‹ Histoire d'Espagne depuis la plus ancienne époque jusqu'a la fin de l'année 1809Chapitre 17 sur 57 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Grandeur et pouvoir de l'empire espagnol. — Les Flamands secouent le joug de Philippe et élisent le duc d'Anjou pour leur souverain. — Tentatives d'assassinat contre te prince

. d'Orange. — Opérations de guerre. — Succès rapides du duc de Parme. — Mort du duc d'Anjo.u. — Assassinat du prince d'Orange. — Son caractère. — Siège et prise d'Anvers par le duc de Parme. — La reine d'Angleterre envoie le comte de Leicester avec une armée au secours des États de Flandre. — Leicester est rappelé. — Le titre de gouverneur et de lieutenant-général est donné au prince Maurice de Nassau; — Philippe II équipe son invincible Armada pour la conquête de l'Angleterre.^ — Issue désastreuse de cette expédition. — Vues de Philippe sur la couronne de France. — Opérations du duc de Parme en France et dans les Pays-Bas. — ^ Sa mort et son caractère. — Révolte en Aragon. — L'archiduc Albert est nommé gouverneur des Pays-Bas. — Ses* opérations en France et dans son gouvernemeDt.--'CadTr prise et pillée; par les Anglais. — État délabré des finances de r£$pagne. — Philippe donne à l'archiduc Albert la souveraineté des ^ Pays-Bas. — Il conclut la paix avec la France. — Mort de Philippe IL — Son caractère. — Funestes effets de son règne sur la prospérité de l'Espagne.

La monarchie espagnole était au plus haut période de splendeur : Philippe, par l'étendue de ses domaines, était le plus puissant monarque qui eût

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jamais existé. Aux vstôtes possessions que lui avait laissées Charles V,il venait d'ajouter le Portugal. Ce royaume était devenu d'une grande importance par ses aoquisitions en Amérique. et son empire maritime et commercial qui s'étendait sur les côtes d'Afrique et d'Asie, depuis Gibraltar jusques à la Chine. On pouvait même encore , à cette époque , recouvrer les Pays*fias ; Ces provinces confédérées , il est vi'ai , pour se défendre contre l'oppression , n'avaient pas encore désavoué l'obéissance qu'elles devaient à Phi* lippe. L'union d'Utrech n'avait pas produit tous les avantages qu'on en avait espéré. L'armée des Etats était mal payée , et souvent les soldats vivaient de pillage. L'archiduc Mathias , jeune homme sans expérience, avait le titre de gouverneur , et était incapable d'en remplir les fonctions. Dans de telles cirr constances les Flamands se seraient volontiers soumis à Philippe s'ils eusisent pu obtenir de ce monarque la liberté de religion et leurs privilèges politiques ; mais. les dernières négociations avaient éteint tout espoir. Les choses en étaient venues au point qu'une crise devenait, nécessaire... Le plrince d'Orange conseillait aux États. de couper hardiment le nœud; et, puisqu'il n'était plus possible d^obtenir de Philippe qu'il fît droit à leurs réclamations, de transporter leur serment de fidélité à un prince qui voulût et qui sût les défendre.

L'assemblée des États délibéra sur cette proposition : les députés qui parlèrent en faveur du roi

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insistaient fortement sur le droit de sticèession et la sainteté du sertnent de fidélité : 6n lenr opposa que Pbilippe avait violé les droits du peuple , la constî-^ tutîoli des Pays«-Bas et lés engagenients mutuds entre le souverain et ses sujets* Il Ait détenniné, à une grande majorité, de ne plus recoiinàitre Tàutorité de Philippe , et de conférer la souveraineté des Pays-Bas à un prÎQce étranger. L'avis du' prince d'Orange^ et l'encouragement qu'y donna la reine d'Angleterre , réunirent les suffrages en faveur du duc d'Anjou. La souveraineté de ces riches provinces tenta beaucoijp un jeune prince Vain , téméraire et ambitieux. Le dilc d'Anjou signa avec joie un tr&îté dont 1^ prin* cipales stipulatiohs étaient qu'il gouvernerait suivant l'ancienne constitution des Pays-Bas, ^l'il ne ferait aucune tnnovatioti en matière de religion, et quil accorderait une égale protection aux catholiques et aux protestants ; que s'il mourait sans enfants , les États éliraient un successeui^, et que les Pays-Bas ne seraient, dans aucun cas, annexés à la couronne deFrance*

L'orgueilleux Philippe fut irrité plus que jamais de voir son autorité mépriséeouvertement II attribua, avec mison , cette mesure au prince d'Orange ; et son esprit vindicatif adopta. un moyen dé vengeance aussi indigne de sa dignité que convenable à son caractère. Il publia un édit de proscription cônfre ce primée, dans lequel il offrait une récompense de vingtHcinq mille écus , outre le pardon des crimes

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les ^iù& àtMcê^, è la pèt^ôïme quî Téis^asëitlerait. Eft réponse à iîèttè pWâcrîptioh ^ le ptincé d'Orangé publia; utte Apologie dé èa Côhdtiitè, qui détaôiitrait, atôè éloquence , la tyifanhie et rîtijtistice de son pëi^iliteur; A. I).

t^étectJbto du duc d'Anjou fiit suivie du départ ^^Sk d^ Màthias, auquel tes États assurèrent utiè pension ahhudlé dé tinquatttè tiiille flofihs. Pendant ce tfetopâ lé priilfcé dé Parttte , biéto qu'il fiij: privé dé Mité dé isott atttiée par le rappel des Vieilles troupes eàpàgpaoles let italiennes, était feutré en campagne avec les troupes wallonnes, et faisait le siège de Garnirai ! la délivranôé dé cette place ftit le premier àôin du Uôùvéau soùvèi^in. Lé duc d'AfijoU, à la téfèé de dbuise Ihille hbhifnes d'iulfetiterie et dé quàtref ïaillé fcyvâlîei*i , léà ^uS bràvèâ guerriers de la FftUïce, S^Vàhçà pôiur pi-'otéger Cambrai. Le prltice de Fàrtttè ^é rétii-â à èôii approche, et le duc entra en triotâphë daUs la ville iià± acclamations dés habitants.

L*âmbîtioU du due 4'AnjoU Ue se bôruali pas k là ôeUlè soUVeraiAeté ^es Pays"Bà^. Il s'était Hatté dte feâfpoir tft»bténir eta inariag'e là réiUé Élizàbeth, et, âuésîtot àptës IktiaîVrtLhcè dé Cambrai, il s'eUr-^ bût^é^ pmt àlter èh Atiglètertié feôHlciteT son al- Hàttéé et sia ttiain. H côtostitiïà, datfs cette étpédîtioti romanesque , le temps qu'il aurait pu employer à repouSscft* le prkioe de Parme. Les désavantagés qui devaient réswllfe!* d*un tel ^lai , étaieiit trop grandi pour être jamais compensés par des secours étrangers.

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Elisabeth^ cependant, le reçut avec les plus grandes marques d'estbne et même d'affection; et quoique sa prudence lui fît refuser Tunion dont le prince s'était flatté, elle lui donna de l'argent et des vaisseaux pour seconder ses entreprises (i). Au commencement de février il revint à Flessingue , et conduisit sa flotte à Anvers. Les bords de l'Escaut, et les avenues qui conduisaient au palais, étaient -bordés de plus de vingt-mille citoyens sous les armes. Le duc ayant juré de protéger la constitution, reçut, en retour, le serment de fidélité, au milieu des:acclamations du peuple.

La joie publique fut bientôt remplacée par les plus vives inquiétudes : on tenta d'assassiner le prince d'Orange. Gaspar Anastro , banquier d'Ajjvers, avait reçu d'Espagne un bon de quatre- vingt mille ducats qui devait lui être payé aussitôt après l'assassinat de ce prince. Anastro confia l'exécution de ce crime à son domestique , Jean Jauregùi , jeune Biscayçn , dont le caractère enthousiaste et intrépide i)e connaissait aqcun danger. Jauregùi, s'étant ménagé une entrée dans le châtçau., épia le moment où, le .prince était. saul, et lui tira. un coup de pistolet. La balle entra derrière l'oreille droite^ traversa le palais et la mâchoire supérieure , et sortit

(i) Pour les négociations relatives au mariage de la reine Elisabeth avec le duc d'Anjoti, voy. B.apin'$ Ilist. Ëng^, vol. a, bock 17.

d'espagne. iSy

de l'autre côté. Ce funeste événement se répandit aussitôt dans tout Anvers , et fut attribué aux Français. Le peuple se rassembla en tumulte autour du palais du duc d'Anjou : un billet que le prince d'Orange envoya aux notables démontra l'injustice de leurs soupçons. Guillaume , en recevant sa blessure, était tombé sans connaissance ; ses gardes, par un zèle imprudent , tuèrent l'assassin ; mais un papier trouvé dans sa poche découvrit ses complices. Anastro avait fui ; son secrétaire et un prêtre fiirent arrêtés et condamnés à mort après avoir avoué leur crime. Le prince d'Orange fut, peu de temps après, déclaré hors de danger, et cette nouvelle fit renaître là joie parmi les Flamands.

On reprit les opérations de la guerre : les vieilles troupes espagnoles et italiennes revinrent en Flan- dre ; leur arrivée permit au prince de Parme d'ouvrir la campagne ax,ec Fespoir de réussir. Avant la fin de l'automne il avait réduit Cambrai , Ninove , Gaesbcc, et menaçait Bruxelles. Le duc d'Anjou avait obtenu de son frère Henri III un corps de huit mille hommes sous le commandement du maréchal de Bîron, et il pouvait, avec ce renfort, arrêter les progrès du prince de Parme.

Mais au lieu de chercher à consolider son trône en observant la constitution des Pays-Bas ,' le duc d'Anjou, mécontent de ne jouir que d'un pouvoir limité , forma le dessein de s'emparer des plus fortes

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villes (>). Sa première tentative ftit sur Anvers; ell^ échoua ; les Français lurep): xo^s e^ déroiuit^ 9 <3t mi grand nombre d'antre emu fut ^lassac;ré par |ea citoyens, plus de quinze pf«t3 peinnent viç^tii^es. de 1^ prqjet perfide ^ §t le dw fut obligé de s? r^ugier 5ur les frontières dç h F«'ance^ Les Et^ts. $e ra^sawr blèrent ppur délibérer sur ce qu'il convea9tH die feire aprèfi cette tr^ison de leur ^^Q^veau souver^j^. l^p prince d'Orange leur r^prés^nte qu'ils pe poùy^ît^t résister à W puissance formidable de Philippe gMçc Jjçs seules torçe^ diçs P^ys^Bas, et qu'ils ^'ayisûefi^t d'autre espoir de salât que dans U d<UG d'Ânjo^. Ces cpnsidéraûoos du prince d'Orange firent ufle profonde impression sur l'esprit dejs dépi^t^i ; kis progrès rapide du prince de P^r^si^ leur donnèrent eniçqre pl^s de poid^. Cet habije géoéral i^yait su tirer le plus grand p^rti de ^^ moç^ent de troublé. Il ^vait réduit Nieuport , Pixipude et ^ftin par la force des ^mes , et s'était empapé d^ 2utphen et 4a Bruges par surprise : à chaque iponfient les tert^ toires des Flay^^nds se re^serrs^ient , et il leur restât moin^ d'espoir de secower 1^ jj^ig de Philif»^. Forcés par 1^ nécessité , le^ États çons^ntpr^çiatt h reconnaître eiiux^re une fpis le duc d'Anjo|i ppi^ leur spuveraiur ]V!Uis ta^i^ qu'ils ^tt€|nd^ie<it avec

(i) Le piirésideiif: Hénault dit que le duc d'Anjou sepoita à qçtte ^xtréepiité cfmlrej^ c^o^^n traînées dn duc cle<Montpensier et du maréchal Biron. Abr. chron. an. i583.

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anxiété qu'il revînt à la tête d'ime armée nombreuse , la mort frappa ce prince que sa trahison et son incapacité avaient rendu un objet de pitié pour ses amis et de dérision pour ses ennemis. Il avait alors tcente-un ans.

Malgré ses dé&uts , ie duc d'Anjou , soutenu par son frère, le roi de France, était le plus puissant des princes que l'on pouvait opposer à Philippe : sa niort, dans une circonstance aussi difficile, fut regardée , par les Etats , comme un événement trèsmalheureux. Les embarras que cette mort suscita furent encore agravés par un désastre bien plus important et plus &tal aux Flamands. L'horrible projet qui avait manqué sous la main âe Jauregui, fut exécuté par iun autre assassin. Ce scélérat, nommé Balthazar Gérard , était iiatif de la Bourgogne. Son zèle affecté pour la religion protestante lui avait gagné la confiance du prince d'Orange , qui lui avait accordé plusieurs marques -de faveur. Ce scélérat ingrat «t avare entreprit de tuer son protecteur, afin de mériter la récompense promise par Philippe. 11 chargea un pistolet avec trois balles et le tira au milieu du corps du prince d'Orange , qui s'écria , « Dieu , ^ayez pitié de moi et des Flamands d , et expira aussitôt en présence de son épouse inconsolable, Louise , fille du célèbre amiral Coligny , et qu'un destin se" vère avait condamnée à être spectatrice du meurtre de son second mari , après avoir vu la fin tragique

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de son père et de son premier mari j M. de Téligny ^ la veille de la Saint-Barthélémy. La justice divine ne permit pas à l'infâme Gérard de recueillir le fruit de son crime : il fut arrêté et reçut la punition de son forfait. Ainsi périt le fameux Guillaume .de Nassau, prince d'Orange, fondateur de la république des Provinces-Unies , qui fut si riche et si puissante , et devint ensuite , sous une forme monarcliique, un apanage de la famille de Bonaparte. Guillaume fut l'un des plus grands hommes de son siècle : son nom a passé avec éclat à la postérité , et l'histoire a conservé avec soin tout ce qui fut particulier à ce prince. Son aspect n'avait rien d'imposant : sa stature était au-dessous de la moyenne , sa tête était chauve , son visage maigre et pâle : ses manières étaient simples , et il était pensif et taciturne. Aucun homme ne montra peut-être jamais plus de prudence , décourage et de persévérance (i). Général habile et politique consommé, il déploya de grands talents dans l'art de la guerre et dans celui des négociations ; il se distingua par l'étendue de ses vues et la sagesse de ses conseils , et sut mériter le nom d'ami et de père de son pays.

Le coup fatal iqui fit descendre le prince d'Orange dans la tombe ^ accabla les Etats de Flandre; Son second fils, le prince Maurice^ alors âgé de dix -huit

(i) Strada, de Bello Belgico , lib. i.

ans, lui succéda (i), mais âa jeunfessè tft ôon inexpérience le rendaient incapable d^entrer en lice avec le prince de Parme, qui, étendant toujours ses ôoftquêtes, avait iréduit Villèvordeh et Dendermonde, et obtenu par ses négociation^ là soumission de Gand et de Bruxelles. En remplissant scrupuleusement les conditions des traités qu'il avait faits avec ces deux dernièf es villes , il acquit une iiaute réputation d'intégrité et de modération ; et , par des promesses flatteuses, il s'efforça de réconcilier l'esprit des Flamands avec son gouvernement -di la souveraineté de Pbilippe.

Après ces succès, le prince dX>range résolut àe faire le siège d'Anvers, entreprise difficile à cause de la position avantageuse de cette ville ^ de la force de ses fortifications , du noinbre et de la brafv^ure de ses habitants. Les travaux de -ce sîége mcmtiient l'habileté du général, et lui ont acquis une ^eélébrirté durable. Au lieu de diriger ses èflfoi»ts sur les remparts et les bastions, il fit ckicuper toutes les scm^ nues qui conduisaient à la ville; -et attexidit les effets lents, mais certains , de la famifte. -Six mois sufifirent pour construire un pont sur l'Escaut, au^essous de la ville , afin d'empêcher Pehtrée des convois par la rivière. La vigilance du prince de farme s^étendit à tout, et sa prévoyance ne la-issa sHicune chance

({) Son fils aine, le comte Guillaume , était toujours re« tenu [Prisonnier en, Espagne.

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