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Pays-Bas, et obtenir la couronne de France, soit pour lui , soit pour sa famille. Voyant que ses armes ne pouvaient lui procurer aucun avantage durable, il chercha , par ses négociations , à placer sa fille Isabelle sur le trône de France. Le duc de Feria, son ambassadeur auprès de cette cour, en fit la proposition à l’assemblée des Etats, à Paris: Même les plus exagérés du parti catholique eurent en horreur cette mesure, qui eût fait de la France une province de l’Espagne; cependant, convaincus de leur inhabileté à combattre Henri, à moins qu’ils ne fussent soutenus par Philippe, ils cachèrent leurs véritables sentiments, et parurent seulement inquiets sur le choix d’un époux pour Isabelle.
Le roi d’Espagne et le parti catholique de France, cherchant à se tromper l’un l’autre, s'embarrassaient dans leurs intrigues, lorsqu’un événement aussi inattendu qu’important vint les surprendre et déjouer leurs machinations. Henri abjura la religion protestante, dans l’église de St-Denis, le a 5 juillet 169;}, et fit profession de suivre la foi catholique. Gette abjuration fut fatale à l'ambition de Philippe. Au lieu de renoncer à des traînes désormais superflues , -ce monarque y mit encore plus d’ardeur , et offrit la rhain de sa fille Isabelle au fils du duc de Mayenne. Cette proposition flatteuse attacha Ce chef puissant au parti de Philippe, et ils résolurent de combattre Henri avec plus de vigtieur.
Toutefois le atoi d’Espagne était loin de pouvoir
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accomplir scs vastes et ambitieux projets. Depuis la mort du prince de Parme , Philippe n’avait plus aucun général qui fût. digne d’entrer en lice avec le roi de France. Ses coffres étaient épuisés ; son crédit avait tellement baissé, que les Génois et les autres marchands italiens desquels il avait emprunté plusieurs millions , refusaient de lui en prêter davantage. En Flandre, ses généraux étaient hors d’état de lever de nouvelles recrues, et ne pouvaient même conserver leur autorité sur le soldat, qui se révoltait pour avoir ses arrérages. Les troupes italiennes et espagnoles se soulevèrent ouvertement: elles élurent de nouveaux officiers et un commandant en chef, et levèrent des contributions de toute nature suc les habitants des provinces méridionales. Leur exemple fut bientôt suivi par les troupes wallones : le pays fut pillé sans aucune pitié; et les Flamands ne souffrirent jamais autant de leurs ennemis avoués que de leurs prétendus protecteurs.
A la mort du prince de Parme, le gouvernement avait été confié au comte de Mansveldt. L’année suivante, ce comte étant venu en France, à la tête do quelques troupes, pour soutenir la ligue, Ernest, archiduc d’Autriche , avait pris le commandement des Pays-Bas. Mais Paris avait déjà reconnu Henri IV, et le général espagnol retira seulement de son voyage la conviction que toutes les espérances de son maître sur la couronne de France étaient illusoires. L’archiduc n’avait pas été capable de résister aux armes
de Maurice et aux mutineries de ses propres soldats; des fatigues et des chagrins continuels ruinèrent la , 5 ^ santé d’Ernest : il mourut, et eut pour successeur le comte de Fuen tes, .dont la courte administration fut remarquable par la réduction de Cambrai sous la domination espagnole.
Sous Fuentes, la fortune chancelante de Philippe sembla se raffermir; mais ce monarque n’en confia pas moins le gouvernement des Pays-Bas à l’archiduc Albert , qui avait été pendant quelque temps vice-roi de Portugal. Le nouveau gouverneur était accompagné de Philippe Guillaume, fils aîné du prince d’Orange : la politique du roi d’Espagne l’avait déterminé à rendre la liberté à ce prince, dans l’espoir que ses prétentions diviseraient l’influence de la maison de Nassau. La prudence et l’équité du prince Maurice trompèrent ses vues : il rendit à son frère aîné l’héritage de leur père. Philippe Guillaume, que son éducation espagnole et son attachement à la religion catholique empêchaient d’acquérir aucune influence dans les provinces révoltées, passa ses jours dans une heureuse obscurité.
L’archiduc Albert conduisit avec succès des opérations vigoureuses sur les frontières de France et celles des Provinces-IInies. Pendant que Henri IV était occupé à la réduction de La Fère, l’archiduc prit l’importante \ille de Calais; la forteresse d’Ardres se rendit peu après. L’approche de Henri l’obligea à quitter la Picardie. Albert, dirigeant toutes ses
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forces contre les Provinces-Unies, se rendit maître de Hulst, place que la nature du terrain , scs fortifications, et une nombreuse garnison , rendaient extrêmement difficile à prendre. Tandis que ses armes étaient occupées de ce côté, le maréchal de Biron fit une irruption dans l’Artois, attira les troupes espagnoles dans une embuscade, et, après les avoir complètement battues , ravagea les provinces méridionales.
Telle était la situation des Pays-Bas, lorsque la guerre, portée sur le territoire de l’Espagne, lui fit éprouver des malheurs dont elle était exempte depuis si long-temps. Depuis la défaite de l’Armada, Philippe avait cherché à réparer ses pertes et à laver la honte d’une telle expédition. Il méditait, depuis longtemps, d’attaquer l’Irlande. Cette conquête lui paraissait facile; et il avait rassemblé, pour l’effectuer, des forces navales suffisantes. La reine d’Angleterre, pour éloigner le danger qui menaçait ses états, arma cent cinquante vaisseaux ayant à bord sept mille matelots et huit mille soldats. La flotte était commandée par lord Howard d’Effingham , et les forces de terre étaient sous la direction du comte d’Essex (i). Vingt-deux voiles hollandaises et sept mille hommes de troupes se joignirent à l’escadre anglaise. La destination de cet armement était restée cachée jusqu’au
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moment où il parut devant Cadix. Les Espagnols 1596.
(1) Voyez Stowe, p. 772. Cambden, p. Thji.
surpris n’étaient pas préparés à la défense (1). Les vaisseaux de guerre, cependant, étant rangés à l’entrée de la baie, résistèrent depuis le matin jusques à midi à la force supérieure des Anglais ; à la fin , les Espagnols furent accablés; plusieurs de leurs vaisseaux furent pris, d’autres furent coulés bas, et le reste s’échoua sur le rivage.
Pendant ce temps, le comte d’Essex débarquait ses troupes : des Espagnols s’avancèrent pour couper sa marche, ils furent repoussés jusque dans la ville, où les Anglais entrèrent pêle-mêle avec eux. Cadix, prise ainsi presque sans résistance, fut pillée par les Anglais : 1 e butin fut immense, et il aurait été encore plus considérable si le duc de Médina n’eût pas fait mettre le feu aux vaisseaux marchands qui étaient dans le port. Les pertes que Philippe et ses sujets essuyèrent dans celte occasion, furent estimées à deux millions de ducats (2). Le comte voulait prendre possession de Cadix ; mais tous les autres officiers considérèrent ce dessein comme chimérique, et, craignant l’approche de l’armée espagnole, ils se hâtèrent de se rembarquer avec leur butin, et firent voile pour l’Angleterre.
Pour venger cette perte et l’outrage qui lui avait
(1) Pour le détail de eet engagement, voyez Cambdett, p. Sga, etc.
(2) Stowe dit que cent pièces de canon furent prises ou détruites par les Anglais. Stowe, p. 775.
été fait, Philippe poursuivit avec une nouvelle ardeur ses projets sur l’Irlande. L’arrivée de galions qui lui rapportaient de l’or de ses possessions américaines, lui fournit les moyens d’équiper cent vingthuit vaisseaux de guerre et de transport, ayant quatorze. mille soldats à bord , outre uu grand nombre de réfugiés irlandais, et une immense quantité de vivres et de munitions de guerre. Élisabeth et ses ministres, plongés dans une sécurité trompeuse par les succès que la flotte anglaise avait remportés à Cadix , avaient fait peu d’attention aux apprêts de Philippe et ignoraient son dessein. La flotte espagnole, commandée par don Martin de Padilla, sortit du Ferrol ; et si elle avait pu atteindre le lieu de sa destination, les conséquences en eussent été fatales au pouvoir des Anglais eu Irlande. Mais la providence en ordonna autrement. Une violente tempête assaillit l’escadre espagnole à la hauteur du cap Finistère , et engloutit quarante de ses vaisseaux. Padilla rentra dans le port du Ferrol , et l’entreprise fut abandonnée.
En France, comme dans les Pays-Bas, les armes de Philippe éprouvèrent une alternative de succès et: de revers. Près de Turnhout , cinq mille Espagnols, commandés par le comte de Vares, par suite de l’incapacité do leur, chef, furent défaits par le prince- Maurice. La victoire, de ce prince fut complète; tiens mille Espagnols et leur général Vares huent tués. Cette perte fut compensée par la prise d’Amiens, qui
fut enlevée à l’improviste par un corps de trois mille Espagnols, sous les ordres de Porto-Carero , gouverneur de Doulens. Henri ÏV résolut de recouvrer, s’il était possible , une ville d’une telle importance et qui ouvrait le chemin de sa capitale : il se mit à la tête de son armée et investit Amiens : les travaux du siège furent conduits avec vigueur.
Le mauvais état des finances de Philippe entravait toujours ses opérations. Les banquiers de Gênes et d’Anvers refusaient de souscrire à l’emprunt qu’il avait ouvert : pendant plus de cinq mois l’archiduc, ne recevant aucun argent de Madrid , fut contraint à rester dans l’inaction. Recevant enfin quelque secours du roi d’Espagne, Albert conduisit vingt mille hommes à la défense d’Amiens. Henri se tint prudemment renfermé dans ses retranchements ; l’archiduc ne pouvant réussir à lui faire accepter le combat, fut obligé de se retirer et d’abandonner Amiens. Albert n’était parvenu à former cette armée qu’en affaiblissant les garnisons de la Flandre; le prince Maurice, profitant de cette circonstance, s’empara de plusieurs villes et repoussa Iss Espagnols de l’autre côté du Rhin.
Tant de revers ouvrirent à la fin les yeux de Philippe sur la vanité des projets qui l’avaient si longtemps abusé. Son âge avancé et sa santé délabrée l’avertissaient d’une fin prochaine : il ne voulait pas laisser son jeune successeur embarrassé dans une
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guerre douteuse et dangereuse. Henri IV, de son côté, désirait également la paix, afin d’établir son autorité et. de guérir les blessures de son peuple. La médiation du souverain pontife fit conclure à Vervins un traité de paix entre ces deux puissances. Henri IV abandonna ses droits sur Cambrai et obtint la restitution de Calais et des autres villes de France que Philippe avait acquises au prix du sang et de la fortune de son peuple , et dont la conquête , lors même que ces villes fussent restées en sa possession , eût été contrebalancée par les pertes que le soutien de la ligue avait fait essuyer à ce prince dans les Pays-Bas.
N’ayant plus rien à espérer sur la couronne de France, Philippe conçut le projet de transférer la souveraineté des Pays-Bas à sa fille Isabelle ^i), qu’il voulait donner en mariage à l’archiduc Albert. L’aversion de ces provinces pour la domination espagnole lui fit considérer cet abandon comme le seul moyen d’assurer leur possession dans sa famille. Il abdiqua solennellement Ja souveraineté des Pays-Bas et de la Bourgogne en faveur d’Isabelle et de son futur époux. Une des clauses de cet acte fut que leurs enfants ne pourraient pas se marier sans le consentement de la couronne d’Espagne; et qu’à défaut
(i) Hénault, par méprise, appelle cette princesse Clara Eugénie. Ahr. chron. an. i5g8.
HISTOJR K
de postérité , ces provinces seraient réversibles à l’Espagne.
Ce fut la dernière transaction importante du règne de Philippe II. Sa mort approchait; il la vit sans effroi, et ne parut jamais plus grand qu’à ses derniers moments. Une goutte héréditaire , devenue violente à mesure qu’il avançait en âge, avait miné sa constitution. Pendant plus de deux mois de souffrances inouies et au milieu des angoisses de la mort , il fit admirer sa patience, la fermeté de son esprit, et sa pieuse résignation. Ce témoignage lui est dû auprès de la postérité. Quelque temps avant sa mort , il fit placer son cercueil dans sa chambre et sous ses yeux. Il expira, le ia septembre dans la soixante-
douzième année de son âge et la quarante-troisième de son règne.
Les protestants ont représenté ce prince sous les plus noires couleurs , tandis que les catholiques se sont efforcés d’adoucir les traits les plus durs, de son caractère. Son ambition inquiète et sans borne lui fut commune avec tous ceux que le monde appelle de grands hommes, et peut trouver excuse auprès des politiques. L’histoireimpartialeexècrela bigoterie intolérante, le despotisme tyrannique de ce prince, et confesse qu'il hérita de tous les défauts de son père Charles V et de bien peu de ses vertus. Il eut la dissimulation et l’ambition de Charles V sans avoir sa douceur et sa magnanimité. L’excès de sa dévotion
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peut , en quelque faeon , être considéré comme le vice de son siècle, mais rien n’excuse son insensibilité et sa cruauté. Toutefois il ne fut point entièrement dépourvu de qualités. Ta prospérité ni le malheur ne troublèrent jamais le calme de son esprit : vigilant et infatigable, il eut toujours les yeux fixés sur chaque partie de son vaste empire : il examinait avec soin chaque branche de l’administration, surveillait la conduite de ses ministres avec une attention suivie, et montra beaucoup de sagacité dans le choix qu’il fit d’eux et de ses généraux, Élevé au milieu des intrigues de la politique et endurci dans la tyrannie, il fut étranger à toute pitié. Ses sujets, il est vrai , eurent rarement raison d’accuser sa justice, toutes les fois que sa dévotion ou i’ainour du pouvoir ne dirigeaient pas sa conduite. Philippe II fut le protecteur des arts. Le palais de l’Escurial montre dans sa lourde masse un défaut de goût qui fait encore mieux ressortir la manière élégante dont il est orné. Philippe fit continuer au Titien la pension que Charles Y lui avait accordée : Antonio Moro et Alonzo Callo, célèbres peintres Espagnols, furent soutenus par ses bontés et admis dans sa familiarité; et pendant tout le règne de ce prince, l’architecture, la sculpture et la peinr ture furent récompensées avec une magnificence royale.
Le caractère des princes n’inspire un véritable intérêt, et n’est d’une plus grande importance que
celui des autres hommes, que lorsqu’il influence la destinée des nations. Considérée sous ce rapport, l’administration de Philippe jette peu d’éclat sur sa mémoire. Les avantages que lui offraient les commencements de son règne ont été déjà décrits. Soutenues par ses armes , les prétentions d’un droit héréditaire confondirent en une seule monarchie les royaumes de Portugal et d’Espagne, ample dédommagement de la perte de la couronne impériale qui décorait le front de Charles V, son père, et qui ne put lui être transmise. Si Philippe n’eût point forcé les Flamands à la révolte par ses mesures arbitraires, ou si, consentant à effectuer une réconciliation en les rétablissant dans leurs privilèges, il eût dirigé son attention vers les progrès de l’agriculture et du commerce dans ses immenses territoires, l’union de l’Espagne et du Portugal aurait formé un empire plus riche et plus puissant que tous ceux que les plus grands conquérants eussent fondé jusqu’alors. L’Espagne, malgré des avantages qu’aucune autre nation ne posséda jamais , eut beaucoup à souffrir , pendant toute la durée de ce règne, d’une administration qui détruisait les bienfaits de la fortune. Philippe perdit les Pays-Has , la partie la plus riche et la plus commerciale de son royaume, par son intolérance religieuse, et rendit ainsi les Flamands ses ennemis implacables. La conduite de ce prince, à l’égard de ces provinces, montre une obstination qui est presque sans exemple dans les annales des gouvernements. La prudence
de Marguerite , duchesse de Parme , avait éteint les premières étincelles de la révolte; la tyrannie du souverain alluma de nouvelles flammes. Cependant, malgré les maux qu’il fit souffrir aux Flamands, ils furent les premiers à proposer une réconciliation, pourvu que l’on fît droit à leurs plaintes; et treize années de guerres continuelles s’étaient écoulées avant qu’aucune des provinces eût formellement annulé son serment de fidélité. L’inflexible Philippe persistait à maintenir son autorité par la terreur des supplices .Les richesses de l’Amérique furent épuisées en de vaines entreprises; et la postérité apprend avec étonnement que le souverain de tant d’états fut souvent dans l’impossibilité de payer ses armées. Ce règne si long fut une suite non interrompue de guerres sanglantes et ruineuses , et presque toutes causées par sa tyrannie et par son ambition. Ses sujets révoltés , et les peuples avec lesquels ils s’allièrent par nécessité, interceptèrent , sur tous les points, le commerce de son vaste et riche empire, accrurent leur fortune à ses dépens , et anéantirent ses forces navales. A mesure que l’opulence et le pouvoir desProvinces-Unies augmentaient , les ressources de l’Espagne diminuaient ; et la décadence de cette vaste monarchie date de l’époque du soulèvement des Flamands. Une juste et utile remarque , c’est que, bien que l’amour du pouvoir eût été la passion dominante de Philippe, et que sa vie entière
lyO HISTOIRE
eût été consumée dans des projets d’agrandissement, cependant les annales du monde entier offrent à peine l’exemple d’un Inonarque dont le règne ait été plus fatal à la grandeur de sa nation.