‹ Histoire d'Espagne depuis la plus ancienne époque jusqu'a la fin de l'année 1809Chapitre 24 sur 57 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Avénemeiit de Philippe IV. —*• Grands desseins de son roinistre le comte duc d'Oljvarez^ — Expiration die la trêve

. entre l'Espagne et les Proi^vv^t^s-UAies. i-r- ^pinola .pei?^ dix njille hommes devant Bergen-op-Zoqm» — ]L'Esp|i|jjne entre dans une guerre contre la France, l'Angleterre, U Savoie , et Venise. — Les Hollandais s'emparent d'une grande partie du Brêsii , fondent la ville de Batavia , et ruinent les colonies et le commercé de TEispagne.-^

^ Soigne «ntre des deux faccanches àe\ fkb maison «PAutriche. — Sïipcè&,4Q^ pf>Uap(}aiâ âM<r q}^. ^~ jL'ani^ée^ esp^gqple de Flandre envahit la France. — Mesures vigoureuses du cardinal de Richelieu. — Aperçu sur la guerre. — Mécontentements en Espagne. — Révolte de la Catalogne. — Révolte du Portugal. — Conduite politique de Pinto de Bibeiro. — Élévation du duc de Bragance au trône de Portugal.

Philippe IV u*avait que seize ans lorsque la mort de son père fit passer en ses mains le sceptre d'Espagne. Sa jeunesse inexpérimentée fut dirigée par un ministre habile, il est vrai, mais dont les plans, plus audacieux que sages, contribuèrent à faire de l'Europe un vaste théâtre de guerres et de révolutions. '

Les règnes cônteçiporams de Philippe IV et de Louis XIII virent briller deux hommes d'état dont

les noiUs tieiiiienf uii rsrng distingué dans rhistoire^ et dont les efforts rivaux soutinrent les destinées de leurs maîtres. Le conite duc d*01ivarez , nouveau ministre d'Espagne^ avait conçu les projets les plus vastes sans s'occuper des moyens de les mettre à exécution. Il voulait que son pupille prrt le surnom de Grand ; et , pour justifier ce titre , il méditait de soumettre les Provinces-Unies à l'autorité de l'Espagne^ et aspirait ouvertement à établir la domination de la maison d'Autriche sur toute l'Europe. L'habileté du cardinal de Richdieu déjoua ses projets. Ce eélèbre ministre de Louis XIII joignait à l'audace du duc d'Olivarez des talents supérieurs pour l'exécution. Il voulut réduire les protestants de France, humilier la maison d* Autriche, et il y réussit également. L'administration vigoureuse de Richelieu prépara, sous un faible monarque, la grandeur de la Fraiace ; l'ambition peu judicieuse d'Olivarez hâta la décadence de l'Espagne.

Le commencement de &a carrière politique fut troublé par des revers. Scfos le règne précédent, le gouverneur de Milan et les ministres de la cour de Madrid, couvrant leur ambitiofn du voile de la religion, s'étaient emparés delà Yalteline. Ils voulaient, disaient-ils, y £»ire dominer la religion catholique. Le pape, ayant moins de danger à redouter desGri* sons protestants que des Espagnols catholiques , s'unit avec Venise, la Savoie et 4a France, dans le dessein d'arracher cettre province à l'Espagne. Effrayé

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d'une coalition aussi .formidable., Olivarez se désista de ses prétentions, et consentit à retirer les troupes espagnoles de la Yalteline.

Malgré l'importance de cette province, qui ouvrait une communication entre le Milanez et l'AUemagne, il eût été en effet trop imprudent de provoquer une guerre en Italie au moment où la cour de Madrid voulait soumettre les Pays-Bas. La trêve rConclue en 1609 était expirée; et le marquis de ■Spinola avait re^u l'ordre d'attaquer Bergen -op- ,Zoom. La force de cette place rendit ses efforts inu* tiles; il perdit plus de dix mille hommes, et fut obligé de lever le siège.

Tandis que l'on continuait eti Flandre avec» des succès variés les opérations de la guerre, les relations amicales qui existaient entre l'Espagne et l'Angleterre furent interrompues. Ces deux cours projetaient depuis long-temps le mariage du prince de Galles, depuis Charles I*', avec l'infante sœur de Philippe. Le voyage que Charles fît à Madrid détruisit les espérances des monarques anglais et espagnol (i).

Le prince de Galles ayant épousé, peu de temps après*, Henriette de France, le cardinal de Richelieq, dont les vigoureux conseils dirigeaient toutes les mesures de Louis XIII, fit servir cette alliance à l'accomplissement de ses desseins. Les Espagnols n a-

(i) Rapin's Hist. Eng. book x8 , p. àiS , etc.

iJ'iiSPAGïfE. aaÔ

Vaieht pas rempli leur engagement d évacuer la Valteline; la France, la Savoie et. Venise se liguèrent pour les contraindre . à exécuter ce traité. L'Angleterre entra dans cette coalition : le duc de Buckingham parvint à y faire consentir Jacques I";

mais ce monarque mourut avant que la guerre ^g^^ ne commençât. Jacques V^ fut un des plus faibles princes .qui portèrent le sceptre de l'Angleterre ; toutefois son règne pacifique, en favorisant le commerce, avait accru la richesse de son peuple, et avait ainsi préparé pour la grandeur nationale des bases plus solides qu'il n'en résulte ordinairement des guerres les plus heureuses.

La cour de Madrid, après avoir essayé vainement de s'emparer de la Valteline, fut obHgée d'accéder à un traité qui confirmait aux Grisons la souveraineté de cette province.Les armes espagnoles soutinrent cependant leur réputation, et repoussèrent les Anglais dans une attaque que ceux-ci firent contre Cadix. Toutefois la guerre contre l'Angleterre n'amena presque aucun événement important. Les Hollandais seuls portèrent à l'Espagne de terribles coups. L'année précédente ils avaient envoyé plusieurs escadres au Brésil et au Pérou, et s'étaient emparés d'une partie considérable du Brésil.. Dans toutes les parties du globe ils ruinaient le commerce espagnol. La ville de Batavia, qu'ils avaient fondée sur les bords marécageux de nie de Java, croissait rapidement en richesses et en

• Tome II, ' x5

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puissapca*, et remportait sur les anciennes colpjj^es portugaises , qui , depuis leMr réduction sous la àotoination espagnole, avaient beaucoup perdu de leuii* impoi^tance commerciale, tandis que la compagnie hollandaise dominait sur les côtes de l'Asie.

Les blessuries faites au commerce et à la marine 4e l'Espagne ne pouvaient être guéries par les succès que ses armés remportaient en Europe. Xics deux branches de la maison d'Autriche étaient liées plus «étroitement que jamais. Les princes protestants d'Allemagne tremblaient au seul nom de Ferdinand : sa domination s'étendait sur lltalie. Philippe fit valoir les droits de l'empereur conune seigneur souverain du duché de Mantoue» et soutint , ^par ses armes, le duc de Guastalla , qui en avait reçu l'investiture. Les bannières ;de l'Espagne flottèrent sur les tours de Mantouci. Spinola, après un siège de dix mois, se mndit maître de Breda; et| suivant quelques historiens, le chagrin que la re^ddition de cette ville donna ^ ^ an xxr'n^e Maurice fut la ^eause de ^a ,mort

Philippe et Eordinand croyaient Içurs arpies invincibles lorsqueja fortune changea. LesUoUaçdaÂs /eoliitlnuaient toujours à être victorieux sur iner;/(laY)s les Indes Ooaidentales, lew aimirM, Pieirre AdH^, r^nciotitra les galions espagnols^ s'^Jjnp^jra d^s tl:éi^[|»^ qu'ils rapportaient, e^t jbrûla les wai^seau^. Pierj^e Hein y un -autre .de \&avs icommand««9ts^ .ciifUii^rit w^ iflotte ayantà bard pour Mfm Y^imvr^,^^ Baillions en espèces et en marchandises. Le parti dç3.protes-

lantâ de France avait été écrasé par le gaiie supérieur de Richelieu; et ce ministre^ satis&it dWoir 4étruit à jamais leur force, dirigea toutes se& opé^ rations contre la maison d'Autriche.

li eut l'habileté de £ûre partager au monanjue Tarâeur dont il ^tak animé. Louis XIÎI « allié et protecteur du duc de Nevers , qui réclamait le duché de Mantoue , se décida à marcher en personne au $eçours de Casai , qui était assiégé par Spinola. Ce général, dont les troupes étaient épuisées par les {atigues et la famine, redoublait d'activité pour emporter la place, malgré le peu de ressources qu'il ivait à sa disposition, lorsque Louis, après avoir traversé les Alpes et envahi une grande partie du duché de Savoie, parut h la tête d'une armée nombreuse. Spinola était convaincu de rimpossibilité de lutter contre d^ force^auaai supérieures; cependant il^vait r^çu de son souverain Tordre de persévérer 4an$ cette entreprise , dont les résultats ne pouvaioit otre que funestes. Pendant qu'il prévoyait avec dou- Jeur i^t indignajtion les conséquences d'un combat avQCt le roi de France , il échappa à la honlie d'ane ^ „ défaite par un traité conclu à Ratiâbonue^ dam le- i63o quel l'empereur reconnaissait la souveraineté du duc de Nevers sur le duché de. Mantoue et sur le mar^quisat de Mcmtferrat. -Les fatigues et les contrariéf»s que le marquis de Spinola éprouva pendant cette çamp^^gnp, et lech^tgrin que luj. causa la cour de Madrid, dont les ministres afva^ent méprisé ses.eon-

îiaS Hl!iTOIRE

seils et accusé la lenteur de ses opérations, lui donnèrent une maladie de langueur. Sa mort, qui arriva peu de temps après, priva l'Espagne du plus habile de ses généraux.

^•J^' Ferdinand avait jusqu'alors méprisé les libertés de l'Allemagne, et n'avait songé qu'à l'agrandissement de sa maison; mais un traité conclu entre Richelieu et le célèbre Gustave Adolphe, roi de Suède, arrêta'les projets ambitieux de Fempiereur, et ralluma le feu de la guerre* La France accorda au roi de Suède un subside considérable (i), et ce monarque, suivi d'une armée de trente mille hommes, pénétra dans le cœur de l'empire. Ce traité et les conséquences qu'il entraîna changèrent totalement l'aspect des affaires en Allemagne, et finirent par humilier les deux branches de. la maison d'Autriche.

La guerre entre les Impériaux et les Suédois fut commencée avec vigueur : les campagnes de i63i et i632 furent une suite de triomphes pour Gustave. La bataille de Lutzen, où périt glorieusement cet illustre prince , ranima les espérances de la maison d'Autriche. La cour de Madrid fit de grands efforts; vingt mille hommes de vieilles troupes espagnoles et italiennes furent envoyés pour renforcer les ar^ mées de l'empire, et leur valeur rétablit la balance des forces pendant toute l'année i633. Ils

(i) La France donna Un subside de i,25o,ooo livrés, somme extraordinaire pour cette époque.

an^êtèrent les progrès des Suédois, dont les conquêtes avaient été jusqu'alors si rapides, et la guerre se prolongea. Dans la campagne suivante, les Suédois furent défaits à Nordiingen, et laissèrent dix - huit mille hommes sur le champ de bataille. Philippe se flattait que lorsque Ferdi-< nand aurait asservi les princes protestants d'Aile-* magne, ses années victorieuses se répandraient dans les Pays-Bas, et réduiraient les Provinces-Unies sous le joug de l'Espagne. C'était dans cet espoir que la cour de Madrid avait dirigé toute son attention sur la soumission de l'empire, et que le duc d'OIivarez, poussé par ses désirs ambitieux, avaient allumé lai guerre dans toute l'Europe, et sacrifié le bonheur de l'espèce humaine à son propre agrandissement. Aussi ambitieux et plus habile , Richelieu avait caché jusqu'alors ses desseins sur la maison d'Autriche , et s'était contenté d'agir comme allié de la Suède et du duc de- Mantoue. Mais la mort de Gustave Adolphe et la défaite des Suédois à Nordiingen exigèrent qu'il ^rît des mesures plus décisives. La guerre fut dé^ clarée à l'Espagne. Un« armée française, commandée par les maréchaux Châtillon et Brice, ayant défait les Espagnols sous le prince Thomas dé Savoie, joignit les Hollandais près de Maestricht. Les forces combinées de la France et des Provinces - Unies prirent Tirlemont et investirent Louv^in : la mésintelligence des chefs les obligea de lever le siège, et cette, armée formidable fut presque détruite par

a3o HiSTOlltE

la fatigue et les maladie». £n Italie et sur les f entières de rÂllemagne et de la Svisàe, les artiïéei» eurent des suecès variés; mais, en g'énéral, les Eân pagàols et les Impériaux furent les phis makraitéd> La cofùr de Madrid youlant faire éoncourir (k$ forces Navales aux topératioos âe ses armées de t^^l*e| fit des dépenses énormes pour équiper une ftotl^ destinée à ravager les côtes àe la Fnance» A peine oette flotte eut^^elle quitté les ports d'Espace qâ'uifë violente tempête la dispersa. Les domthàgés qu'elle souffrît j ftirent pr6mj[)tei«eÉrt réparés , et elle té^ duisit Jés îles d'H]rères^ près du port dé T&tilôm' £ti Fldhdre, et sur les frontière^ de h. Frafiùe^ la* bIriHantè càmpagùe de r636 jeta un^e dernière lueur, sur le déclin de la gloire de r£:$pagne. L& ^fice Thomas de Savoie, à la tête d'une puts^ santé «brmée, entra dans ia Picardie ^ passa h. SpmM me, prit lé ville de Corbie, et répahdit, par ses^ prbgrès, Feffroi dans tout Paris. Au milieu de'iâ^ consternation publique, Richelieu mûntia un caractère ferme et un esprit fertile en expédients. H sut faire paraître les ressources tachées de l'état. Un àrrêl du conseil décréta l'enrolc^meilt imnié-< diat d'un ïiombre déterminé de domestiques et dapprentis. Une armée nombreuse s'o>rganisa, et fut bientôt prête à braver le danger dont on était menacé. Le général espagnol , efii ayé ùë l'approche de dnquante mille Français conduits par le duc d'Orléans et le comte de Sbfèsblis ,

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repassa la Sonime, et perdit ses ccmqitêtes aussi rapidement qu'il les avait acquises. La mort dé Fem* pereur Ferdinand n'apporta aucun changement aux projets et aux espérances de la maison d'Autriche. Ce prince eut pour successeur au trône impérial un fils nommé comme lui Ferdinand, et qui semhiait afiimé du même esprit (i). Les Espagnols reprirent la Valteline. Dans une invasion qu'ils firent en Languedoc, ils furent obligés de se retirer, et perdirent leur artillerie et leurs bagages. Eh Flandre, les Hollandais réduisirent Breda , ville importante et bien fortifiée. Cette perte fut compensée, il est vrai, par d'autres événements. Les Espagnols défirent le piince d'Orange près de Gueldres , et leur flotte intercepta et détruisit presque entièrement une escadre hollandaise commandée par le comte Guillaume de Nassau. Les opérations étaient poussées activement sur les frontières de l'Espagne et en Flandre. Un armement considérable, composé de forces de terre et de mer, et conduit par le prince de Condé, fit le siège de Fontarabie. Les Espagnols attaquèrent les retranchements des Français avec une impétuosité irrésistible *: la plupart des assiégeants furent tués, et le prince de Condé, suivi d'un petit nombre de soldats, ne parvint qu'avec peine à rejoindre sa flotte. Une énumération de tous les événements particuliers de cette guerre sanglante, qui fut portée — ^— ^— ■—■— ■^"— »— — ^» ■»»— — — ^li— .^— — — i— ^— i— — — ■— I III — ^»»

(i) Crowned. Feb. 8. 1637. Hénault, Abr. chron. ad an.

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à la fois siur tant de points différents, serait ici inutile, puisque, malgré les cinq campagnes actives 4^. i635 à 164Q9 les succès de la maison d'Autriche et ceux de ses enqemis furent tellement balancés, qu'au? cun des deux partis ne put prétendre à la prépondérance.

Des événements d'une plus grande importance et, plus désastreux encore pour l'Espagne se préparaient sourdement. Pendant cette lutte opiniâtre , les espér rances que les projets gigantesques du premier mi*^ nistre avaient d'abord fait naître s'étaient évanouies. L'Espagne entière voyait combien elle avait été tnom-r pée par ces promesses de conquêtes dont on l'avait , flattée, et regrettait amèrement le sang et les tré-^ sors prodigués pour des tentatives infructueuses et des guerres interminables. La famille d'Olivarez, ambitieuse et avide, s'était emparée de tous les hauts emplois; les nobles en murmuraient; les négociants se plaignaient de la ruine du commerce; et le peuple, appauvri par des taxes, gémissait sous l'oppression. A la cour et dans la capitale, les plaintes s'exhalaient doucement; mais dans les provinces éloignées la vpix publique prit un ton plus hardi. De tous les Espagnols , ceux qui habitaient la Catalogne étaient les seuls qui eussent conservé la fermeté et la liberté de leurs ancêtres. Tout homme d'état qui vise au. pouvoir arbitraire ne voit que des ennemis dans ceux qui veulent être hbres. Les Catalans se plaignirent l^autement, et s'attirèrent la haine d'Olivarez. Ma,is,

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cette aversion fut mêlée de crainte. Cet ministre les connaissait audacieux, persévérants, vindicatifs et méprisant le danger. La Catalogne renfermait un million d'habitants : convaincu de ^a force et de ses ressources, ce peuple brave et frugal, s'il était poussé à la révolte, pouvait devenir on ennemi dangereux. Sa proximité du territoire français donnait^ encore plus de poids à ces considérations, qui a^^aient jusqu'alors suspendu le ressentiment du duc d'Olivarez. Les insultes se renouvelèrent; Philippe, selon les inspirations de son ministre , n'eut point égard aux remontrances des États de Catalogne. L'armée qui avait été employée à reprendre Salces aux Français, reçut l'ordre d'établir ses quartiers d'hiver dan$ cette province. Les officiers et les soldats , peut-être encouragés par Olivarez, se livrèrent à des excès intolérables. Le peuple porta ses plaintes aux pieds du trône, et fut repoussé avec mépris.

La conduite . tyrannique du comte de Santa Co- ^- ^* lonna, vice-roi de cette province, décida le moment ' de la crise. Il s'empara d'une somme qui appartenait ; à la ville de Barcelone, et fit emprisonner un des magistrats qui s'étaient récriés contre cette injustice. Celte insulte publique fut le signal de la révolte. Le peuple courut aux armes, força les portes de Is^ prison , et délivra le magistrat que Colonna y avait fait renfermer. Les insurgés se réunirent en foule devant le' «palais du vice-roi , qui chercha d'abord (Jans l'arsenal un asile contre la fureur du peuple.

Une galère fut préparée pour sa fuite : mais avant qu'il eût pu la rejoindre , il fut arrêté; sa tête et ses membres déchirés furent portés en triomphe dans la ville de Barcelone.

Les insurgés s'étaient trop avancés pour reculer; ils navarent d'iautre ressource qne de combattre piotir défendre leuf lîïdépehdànce; toute la province suivît bientôt l'exeiflple de la capitale : les troupes dispersées sur plusieurs points funent surprises, accablées et repoussées hors des frontières. On n'entendit plus dans toiitela Catalogne que les cris de liberté ou la mort. Mais la multitude ne sait point persévérer dans ses résolutions : la fièvre de l'enthousiasme se calma par degrés ; et lorsque les Catalans comparèrent . froidement leurs ressources avec celles de la monarchie espagnole , ils ne purent s'empêcher de trembler à l'aspect de la lutte dans laquelle ils s'étaient engagés. Olivarea vit cette révolte sans en concevoir aucune crainte sérieuse, et se réjouit de ce que le moment de la vengeance était enfin arrivé. Une armée de trente mille hommes, commandée par le marquis de Los Vélos , entra dans la Catalogne. La plus grande partie des villes cherchèrent à expier leur témérité par une prompte soum'ission : celles qui firent quelque résistance furent rasées entièrement; en peu de jours le général arriva devant les murs de Barcelone.

Lorsque les habitants de cette ville avaient levé Tétendard dé la révolte , ils avaient espéré d'être soutenus

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p»r la France; mais les années ée cette puissance étaient alors ocdtapéf»s svit les frontières de Fïtalïe, de r Allemagne et de la Flandre; et Richelieu hé pouvait le»r offrir que des officiers inexpérimentés. Trompés dm c6té ùh ils avaient placé tcfut leur espoir, ksd'toyens s^ découragèrent; et, si dans ce moBiieiit on leur eut fftit grâce , ils se serslient soumis atussitÀt* Mats l'implacable Olivarez ne connaissait point dé pardon* Les habitants dé Barcelone rfen^ tendaient de leurs remparts que des menaces de vengeance: le désesrpoir leur rendit le courage, et ils réaoluiieiït de se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Leur* fermeté fat bientôt mise à une i^ùde épreuve. L'armée royale fit trois attaques successives et des plus impétueuses; elle fut repoussée avec un carnage effroyable. Le marquis de Los Vélos ne voyant aucun espoir de succès^ quitta ces murs funestes, et dirigeai à regret sa marche vers l'Ebre. Sa retraite donna plus d'énergie encore aux Catalans : ils har-» celèrent ses troupes : les villes q*iii s'étaient soumises secouèrent de nouveau le joug, et toute la province embrassa la cause de sa capitale.

L'insurrection de la Catalogne prit alors un aspect formidable. La cour de Madrid fit en toute hâte des apprêts proportionnés à la graiideur de l'objet : Une nombreuse armée fut rassemblée : on enleva les garnisons des villes du Portugal, et le& nobles de ce pays furent sommés de rejoindre l'ar-^ mée avec leurs vassaux. Des ennemis aussi formida-

bles auraient pu faire trembler les Catalans , si un événement imprévu n'eût écarté d'eux toute inquiétude.

Ijes Portugais voyaient depuis, long-temps avec indignation que leur empire, jadis si florissant, fut tombé dans l'état humiliant d'une province de l'Espagne. Le sentiment pénible de leur disgrâce et de leur dépendance était entretenu par un système continuel d'oppressions. Le titre de vice -reine de Portugal avait été donné à Marguerite de Savoie, duchesse de Mantoue, tandis que le pouvoir effectif était entre les mains de Miguel Yasconcellos, Portugais, mais attaché par intérêt à l'Espagne. La multiplicité des taxes qu'il imposait au peuple , en lui attirant la faveur et la confiance d'Olivarez, l'avait, rendu odieux au^ communes du Portugal; son arrogance offensait la noblesse, et tous les rangs attendaient ipipatiemment le moment où ils pourraient donner un libre cours à leur vengeance, et défendre leur liberté d'une domination étrangère.

Ce moment si long*temps désiré arriva enfin : la révolte de la Catalogne fournissait^une occasion fa-* vqrable de proclamer l'indépendance du Portugal : 1^ plus grande partie des troupes espagnoles avait été retirée de ce pays; celles qui restaient étaient en trop petit nombre pour résister à une nation tout entière sous les armes. Dans ce moment, cri tique, un homme d'un génie audacieux opéra une de ces révo*

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lutions dont la prudence et l'activité d'un seul viennent rarement à bout.

Pinto de Ribeiro était intendant de la maison du duc de Bragance. Cette famille, bien qu'éloignée clu trône par les armes puissantes de Philippe II , avait conservé ses anciens titres et d'immenses propriétés. Le chef de cette maison vivait à Villa Viciosa , dans une douce mollesse , ne s'occupant que des plaisirs de la chasse et de la table: cette conduite avait éloigné de lui tout soupçon. Mais Pinto cherchait à réveiller dans l'ame de son maître de plus hautes pensées , et voulait qu'il aspirât à la couronne. Les efforts de Pinto étaient secondés avec zèle par l'épouse du duc. Née de l'illustre famille deGusman,et sœur deMédina-Sidonia, son origine castillane ne l'avait point empêchée de se considérer, depuis l'époque de son mariage, comme intimement associée aux intérêts de son mari et à la fortune du Portugal. Son ambition ne connaissait point de bornes. Courageuse et persévérante, elle entra avec ardeur dans tous les projets de Pinto. Ce n'était point que le duc de Bragance fût indifférent aux avantages de la royauté ; mais , naturellement indolent, il ne Voulait point hasarder le bonheur dont il jouissait pour chercher à atteindre un poâte plus élevé.

Ribeiro s'offrit de prendre sur lui toute la conduite de cette affaire, et s'y livra avec un zèle et une activité infatigables, bien persuadé que sa propre élévation serait le résultat de ses succès. Agissant comme

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si h duc n'était pas même informé de ses projets, il examina avec soin l'état de l'esprit public. Il trouva ^ue les nobles se rappelaient avec d'amers regrets les emplois honorables qu'ils avaieat remplis sous leurs rois : que le clergé voyait avec dépit plusieurs des dignités et des revenvs de l'Église passer à des étrangers : que les négociants abhorraient un systènie de gouvernement qui laisait négliger leurs colonies , ruinait leur commerce, et. faisait refluer à Cadix les richesses qui s'accumulaient autrefois à Lisbonne; qu'enfin, tout le peuple ne subissait qu'ien frémissant le joug odieux de l'Espagne.

Ribeiro mit d'abord beaucoup de prodence à dévoiler ses sentiments ; mais il s'aperçut bientôt que cette réserve était inutile. Dans une a3seiRblée qui fut sanctionnée par la présence de l'^ivçhevéque de Lisbonne , et de la noblesse la plus illustre de Par- .lugal , il déclara quel était ^on projet, et fit valoir les droits du duc ^ de Bragance au trône. Déplorant avec beaucoup d'adresse rindifférence de ce prince pour ses propres intérêts , il exhorta ceux qui composaient l'asseiinblée à mériter le titre glorieux de défenseurs de leur pays. Les discours de Bibeiro ^'accordant avec hs pa$^iaus dont chacun était animé, firent ui^e profonde impression. L'arohehvêque de Li^pnnf détriûsit par sa pieuse éloquence tous les «crapules qm des anaes faibles auraient pu «concevoir» L'a^emblée réélut à l'unanimité de cesj^er de r^Qpnpaitr^ ^nukirité du roi d'Espace ; mais

d'espagne. i3q

il s^éleva (]U€4qu€ différence d'opinion sur k forme de gouvernement que l'on adopterait. Vïx parti voulait établir unç république : celui de Tarehevêque fut le plus fort et l'emporta. Ce prélat représenta les co^séqiiences fatales que Ton devrait attendre de |aetip/)s rivales et inquiètes qui diviseraient le^ur ilépubli<fue naissante, et les feraient tomber de nouveau au pouvoir de l'ennemi, ^^ppuyant sur I4 force de^ droits héréditaires du duc de Bragance, il dé- 4:Jara <fu.e la nation n'avait d'autre alternative que Ae procUinçr ce prince rpi de Portjugal , ou de se ^soumettre à la tyrannie de l'Espagne.

On envoya une députation au dqc pour l'instruire de la déterminal^on de rassemblée , et savoir quelle était sa résolution. Sa réponse prudente ne décidait rien : il désirait la couronne qui lui était iQfferte^ m^is il craignait les suites d'ime rébellion infructueuse; et exprii^ait son appréhension que les affaires ne fussent point asse;? mwes ,po.ur cette entreprise dangereux 9 qui causerait la perte de tous i$i.elle venait à échouer, La duph^sse, plus audapieuse;, • &ca les irrésolutions du due. £lJle Uii représenta <fim ses enfants pourriaient avec raison lui ceproob^i* sa pusillanimité s'il négligeait une pçcgsîon si favomble de fàir^ yajoir l^urs droits ; et qqe s'il nç réussigt$ait ppint à ^ecoviv,rer le .trqne , çon sort serais WQOX^k envier. Les r^prophiç^ et le^ .conseils de l^ duphes^ de ^r^iganpey l'épergie d^s sentiments

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