‹ Histoire D'Espagne (volume 2)Chapitre 10 sur 34 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

ronne de France par la valeur du connétable ( i ). Peu après la prise de Calais, le maréchal de Termes se rendit maître de Dunkerque qu’il prit d’assaut , et s’iwança sur NieupOrt , où il rencontra le duc d’Egmont qui conduisait des forces supérieures. Les Français cherchèrent à effectuer leur retraite ; le comte les suivit de très-près , et les força d’accepter le combat près de Gravelines. La valeur désespérée des Français fit long -temps balancer la victoire; mais des vaisseaux anglais, attirés près de la côte par le bruit des armes à feu, entrèrent dans la rivière d’Aa, et, attaquant l’aile droite de l’armée, décidèrent du sort de la bataille. Les Français fuirent précipitamment, laissant deux mille hommes sur la place : leur général et un grand nombre d’officiers de distinction furent faits prisonniers (a).

Cette alternative de succès et de revers disposa les puissances belligérantes à désirer la paix : un demi-siècle s’était écoulé depuis que la France et l’Espagne étaient engagées dans des guerres continuelles. On entama les négociations , et un traité fut conclu à Cateau-Cambresis. Les stipulations furent plus avantageuses à l’Espagne qu’à la France. Des deux côtés on se rendit les conquêtes qui avaient été faites, à l’exception des villes de Metz, de Toul,

(t) Calais avait été pris par Édouard III en i33ç, et fut repris par Guise en i658.

(a) Thuan. lib.ao, p. 6g'l.

d’kspagne. gç)

de Verdun , qui restèrent à la France : le duc de Savoie rentra dans la plus grande partie de ses domaines (1). Un mois après l’ouverture des conférences , Marie , reine d’Angleterre , mourut d’une liydropisie, occasionnée, suivant quelques-uns, par l’absence de Philippeetpar l’indifférence que ce prince lui témoignait ; d’autres attribuèrent sa mort au chagrin quelle ressentit de la perte de Calais. Philippe témoigna d’abord beaucoup de déférence et d’amitié à Élisabeth , que la mort de sa sœur Marie faisait monter sur le trône d’Angleterre, et chercha à obtenir sa main. La répugnance quelle montra à satisfaire ses désirs , et son zèle pour la religion protestante, le détachèrent de ses intérêts. La reine, craignant la défection de ses alliés, conclut un traité par lequel elle résignait Calais aux Français. La paix fut enfin conclue entre l’Espagne, la France et l’Angleterre : Philippe épousa Élisabeth , fdle de Henri ; le duc de Savoie obtint la main de Marguerite de France, sœur /du roi : et comme l’intérêt public est presque toujours négligé pour celui des princes , les pertes nationales de la France parurent compensées par l’établissement avantageux que le monarque procurait à sa famille.

Après la conclusion de la paix , Philippe revint

(i) Henri rendit à l’Espagne des conquêtes qu’elle n’aurait pu lui arracher par les armes en moins de trente années. Hénault, Abr. Chroti. ad an. i55g.

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en Espagne. Il était à peine débarque à Larédo, dans la Biscaye, lorsqu’une violente tempête dispersa et détruisit la flotte qui l’avait amené. Plus de mille hommes périrent; une collection précieuse de tableaux et de statues des grands maîtres d’Italie et de Flandres fut ensevelie dans l’Océan. On dit que Philippe, en reconnaissance du soin que la Providence avait pris de préserver ses jours dans ce péril éminent, consacra solennellement son règne à la défense de la foi catholique et romaine, et à l’extirpation de l’hérésie : l’Espagne n’eut bientôt que trop de raison de déplorer la rigide ponctualité avec laquelle il accomplit ce vœu. L’inquisition, que Ferdinand et Isabelle avaient établie pour empêcher que les Juifs et les Maures qui avaient reçu le baptême ne retombassent dans leurs premières erreurs , servit sous Philippe à comprimer la liberté de la pensée, sur les sujets dont la connaissance importe le plus à l’homme. L’appât des récompenses accrut le nombre des esjfions et des délateurs. Dix-huit tribunaux furent constamment occupés à condamner aux flammes tous ceux qui osaient admettre d’autres dogmes que ceux de l’église romaine. Treize personnes. subirent, à Yalladolid , cet horrible supplice , en présence de Philippe, de son fils don Carlos, de sa sœur, et des grands seigneurs de sa cour : ce monarque vit sans émotion ce sacrifice inhumain. Un noble que l’on conduisait au bûcher implora la pitié de son souverain; mais Philippe lui répondit gravement que,

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si son propre fils était, capable d’hérésie, il porterait lui-même le bois nécessaire pour le brûler. Dans tous les temps l’intolérance religieuse porta les hommes à commettre de semblables actes de barbarie : cette intolérance, commune à toutes les sectes, produisit des effets plus ou moins funestes, suivant le caractère des peuples et les différentes époques; c’est d’elle que les infidèles ont dit :

Tantum rcligio jjotuil suadere malorum !

observation qui n’a de vérité que lorsque la politique se mêle à la religion et dénature le génie du christianisme.

Charles V, au plus haut période de sa gloire, n’avait pas été capable d’empêcher que les corsaires d’Afrique n’étendissent leurs déprédations sur les côtes de son empire. Ils devinrent encore plus audacieux après l’abdication de ce monarque , et ravagèrent tout le littoral de la Méditerranée. Le nom de Barberousse n’avait pas été plus redouté que ne l’était alors celui de Dragut , qui avait soumis une grande partie de l’ile de Corse. Philippe, libre du côté de la France, résolut de châtier ces pirates. Lu armement composé de cent vaisseaux de guerre et de transport, et de quatorze mille hommes de vieilles troupes, sous le commandement du duc de Médina- Céli, vice-roi de Sicile, mit à la voile du port de Syracuse, et gouverna vers Tripoli, qui était la retraite principale de Dragut. Les talents du comman-

dant en chef n’étaient pas proportionnés à l’entreprise. Ses préparatifs avaient été faits avec si peu de prévoyance, que la flotte perdit, dans le port même de Syracuse, près de quatre mille soldats par des maladies que des provisions mal-saines occasionnèrent. Lorsqu’il arriva sur la côte d’Afrique, au lieu d’attaquer immédiatement Tripoli, il consuma le temps à fortifier l’île de Gerba. Dragut était alors engagé dans une guerre contre un des princes indépendants de. Barbarie ; il abandonna ses projets de conquête pour défendre ses possessions. Le temps que les Espagnols avaient perdu lui permit de réunir ses vaisseaux dispersés : les escadres de la Porte se joignirent à celles de Barbarie. A leur approche , le mauvais état des troupes ne permettant pas au duc de Médina- Céli de hasarder le combat, il donna le signal de la retraite, qui se fit dans le plus grand désordre. Plusieurs vaisseaux se perdirent dans les bas-fonds, ou se brisèrent contre les rochers. Les Turcs en prirent trente : mille vieux soldats périrent : cinq mille furent faits prisonniers; et le duc se retira à Malte avec ses principaux officiers.

Dès que la flotte espagnole fut éloignée, Dragut assiégea la forteresse de Gerba, dont la défense était eonfiée au brave don Alvaro de Sandez. Un corps de douze mille Turcs, sous la conduite de Piala, le plus habile des commandants du Grand-Seigneur, vint soutenir l’attaque des Maures. Animés par l’exemple de leur chef, les Espagnols repoussèrent l’ennemi

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pendant quelques jours avec une grande valeur. Le canon des Turcs avait abattu les fortifications : Alvaro et sa garnison, réduite alors à mille hommes, résolurent de périr ou de s’ouvrir un passage, l’épée à la main, à travers l’armée ennemie. Sortant au milieu de la nuit, ils répandirent la terreur et le carnage dans le camp des infidèles : ils étaient parvenus près de la tente du général, lorsqu’ils furent arrêtés par les janissaires. Entourés de tous côtés, ils défendirent vaillamment leur vie et tombèrent couverts de blessures. Alvaro , suivi de deux des siens , força le passage, et, parvenu sur le rivage, regagna les débris d’un vaisseau. On l’aperçut le lendemain matin qui attendait l’ennemi avec intrépidité. Le général turc Piali admira sa valeur, et l’assura d’un traitement honorable. Alvaro mit bas les armes; après une courte captivité à Constantinople, son souverain paya sa rançon.

Les succès de Dragut excitèrent l’émulation des autres pirates. Hassan , vice-roi d’Alger et fils de Barberousse, après avoir rassemblé une armée de cent mille hommes et une flotte composée de trente vaisseaux, mit le siège devant la forteresse de Mazarquiver, qui avait été enlevée aux Maures ainsi que celle d’Oran par le cardinal Ximénès. Le danger dont cette place importante était menacée réveilla Philippe et lui fit faire de grands apprêts. Une flotte nombreuse se rassembla dans les ports d’Espagne et d’Italie, sous le commandement de don Francisco Mendoza , et

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