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représenter à Philippe l’état d’agitation des provinces , et elle fit choix du comte d’Egmont. La réception du comte fut des plus flatteuses : Philippe le traita avec une attention marquée , et sut se l’attacher par des présents magnifiques et des promesses brillantes. Il joignit à ces faveurs personnelles des expressions qui firent croire au comte que son ambassade avait eu tout le succès qu’il espérait, et que son pays allait enfin recouvrer sa liberté. Egmont, franc et sincère , étant trompé par ces apparences , revint en Flandre vanter la générosité du monarque, et justifier ses intentions. Le prince d’Orange, plus circonspect et plus soupçonneux, ne fut pas aussi aisément la dupe de Philippe. La conduite de celuici dévoila bientôt ses projets. Il ordonna que l’on sévît avec la plus grande rigueur contre ceux qui ne se soumettraient pas aux édits de la cour de Rome, et un grand nombre de ses sujets périt victime de ses persécutions.
Le prince d’Orange, Egmont et Hom se conduisaient avec sagesse et loyauté, et se bornaient à faire des remontrances au roi : leur modération fut désapprouvée par Philippe de Marnix , seigneur de Ste- Aldégonde , l’un des nobles les plus distingués par son habileté et son éloquence. Il fit paraître un mémoire dans lequel il représentait avec force les moyens dont on s’était servi pour égarer les Flamands. Après avoir démontré les funestes effets de l’inquisition introduite dans les provinces, et qui
violait si ouvertement les lois établies , les membres de cette confédération , qui avaient apposé leur signature au bas de cet écrit , déclarèrent qu’ils formaient une ligue sacrée , et confirmèrent par un serment solennel la résolution où ils étaient de s’opposer de tous leurs moyens aux prétentions de ce tribunal illégal. Ils protestaient en même temps de leur obéissance au souverain , et déclaraient que le seul objet de leur confédération était de résister à la tyrannie , sans aucun désir de renverser la religion établie.
Les vues ostensibles de la ligue furent approuvées presque généralement; les catholiques les plus recommandables voulurent signer le mémoire. Afin de remplir leurs engagements , les confédérés , au nombre de trois à quatre cents , presque toQs nobles et d’une grande influence dans le pays , se rendirent à Bruxelles, et demandèrent la permission d’expliquer leurs sentiments à la régente. Ils allèrent en ordre au palais , où ils reçurent une audience de Marguerite. Là , ils renouvelèrent leur serment de fidélité; mais ils exprimèrent leurs craintes que, si l’on s’obstinait à suivre ce système de rigueurs , une révolte générale n’en fût l’infaillible conséquence, et demandèrent que l’on envoyât des députés à Madrid pour instruire le roi de la situation des affaires. Une conduite aussi ferme intimida la régente. Elle donna des instructions aux inquisiteurs, pour qu’ils missent plus de modération à l’égard des protestants,
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et leur enjoignit de ne punir que ceux qui étaient convaincus de sédition. Elle choisit le marquis de Mons et le baron de Montigny , deux membres de la ligue, pour porter devant le roi la pétition des confédérés.
L’esprit des protestants était trop violemment agité pour souffrir le plus léger retard : ils demandaient à grands cris que l’on fît droit à leurs plaintes ; et , dans un moment d’enthousiasme religieux , une populace fanatique se souleva ouvertement. Se précipitant dans les églises , elle les dépouilla de leurs ornements , défigura les statues des saints , et renversa les autels. Orange, Egmont et Horn parvinrent par leur fermeté et leur habileté à réprimer ces outrages. Leur influence fit abandonner par le peuple plusieurs chefs de l’émeute , qui furent punis de mort; on rendit les vases sacrés ainsi que d’autres objets précieux , et la tranquillité de l’église fut rétablie. Des services aussi éclatants ne purent cependant effacer de l’esprit de Philippe les soupçons qu’il avait conçus sur ces trois seigneurs. Leurs remontrances contre la présence des troupes espagnoles, contre l’inquisition et l’administration de Grenville , l’attachement qu’ils avaient toujours montré pour la liberté constitutionnelle de leur pays , avaient excité en lui un ressentiment que rien ne pouvait affaiblir. Le duc d’Albe, dans une lettre adressée à la gouvernante, l’informait que le roi , regardant le prince d'Orange et les comtes d’Egmont et de Horn comme les au-
teurs îles troubles de la Flandre , avait juré de les punir d’une manière exemplaire. Cette lettre étant tombée au pouvoir du prince d’Orange, celui-ci la communiqua à Egmont et à Horn , et les avertit de se préparer à repousser l’orage dont ils étaient menacés; mais Egmont, que les protestations de' Philippe avaient séduit, refusa de prendre des précautions qu’il croyait inutiles, et la confiance qi/il eut dans l’honneur de son souverain lui coûta la vie.
La gouvernante reçut d’Espagne des sommes considérables, et l’ordre de lever, parmi les catholiques, un grand nombre de troupes. Plusieurs régiments d’infanterie et de cavalerie furent mis aussitôt sur pied et confiés au commandement d’officiers distingués par leur zèle pour la religion romaine , et un dévoûment aveugle pour les volontés de la cour. Ces troupes furent envoyées dans les différentes forteresses , afin d’effrayer les villes rebelles. Les habitants de Valenciennes, qui professaient les nouvelles doctrines , refusèrent de recevoir une garnison dans la citadelle. Le seigneur de Noircarines, pour punir leur présomption , investit la ville avecun corps de troupes considérable. Le canon des catholiques dissipa bientôt l’enthousiasme des habitants , et les força d’ouvrir leurs portes (i). Leur témérité fut punie par la mort des chefs de la révolte, et par la proscription de la religion protes-
(i) Strada, de Bello Belgico, lib. i.
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tante. Tournay et Anvers craignirent le sort de Valenciennes, et reçurent dans leurs citadelles une force année qui opprima les habitants dans l’exercice de leurs droits civils, et de leur religion. Les confédérés, ayant à leur tête le comte Brederode, présentèrent une seconde pétition. -Mais la conduite que tint leur gouvernante dans cette occasion leur prouva que le moment favorable était passé : elle refusa de les admettre en sa présence, et la seule réponse quelle leur fit faire, fut, qu’en encourageant la révolte , ils avaient perdu le droit d’être écoutés.
Exaspéré par ce traitement , Brederode prit les armes. La Hollande révéra un chef qui descendait de ses anciens comtes. Les protestants se réunirent sous son étendard ; l’approche des comtes d’Aremberg et de Megen, qui s’avançaient avec des forces supérieures, l’obligea à se retirer en Allemagne. Sa retraite parut anéantir les espérances des protestants. Le calme le plus profond succéda à la tempête , et les seigneurs semblèrent rivaliser entre eux à qui donnerait le plus de preuves de zèle pour le roi ej. pour l’église.
5 Si Philippe avait pu se satisfaire de la soumission des Pays-Bas , la prudence et la vigueur de la gouvernante avaient su préparer leur tranquillité et leur future obéissance ; mais l’esprit tyrannique et superstitieux du monarque le porta à croire que l'honneur de la couronne et la sûreté de l’église exigeaient l’établissement du despotisme et l’extirpation
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de l’hérésie. Guidé par de tels sentiments, il envoya en Flandre le duc d’Albe, à la tête d’une armée composée de troupes espagnoles, italiennes et allemandes. Sévère et implacable , Albe était l’homme qui convenait le mieux pour exécuter les volontés sanguinaires de son maître : la nouvelle de sa nomination répandit la terreur et l’effroi dans toutes les provinces. Le prince d’Orange résolut d’échapper aux persécutions en se retirant en Allemagne, et voulut persuader au comte d’Egmont de l’accompagner dans sa fuite. Le trouvant sourd à ses conseils, il lui dit ces paroles mémorables : « Vous serez le « pont sur lequel le duc d’Albe entrera dans les «Pays-Bas; et lorsqu’il aura passé dessus, il le dé- « truira. »
La prédiction du prince d’Orange ne tarda pas à se vérifier. Le duc d’Albe entra dans Bruxelles et fit Usage des pouvoirs extraordinaires dont il était armé. Sous lé prétexte d’une conférence, les comtes d’Egmont et deHorn furent invités à se rendre dans le palais du duc; ils y furent arrêtés et envoyés prisonniers au château deGand. La duchesse de Parme , gouvernante des Pays-Bas , désapprouva cette mesure arbitraire ; et voyant que son autorité devenait nulle, par la commission extraordinaire que le roi avait donnée au duc , cette princesse se décida à quitter uu poste dans lequel on avait blessé ses sentiments et insulté à sa dignité. Après avoir représenté à Philippe les fatales conséquences qui résulteraient in-