‹ Histoire d'Espagne depuis la plus ancienne époque jusqu'a la fin de l'année 1809Chapitre 37 sur 57 · Tome II, a · texte numérisé non relu

Tome II, a

sait le plus fréquemment, et leur enjoignit de poursuivre les bâtiments anglais qui n'avaient pas de destination légale^ Il est probable que les comman-* dants outrepassèrent les ordres qu'ils avaient reçus. Les Anglais les accusèrent dWoir saisi, sous divers prétextes, des vaisseaux qui avaient droit de naviguer dans ces mers, et d'avoir traité les équipages avec inhumanité. Les Espagnols disputèrent aussi aux Anglais le droit de couper du bois dans la baie de Campèche , droit qui avait été souvent reconnu dans des termes généraux, sans être exactement défini. La cour de St- James fit des remontrances à celle de Madrid , et ne reçut que des réponseîs vagues qui ne produisirent aucun redressement. Les gardecotes continuèrent et augmentèrent même leurs déprédations : un grand nombre de vaisseaux anglais furent confisqués, et leurs équipages condamnés à travailler aux mines du Potose. Le rtiinistre anglais, sir Robei^t Walpolè, ferma les yeux sur ces indigni-^ tés afin de conserver la paix ; mais la chambre des communes s'adressa au roi, et, supplia sa majesté de convaincre l'Espagne que ses insultîes ne pouvaient rester plus long ^ temps impunies- Une convention nouvelle eut lieu eiirtre ces deux puissances^ Le roi d'Espagne convint de payer quatre-vingt-quinze mille louis pour satisfaire aux plaintes des Anglais, et l'arrangement définitif entre les prétentrions des deux nations fut ajourné à une procbaiiie^ discussion. • 1^3^/ Mais la cour de* Madrid négligea de payer la

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somme qu'elle avait stipulée , sans donner aucune raison de ce délai. Les Anglais voulurent la guerre, et l'emportèrent sur les dispositions pacifiques de Walpole. Les hostilités commencèrent; l'amiral Vernon fut envoyé aux Indes occidentales avec six. vaisseaux de ligne ; il attaqua Porto - Bello, et démolit ses fortifications. La -prise de cette, place importante excita la cour de Madrid à faire les préparatifs nécessaires pour repoXisser une tellfe agression. Les flottes de l'Espagne ne pouvaient attaquer avec succès celles de l'AngletelTe , elles se bornèrent à des déprédations. Les prisés qiie firent les Anglais ne furent point en proportion de la supériorité de leur marine, et ils ne retirèrent pas de cette expédition d'aussi grands avantages que les premiers moments semblaient le présager. Un armement composé de vingt-neuf vaisseaux de ligne et d'un nombre presque égal de frégates , de quinze mille marins et de douze mille hommes de troupes de terre; devait attaquer' Carthagène, l'une des plus importantes villes de l'Amérique espagnole. Diverses circonstances nuisirent au but de cette expédition. Par une négligence impardonnable , on ne mit à la voile que lorsque la saison déjà trop avancée ne permettait plus de com^ battre. Les troupes anglaises étaient à peine débarquées près de Carthagène , que la mésintelligence se mit parmi les officiers de terre et de mer, et dérangea les opérations. Leurs premières tentatives furent cependant heureuses : ils se rendirent maîtres de

tous les forts situés à Feutrée de la baie; mais le marquis d^Essaba, auquel la défense de Carthagène était confiée, résolut de conserver la ville ou de s'ensevelir sous ses ruines : son énergie passa dans l'âme de ses soldats. Ils repoussèrent l'attaque vigoureuse que firent les Anglais sur le fort St-Lazare , et leur tuèrent beaucoup de monde : la garnison , encouragée par ce premier succès, fît plusieurs sorties dans lesquelles elle tailla en pièces les troupes qui lui étaient opposées. Une fièvre contagieuse, triste effet d'un climat brûlant et malsain, fit des progrès rapides dans le camp des Anglais. Près de vingt mille A. D. marins et soldats périrent, soit par ce fléau, soit par ^^740. jg £gj, jgg Espagnols : les débris de l'armée se hâtèrent de quitter ces funestes rivages. Une petite escadre, commandée parle commodore Anson, avait été destinée à ravager les côtes du Chili et du Pérou ; elle devait aussi coopérer au succès de l'entreprise dirigée par l'amiral Vernon et le général Wentworth. La cour de Madrid pénétra aisément que les deuK escadres voudraient opérer leur j onction ; elle envoya Joseph Pizarre avec des forces égales à celles du commodore Anson. Celui-ci passa le détroit de Magellan : Pizarre ne put doubler le cap Horn : les tempêtes détruisirent presque entière^lent les deux escadres (i). Celle d' Anson fut réduite à un seul

(i) Voyez Anson's Voyages et Byron's Narrative.

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vaisseau ; cependant il persévéra dans l'un des objets de sa destination^ et brûla la ville de Paita sur la côte du Pérou, la défaîte des anglais devant Carthagène ne lui permettant pas de rejoindre l'amiral Vemon. Il captura dans l'Océan Pacifique un galion i^evenant de Manilla, et qui portait une valeur de plus de trois cent mille louis. Les autres prises montèrent presque à la même somme ; après trois années de courses, il revint en Angleterre chargé de riches- j,. 0. ses, et fut dignement récompensé.. La guerre con- 1740. tinuait depuis plusieurs années entre l'Espagne et l'Angleterre, et aucun des deux partis n'avait obtenu un seul succès important, lorsque la mort de l'empereur Charles VI remplit l'Europe de nouvelles discordes; La ligne masculine de la maison d'Autriche s'était éteinte avec ce prince : sa fille aînée, Marie Thérèse, épousé de François de Lorraine, grand-duc de Toscane, réclama les domaines de son pèriB, auxquels les droits du sang et la sanction pragmatique, garantie par les principales puissances de l'Europe, lui permettaient de prétendre. Plusieurs compétiteurs issiis dès différentes branches de la maison d'Autriche se mirent sur les rangs. Philippe V fut de ce nombre ; il descendait de la fille de Maximilïen IIÏ. L'aifibitiôn de son épousé, Elisabeth Farnèse,lui fit prendre les armes pour soutenir ses prétentions. Cette princesse ayant réussi à placer une couronne sur la tête de son fils aîné , désirait un scÉ*t pareil pour son second fils. Elle voulait réunir

le Milanez aux. duchés de Panne et de Plaisance et en former un royaume pour don Philippe. Le roi de Prusse, à cette même époque, priétendait avoir des droits sur une partie considérable de la Silésie; il envahit cette province, et rendit encore plus formi* dable la ligue déjà formée contre la jeune reine de Bohème et de Hongrie.

^' ^' Cette circonstance Êivorisait les projets de 1^- ' pagne; ses troupes passèrent en Italie : la France, séduite par l'espoir de faire de nouvelles acquisitions en Flandre, ne fit aucune difficulté de s'engager dans cette guerre. Une armée espagnole, commandée par le célèbre duc de Bitonto, fut transportée à Naples par les escadres réunies de la maison de Bourbon, et débarqua heureusement. Xic duc de Bitonto trouva l'état des affaires de l'Italie bien différent de ce qu'il le croyait être. Le roi de Sardaigne , jaloux de la puissance de l'Espagne, avait fait un traité d'alliance avec Marie - Thérèse : ses efforts, joints à ceux des Anglais, qui mepaçaient de .bombarder la ville de Naples, obligèrent don Carlos à signer un traité de neutralité; Le duc de Bi^pnto ne fit aucune action digne de, sa renqmniée. S'^étant avancé jusqu'il Bologne, le roi de Sardaigne et l^s troupes impériales le contraignirent à la retraite , et il fut obligé de se réfugier sur le territoire napolitain. Cette disgrâce occasiona son rappel : le çpn^te de Gage lui succéda. Les Espagnols ne remportèrent a^c^n avantage, en Italie, tandis qu'en Allemagne

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les succès des Français furent rapides et brillants^ mais passagers* Ils réduisirent la plus grande partie de la Bohème, et placèrent sur le trône impérial l'électeur Charles de Bavière : bientôt après , la fortune changea;, et la perte de l'armée devenait certaine sans les talents et le courage du maréchal dç' Belle-Ile, qui effectua une retraite mémorable. Les Français furent défaits aussi à Dettingen par le roi d'Angleterre Goorges IL Les flottes des prinoes de la maison de Bourbon et celles de l'Angleterre n'obtinrent l'une sur l'autre aucun avantage décisif.

La guerre était .poussée activement en Italie. Vingt a. d. mille soldats français, sous les ordres du prince de '"^^ Conti, rejoignirent les Espagnols; les deux nations «744. rivalisèrent d'ardeur , et défirent le roi de Sardaigne dans la vallée de Ghàteau^Dauphin. Les Français. et les Espagnols soutinrent leur réputation devant les murs de Coni : le roi de Sardaigne fut encore une fois défait. Les pluies d'automne causèrent des maladies dans le camp des assiégeants, et don Philippe fat: obligé deJever le siège, et de se retirei* dans le Dauphiné avec une armée couverte de lauriers ^.mais à demi détruite. Le roi des Deu^-Siciles viola sa neutralité, et embrassa ouvertement la cause de don Philippe. Les Autrichiens s'avancèrent sur Naples, et remporterait quelques avantages : l'armée , affaiblie par les maladies , fut obligée de se retirer. Les Français gagnèrent en Flandre la bataille de a. d. Fontenoi ^ qui les. conduisit à d'autres conquêtes '745.

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plus importantes. Don Philippe réduisit en Italie la ville de Pavie, et termina cette campagne par son entrée triomphante à Milan.

La maison d'Autriche ayant conclu un traité de paix avec la Prusse, fut en état, au printemps suivant, de diriger toute son attention sur l'Italie. Le prince xle Lichtenstein , entra dans ce pays avec quarante mille allemands , reprit Lodi , Guastalla et Parme. Son camp, placé à St-Lazare, près de Plaisance, fîit attaqué par don Philippe et le maréchal de Maillebois, qui avait succédé au prince de Conti. Le combat fut opiniâtre et meurtrier; les Français et les Espagnols perdirent huit mille hommes , et don Philippe fut obligé de repasser le P6.

A. D. Tel était l'état de la guerre lorsque Philippe V ^746. expira à l'âge de soixante-deux ans. Son règne, qui dura quarante -six années, est une période importante de l'histoire d'Espagne. Il fut le premier prîncç de la maison de Bourbon, qui régna sur ce royaume, et depuis son avènement le génie de la monarchie sembla se ranimer. La France, jusqu'alors ennemie dangereuse, devint une alliée puissante; et un chati- . gement aussi important dans ses relations politiques permettait à l'Espagne d'aspiré encore une fois à faire de nouvelles conquêtes. Toutefois il ne paraît pas que l'on puisse attribuer aux talents pei^sonnels de Philippe V l'amélioration qui s'était opérée dans l'état. Les traits les plus remarquables de son caractère furent sa douceur et son courage , dont il donna

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des preuves incontestables pendant la guerre de la succession. Il montra beaucoup d'acti^té pendant les scènes tumultueuses de cette partie de son règne, quoiqu'il fût naturellement indolent et mélanco^ lique. Les conseils énergiques de ses deux épouses et de ses ministres suppléèrent à sa faiblesse. Leur ambition entraîna le royaume dans des guerres inutiles, mais le commerce fut protégé; et ce fut sous le règne de Philippe V que l'on s'occupa sérieusement d'établir des rapports plus convenables entre l'Espagne et ses colonies. Depuis Charles- Quint, le commerce d'outre mer aV^ait été abandonné à la seule ville de Se ville , jusqu'à ce que les sables s'accumulant dans le Guadalquivir ne permirent plus aux grands vaisseaux de remonter cette rivière. Ce monopole fut ensuite accordé à la ville de Cadix en 1720. Les vaisseaux, dont le nombre était limité, se rendaient à la Vera Cruz , et les galions à Porto Bello ; mais les restrictions les plus impolitiques entravaient le commerce. En 174^, la quarantième année du règne de Philippe V, des permissions furent accordées à des particuliers pour qu'ils pussent équiper des vaisseaux destinés à fournir des marchandises aux colonies américaines. Cette première modification dans le système restrictif du commerce colonial produisit les meilleurs effets , et amena de plus grandes améliorations. Ainsi, malgré l'indolence de Philippe V et l'ambition de ses épouses, il est

certain qu'il laissa le royaume dans une situation beaucoup plus favorable que lors de son avènement, et que son règne fut le commencement d'une ère nouvelle pour l'Espagne.

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