‹ Histoire D'Espagne (volume 2)Chapitre 11 sur 34 · IO/J · texte numérisé non relu

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parut bientôt sur les côtes d’Afrique. La fortune commença à favoriser les armes de Philippe : les corsaires de Barbarie apprirent à leur tour à trembler. La flotte et l’armée de Philippe attaquèrent la forteresse de Pennon Yelez, retraite de Gara Mustapha. Cet homme, d’abord simple matelot, était parvenu, par son esprit audacieux et le succès de ses courses ■> à équiper une escadre de galères, avec lesquelles il ravageait les côtes de la Méditerranée. Situé sur un rocher élevé et à pic, séparé du continent par un canal, et accessible d’un seul côté par un chemin étroit, Pennon de Velez paraissait inexpugnable. La lâcheté du gouverneur auquel Mustapha avait, confié la défense de ce fort en facilita la conquête.

La joie que ces succès excitèrent dans toute la chrétienté fit bientôt place à de nouvellas craintes. Soliman se considérait comme le protecteur des disciples de Mahomet : sa puissance et scs talents n’étaient point au-dessous de cette tâche difficile, et ses apprêts immenses annonçaient un grand effort. On ignorait seulement de quel côté cet orage fondrait. Même dans les conseils de l’empereur ottoman on était indécis si l’attaque serait dirigée d’abord sur la Sicile ou sur Malte. Soliman voulut tenter cette dernière conquête; la grandeur de son armement répondait à la difficulté de l’entreprise. Le courage et la persévérance des chevaliers de l’ordre, joints' à l’intrépidité du grand-maître, Jean de la Valette, déjouèrent tous les efforts de la puissance otto-

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niane. La mémorable défense de l’île de Malte, qui soutint un siège de quatre mois, sera toujours considérée, dans l’histoire militaire, comme l’un des plus grands exploits (i). Les Maltais avaient constamment espéré, pendant ce temps de danger, que les Espagnols, qui avaient une flotte dans les eaux de la Sicile, viendraient à leur secours. Mais Philippe, par une politique intéressée et mal entendue, ne voulut point exposer ses forces avant d’avoir détruit le pouvoir des Turcs. Lorsque l’armée de ces derniers, qui montait d’abord à quarante mille hommes, fut réduite au-dessous de seize mille, Philippe donna l’ordre au vice-roi de Sicile d’envoyer la flotte au secours des chevaliers. Vers le milieu de septembre, six mille soldats, sous la conduite d’Alvaro de Sandez, le même qui avait montré tant d’intrépidité au siège de Gerba, débarquèrent dans l’ile. Don Alvaro marcha aussitôt à l’ennemi : les Turcs furent mis en déroute : le grand-visir Mustapha eut peine à rejoindre sa flotte , et plus de deux mille de ses braves janissaires périrent sous le fer des Espagnols (a).

L’échec que les armes ottomanes avaient reçu devant Malte délivra Philippe des craintes qu’il avait eues pour la Sicile. Rassuré du côté de l’étranger ,

(1) L’île de Malte fut donnée aux chevaliers de St-Jean de Jérusalem lorsque ceux-ci furent chassés de Rhodes par Soliman.

(2) Voyez l’abbé Ver tôt; Siège de Malte .

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ce monarque eut tout à redouter de ses propres états : ils renfermaient les semences de la guerre civile, qui produisit bientôt des effets plus pernicieux que ceux qui auraient pu résulter de l’invasion de l’ennemi. L’Espagne était contenue par la présence des armées du roi et par l’inquisition. Les Pays-Bas seuls avaient conservé quelque indépendance. À une époque très-reculée, ces provinces formaient des états indépendants , gouvernés par leurs ducs et leurs comtes respectifs. Ceux-ci, engagés dans des guerres presque continuelles, soit entre eux, soit avec les puissances voisines, étaient obligés d’avoir recours à leurs sujets pour en obtenir des subsides. Ces seigneurs suzerains n’obtenaient ordinairement ces secours d’argent qu’en accordant des concessions en retour : ce fut ainsi que les cités, les nobles et le clergé acquirent des privilèges si étendus. La forme de la constitution était monarchique, mais son essence était républicaine. L’autorité suprême résidait dans l’assemblée des états , dont les membres avaient la faculté de se réunir aussi souvent qu’ils le jugeaient nécessaire. On ne pouvait promulguer aucune loi , lever aucun impôt, faire la guerre, ou admettre des étrangers dans aucune branche de l’administration, sans le consentement des états. Les princes flamands régnaient suivant l’ordre de succession , mais leurs principales fonctions consistaientàcoinmander les armées.

Des conquêtes et des alliances firent passer ces provinces dans la maison de Bourgogne : la consti-

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tution demeura presque la même. L’industrie et le commerce florissaient sous l’influence de la liberté. Bruges et après elle Anvers devinrent les deux grands entrepôts du Nord. Gand fut renommé pour l’excellence de ses laines, et Arras pour la beauté de ses tapisseries. Presque chaque ville fut enrichie par ses manufactures, et l’opulence de ces provinces excita l'étonnement des contrées voisines.

A l’extinction de la ligne masculine de la maison de Bourgogne, par la mort de Charles-le-Téméraire, la souveraineté de ses domaines revint à Marie, sa fille et son héritière , qui avait épousé Maximilien , roi <}es Romains. L’avènement de leur petit - fils Charles V aux trônes d’Espagne et d’Allemagne , en le rendant trop puissant pour s’assujétir aux lois de ses peuples , fut fatal aux libertés des Pays-Bas. Ce monarque introduisit des troupes étrangères dans ces provinces , et se joua souvent de leurs privilèges. Mais la Flandre était le lieu de sa naissance : il avait conservé de l’attachement pour les Flamands ; il en eut toujours un grand nombre près de sa personne , leur confia les charges les plus importantes de la couronne, et fut récompensé de la préférence qu’il leur accordait par leur zèle pour sa gloire et leur dévoûment à sa personne.

Ni le caractère ni la conduite de Philippe n’étaient propres à lui concilier les mêmes affections. Sa réserve orgueilleuse, sa bigoterie , déplaisaient aux Flamands. Les opinions des réformés s’étaient ac-

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créditées ; et des iioimnes élevés au sein de la liberté répugnaient à se soumettre à un esclavage religieux. Charles s’était efforcé d’étouffer dans sa naissance les germes des nouvelles doctrines, et avait lancé plusieurs édits à ce sujet ; mais lorsqu’il vit que les protestants se disposaient à émigrer et à transporter ailleurs leurs richesses , sa prudence lui fit suspendre des mesures qui eussent dépeuplé un pays duquel il tirait la plus grande partie de son revenu. Philippe, méprisant ces hautes considérations, fit revivre , dès le commencement de son règne , ces édits oubliés depuis long - temps. Il établit aussi , pour extirper l’hérésie , un tribunal qui ne fut point , il est vrai , décoré du nom d’inquisition , mais qui fut armé de tous les pouvoirs de cette redoutable insti tution. Le nombre des troupes espagnoles restées dans les Pays - Bas , leur rapacité et leur insolence augmentèrent le mécontentement du peuple. Des plaintes en furent portées au pied du trône avant le départ de Philippe pour l’Espagne ; ce monarque écouta avec un silence dédaigneux les représentations des Etats , et , se refusant à employer aucun moyen conciliant , résolut de maintenir son autorité par la force.

Marguerite , duchesse de Parme , avait reçu de Philippe le gouvernement des Pays-Bas ; cette princesse penchait pour des mesures modérées ; mais bien qu’elle eût le titre de régente , le pouvoir absolu était entre les mains du cardinal Grenville ,

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homme d’une basse extraction , mais doué de grands talents , intrépide , et attaché , par reconnaissance et par intérêt , au souverain pontife et à Philippe. Inaccessible à la pitié, il enchérissait encore sur la cruauté des édits de son souverain , et violait avec une tyrannie inouie la constitution des provinces. Son arrogance et sou intolérance religieuse devinrent fatales à son élévation. Le célèbre Guillaume de Nassau, prince d’Orange, et les comtes d’Egmont et de Horn , les trois personnages les plus illustres de la noblesse flamande , portèrent leurs plaintes au roi (i). Dans la lettre qu’ils lui adressèrent, les mécontentements du peuple furent attribués à la conduite impérieuse du cardinal. Philippe , naturellement inflexible , refusa de renvoyer son ministre. Grenville, voyant qu’il était devenu un objet de haine pour les Flamands , céda à l’orage ; convaincu de l’inefficacité de ses mesures, il sollicita son rappel, et se retira prudemment des troubles qu’il avait luimême excités.

La retraite de ce ministre fut loin de rendre la tranquillité au pays : son influence avait été transportée à deux de ses créatures , Vigilius et Barlaimont , qui continuèrent à persécuter les protestants. L’aspect menaçant des affaires alarma à la fin la régente. Elle résolut d’envoyer en Espagne l’un des nobles qui avait le plus de crédit à la cour , pour

(i) Strada, de Bello Belgico, iib. a.

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