Tome II
désordres. Ces insurrections furent heureusement étoufFées par la prudence et Thabileté des généraux de l'empereur, qui, en empruntant de l'argent, soit en leur nom , soit à celui de leur souverain, et en levstnt des contributions dans les provinces, parvinrent à solder les troupes : pour prévenir de nouveaux troubles, ils licencièrent uôe grande partie de ■ l'armée ; circonstance qui, toute extraordinaire qu'elle puisse paraître de nos jours, se présenta souveril sous le règjie de Charies V.
Gct empereur convoqua une assemblée des cortès à Tolède , et cherdia à exciter leur libéralité pour •réparer ses finances épuisées. Après leur avoir représenté combien ses opérations militaires et la- situation de ses affaires occasionnaient de dépenses, il leur proposa de lever un subside, en mettant un împdt sur les objets de première nécessité. Les Espagnol, qui avaient vu, avec regret, leur pays' dépouillé de son numéraire et de ses habitants, pour soutenir dés guerres dans lesquelles la nation n'était point intéressée, résolurent de neipôint accorder à lenr souverain les moyens de reprendre les armes. Les nobles, particulièrement, voyant que cet impôt pèserait encore plus sur eux à raison de leurs consommations, s'élevèrent avec force contre cette mesure , alléguant qu'elle empiétait sur les privilèges, de leur ordre qui était entièrement exempt de taxes. Ils s'unirent aux représentants des villes, et persévérèrent à dire que si Charles , à l'exemple de ses
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prédéeesseùrs , résidjatit consternent en Ëspagtie, et sVccupait des affaires de son royaume 3^ sans prendre nne part active à des transactions étrangères à ses intérêts , les rerenùs fixes de la courohne seraient plus que suffisants pour subvenir aux dé* penses du gouvernement. Les arguitients^ les sollicitations, les promesses, furent employés inutilement; les cortès se montrèrent inflexibles ^ et Charles irrité les congédia. Les libertés de TEspagne furent 153^ dès-f lors envahies. D^uis cette époque , les nobles ni te haut clergé ne furent appelés à siéger parmi les cortès : la raison que l'oii allégua pour cette exclusion fut que ceux qui refusaient de payer au- ^i|ne part des taxes n^'avaient aucun droit à voter leur établissement. Il paraît que tous les monarques espagnols, et principalement Ferdinand le Catholique et Charles V, se défendaient de convoquer ces assemblées, excepte lorsquHls avaient besoin d'argent, ou lorsque la couronne était hienacée. En conséquence de la suppression de l'aristocratie dans la chambre des cortès, ceux-ci furent réorganisés sur i|n nouveau plan. Les seuls députés de dix*hùit villes y furent admis; chacune d'eUes en élisait deux, ce qui formait une assemblée de trente-six personnes entièrement dévouées à la cour. Les nobles virent trop, tard, et avec dès regrets superflus, que leur opiniâtreté avait aidé la couronne à secouer le joug des communes, et que l'issue de ces débats était aussi funeste à l'aristocratie qu'elle l'était au
peuple. Bien qu'ils eussent perdu l'influence politique dont ils avaient joui comme corporation^ ils s'enorgueillissaient de leurs privilèges particuliers, et les défendirent pendant quelque temps avec beaucoup de fierté. Intimidés à la fin par des armées permanentes, et corrompus par des emplois et des pensions, ils devinrent les humbles esclaves de la couronne. Philippe II acheva de river les chaînes du despotisme que son père avait si bien préparées; les trésors de l'Amérique furent employés à étouffer les libertés de l'Espagne ; et cet état , jadis si librev, devint le plus despotique des gouvernements de l'Europe (i).
A cette même époque où les cortès d'Espagne voyaient s'éteindre la dernière lueur d'indépendance, les bourgeois de Gand refusèrent de payer leur part d'un subside que les états des Provinces^-Unies ac-
(i) « La réunion des royaumes de Castille et d'Aragon, les « vastes territoires que les rois d'Espagne acquirent à pen « près à la même époque , et les richesses des Indes occiden- « laies, donnèrent à la couronne une prépondérance subite et « non prévue, qui devint assez forte pour briser, en peu de « temps , toutes les barrières que la prudence de dos ancêtres «avait élevées pour assurer les libertés de leurs descend an,ts : « Tautorilé royale, semblable à la mer lorsqu'elle sort de ses • limites, submergea l'état monarchique, et la volonté du roi «et de ses ministres devint la loi universelle.» Lettre aux Espagnols-Américains , par don Juan Pablo Viscardo y Gusman, p. a3.
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cordaient. Charles ayant repondu avec hauteur aux députés qui étaient venus faire valoir leurs droits, les Gantois prirent les armes , s'emparèrent des officiers du roi, et, levant l'étendard de la révolte, offrirent au roi de France la souveraineté de leur ville (i). Cette insurrection et les négociations qu'elle entraîna donnèrent beaucoup d'inquiétude à l'-empereur. La cession du Milanès en faveur de François I, lui assura la neutralité de ce prince, et il obtint encore de lui la permission de traverser ses états pour se rendre dans les Pays-Bas. Charles partit suivi d'une cour brillante composée de plus de cent personneis : dans toutes les villes de France par lesquelles il passa , il fut reçu avec magnificence , et les plus grands honneurs lui furent rendus; il trouva François I à Châtelleraut, qui le conduisit jusqu'à Paris. Après un séjour de six jours dans la capitale , Charles continua sa route vers les Pays-Bas, et, se mettant à la tête des troupes que l'on avait rassemblées de divers points, il s'avança sur Gand. Les habitants , incapables de résister à ses armes, implorèrerit sa clémence; mais il ne traita pas cette ville avec Taffection qu'il semblait naturel qu'il éprouvât pour le lieu :de sa naissance. Vingtsix dés principaux citoyens furent punis de mort ; un grand nombre fut exilé. La ville fut déclarée dé-.
(i) La ville de Gand était célèbre par ses fréquentes révoltes. Sleidane's Comm. fol. 171.