Tome H. t i
HISTOIHE
puissance, et l’emportait sur les anciennes colonies portugaises, qui, depuis leur réduction sous la domination espagnole, avaient beaucoup perdu de leur importance commerciale, tandis que la compagnie hollandaise dominait sur les côtes de l’Asie.
Les blessures faites au commerce et à la mariue de l’Espagne ne pouvaient être guéries par les succès que ses armes remportaient en Europe. Les deux branches de la maison d’Autriche étaient liées plus étroitement que jamais. Les princes protestants d’Allemagne tremblaient au seul nom de Ferdinand : sa domination s’étendait sur l’Italie. Philippe fit valoir les droits de l’empereur comme seigneur souverain du duché de Mantoue, et soutint, par ses armes, le duc de Guastalla, qui en avait reçu l’investiture. Les bannières de l’Espagne flottèrent sur les tours de Mantoue. Spinola, après un siège de dix mois, se rendit maître de Iîreda; et, suivant quelques historiens, le chagrin que la reddition de cette ville donna au prince Maurice fut la cause de sa mort.
Philippe et Ferdinand croyaient leurs armes invincibles lorsque la fortune changea. Les Hollandais continuaient toujours à être victorieux sur mer : dans le$ Indes Occidentales, leur amiral, Pierre Adrien, rencontra les galions espagnols , s’empara des trésors qu’ils rapportaient, et brûla les vaisseaux. Pierre Hein, un autre do leurs commandants, captura une flotte ayant à bord pour une valeur de seize millions en espèces et en marchandises. Le parti des protes-
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tants de France avait été écrasé par le génie supérieur de Richelieu; et ce ministre, satisfait d’avoir détruit à jamais leur force, dirigea toutes ses opérations contre la maison d’Autriche.
Il eut l’habileté de faire partager au monarque l’ardeur dont il était animé. Louis XIII, allié et protecteur du duc de Nevers, qui réclamait le duché de Mantoue, se décida à marcher en personne au ' secours de Casai, qui était assiégé par Spinola. Ce général, dont les troupes étaient épuisées par les fatigues et la famine, redoublait d’activité pour emporter la place, malgré le peu de ressources qu’il avait à sa disposition, lorsque Louis, après avoir traversé les Alpes et envahi une grande partie du duché de Savoie, parut à la tête d’une armée nombreuse. Spinola était convaincu de l’impossibilité de lutter contre des forces aussi supérieures; cependant il avait reçu de son souverain l’ordre de persévérer dans cette entreprise , dont les résultats ne pouvaient être que funestes. Pendant qu’il prévoyait avec douleur et indignation les conséquences d’un combat avec le roi de France, il échappa à la honte d’une A D défaite par un traité conclu à Ratisbonne, dans le- i63o. quel l’empereur reconnaissait la souveraineté du duc de Névers sur le duché de Mantoue et sur le marquisat de Montferrat. Les fatigues et les contrariétés que le marquis de Spinola éprouva pendant cette campagne, et le chagrin que lui causa la cour de Madrid, dont les ministres avaient méprisé ses oon-
seils et accusé la lenteur de ses opérations, lui donnèrent une maladie de langueur. Sa mort, qui arriva peu de temps après, priva l’Espagne du plus habile de ses généraux.
Ferdinand avait jusqu’alors méprisé les libertés de l’Allemagne, et n’avait songé qu’à l’agrandissement de sa maison ; mais un traité conclu entre Richelieu et le célèbre Gustave Adolphe, roi de Suède, arrêta les projets ambitieux de l’empereur, et ralluma le feu de la guerre. La France accorda au roi de Suède un subside considérable ( 1 ), et ce monarque, suivi d’une armée de trente mille hommes, pénétra dans le cœur de l’empire. Ce traité et les conséquences qu’il entraîna changèrent totalement l’aspect des affaires en Allemagne, et finirent par humilier les deux branches de la maison d’Autriche.
La guerre entre les Impériaux et les Suédois fut commencée avec vigueur : les campagnes de i63i et i63a furent une suite de triomphes pour Gustave. La bataille de Lutzen, où périt glorieusement cet illustre prince, ranima les espérances de la maison d’Autriche. La cour de Madrid fit de grands efforts; vingt, mille hommes de vieilles troupes espagnoles et italiennes furent envoyés pour renforcer les armées de l’empire, et leur valeur rétablit la balance des forces pendant toute l’année i633. Ils
( 1 ) La France donna un subside de j,a5o,ooo livres, somme extraordinaire pour cette époque.
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arrêtèrent Jes progrès des Suédois, dont les conquêtes avaient été jusqu’alors si rapides, et la guerre se prolongea. Dans la campagne suivante, les Suédois furent défaits à Nordlingen, et laissèrent dix - huit mille hommes sur le champ de bataille. Philippe se flattait que lorsque Ferdinand aurait asservi les princes protestants d’Allemagne, ses armées victorieuses se répandraient dans les Pays-Bas, et réduiraient les Provinces-Uniessous le joug de l’Espagne. C’était dans cet espoir que la cour de Madrid avait dirigé toute son attention sur la soumission de l’empire, et que le duc d’ÇMivarez, poussé par ses désirs ambitieux, avaient allumé la guerre dans toute l’Europe, et sacrifié le bonheur de l’espèce humaine à son propre agrandissement. Aussi ambitieux et plus habile, Richelieu avait caché jusqu’alors ses desseins sur la maison d’Autriche, et s’était contenté d’agir comme allié de la Suède et du duc de Mantoue. Mais la mort de Gustave Adolphe et la défaite des Suédois à Nordlingen exigèrent qu’il prît des mesures plus décisives. La guerre fut déclarée à l’Espagne. Une armée française, commandée par les maréchaux Châtilion et Brice, ayant défait les Espagnols sous le prince Thomas de Savoie, joignit les Hollandais près de Maestricht. Les forces combinées de la France et des Provinces - Unies prirent Tirlemont et investirent Louvain : la mésintelligence des chefs les obligea de lever le siège, et cette armée formidable fut presque détruite par
la fatigue et les maladies. En Italie et sur les frontières de l’Allemagne et de la Suisse, les armées eurent des succès variés; mais, en général, les Espagnols et les Impériaux furent les plus maltraités.
La cour de Madrid voulant faire concourir des forces navales aux opérations de ses armées de terre, fit des dépenses énormes pour équiper une flotte destinée à ravager les côtes de la France. A peine cette flotte eut-elle quitté les ports d’Espagne qu’une violente tempête la dispersa. Les dommages quelle souffrit , furent promptement réparés , et elle réduisit les îles d’Hyères, près du port de Toulon. En Flandre , et sur les frontières de la France, la brillante campagne de i636 jeta une dernière lueur sur le déclin de la gloire de l’Espagne. Le prince Thomas de Savoie, à la tête d’une puissante armée, entra dans la Picardie, passa la Somme, prit la ville de Corbie, et répandit, par ses progrès, l’effroi daus tout Paris. Au milieu de la consternation publique, Richelieu montra un caractère ferme et un esprit fertile en expédients. U sut faire paraître les ressources cachées de l’état. Un arrêt du conseil décréta l’enrôlement immédiat d’un nombre déterminé de domestiques et d’apprentis. Une armée nombreuse s’organisa, et fut bientôt prête à braver le danger dont on était menacé. Le général espagnol , effrayé de l’approche de cinquante mille Français conduits par le duc d’Orléans et le comte de Soissons ,
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repassa la Somme, et perdit ses conquêtes aussi rapidement qu’il les avait acquises. La mort de l’empereur Ferdinand n’apporta aucun changement aux projets et aux espérances de la maison d’Autriche. Ce prince eut pour successeur au trône impérial un fils nommé comine lui Ferdinand, et qui semblait animé du même esprit (i). Les Espagnols reprirent la Yalteline. Dans une invasion qu’ils firent en Languedoc, ils furent obligés de se retirer, et perdirent leur artillerie et leurs bagages. En Flandre, les Hollandais réduisirent Breda, ville importante et bien fortifiée. Cette perte fut compensée, il est vrai, par d’autres événements. Les Espagnols défirent le prince d’Orange près de Gueldres, et leur flotte intercepta et détruisit presque entièrement une escadre hollandaise commandée par le comte Guillaume de Nassau. Les opérations étaient poussées activement sur les frontières de l’Espagne et en Flandre. Un armement considérable, composé de forces de terre et de mer, et conduit par le prince de Condé, fit le siège de Fontarabie. Lès Espagnols attaquèrent les retranchements des Français avec une impétuosité irrésistible : la plupart des assiégeants furent tues, et le prince de Condé, suivi d’un petit nombre de soldats, ne parvint qu’avec peine à rejoindre sa flotte. Une énumération de tous les événements particuliers de cette guerre sanglante , qui fut portée
(•) Crowned. Feb. 8. 1637. Hénault, Abr. chron. ad an.
à la fois sur tant de points différents, serait ici inutile, puisque, malgré les cinq campagnes actives de i635 à i64o, les succès de la maison d’Autriche et ceux de ses ennemis furent tellement balancés , qu’aucun des deux partis ne put prétendre à la prépondérance.
Des événements d’une plus grande importance et plus désastreux encore pour l’Espagne se préparaient sourdement. Pendant cette lutte opiniâtre , les espérances que les projets gigantesques du premier ministre avaient d’abord fait naître s’étaient évanouies. L’Espagne entière voyait combien elle avait été trompée par ces promesses de conquêtes dont on l’avait flattée, et regrettait amèrement le sang et les trésors prodigués pour des tentatives infructueuses et des guerres interminables. La famille d’Olivarez, ambitieuse et avide, s’était emparée de tous les hauts emplois; les nobles en murmuraient; les négociants se plaignaient de la ruine du commerce; et le peuple, appauvri par des taxes, gémissait sous l’oppression. A la cour et dans la capitale, les plaintes s’exhalaient doucement; mais dans les provinces éloignées la voix publique prit un ton plus hardi. De tous les Espagnols , ceux qui habitaient la Catalogne étaient les seuls qui eussent conservé la fermeté et la liberté de leurs ancêtres. Tout homme d’état qui vise au pouvoir arbitraire ne voit que des ennemis dans ceux qui veulent être libres. Les Catalans se plaignirent hautement, et s’attirèrent la haine d’Olivarez. Mais
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cette aversion fut mêlée de crainte. Ce ministre les connaissait audacieux, persévérants, vindicatifs et méprisant le danger. La Catalogne renfermait un million d’habitants : convaincu de sa force et de ses ressources , ce peuple brave et frugal , s’il était poussé à la révolte, pouvait devenir un ennemi dangereux. Sa proximité du territoire français donnait encore plus de poids à ces considérations, qui avaient jusqu’alors suspendu le ressentiment du duc d’Olivarez. Les insultes se renouvelèrent; Philippe, selon les inspirations de son ministre , n’eut point égard aux remontrances des Etats de Catalogne. L’armée qui avait été employée à reprendre Salces aux Français, reçut l’ordre d’établir ses quartiers d’hiver dans cette province. Les officiers et les soldats , peut-être encouragés par Olivarez, se livrèrent à des excès intolérables. Le peuple porta ses plaintes aux pieds du trône, et fut repoussé avec mépris.
La conduite tyrannique du comte de Santa Colonna, vice-roi de cette province, décida le moment de la crise. Il s’empara d’une somme qui appartenait à la ville de Barcelone, et fit emprisonner un des magistrats qui s’étaient récriés contre cette injustice. Celte insulte publique fut le signal de la révolte. Le peuple courut aux armes, força les portes de la prison , et délivra le magistrat que Colonna y avait fait renfermer. Les insurgés se réunirent en foule devant le palais du vice-roi, qui chercha d’abord dans l’arsenal un asile contre la fureur du peuple.
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Une galère fut préparée pour sa fuite : mais avant qu’il eût pu la rejoindre, il fut arrêté; sa tête et ses membres déchirés furent portés en triomphe dans la ville de Barcelone.
Les insurgés s’étaient trop avancés pour reculer; ils n’avaient d’autre ressource que de combattre pour défendre leur indépendance ; toute la province suivit bientôt l’exemple de la capitale : les troupes dispersées sur plusieurs points furent surprises, accablées et repoussées hors des frontières. On n’entendit plus dans toute la Catalogne que les cris de liberté ou la mort. Mais la multitude ne sait point persévérer dans ses résolutions : la fièvre de l’enthousiasme se calma par degrés; et lorsque les Catalans comparèrent froidement leurs ressources avec celles de la monarchie espagnole, ils ne purent s’empêcher de trembler à l’aspect de la lutte dans laquelle ils s’étaient engagés. Olivarez vit cette révolte sans en concevoir aucune crainte sérieuse, et se réjouit de ce que le moment de la vengeance était enfin arrivé. Une armée de trente mille hommes, commandée par le marquis de Los Vélos , entra dans la Catalogne. La plus grande partie des villes cherchèrent à expier leur témérité par une prompte soumission : celles qui firent quelque résistance furent rasées entièrement ; en peu de jours le général arriva devant les inurs de Barcelone.
Lorsque les habitants de cette ville avaient levé l’étendard de la révolte, ils avaient espéré d’être soutenus
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par la France; mais les armées de cette puissance étaient alors occupées sur les frontières de l’Italie, de l’Allemagne et de la Flandre; et Richelieu ne pouvait leur offrir que des officiers inexpérimentés. Trompés du côté où ils avaient placé tout leur espoir, les citoyens se découragèrent; et, si dans ce moment on leur eût fait grâce, ils se seraient soumis aussitôt. Mais l’implacable Olivarez ne connaissait point de pardon. Les habitants de Barcelone n’entendaient de leurs remparts que des menaces de vengeance : le désespoir leur rendit le courage, et ils résolurent de se défendre jusqu’à la dernière extrémité. Leur fermeté fut bientôt mise à une rude épreuve. L’armée royale fit trois attaques successives et des plus impétueuses; elle fut repoussée avec un carnage effroyable. Le marquis de Los Vélos ne voyant aucun espoir de succès, quitta ces murs funestes, et dirigea à regret sa marche vers l’Ebre. Sa retraite donna plus d’énergie encore aux Catalans : ils harcelèrent ses troupes : les villes qui s’étaient soumises secouèrent de nouveau le joug, et toute la province embrassa la cause de sa capitale.
L’insurrection de la Catalogne prit alors un aspect formidable. La cour de Madrid fit en toute hâte des apprêts proportionnés à la grandeur de l’objet : une nombreuse armée fut rassemblée : on enleva les garnisons des villes du Portugal, et les nobles de ce pays furent sommés de rejoindre l’armée avec leurs vassaux. Des ennemis aussi forinida-
blés auraient pu faire trembler les Catalans, si un événement imprévu n’eût écarté d’eux toute inquiétude.
J,es Portugais voyaient depuis long-temps avec indignation que leur empire, jadis si florissant, fût tombé dans l’état humiliant d’une province de l’Espagne. Le sentiment pénible de leur disgrâce et de leur dépendance était entretenu par un système continuel d’oppressions. Le titre de vice -reine de Portugal avait été donné à Marguerite de Savoie, duchesse de Mantoue, tandis que le pouvoir effectif était entre les mains de Miguel Vasconcellos, Portugais, mais attaché par intérêt à l’Espagne. La multiplicité des taxes qu’il imposait au peuple , en lui attirant la faveur et la confiance d’Olivarez, l’avait rendu odieux aux communes du Portugal; son arrogance offensait la noblesse, et tous les rangs attendaient impatiemment le moment où ils pourraient donner un libre cours à leur vengeance, et défendre leur liberté d’une domination étrangère.
Ce moment si long-temps désiré arriva enfin : la révolte de la Catalogne fournissait une occasion favorable de proclamer l’indépendance du Portugal : la plus grande partie des troupes espagnoles avait été retirée de ce pays; celles qui restaient étaient en trop petit nombre pour résister à une nation tout entière sous les armes. Dans ce moment critique , un homme d’un génie audacieux opéra une de ces révo-
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lutions dont la prudence et l’activité d’un seul viennent rarement à bout.
Pinto de Ribeiro était intendant de la maison du duc de Bragance. Cette famille, bien qu’éloignée du trône par les armes puissantes de Philippe II , avait conservé ses anciens titres et d’immenses propriétés. Le chef de cette maison vivait à Villa Viciosa , dans une douce mollesse , ne s’occupant que des plaisirs de la chasse et de la table: cette conduite avait éloigné de lui tout soupçon. Mais Pinto cherchait à réveiller dans lame de son maître de plus hautes pensées , et voulait qu’il aspirât à la couronne. Les efforts de Pinto étaient secondés avec zèle par l’épouse du duc. Née de l’illustre famille deGusman,et sœur de Médina-Sidonia, son origine castillane ne l’avait point empêchée de se considérer, depuis l’époque de son mariage, comme intimement associée aux intérêts de son mari et à la fortune du Portugal. Son ambition ne connaissait point de bornes. Courageuse et persévérante, elle entra avec ardeur dans tous les projets de Pinto. Ce n’était point que le duc de Bragance fût indifférent aux avantages de la royauté; mais, naturellement indolent, il ne voulait point hasarder le bonheur dont il jouissait pour chercher à atteindre un poste plus élevé.
Ribeiro s’offrit de prendre sur lui toute la conduite de cette affaire, et s’y livra avec un zèle et une activité infatigables, bien persuadé que sa propre élévation serait le résultat de ses succès. Agissant comme
si le duc netait pas même informé de ses projets, il examina avec soin l’état de l’esprit public. 11 trouva que les nobles se rappelaient avec d’amers regrets les emplois honorables qu’ils avaient remplis sous leurs rois : que le clergé voyait avec dépit plusieurs des dignités et des revenus de l’Eglise passer à des étrangers : que les négociants abhorraient un système de gouvernement qui faisait négliger leurs colonies, ruinait leur commerce, et faisait refluer à Cadix les richesses qui s’accumulaient autrefois à Lisbonne; qu’enfin, tout le peuple ne subissait qu’en frémissant le joug odieux de l’Espagne.
Ribeiro mit d’abord beaucoup de prudence à dévoiler ses sentiments ; mais il s'aperçut bientôt que cette réserve était inutile. Dans une assemblée qui fut sanctionnée par la présence de l’archevêque de Lisbonne, et de la noblesse la plus illustre de. Portugal , il déclara quel était son projet , et fit valoir les droits du duc de Bragance au trône. Déplorant avec beaucoup d'adresse l’indifférence de ce prince pour ses propres intérêts , il exhorta ceux qui composaient l’assemblée à mériter le titre glorieux de défenseurs de leur pays. T^es discours de Ribeiro s’accordant avec les passions dont chacun était animé, firent une profonde impression. L’archevêque de Lisbonne détruisit par sa pieuse éloquence tous les scrupules que des aines faibles auraient pu concevoir. L’assemblée résolut à l’unanimité de cesser de reconnaître l’autorité du roi d’Espagne ; mais
il s’éleva quelque différence d’opinion sur la forme de 'gouvernement que l’on adopterait. Un parti voulait établir une république : celui de l’archevêque fut le plus fort et l’emporta. Ce prélat représenta les conséquences fatales que l’on devait attendre de factions rivales et inquiètes qui diviseraient leur république naissante, et les feraient tomber de nouveau au pouvoir de l’ennemi. Appuyant sur la force des droits héréditaires du duc de Bragance, il déclara que la nation n’avait d’autre alternative que de proclamer ce prince roi de Portugal , ou de se soumettre à la tyrannie de l’Espagne.
On envoya une députation au duc pour l’instruire de la détermination de l’assemblée, et savoir quelle était sa résolution. Sa réponse prudente ne décidait rien : il désirait la couronne qui lui était offerte; mais il craignait les suites d’une rébellion infructueuse; et exprimait son appréhension que les affaires ne fussent point assez mûres pour cette entreprise dangereuse, qui causerait la perte de tous si elle venait à échouer. La duchesse, plus audacieuse, fixa les irrésolutions du duc. Elle lui représenta que ses enfants pourraient avec raison lui reprocher sa pusillanimité s’il négligeait une occasion si favorable de faire valoir leurs droits; et que s’il ne réussissait point «à recouvrer le trône , son sort serait encore à envier. Les reproches et les conseils de la duchesse de Bragance, l’énergie des sentiments
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qu’elle fit partagera son époux, le décidèrent à accepter la couronne.
La révolte des Catalans avait réveillé la jalousie d’Olivarez; et pendant qu’il sommait la noblesse portugaise de marcher contre les rebelles avec leurs vassaux, il pressa le duc de Bragance de venir à Madrid, sous le prétexte que le roi avait besoin de ses conseils , mais probablement dans le dessein de s’assurer de la fidélité des Portugais, en retenant à la cour d’Espagne un otage aussi précieux. Ses précautions ne servirent qu’à accélérer la révolution qu’il voulait prévenir. Le Portugal se voyait à la veille d’être dépouillé de sa noblesse et de sa jeunesse guerrière; la multitude exécrait la jalouse cruauté de ses tyrans, qui voulaient cimenter par le sang des fils du Portugal le despotisme de l’Espagne. Ceux qui favorisaient le duc de Bragance commençaient à redouter que leurs projets ne fussent découverts ; et ils savaient que leur destruction serait inévitable s’ils tombaient au pouvoir d’Olivarez. Le duc de Bragance avait surtout les plus grandes raisons de se méfier de l’insidieuse invitation du ministre. Sa naissance seule le rendait coupable aux yeux de la cour; et il savait que les moindres soupçons suffiraient au duc d’Olivarez pour le faire périr. Il lui écrivit donc dans les termes les plus respectueux et les plus soumis. Sous le prétexte de faire les préparatifs nécessaires pour son voyage et de se procurer assez d’argent pour paraître à la cour