‹ Histoire D'Espagne (volume 2)Chapitre 13 sur 34 · H I ST O III F · texte numérisé non relu

H I ST O III F

I ifi

iailliblement de son despotisme et de sa tyrannie* elle résigna la régence : son départ laissa le duc d’Albe continuer ses exécutions (i).

Tandis que d’Albe tyrannisait les Flamands, son maître faisait partager à sa propre famille les souffrances de ses sujets. Don Carlos, fils aîné de Philippe, prince de peu de capacité, et susceptible de passions violentes* fut accusé d’avoir voulu passer en Flandre pour se mettre à la tête des mécontents. Ce projet extravagant d’un jeune insensé devait exciter la pitié autant que la colère de son père. Mais lame de Philippe était endurcie contre les plus tendres émotions. Don Carlos fut arrêté en sa présence, dépouillé des marques de sa dignité, et renfermé étroitement. Conformément à la volonté de ce père inexorable, le tribunal de l’inquisition le prononça coupable. Un voile obscur a couvert les derniers moments de ce prince infortuné, et l’histoire n’a pu en révéler le secret.

Les Flamands avaient bien peu à espérer d’un monarque qui n’avait pas même épargné son fils. Une inquisition sévère avait déjà été établie contre ceux qui , pour défendre leurs droits , -osaient résister à la ■volontédu roi: l’âge, le sexe, la condition, rien ne pouvait garantir de la hache du bourreau ; il n’y avait de salut que dans la plus aveugle soumission. Des juges avides dépouillèrent de leurs propriétés un

- ■■{iV Fhiïi. Strada, de Bello Belgico, lib. i.

rl 7

grand nombre de ces malheureux flamands , et les réduisirent à la mendicité;les persécutions duducd’Albt furent telles, que, dans l’espace d’une année, plus de cent mille personnes abandonnèrent leurs demeures et se réfugièrent dans les pays étrangers. Ils y portèrent leur industrie et leurs talents , et y firent fleurir ces arts et ces manufactures qui avaient enrichi les Pays-Bas : c’est ainsi que la tyrannie de Philippe appauvrit ses états et fit refluer dans ceux de ses ennemis tout l’or que le commerce des Flamands attirait auparavant dans les Provinces-Unies.'

Le prince d’Orange avait échappé par la fuite aux pièges que lui tendaient ses ennemis ; mais ses biens avaient été confisqués, et son fils aîné, le comte de Bureh, pendant qu’il suivait le cours de ses études dans l’université de Louvain, avait été arrêté et conduit à Madrid. Ses propres offenses et les maux que l’on faisait souffrir à son pays, forcèrent le prince d’Orange à agir. Soutenu par les princes luthériens d'Allemagne, qui étaient touchés de compassion pour les infortunes de leurs frères, il fut en état de lever un corps considérable de troupes, pendant que les Flamands exilés se rangeaient sous la bannière de son frère, le comte Louis de Nassau. Celui-ci, suivi de son frère Adolphe, entra dans les Pays-Bas. Le comte d’Aremberg, qui s’avançait avec un détachement d’Espagnols, trouva son adversaire retranché dans une forte position et sur une hauteur, ayant un marais profond qui couvrait sa ligne. Il était disposé

Page 1