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cfaiue de toutes ses immunités et de ses privilèges : ses revenus furent confisqués; l'andcnne forme dé son gouvernement fut abolie , et on éleva un fore pour contenir l'esprit turbulent des habitants (i). Cette rigueur exercée sur la ville de Gand fut uu exemple effrayant pour les autres cités des Pays-. Sas. Qharles, lorsqu'il vit son autorité rétablie dans cette partie de ses états, refusa de céder le Milanès à François I , et prétendit même quHl n'avait jamais pu entrer dans un arrangement aussi absurde. Cette duplicité 9 et son ingratitude envers un monarque qui l'avait reçu avec tant de générosité et de magnificence , firent soupçonner sa sincérité par tous les princes ses contemporains, et entachent sa mé^^ moire.
L'empereur fixa toute son attention sur les affaires d'Allemagne. La diète s'ouvrit à Ratisbonne, par une conférence entre les catholiques et les protestants ; mais , ainsi qu'il arrive a^ez généralement dans les disputes de religion, aucun des partis ne fut convaincu. La plus satisfaisante des conclusions de la diète fut le don gratuit que les chrétiens et les protestants accordèrent à l'empereur pour faire la guerre aux Turcs : Charles, n'ayant plus rien à craindre du côté de l'Allemagne, se prépara à exécuter une entreprise qu'il méditait depuis long-
(i) Sleidane's Comm. 1). i3, fol. 171.
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tfsmps,, et da^is laquelle il espérait recueillir de nouveaux lauriers.
£n prenant le commandement de la flotte ottomane, Barberousse avait confié le gouvernement d'Alger à Hassan- Aga, eunuque renégat,. audacieux;, d'un courage éprouvé et d'une grande activité. Dans s^s déprédations sur les côtes des états chrétiens , Hassan surpassa Barberousse lui-même par sa hardiesse et par ses cruautés. Les vaisseaux marchands ne pouvaient plus traverser la Méditerranée, le commerce était presque anéanti, et le littoral de cette mer était S2[n^ cesse exposé aux insultes de ces nombreuses croisières. Les plaintes des Espagnols, et le souvenir de sa glorieuse expédition de Tunis, enflammèrent Charles du désir de conquérir Alger. II. rassembla des forces . proportionnées h la grandeur de cet objet, et telles en effet que le succès ne pouvait paraître douteux. Elles consistaient en vingt mille hommes d'infanterie , deux mille chevaux , trois mille volontaires , l'élite de la noblesse espagnole et italienne^ et mille soldats de Malte conduits par cent chevaliers de l'ordre. La victoire lui paraissait si assurée, que, malgré les remontrances de l'amiral Doria , qui trouvait dangereux d'approcher des côtes d'Afrique dans une saison aussi avancée de l'amiée, il mit à la voile de la Sardaigne qui était le point de rendez- vous. Après une navigation périlleuse , il fit jeter l'ancre non loin d'Alger , et
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mena ses troupes, immédiateraent après leujr dé* barquementy vers cette ville. ,
Hassan n^avait à opposer à cette invasion formidable que huit mille soldats turcs et cinq mille Maures. De telles forces pouvaient bien être méprisées par un prince qui avait vaincu Barberousse, à la tête d'une armée dix fois plus nombreuse. Mais au lieu du triomphe dont Charles s'était flatté , il éprouva des malheurs qu'^aucun pouvoir humain ne pouvait empêcher. Le deuxième jour après son arrivée une tempête s'éleva et s'accrut vers la nuit avec une violence extraordinaire ; les soldats , débarqués seulement avec leurs armes , furent exposés à toutes ses fureurs. Le camp fut inondé , et l'armée entière accablée par l'inclémence de la saison. A la pointe du jour Hassan fit une sortie; ses troupes fraîches et vigoureuses répandirent l'effroi parmi les chrétiens découragés et en firent un grand carnage : l'empereur s'avançant avec le principal corps d'armée ne parvînt que difficilement à repousser Hassan.
En mer, les effets de la tempête furent encore plus désastreux. Les vaisseaux ayant chassé sur leurs ancres se brisèrent contre les rochers ou furent engloutis dans les flots. Quinze vaisseaux de guerre , cent cinquante transports et huit mille hommes périrent (i); ceux qui parvinrent à gagner Iç rivage
(i) SIeidane dit une grande quantité de vaisseaux sails en supputer le nombre, iiv. 14, fol. i85.
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furent massacres par les Africains. Les impériaux virent avec désespoir la destruction de leur flotte, de laquelle dépendaient et leur subsistance et leur sûreté. Il était douteux qu'il restât assez de bâtiments pour transporter le reste de l'armée en Europe, et la nuit se passa dans cette douloureuse anxiété (i). On reçut le lendemain une dépêche de l'amiral, qui, avec lés débris de sa flotte, avait pu gagner le cap Metasi^z; il priait l'emperçur de marcher en toute hâte vers cette place , afin de pouvoir rembarquer ses troupes.
Le rayon d'espoir que fit naître d'abord ce message fut promptement obscurci par l'idée des difficultés qu'il 'fallait surmonter. Le cap Metasuz était à trois journées de marche du camp : les provisions que l'on avait débarquées étaient entièrement consommées, et les troupes déjà épuisées de fatigue. Mais le danger ne permit pas d'hésiter : les blessés , les malades, et ceux qui n'avaient plus de forces, furent placés au centre ; les plus vigoureux en tête et en arrière. Pendant cette marche , les impériaux furent constamment harcelés par les Arabes; un grand nombre mourut de fatigue ou périt dans les ruisseaux que les pluies avaient transformés en torrents. Le reste arriva au cap Metasuz , et s'embarqua aussitôt.
(i) Sleidane esûme que la perte des troupes de terre fut seulement de deux à trois mille hommes. Comm. book 1 4 9 fol. i85.
Charles montra , dans cette occasion difficile , beaucoup de grandeur d'ame , de courage et d'humanité. Il s'exposa aux mêmes dangers et supporta les mêmes privations et les mêmes fatigues que le dernier de ses soldats : consolant les plus déses^)erés, visitant les malades et les blessés, il ranima et soutint son armée par ses exhortations et son exemple. Malgré les partis d'Arabes qui harassaient son arrière-garde, il fut des derniers à quitter le rivage; et l'imprudente tén^érité qui lui avait fait braver la rigueur de la saison, au commencement de cette funeste entreprise, fut compensée par les vertus guerrières qu'il déploya pendant sa retraite (i).
Revenu en Espagne, l'empereur se trouva engagé dîins une nouvelle guerre. Le roi de France , impatient de se venger du manque de foi de Charles, avait fait un traité d'allianc;e avec Soliman : deux de ses envoyés furent assassinés à leur retour de Constantinople, et leurs dépêches furent saisies par ordre du marquis de Guasto, gouverneur de Milan. François se plaignit de cette odieuse violation du droit dés nations , et exigea le châtiment de l'auteur de ce crime* Ses demandes furent éludées ; et le monarque français saisit avec joie ce prétexte honora-, ble de reprendre les armes. Avant que Charles eût pu préparer ses moyens de défense, cinq armées formidables envahirent ses domaines et ceux de son
(i) Robertsou's Hist. Charles V , vol. 3 , p. 249-
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allié le duc de Savoie. Du coté de Tf^pagne, les opérations furent conduites par le DaupKin, qui investit immédiatement Perpignan. Les cortès effrayés et irrités tout à la fois de l'invasion du territoire de r£spagne , accordèrent à leur souverain des. subsides considérables. Après avoir passé trois mois devant Perpignan, les Français, repoussés dans toutes leurs. attaques, et affaiblis par les maladies, levèrent le siège et retournèrent dans leur pays. Leurs tentatives dans le t^iémont, la Flandre et le Brabant furent toutes aussi peu heureuses 9 et Giarles eut la satisfaction de voir son rival consumer ses forces dans de vaines entreprises. \Jn^ alliance qu'il conclut avec Henri Vin, roi d'Angleterre, lui fit espérer de plus grands succès. Ces deux monarques oonvin-» rent que chacun d'eux envahirait la France avec une armée de vingt-cinq mille hommes et qu'ils feraient la jonction de leurs forces aux environs de Paris. L'armée impériale, défaite dans le Piémont , y perdit dix mille hommes et toute son artillerie : sur la frontière du nord , Henri assiégea Boulogne ; cette opération tout-à^fait contraire à celles que déterminait le plan concerté avec Charles, nuisit à leur, dessein de marcher sur Paris. Les deux monarques, agissant isolément, ne furent plus d'aucun secoursi l'un à l'autre : les troupes impériales se mutinèrent pour avoir leur paie, et Charles conclut une paix séparée avec le roi de France. Les principaux articles furent qu'ils se rendraient réciproquement
toutes les conquêtes postérieures au traité de Nice ; que Charles renoncerait à ses prétentions sur le duché de Bourgogne, et que ces deux monarques se réuniraient pour faire la guerre à la Porte Ottomane. Ce traité de Crespi contenait aussi plusieurs autres articles que l'on jugea prudent de tenir secrets. Charles et François s'étaient engagés à user de tout leur pouvoir pour détruire la religion protestante. L'entreprise ne réussit point , mais elle occupa l'empereur jusqu'à la fin de son règne. Nous passerons , sous silence ces transactions qui excéderaient les
bornes de cette histoire , et nous remarquerons seulement qu'en conséquence des rapports de l'Espagne avec les autres domaines de l'empereur, cette contrée fut dépouillée d'une grande partie de ses richesses et de sa population par les hostilités continuelles des autres états de Charles.
Les guerres contre les protestants d'Allemagne ne furent pas les seules difficultés que l'empereur eut à vaincre. L'alliance qu'il avait faite avec François pour anéantir la nouvelle secte, fut dissoute par 1547. '^ roort de ce prince. Henri II, son successeur , prit part aux divisions qui troublaient l'empire , et quatre ans après son avènement au trône il entra dans la ligue formée par Maurice, duc de Saxe, et Albert, marquis de Brandebourg , pour défendre les libertés de l'Allemagne. Les hostilités recommencèrent aussitôt entre les impériaux et les Français. Les troupes sur lesquelles Charles comptait le plus étaient ses
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légions espagnoles et italiennes ; leur valeur répondit à son attente. Mais leurs efforts désespérés iie pouvaient repousser toujours les nombreux ennemis qu'elles rencontraient sur tous les points. Au milieu de ces guerres douteuses ou plutôt malheureuses, la mort d'Edouard VI , roi d'Angleterre , ouvrit un nouveau théâtre à l'ambition de Charles. Son fils Philippe était veuf, et par le mariage de ce prince avec Maiûe, à qui la couronne d'Edouard était dévolue, il espérait ajouter l'Angleterre à ses autres domaines. On entama les négociations : un traité fut conclu dans des termes qui réglaient judicieusement l'ordre de succession de leur postérité, et garantissaient l'indépendance de la couronne d'Angleterre. Philippe, ayant souscrit aux conditions, s'embarqua au port de la Corogne avec une cour brillante et nombreuse, et arriva en Angleterre, où son mariage avec la reine fut célébré avec la plus grande ^^^', magnificence.
Charles avait employé tous les moyens que sa politique adroite avait pu lui suggérer pour transmettre à son fils Philippe la couronne impériale et les états héréditaires de la maison d'Autriche. Mais son frère Ferdinand, qu il avait lui - même fait élire roi des Romains, refusa de résigner son titre et son droit à son neveu, et les princes de l'empire s'opposèrent si fermement à l'élection de Philippe, que Charles fut obligé de retirer sa proposition (i). Le mariage
(i) Thuan. i8o à a38. Mc^m. de Ribicr , tome a.
de ce prince avec la reine d'Angleterre promettait tics avantages qui semblaient devoir contrebalancer la perte de la couronne impériale ; mais Charles eut encore à éprouver d'autres contrariétés. Quoique les protestants^ par leur traité de Passau, eussent lâchement abandonné le roi de France à ses seules ressources, les efforts vigoureux de ce monarque donnèrent encore assez d'occupation à l'empereur. L'issue de leurs débats restait douteuse^ lorsque Charles étonna l'Europe en résignant tout à coup à son fils Philippe tous ses vastes domaines, pour jouir dans une retraite paisible des douceurs ^e la vie privée.
Une résolution si singulière et si inattendue a fait naîti^ diverses conjectures sur les motii^ qui purent porter ce prince , que l'amour du pouvoir avait seul dominé jusqu'alors , à renoncer soudai «ne^ent aux litres de sa grandeur et à l'exercice de sa puissance. Quelques personnes ont attribué cette conduite au caractère ambitieu;x de Philippe; mais des causes *plus simples expliquent suffisamment le motif de sa retraite. Il avait eu , dès son adolescence, des attaques de goutte, que l'âge et la violence de isôn caractère rendirent plus fi'équentcs et plus ai»guës. Non-seulement la vigueur de sa constitution était éteinte , mais ses facultés morales étaient 4tffaiblies par une longue continuité de peines. Il iie trouva plus que ses forces pussent suffire à l'exécution des vastes plans que son ambition avait formés. Ae-
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éùntnmé à donner aux affaires de l'état l'attention k plus sévère , il voyait à regret que ses ministres seuls en seraient désormais chargés. Il attribuait ses revers à Timpossibilité où il se trouvait d'exécuter lui-même ses projets , et de commander ses armées en personne ; il résolut donc , par un acte de prudence, de ne point obscurcir l'éclat de son règne en retenant une couronne qu'il ne pouvait plus soutenir avec vigueur et habileté.
Cette résolution ne fut pas prise aussi précîpî-^ tammènt qu'elle le parut d'abord. Au milieu de ces transactions politiques et militaires qui remplirent la vie de Charles , il paraît qu'il avait été convaincu de la vanité des grandeurs humaines , et qu'il avait conçu le désit de se retirer de ces scènes brillantes et orageuses. Il avait mûri ce projet pendant plusieurs années, et l'avait communiqué à ses sœurs les reines douairières de France et de Hongrie, qui avaient approuvé son intention, et lui avaient offert de l'accompagner dans sa retraite. Plusieurs causes avaient concouru à retarder l'exécution de ce dessein : il était surtout nécessaire qu'ir attendît que son fils Philippe fût parvenu à la maturité de l'âge , et qu'il ^ût acquis assez d'expérience des affaires pour gouverner des domaines si étendus , et dont les intérêts étaient si compliqués. Charles désirait aussi que Philippe commençât son règne avec tops les avantages de. la paix, et fit faire des ouvertures auprès de la cour de France. Henri ne paraissant pas dispose
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à terminer promptement , l'empereur ne jugea pas devoir ajourner plus long -temps son projet, dans l'attente d'un événement incertain. .
Charles rappela son fils de l'Angleterre ^ et se prépara à signaler son dernier acte de souveraineté par un éclat qui laissât une profonde impression dans l'ame de ses sujets et dans celle de son successeur. Il convoqua les états des Pays-Bas, à Bruxelles, le ^5 octobre, et vint y siéger pour la dernière fois., ayant à sa droite son fils, à sa gauche sa sop^r , reine de Hongrie et gouvernante des Pays-Bas , et derrière lui un cortège brillant de grands d'Espagne et de princes de l'empire. Le président du conseil de Flandre lut à haute voix l'acte par lequel l'emppreur îobre ï*^signait à son fils Philippe tous ses domaines, sa i555. juridiction et son autorité dans les Pays-Bas. Charles se levant alors, et s'appuyant sur l'épaule du prince d'Orange, à cause de sa faiblesse, s'adressa à l'assemblée , et rappela avec dignité , mais sans ostentation , tout ce qu'il avait entrepris et exécuté de grand depuis Iç commencement de son règne. Il dit que depuis l'âge de dix -sept ans il avait consacré toutes ses pensées et toute son at);ention aux soins du gouvernement , ne donnant que peu de temps au repos , encore moins aux plaisirs : que, soit en temps de paix, soit pour faire la guerre, il avait passé neuf fois en Allemagne, sept fois en Italie, dix fois dans les Pays-Bas , six fois en Espagne , quatre fois en France , deux fois en Angleterre , autant en
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Afrique , et qu'il avait traversé ouZe fois la ni/er ; que tant que sa santé lui avait permis de!. remplir ies devoirs d'un monarqui^ , U n'avait jamais évité le travail ni. redouté la &tigue ; mais que ses infirmités toujours croiisâàntes l'avertissaient de quitter le monde^ et dé ne plus retenir dans ses débiles mains un scegtre qu'il avait porté avec énergie; qu'au lieu d'un séuverain épuisé par les maladies, il le^r donnait un prince qui joignait à la force de la jeunesse l'expérience et la maturité qu'amènent les (uinées. Il termina ce discours en ajoutant q^e si , dans lé cours d'une longue administration , il avait commis. quelque faute grave, que si, dans liqs «mharras et sous le fardeau des grandes affaires qui avaient absodbé toute son attention, il ayaif fait injustice à quelqu'un de ses sujets $ il implorait leur pardoin ; que pour lui il conserverait à jamais une vive reconnaissance de leur fidélité et de leur atta- <$hement ; que ce souvenir le suivrait dans sa retraite, et serait sa plus douce consolation et la plus flatteuse récoinf>^nse de ses travaux.
S^adressant lel^suite à Philippe : « C'est à vous , lui « dit - il , à justifier par une administration sage et « vertueuse la marque extraordinaire que je vous « donne aujourdliuî de mon affection paternelle, et à «prouver que vpus êtes digne de la confiance que ie « place en vous. Conservez un respect inviolable pour ff ja religion; maintenez la foi catholique dans sa pu- <c reté ; que les lois de votre pays vous soient ^fiiacrées;