit aussitôt lever le siège , afin de préserver son armée de la destruction dont elle était menacée.

.lS6 ^ HISTOfRE

Pettdant ce temps les qabitants d'Enkfauisen, dé Hoorn et des autres villes voisines, avaient construit un nombre considérable de petite vaisseaux avec lesquels ils croisaient dans leZuider«^Zee, et mena*' çaient dWantir le commerce d'Amsterdam. La grandeur du péril nécessita la présence du duc d'Albe : il se rendit à Amsterdam, équipa douze grands vaisseaux de guerre et en donna le commandement an comte de Bossut. De vieilles troupes espagnoles s'em* barquèrent à bord de ces bâtiments : Albe e^érait que la valeur de ses soldats et là force de ses vaisseaux suppléeraient au nombre. Son attente fut trompée; l'amiral aurait voulu ne point engager ce combat inégal , mais les ordres du duc étaient posi^ tifs. L'engagement fut terrible ; la victoire se déclara pour les protestants. Les Espagnols perdirent cinq vaisseaux ; l'un d'eux échoua , les quatre autres furent pris; la galère de l'amiral était parmi ces derniers, et le comte de Bossut fut fait prisonnier. Apeu près vers la même époque, les protestants se rendirent maîtres de Geertruidenberg, qui leur donna la navigation.de la Meuse.

\ ^^ Cette administration sanguinaire approchait de sa fin. La santé du duc d'Albe était détruite; il obtint enfin de pouvoir quitter un poste dont sa constitu-* tion ne lui permettait plus de remplir les horribles devoirs. Use vanta, à son départ, que pendant sou gouvernement, qui n'avaif pas duré six années, il avait fail périr , sous la main du bourreau., dix-huit

d'espagite. 187

mUle hérétiqjoes y outre un nombre beaucoup plus graod encore qui avait été massacr^ sur les champs de bataille et dans les villes qu'il avait prises. La régence de ce duc fut l'une des plus grandes calamités qui eussent pu affliger les Pays-'Bas ; sa cruauté concourut avec la tyrannie de Philippe à détacher ces pjrovinces de la. couronne d'Espagne.

Louis de Requesens, commandeur de Gastille, fut nommé gouverneur des Pays-Bas après la retraite du duc d'Albe. Son humeur conciliante et ses talents militaires étaient, capables de disposer les Flamands à l'obéissance, ou de les y forcer. Les premiers, actes de son administration furent de réprimer l'insolence du soldat, et de faire enlever les trophées que son prédécesseur avait élevés pour insulter le peuple. La statue d'Albe , qu'il avait fait placer dans la citadelle d'Anvers, fut enlevée, et on effaça toutes les inscriptions qui pouvaient blesser la fierté naitionale. Il s'occupa ensuite de délivrer Middelbourg, qui était assiégée depuis dix -huit mois par Les ^protestants. Il équipa, pour ce projet, à Anvers et à Bergen -op- zoom, trente vaisseaux, un grand nombre de transports chargés de provisions et de munitions de guerre. Cette flotte se forma en deux divisions : l'une d'elles. devait entrer dans le canal deMid-^ delbourg , tandis que l'autre attirerait l'attention de l'ennemi. Mais cette manoeuvre ne réussit pas : la idî vision qui tenta d'entrer dans le canal fut mise en pleine déroute; ses vaisseaux furent pris ou coulés

l38 HISTOIRE

à fond ; l'autre partie de l'esoadre évita un sort pareil en gouvernant à toutes voiles sur Anvers. La défaite de la flotte espagnole anéantit les dernières espérances de la garnison de Middelbourg : la famine avait contraint les soldats à n^anger les chevaux et les chiens , mais cette triste ressource était épuisée. Le commandant, Mondragon, avait, par son exemple et ses talents , encouragé ses troupes à faire une vigoureuse défense; après avoir rempli tous les devoirs d'un soldat et d'un officier il obtint une capitulation honorable.

Peu après cette transaction , le comte Louis de Nassau, ayant rassemblé une année de dix mille Français et Allemands , pénétra dans la province de Gueldre et dans le Brabant, afin d'opérer sa jonc^ tion avec son frère le prince d'Orange, qui s'avaiàçait des provinces maritimes. Requesens, informé de leur marche , envoya Sanche d'Ayila avec l'élite des troupes espagnoles pour s'opposer à leurs progrès. Ce général trouva l'ennemi fortement posté; mais se fiant à la valeur éprouvée de ses soldats , il donna le signal de l'attaque. Les protestants ne purent résister à l'impétuosité de cette charge : de tous côtés leurs retranchements fiu*ent forcés : près de cinq mille hommes furent tués ; et cette défaite, devint encore plus décisive par la mort des comtes Louis et Henri de Nassau , et par celle du comte palatin.

Ce combat fatal obligea le prince d'Orange à la

d'espàgne. 189

retraite : il ne lui aurait pasi été facile même de regagner les frontières de la Hollande , si les soldats espagnols n'eussent terni par leur mutinerie la gloire qu'ils venaient d'acquérir sur le champ de bataille. Us demandèrent, avec les plus horribles. menaces, qu'on leur payât leurs arrérages ; et , n'obtenant que des promesses de leur général, ils marchèrent sur Anvers et y fixèrent leurs quartiers. Malgré la présence du régent et ses prières, ce ne fiit que par une distribution de cent mille florins que l'on, obtint d'eux qu'ils se remissent en campagne. Cette révolte fut cause d'un grand malheur : Requesens, craignant que les mutins ne s'emparassent de la flotte qu'il avait dans le port d'Anvers, fit éloigner les vaisseaux hors de la portée du canon : ils furent attaqués dans cette position par les Zéelandais; et presque tous furent coulés à fond , pris ou démâtés.

Le mauvais succès de ses armes décida le régent à employer des mesures conciliatrices pour rétablir l'autorité royale. Une amnistie fut publiée au nom du roi ; mais la condition sur laquelle elle était basée la rendait illusoire. Les protestants devaient se conformer aux dogmes reçus par l'église romaine j au,-» cun d'eux n'y voulut consentir.

Les Espagnols étaient ^lors occupés au siège dpt Leyden. Cette ville, bloquée étroitement depuis plus, de trois mois, souffrait tous les maux que la famine entraîne; les efforts du prince d'Orange n'avaient pu

l4o HISTOIRE

parvenir à la délivrer. Les habitants, épuisés de faini et de fatigue , avaient cependant conservé tout leur courage et leur intrépidité. Le général espagnol , instruit de leur position, leur fit proposer une capitulation : cette réponse magnanime, « Qu'ils se nourri- « raient plutôt de la chair de leur bras gauche et « combattraient encore de l'autre », a fait passer leur nom à la postérité. Ils informèrent leurs amis de leur situation au moyen des pigeons courriers (i). Comme il était impossible de lès secourir par terre, on ouvrit les écluses; les digues de la Meuse et delTssel furent. détruites, et tout le pays environnant; fut inondé afin de pouvoir approcher de la ville assiégée au moyen de la flotte. Les Espagnols, chassés de la plaine, conservèrent leur position sur les hauteurs et continuèrent encore le blocus. Les habitants, forcés par la faim à se nourrir d'aliments mal-sains, périrent par milliers : là famine et la peste produisirent des effets si horribles , qu'il ne restait plus même assez de force aux vivants pour enterrer les morts. A la fin ^ le moment de leur délivrance arriva : vers la fin de septembre , un vent violent, soufflant du nord-ouest , refoula la mer sur les terres, et les plaines deLeyden furent converties en un vaste lac. Les Espagnols n'avaient d'autre

(i) l\ paraît que ces pigeons avaient été échangés auparavant. Les lettres étaient attachées sons leurs aileé. Voyez Strada, de Bello Belg.

d'kspagnk. i4i

parti. à prendre que d'effectuer leur retraite, mais ce ne fut pas sans beaucoup de difficulté et de pertes. Us fiirent harcelés par lesZeelandais,qui couvraient le pays de leurs barques , et plus de quinze mille dentée eux périreijiJt dans les eaux, ou sous le fer des insurgés. Ceux-ci entrèrent victorieux dans 15^"^ Leyden : les habitants étaient réduits à une telle extrémité, que , si le blocus eût continué quelques jours de plus, ils seraient tous morts de faim.

La résistance opiniâtre des Flamands faisait désirer ardemment au régent un accommodement. Une négociation fut entamée sous les auspices de l'empereur Maximilien : le roi (d'Espagne demeurant tpujpuirs infle;js:ible sur le sujet de La i^ligLon , }es conférences furent rompues, ^t josi reprit les arpies. Après, im siégç de neuf mois, la valeur des trompes espagnoles et l'audace de leurs commandants firent arborer l'ér tendard' J?oyal sur les murs de. Zuricksee. : . le succè^^ de cette entreprise f|it cotttr^balancé par k mort de Bjeqjuesejàs, qui arrivai; peu de temps après ^ et qui fut suivie de nouveaux malheurs.

Les troupes espagnoles et italiennes n'étaient pas moins redoutable^ pour l^i^ amis que pour leujfs ennemis. L'écrit de siédition se ranima encore parmi eux et ils se révoltèrent à Alost. Le paiement de leur solde^^rviit toujours de prétexte à leur mu- ^n^ie. liêt élurent d^ ûouVeaiuiL.offîoiers, surprirent la ^ill^ d'Aiost, et mirfent tpUt le pays voisin à coi^tributipn. J> eôriseil d'état les déelar;a rebelles': l'aur

l4^ HISTOIRE

torité et les menaces de leurs supérieurs furent en^ tièrement méprisées. La garnison d'Anvers suivit leur exemple : la guerre s'alluma entre les soldats et les citoyens; le bruit du canon fut entendu par les mutins d'Alost. a Aux armes , aux armes ! » s'écriereiit-ils tous : et sans perdre de temps ils marchèrent au secours de leurs camarades. Se précipitant sur les portes de la ville , ils se frayèrent un chemin sur le corps des malheureux habitants qui voulaient s'opposer à leur entrée. Plus de sept mille Flamands périrent en cherchant vainement à défendre Anvers. Les soldats furieux se livrèrent à toutes sortes d'excès. Des compagnies de négociants de toutes les nations avaient fixé leur résidence à Anvers, à cause de l'importance du commerce qui se faisait dans cette ville. Leurs maisons étaient meublées avec luxe, et des marchandises et des denrées d'un grand prix remplissaient leurs magasins. Cette accumulation de richesse fut la proie des Espagnols , et pendant trois jours la ville fut livrée au pillage. On n'a jamais pu évaluer la quantité d'or, d'argent, de marchandises précieuses, qui fut prise ou détruite; mais la somme de huit milUohs de florins, que l'on extorqua aux habitants, est une preuve de la prodigieuse richesse de cette ville commerçante.

' La garnison de Gand montra la même rapacité. Elle fit une sortie contre les habitants et fut repoussée; les États voyant l'inégalité d'un tel combat et appréhendant qu'il n'eût des suites funestes, iinplo-

d'espagne. 143

rèrent Tassiâtance du prince d'Orange. Guillaume accourut à leur défense avec un corps de troupes choisies , et força les Espagnols à évacuer la citadelle.

Ce service important, joint aux circonstances qui lui avaient donné lieUv favorisa les vues de Guillaume pour la réunion de toutes les provinces. Opprimés par la violence militaire , et reconnaissants du soin que ce prince prenait de les défendre Jes États adoptèrent son plan. On tint un congrès à Gand : toutes lés provinces , à l'exception de celle de Luxembourg, entrèrent dans la confédération.

Par ce traité, si connu sous le nom de pacification de Gand, il fut ccmvenu que les provinces réu* nîraient leurs forces, afin d'expulser les troupes espagnoles; qu'aussitôt que la tranquillité serait réta* blie les états*généraux s'assembleraient pour réformer les abus et rendre à la constitution sa pUreté primitive; que le prince d'Orange serait confirmé dans sa charge de grand-amiral et de gouverneur des provinces maritimes; que tous les exilés seraient réinstallés dans leurs possessions et dans leurs dignités: que dans les prpvinces catholiques l'ancien culte serait seul exercé; mais qu'en Hollaiide et en Zeelande les affaires civiles et religieuses resteraient comme elles étaient alors, jusqu'à ce qu'éjles eussent été définitivement réglées dans une ass^pblée gén^ raie Aea États. !

La résistance continuelle des Flamapds, et les nombreux désordres . qui agitaient ces provinees^^

l44 HISTOIRF-

déterminèrent Pbilippe à confier les rênes au gouvernement à^ la main rigoureiise de don Juan d'Autriche. Ce prince , dès son arrivée à Luxembourg , ratifia la pacification de 6and ; il s'engagea à faire partir toutes les troupes étrangères , et à ne les faire revenir sur le territoire flamand que d'après le ocmsentement des ËtatSv Par suite de ces concessions, don Juan fut reçu comme lieutenant-général et gou^ vemeur : pendant quelque temps l'aspect des affeires sembla promettre' le retour de la tranquillité. On accorda pour le paiemeM desi troupes espagnoles' et italiennes une somme de six cent- mille floi^itis. Cet argent leur fut aussitôt distr&ué;> et ces cohortes y braves ^i mais féroces, se mirent en marché pour sortir des Pays-Bas: Ce n'était pas sans regrfet cpe don Juân avait suivi les ordres positi& de la cour de Madrid. J^a vietoire de Lépante âlvait exeité son ambition, et redoublé son ardeur pour les entre" prises militaires ; il vit' avec- peine le départ de c^r vieilles troupes, qui auraient pu l'aider à augmenter sa gloire. Les Allemands n'avaièttt pas encore évacué les Pays -^ Bas j et pendannt qu'il affectait de presser leur départ^, îl exliortaît en secret les chefs h eô*w server leurs postes. Sous le prétexte de fkire veniiS de l'argent del'Espagiïe, afin de solder plus promptement les Woupes,il envoya son secrétaire Escovedo solliciter le retour des Espagnols et des Italiens. Pour mieux: assurer l'exétution du plan qu'il àVait conçu , il s'empdra par surprise de te cit^elle dé^

d'espagne. 1^5

Namar , alléguant que cette mesure était nécessaire pour le garantir d'une conspiration qui menaçait sa vie. Les Etats , désirant prévenir les malheurs de la guerre , envoyèrent une députation à don Juan pour le prier de nommer les coupables, afin qu'ils fussent punis suivant la rigueur des lois. Une poursuite légale n'eût servi qu'à démontrer la fausseté de sa conduite , puisque les seules preuves qu'il pouvait donner de cette prétendue conspiration consistaient en quelques lettres anonymes ; aussi refusa-t-il que l'on fit aucune enquête. Il déclara seui lement qu'il ne retournerait à Bruxelles que dans

le cas où les Etats lui donneraient le commandement absolu de toutes leurs forces, et rompraient avec le prince d'Orange,.

Cette déclaration fut le signal d'une rupture entre le régent et les États de Flandre. Les jalousies qui existaient entre les catholiques et les protestants gênaient les délibérations dès conseils. liCs premiers, menés par le duc d'Arescat , invitèrent «l'archiduc Matfaias , frère de l'empereur , à prendre le gouvernement des Pays-Bas , afin de renverser le pouvoir du prince d'Orange. Guillaume surprit également les deux partis, en donnant son assentiment à ce choix : il prévoyait les grands avantages qui résulteraient de cette alliance , et son avis fit recevoir l'archiduc pour régent des Pays-Bas. L'élévation de Mathias ne changea rien cependant aux résolutions de l'empereur, qui persista à garder la neutralité

Page 1