‹ Histoire d'Espagne depuis la plus ancienne époque jusqu'a la fin de l'année 1809Chapitre 23 sur 57 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

3IO HlSTOlill!:

préçieu&e de sa population, ses artisans, ses manufecUiriers et ses agriculteurs (i).

Tandis que la oour de Madrid abusait aussi crudlement des kûsirs de la paix, FEspagne était menacée d'une nouvelle guerre. Henri IV, roi de France^ méditait depuis quelque temps de porter un coup décisif à la maifion d'Aubriche.'Il avait; à ce dessein, ménagé les 6 rinças ^ établi des magasins, «t organisé .nue armée nombreuse et bien disciplinée. Il a-vait aussi formé, des alliances avec F Angleterre et le duc de Savoie. La mort du duc de Clèves et les di^utes qui euremt i\ie^ pour sa succession donnèrent le signsd ^s hoaûliiltéa. Henri s'engagea à soutenir les prélention^.des ^o^ui^sde ce pirince contre l'erapereur,et l'on s<*ppose qu'une armée française de quatre^-vingt mille hommes était destinée à agir oMitiie; l'Espagne du odté. de* Pyrénées (a).

Màh t^d4s.que Henri croulait dans son esprit ces vapStes projeDs , ce liépois tomba indignement fi9ppé par le poign^d de fVai^çois ftavaillac. Sa Yeuve, Marie dfi Médi^is.^, s'empara des rênes du gouvernement« Cette ;l^ine , au lieu de s!armer contre 'Philippe, rechercha son aUiance; et l'Espagne, par un coup jipattendu, échappa à une guerre qi^ les "ta^ Xents et Jes ressources de Henri lY eussent rendue

(i) Brougham , Col. pol. i$u p. S^S et S96.

(2) Hén. Abr. ckron. and. an. 1610.

trÀs-<langerêiise. Miirie de Médicis , pour s'unir plm adroitement avec l'Ëspa^gne^ projeta un double ma* riage. Le jeune roi de France , Louis Xill , fut Bancé avec rinfante; et sa sœur, la princesse Elisabeth', ftit accordée au prince des Asturies. Pendant l'espace de trois ans, TEspagne fiit tranquille : les di^ ^'^' visions du marquis de Brandebourg et du comte palatin de Ne^sdnirg, qui gouvernaient les duchés deCllèves et de Juliens, menack-eiyt de troubler le repos de ce «oyaunne. Le miarquis de Brandebourg implorait i^as^istance des États, et le comte palatîn odle dé Fempeiretir; Le prince Maurice détermina ses covÉpâttriotesà lever une ai^iée ; et pendant qtt'ii agii^ait comme allié du marquis, il s'em* pkra,'auinom des États, de plusieurs forteresses, ^ eenïbla aspirer à la conquête de Clèves et de Juliers. Le marquis de Spinola , qui ^étaît un de ceux ^m avaient 'cohtribtié le plus à la paix , représentait ak>t« à Fat'chîânc AUiert la nécestsité de combattre^ afin â^enq)èaherra:^randissemenl: des États par une adquisitÎMHti' aussi 'importante que celte des deux dudiési 'L'anchiAtte se rendit à «es arguments; ^t Spi* nola^ à la rtète ide trente mille hommes, passer le ithin ', et réduisitOrsp^y et Clèves , ayant que le marquis de Brandebourg et le prince Maurice eusserrt ptl Fatteinidr^. Après ee sucoès, Spinola se trouva encçiié Qiîe :fi>is en présence de son illustre rival; mais ^pendant qu'ils se préparaient à combattre, les (Hiurs de Paris et de Londres s'-eflforçaient de récon-

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cîlier les deux compétiteurs. Leur médiation n'c^ut cependant aucun résultat heureux. Spinola et Maurice, parune convention tacite , gardèrent leurs nouvelles acquisitions, et agrandirent la maison d'Autriche et les Provinces-Unies aux dépens de ceux qui avaient iitiploré leur protection.

^ ^* Cet orage passager ne fut pas plus tôt éclairci que ' la cour de Madrid tenta de s'emparer des domaines du duc de Savoie; et Iniosa, gouverneur de Milan, reçut Tordre de faire une irruption dans le Piémont. Les forces du duc étaient incapablies de résister aux vieilles troupes espagnoles , et ce prince touchait au moment de sa ruine, lorsque la médiation de l'am** bassadeur français lui facilita les moyens de con»* dure une paix avec le gouverneur de Milan, sous la garantie de la France et de la république de Venise. La cour de Madrid refusa de ratifier le traité: les ministres accusèrent Iniosa d'avoir Repassé ses pouvoirs; le marquis de Villa Franca fut envoyé pour lui succéder dans le gouvernement de Milan , et reçut des ordres pour continuer la guerre. Le maréchal de Lesdiguières, d'une famille obscure .et sans fortune, s'était élevé , dans le tumulte des guer* res civiles , aux plus hautes dignités de l'état : il se déclara le protecteur du duc de Savoie, et, au mépris des ordres de Marie de Médicis, il passa les Alpes à la tête de huit mille hommes qu'il était parvenu à lever, et qui devaient être payés par la ré» publique de Venise. Il rejoignit le duc de Savoie.

D'fiSPàGNE. aiS

Leurs armes faisaient des progrès rapides, lorsque les commotions intestines de la France rappelèrent Lesdiguières. Son départ fut favorable à l'Espagne , qui reprit alors le dessus. Le marquis de Villa Franca prit Verceil , Solari , Felician , et menaça l'importante ville d'Asti. Une nouvelle révolution qui eut lieu en France renversa les espérances de la cour de Madrid. Marie de Médicis fut dépouillée du pouvoir : ses favoris, partisans de la maison d'Autriche, périrent victimes du ressentiment du peuple. Le jeune roi prit les rênes du gouvernement, et Lesdiguières eut ordre de marcher au secours du duc de Savoie. Le maréchal, qui unissait l'ardeur de la jeunesse à la^prudence de l'âge mûr, conduisit les opérations avec la plus grande vigueur. On se battit sur tous les points du Piémont : les Espagnols furent défaits dans plusieurs engagements; et la cour de Madrid fut obligée de conclure la paix.

Le marquis de Villa Franca, gouverneur de Mi- ^an , avait employé tous les moyens d'intrigue que la fertilité de son génie avait pu lui suggérer pour prolonger les hostilités; mais le manqué d'argent avait paralysé ses opérations. L'ambition et la politique turbulente du duc d'Ossuna , vice-roi de Naples, et du marquis de Bedmar, ambassadeur d'Espagne près la république de Venise, tenaient dans une inquiétude continuelle les États italiens. Con* stamment occupés de projets vastes et pernicieux, ils voplaient surprendre la ville de Venise et la sou-

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mettre à l'autorité de l'Espagne. Le marquis de Bedmar s'était joint aux mécontents, et avait introduit secrètement une bande de vagabonds cpiî devaient mettre le feu à la ville , tandis qu'elle serait attaquée d'un côté par une armée venue de Milan, et de Ta^ tre par une escadre de vaisseaux de guerre envoyée de Naples. Au moment où cet horrible projet allait être exécuté , la vigilance du sénat sut le faire échouer. Plusieurs conspirateurs fturent arrêtés, et subirent la punition de leur crime. Le caractère public du marquis de Bedmar lui sauva la vie , mais il reçut l'ordre de quitter à l'instant les territoires de la république. Ce complot parait n'avoir été concerté qu'entre le gouverneur de Milan, le vice -roi de Naples et le marquis de Bedmar. Du moins la cour de Madrid désavoua qu'elle eût eu connaissance de cette affitire. Les intrigues du duc de Lerme ne s'étendaient pas plus loin que la cour d'Espagne et celle de Rome. Il venait d'obtenir de celle-ci la dignité de cardinal , et croyait que la pourpre dont il était revêtu donnait encore plus de stabilité à son crédit.

Cependant, contre ses espérances, les honneurs que lui conférait le souverain j^ontife furent promptement suivis de la chute de son pouvoir auprès du roi d'Espagne. Désirant perpétuer dans sa famille les grandes charges dont il était revêtu, il plaça auprès de Philippe, son fils le duc.d'Uzeda, qui se montra ambitieux et ingrat. L'amour du pouvoir

d'espagwe. giiS

est raremeiiJt contenu par les liens de la nature et du devoir. Le duc d'Uzeda supplanta son père dans la faveur de Pliillppe. Aussitôt que riofluence du premier ministre commença à baisser, la foule das parasites que ses profusions avaient enrichi» abandonna ses intérêts. Les murmure^ de la nàtic»» servirent de prétexte à ses ennemis; ils rivalisèrent d'ardeur à accélérer sa chute , et y réussii^nt. Le duc i^ut r^rdre du rai de quitter Madrid et de se re» tirer dans ses terres. Son fils fut nommé à sa place; mais l'Espagne ne gagna rien à ce changement. Les moyens dont le nouveau ministre s'était servi pour parvenir à ce haut emploi faisaient tort à son intégrité , et la manière dont il s'en acquitta ne fit pas beaucoup d'honneur à ses talents. Ainsi que soi^ prédécesseur, il ne travailla que pour son agrandis^ sentent, et négUgea les intérêts de la nation.

Le duc de Lerme avait perdu la faveur de son souverain, mais il n'en était point liai; et si le bon* heur était compatible avec une ambition trompée, le chic aurait pu , dans ses immenses possessions, goûter les charmes d'une vie tranquille. Sa principale créatui-e, Rodrigue de Calderona, avait ét^ plus maltrai* té. Fils d'un soldat de Valladolid et de Marie Sandalen, Flamande, il commença par être domestique du duc de Lerme, et gagna bientôt sur l'esprit de sou maître le même ascendant que celui-ci avait sur l'esprit du roi. Étant parvenu aux emplois les plus relevés de Ja maison du duc, il obtint, par $a faveur, des

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places dans l'état, qui lui donnèrent une gnmde influence. Il fut créé comte d'Oli va , et ensuite marquis d'Iglesias : il eut une propriété d'un revenu de cent mille écus; et, peu satisfait encore de son heureuse fortune, il aspirait au rang de grand d'Espagne. Au milieu de ses prospérités , il ne fut pas entièrement dépourvu de vertus : il donna un bel exemple de piété filiale; il fit venir son vieux père auprès de lui , le traita avec la plus vive tendresse, et lui donna des emplois lucratifs et honorifiques. Il est vrai que s'il était attentif à s'acquitter de ses devoirs envers l'auteur de sa naissance, il exigeait beaucoup de tous ceux qui lui étaient subordonnés. Son antichambre était remplie de nobles Espagnols qui avaient-la plus, grande peine à obtenir u;ie audience , et se vengeaient de son arrogance en faisant des vœux pour sa chute. Sa basse extraction inspirait du dégoût aux Espagnols; et ses projets d'agrandissement paraissaient une insulte faite à la noblesse. Ses torts furent assez punis par les maux qu'on lui fit endurer; et autant son élévation avait été rapide, autant sa chute fut sévère. Lors de la disgrâce de son protecteur, le duc de Lerme, il fut arrêté, dépouillé de ses biens, et jeté en prison. Les crimes dont il fut accusé furent évidemment d'atroces inventions. Pendant deux années entières, il fut renfermé étroitement. Même dans les soufirances des tortures, il montra un esprit ferme, patient, et par&itement résigné aux volontés du ciel. A la mort de Philippe III, et à l'avènement

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de son successeur , il ne fut tiré de son cachot que pour aller à l'échafaud, où il périt victime des haines particulières. Dans les derniers moments de sa vie, il parut véritablement grand; et ceux même qui avaient désiré sa perte ne purent s'empêcher d'admirer le- courage avec lequel il subit son sort. De grandes convulsions commençaient à agiter l'Europe. L'empereur Mathias venait de mourir sans enfants; sa mort faisait passer à Ferdinand II les domaines héréditaires de la maison d'Autriche (i). Mathias avait fait couronner Ferdinand roi de Bohème et de Hongrie. Les Bohémiens n'avaient pas voulu reconnaître son autorité , et ils avaient choisi pour leur souverain Frédéric, électeur palatin. Ce prince, gendre de Jacques I®^, roi d'Angleterre, et neveu du prince Maurice, accepta la couronne de Bohème. Un traité offensif et défensif unissait alors les deux branches de la maison d^Autriche et le roi d'Angleterre, influencé par les intrigues artificieuses du marquis de Gondemar, ambassadeur espagnol; ce monarque, craignant d'encourir le ressentiment de la cour de Madrid, abandonna l'électeur palatin (2).

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(i) Philippe III voulut faire valoir ses droits aux royaumes de Bohême et de Hongrie, et ses prétentions étaient plausibles; mais elles furent éludées. Hen. ad. an. 161 7.

(îi) Jacques I considérait cette affaire comme une violation du droit divin des rois. Bamet, Hist. p. i3.

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ment, et sollicita les cours de Savoie et de France de s'unir avec lui pour enlever Naples à la monarchie d'Espagne, et chasser les Espagnols de l'Italie. Au milieu de ses ambitieux projets, il paraît que le duc d'Ossuna manqua de prudenee ou d'énergie. La cour de Madrid avait deviné ses intentions; et le danger réveilla les ministres de leur profonde léthargie. Le cardinal Gaspard de Borgia fut envoyé aussitôt pour prendre le gouvernement du royaume de Naples. Cette affaire avait été conduite si secrètement , que le canon qui salua le nouveau vice-roi à son arrivée apprit à Ossuna qu'il avait un successeur. Ce duc essaya vainement de Ëiire prendre les armes à ses partisans; ils désertèrent sa cause, et il ne lui resta d'autre alternative que de se soumettre. On l'envoya en Espagne ; la douceur de son souverain empêcha qu'il ne fut puni. Sous le règne suivant on ne fut pas aussi indulgent : peu après l'avènement de Philippe IV, le duc d'Ossuna fut arrêté et jeté dans une prison où il mourut.

A. D. Philippe m avait été assez heureux pour voir i6ai. l'humiliation de ses ennemis étrangers «t domestiques. Mais son règne approchait de sa fin. Depuis quelque temps il était attaqué d'une fièvre lente, à laquelle les médecins ne purent trouver aucun remède^ Il vit les symptômes de sa prochaine dissolution , et expira dans de hauts sentiments de piété et de résignation. Il avait alors quarante-trois ans, et rouait depuis vingt - deux ans. Le caractère de ce prince

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forme un contraste frappant avec celui de son père Philippe n. Les maux causés par l'excès de sa déVotion peuvent être attribués à sa déférence pour fe clergé. C'est aux représentations de cet ordre et aux conseils de ses ministres, bien plus qu'à sa propre disposition , que Ton doit attribuer sa conduite impolitique envers les Maures , et les souffrances de Calderona , les deux seuls actes de cruauté qui souillèrent son règne. Doux, indolent et dépourvu d'ambition , Philippe in, avec de bons ministres, eût été un bon roi. Mais on doit convenir que sa facilité fut encore plus &tale à la grandeur de l'Espagne que ne l'avait été l'obstination de Philippe II.

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