‹ Histoire D'Espagne (volume 2)Chapitre 24 sur 34 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Avènement de Philippe IV. — Grands desseins de son ministre le comte duc d’Olivarez. — Expiration de la trêve entre l’Espagne et les Provinces-Unies. — Spinola perd dix mille hommes devant Bergen-op-Zoom. — L’Espagne entre dans une guerre contre la France, l’Angleterre, la Savoie , et Venise. — Les Hollandais s’emparent d’une grande partie du Brésil, fondent la ville de Batavia, et ruinent les colonies et le commerce de l’Espagne. — Ligue entre les deux branches de la maison d’Autriche. — Succès des Hollandais sur mer. — L’armée espagnole de Flandre envahit la France. — Mesures vigoureuses du cardinal de Richelieu. — Aperçu sur la guerre. — Mécontentements en Espagne. — Révolte de la Catalogne. — Révolte du Portugal. — Conduite politique de Pinto de Ribeiro. — Élévation du duc de Bragance au trône de Portugal.

Philippe IV n’avait que seize ans lorsqne ia mort de son père fit passer en ses mains le sceptre d’Espagne. Sa jeunesse inexpérimentée fut dirigée par un ministre habile, il est vrai, mais dont les plans, plus audacieux que sages, contribuèrent à faire de l’Europe un vaste théâtre de guerres et de révolutions.

Les règnes contemporains de Philippe IV et de Louis XIII virent briller deux hommes d’état dont

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les noms tiennent un rang distingué datis l’histoire, et dont les efforts rivaux soutinrent les destinées de leurs maîtres. Le comte duc d’Olivarez, nouveau ministre d’Espagne, avait conçu les projets les plus vastes sans s’occuper des moyens de les mettre à exécution. Il voulait que son pupille prît le surnom de Grand ; et, pour justifier ce titre , il méditait de soumettre les Provinces-Unies à l’autorité de l’Espagne, et aspirait ouvertement à établir la domination de la maison d’Autriche sur toute l’Europe. L’habileté du cardinal de Richelieu déjoua ses projets. Ce célèbre ministre de Louis XIII joignait à l’audace du duc d’Olivarez des talents supérieurs pour l’exécution. Il voulut réduire les protestants de France, humilier la maison d’Autriche, et il y réussit également. L’administration vigoureuse de Richelieu prépara , sous un faible monarque , la grandeur de la France; l’ambition peu judicieuse d’Olivarez ha ta la decadence de l’Espagne.

Le commencement de sa carrière politique fut trouble par des revers. Sous le règne précédent, le gouverneur de Milan et les ministres de la cour de Madrid, couvrant leur ambition du voile de la religion, setaient emparés delà Valteline. Ils voulaient, disaient-ils, y faire dominer la religion catholique. Le pape , ayant moins de danger à redouter des Grisons protestants que des Espagnols catholiques, s’unit avec Venise, la Savoie et la France, dans le dessein d’arracher cette province à l’Espagne. Effrayé

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d’une coalition aussi formidable, Olivarez se désista de ses prétentions, et consentit à retirer les troupes espagnoles de la Valteline.

Malgré l’importance de cette province, qui ouvrait une communication entre le Milanez et l’Allemagne, il eût été en effet trop imprudent de provoquer une guerre en Italie au moment où la cour de Madrid voulait soumettre les Pays-Bas. La trêve conclue en 1609 était expirée; et le marquis de Spinola avait reçu l’ordre d’attaquer Bergen -op- Zoom. La force de cette place rendit ses efforts inutiles; il perdit plus de dix mille hommes, et fut obligé de lever le siège.

Tandis que l’on continuait en Flandre avec des succès variés les opérations de la guerre, les relations amicales qui existaient entre l’Espagne et l’Angleterre furent interrompues. Ces deux cours projetaient depuis long-temps le mariage du prince de Galles, depuis Charles I er , avec l’infante sœur de Philippe. Le voyage que Charles fit à Madrid détruisit les espérances des monarques anglais et espagnol (1).

Le prince de Galles ayant épousé, peu de temps après, Henriette de France, le cardinal de Richelieu , dont les vigoureux conseils dirigeaient toutes les mesures de Louis XIII, fit servir cette alliance à l’accomplissement de ses desseins. Les Espagnols n’a-

(1) Rapin's Hist. Eng. book 18 , p. aa 5 , etc.

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vaient pas rempli leur engagement devacuer la Valteline; la France, la Savoie et Venise se liguèrent pour les contraindre à exécuter ce traité. L’Angleterre entra dans cette coalition : le duc de Buckingham parvint à y faire consentir Jacques I er ; mais ce monarque mourut avant que la guerre ,g a 5 ne commençât. Jacques I er fut un des plus faibles princes qui portèrent le sceptre de l’Angleterre ; toutefois son règne pacifique, en favorisant le commerce, avait accru la richesse de son peuple, et avait ainsi préparé pour la grandeur nationale des bases plus solides qu’il n’en résulte ordinairement des guerres les plus heureuses.

La cour de Madrid, après avoir essayé vainement de s’emparer de la Valteline, fut obligée d’accéder à un traité qui confirmait aux Grisons la souveraineté de cette province.Les armes espagnoles soutinrent cependant leur réputation , et repoussèrent les Anglais dans uneattaque que ceux-ci firent contre Cadix. Toutefois la guerre contre l’Angleterre n’amena presque aucun événement important. Les Hollandais seuls portèrent à l’Espagne de terribles coups. L’année précédente ils avaient envoyé plusieurs escadres au Brésil et au Pérou, et s’étaient emparés d’une partie considérable du Brésil. Dans toutes les parties du globe ils ruinaient le commerce espagnol. La ville de Batavia, qu’ils avaient fondée sur les bords marécageux de l’ile de Java, croissait rapidement en richesses et en

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