‹ Histoire D'Espagne (volume 2)Chapitre 3 sur 34 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

François Pizarre, Diègnc d’AlmagroetHernando Luque entreprennent la conquête du Pérou. — Fatigues incroyables qu’ils ont à souffrir. — Butin qu’ils font dans la province de Coaque. — Ils s’emparent de l’Inca. — Carnage des Péruviens. — Riche pillage. — Sommes immenses réunies pour la rançon de l’Inca. — Exécution de l’Inca. — Fondation de Lima. — Insurrection générale des Péruviens. — Leur défaite. — Guerre entre Pizarre et Almagro. — Exécution de ce dernier. — Assassinat de Pizarre. — Guerres civiles du Pérou. — Observations générales sur les conquêtes des Espagnols.

Pendant que les bannières de Charles flottaient victorieusement sur les côtes d’Afrique , et que le succès de ses armes répandait sa renommée dans toute. l’Europe , ses sujets ajoutaient à- la couronne d’Espagne les régions les plus reculées et les plus riches de l’Amérique. Les voyages de Colomb avaient fait naître chez les Espagnols le goût des aventures audacieuses ; les découvertes et les conquêtes que l’on fit ensuite accrurent cette passion à un point extraordinaire. Parmi les aventuriers les plus intrépides qui abandonnèrent leur patrie pour aller explorer des rivages et des terres inconnus , et tenter la fortune dans un autre hémisphère , Vasco Nugnez

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de Balboa, suivi d’un petit nombre d’Espagnols, était parvenu , après avoir couru beaucoup de dangers , et essuyé des malheurs dont le seul récit ferait *

frémir, à établir une colonie dans l’isthme de Darien.

Le courage inébranlable de Balboa l’avait fait distinguer de ses compatriotes, même à cette époque où tous les aventuriers espagnols étaient renommés par leur audace et leur intrépidité. Ayant été informé par un Cacique indien qu’à une distance de six soleils , ou six journées de marche , il y avait un autre Océan , auprès duquel était situé un royaume où l’or était si abondant que le peuple l’employait aux usages les plus communs (i), il conçut aussitôt l’espoir d’acquérir de grandes richesses et de la renommée par la conquête de ce pays. Conjecturant que l’Océan dont parlait ce Cacique était celui que Colomb avait cherché si inutilement dans le dessein de trouver un passage aux Indes, il ne douta pas que le riche territoire que l’amiral avait décrit ne fît partie de cette contrée. Balboa avait enfin devant lui des objets dignes de son ambition et de son génie entreprenant. Suivi de cent quatre-vingt-dix soldats aguerris , accoutumés aux changements de climat , prêts à affronter tous les dangers , et de mille indiens pour porter les provisions, il traversa les hautes montagnes, les marais infects, les forêts

(i) Ceci fut la première information que les Espagnols reçurent sur le Pérou.

impénétrables de l’isthme de Darien , et fut le premier européen qui vit l’Océan Pacifique. Après des dangers et des difficultés sans nombre , il arriva sur le rivage de la mer vers la fin de septembre 1 5 1 3 : il recueillit chez ces peuples une quantité d’or considérable, et prit des informations sur le Pérou, qui servirent à détromper les Espagnols sur la théorie qu’ils avaient admise que les Indes étaient proches du continent de l’Amérique.

Malgré l’impatience que Balboa avait de visiter ce pays inconnu et séduisant, il trouva que ses forces n’étaient pas suffisantes pour tenter une aussi grande entreprise. Il reconduisit ses compagnons à l’établissement de Santa-Maria, où il revint après une absence de quatre mois chargé de plus de richesses que les Espagnols n’en avaient encore recueilli dans aucune de leurs expéditions; il s’était acquis plus de gloire par le succès de cette reconnaissance et des informations qu’il avait prises, qu’aucun autre voyageur n’en avait eu depuis Christophe Colomb.

Depuis cette époque Balboa ne songea plus qu’aux apprêts nécessaires pour faciliter la découverte et la conquête du Pérou ; mais , ainsi que tous ceux qui s’étaient illustrés par de grands exploits dans le nouveau Continent , Balboa eut à souffrir d’un traitement injuste. Les intrigues de la cour de Madrid firent nommer, pour lui succéder dans son gouvernement de Darien, Pedrarias Davila. Le mariage de Balboa avec la fille de Davila unit en apparence

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leurs intérêts. Il fut nommé adelantado ou lieutenant-gouverneur des contrées de la mer du Sud , et commença à tout préparer pour l’invasion du Pérou. Davila, soupçonnant qu’une conquête aussi importante rendrait Balboa indépendant de sa juridiction, l’invita à une entrevue, et le fit arrêter. Il fut accusé de trahison contre le roi et d’avoir voulu se révolter contre le gouverneur ; ces charges ayant été admises, il fut condamné à mort, et exécuté sur-le-champ par ordre de Davila. Telle fut la fin tragique de Vasco Nugnez Balboa, de tous ceux qui commandèrent en Amérique depuis Colomb, l’homme le plus capable de concevoir et d’exécuter de vastes projets (i). Ils furent tous abandonnés à sa mort : Davila fonda la ville de Panama dont la situation avantageuse contribua beaucoup à faciliter la conquête du Pérou.

Ce fut dans Panama que se trouvèrent les trois personnes qui firent à leurs frais cettè grande entreprise. Ces hommes étonnants étaient François Pizarre , Diègue d’Almagro et Hernando Luque. Pizarre était fils naturel d’un gentilhomme ; sa mère

(i) Herrera, Dec. a, lib. 4, cap. 1. Les premiers gouverneurs espagnols de l’Amérique exercèrent souvent de pareils actes de cruauté. A une aussi grande distance de la métropole, ils reconnaissaient à peine d’autre loi que la forcc;et lorsqu’ils avaient quelque influence à la cour de Madrid, il leur était facile de se préserver d’aucune punition, quel que fût leur crime. - . . ... .

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