‹ Histoire D'EspagneChapitre 14 sur 46 · Tome JJt · texte numérisé non relu

Tome JJt

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ne s’éleva pas au-dessus de cent-cinquante hommes tués et deux cents soixante-treize blesses.

• 11 n’y avait, comme on l’a dit plus haut, d’autre

nïoyen de se rendre maître de la citadelle d’Hostalrich que par un blocus qui , en effet , fut chaque jour de plus en plus resserré. Une tentative hardie , faite pour jeter en même temps des vivres et des renforts dans la citadelle, fut déjouée par la valeur et la vigilance des assiégeants. Les Espagnols, quoique défaits après une vigoureuse résistance , prirent à temps soin de faire rétrograder le convoi : il fut sauvé des mains des Français qui éprouvaient euxmêmes un grand besoin de vivres. Le général de division Séveroli qui commandait l’armée de siège , iustruit de l’extrême détresse à laquelle cette garnison était réduite, la somma le 1 1 mai de se rendre. Dans la nuit du i a , la garnison profitant d’un brouillard épais , sortit du fort dans un profond silence , et son avant-garde tomba sur les sentinelles françaises : la première fut égorgée : mais la seconde ayant donné l’alarme , les troupes françaises furent à l’instant sous les armes, et poursuivirent les Espagnols avec tant de célérité qu’ils furent presque tous tués oü pris. On trouva dans la forteresse d’Hostalrich quarante - deux pièces de canon de fonte, et unS quantité considérable de munitions de guer#, mais point d’approvisionnements de bouche. La prise d’Hostalrich facilita les transports des vivres

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pour Barcelone, et servit à couvrir la communication entre cette place et Gironne.

Le i 4 mai 1810, le général Suchet à la tête d’une division du troisième corps sous ses ordres, après quinze jours de tranchée ouverte et trois jours de bombardement, se rendit maître de Lérida. Ce siège fut conduit avec autant de talent que de vigueur; il fit beaucoup d’honneur au général en chef dont la présence inspirait toujours à ses soldats autant d’ardeur que de confiance. On trouva dans cette place cent pièces de canon de divers calibres , un million cinq cents cartouches, deux cents millions de livres de poudre et dix mille fusils. La garnison composée de huit mille hommes , fut faite prisonnière de guerre, ainsi que le commandant en chef Garcia Coude et six colonels. Le 8 juin, la forteresse de Mequinenza , située en Catalogne, près du confluent de la Sègre et de l’Ebre, au milieu d’un désert, et justement appelée la clé de l’Ebre, fut également prise par un corps de troupes françaises sous le commandement du maréchal Suchet. Les Français trouvèrent à Mequinenza quarantecinq pièces d’artillerie, quatre cents mille cartouches, cinq cents milliers de poudre, et des approvisionnements pour deux mille hommes pendant deux mois (i). On fit en outre à Lérida un immense

(1) Lettre du maréchal Suchet au ministre de la guerre, datée du camp devant Mequinenza, le 8 juin 1810.

butin, parce que d’après l’idée qu’avaient les Espagnols de la force de cette place , elle était devenue le dépôt de beaucoup d’argent et d’effets précieux des contrées voisines. C’est à regret que resserrés dans les limites que prescrit le genre de cet ouvrage, nous nous bornons à mentionner des faits d’armes aussi éclatants que celui-ci , et de négliger les détails les plus intéressants : quand ces détails pourront être recueillis dans les sources authentiques, dans les mémoires des généraux en chef, tels que ceux déjà publiés par le maréchal Saint-Cyr, et ceux que publiera sans doute le maréchal Suchet, ils enrichiront l’histoire militaire de notre âge.

Depuis que Napoléon avait quitté l’Espagne, les armées françaises n’avaient plus de point central d’où partît la direction générale des opérations; l’empereur n’avait accordé ni à son frère ni à aucun de ses lieutenants cette confiance et cette latitude de pouvoirs, d’autant plus nécessaire, que le théâtre était plus étendu et plus divisé en scènes diverses : chacun des généraux en chef recevant directement de Paris les instructions expédiées par le major-général, ministre de la guerre, concourait, pour ainsi dire, aveuglément à l’exécution d’un plan de guerre dont il ne connaissait pas l’ensemble. Ainsi, après la prise de Lérida et de Mequinenza , le général Suchet eut ordre, de se porter sur Torlose , et le maréchal Macdonnald qui commandait en Catalogne, celui d’attaquer Tarragone. L’empereur calculait

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qu’après la prise de ces deux places, Suchet avec un corps de trente mille hommes et l’artillerie nécessaire pour un siège , serait en mesure de marcher sur Valence et de réduire cette capitale. C’était en effet l’opération la plus importante; oette ville soutenait puissamment la cause nationale. Elle avait déjà causé de grandes pertes à, l’armée française. Les avantages obtenus par le général Sébastiani sur les insurgés de Grenade et de Murcie n’étaient phs décisifs; son armée 11 ’eut pas plutôt cessé de poursuivre les fuyards, et fait une tentative inutile pour s’emparer de Valence, dont Ventura Coro, oncle du marquis de la Romana, fit lever le blocus, que de nombreux insurgés sortis de Valence commencèrent à former de nouveaux corps de troupes dans la province de Grenade et dans celles qui l’avoisinent. .11 fallait ôter à l’insurrection patriotique ces moyens de s’alimenter. Le maréchal Suchet parvint, au commencement du mois de mai, à investir la ville de Valence avec douze mille hommes et trenie-six pièces de canon. Conformément aux ordres de l’emipereur, son corps d’armée aussitôt après la réduction de Lérida et de Meqainenza , se mit en mouvement vers Tortose. La première division bloqua d’abord la tête du pont construite sur la rive droite de l’Ebre vis-à-vis Mequinenza. La seconde s’avança sur la frontière du royaume de Valence, après avoir détaché dans les environs de Terruel une force suffisante pour tenir en échec le général

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Milla-Cémpa , chef actif et entreprenant qui s’était rendu très-formidable* et en même temps pour couvrir la ville de Sarragosse. La troisième fut stationnée sur. le bas fibre, afin d’escorter les convois de vivres , des trains d’artillerie, et de veiller aux mouvements fie l’arm lia espagnole de Catalogne. Depuis Mequinenza et Càspe , ville de l’ArraJjon située au confluent de' YÈhre et' du Giuidtiluppe , tous lés nfaemins étaient icbûpés, et un espacé de quarante lieues dans le6 montagnes était rendu à peine praticable pour des mulets et des gens de pied. Iæ parc (d’artillerie fut expédié en partie par 'eau, en partie par terre jusqu’à Xerta, située à deux lieues de t Torlose. ■ ,m i-

Après avoir surmonté ces obstacles , et pendant ;Ies préparatifs du siège, la nombreuse garnison de Torlose fit à plusieurs reprises dans les mois de juillet et d’août, dé vigoureuses. sorties. Le 3 août, elle en fît une générale,; elle avança sur tous les points en même temps , jusque sous les retranchements. Les postes avancés ne purent soutenir le premier choc mais > les troupes françaises arrivant promptement à leur appui chargèrent et repoussèrent lés Espagnols jusque dans la citadelle avec perte de quelques centaines d’hommes tués, blessés ou prisonniers; dans, cette sortie, le comte d’Abras, gouverneur de Torlose , fut dangereusement blessé. À la fin d’octobre et au commencement de novembre , le général Villa-Campa , qui avait continuelle-

ment et fortement harcelé les postes laissés pour entretenir les communications du maréchal Suchet dans la province d’Àrragon , fut défait dans deux actions fort vives , dans lesquelles il perdit six pièces de canon et une compagnie d’artillerie. Le 26 novembre, les Valenciens furent battus à Vinaros, et on leur fit un grand nombre de prisonniers.

Pendant que ces choses se passaient sur la frontière orientale du royaume d’Arragon , les guérillas s’étaient tellement multipliées aux environs de Barcelone, qu’elles menaçaient d’affamer cette ville; il était urgent de la ravitailler et de rouvrir les communications. Une division de l’armée de Catalogne commandée par le général Frère, fut employée à cette opération, et le général Suchet attendit quelle fût terminée pour commencer le siège de Tortose : dès que la division fut de retour sur les rives de l’Ebre , il se mit en marche de Xerta , le 1 7 décembre , avec douze bataillons formant deux colonnes , et longeant la rive gauche de l’Js bre\ tandis qu’une partie de ces troupes emportait la position du col de l’Albe , le reste se formait progressivement s’appuyant sur la rivière au-dessus et au-dessous de Tortose, et vers le soir, l’investissement fut complet. Rien ne put plus entrer dans la ville ni en sortir; l’artillerie fut établie sur le rivage; un pont volant fut construit, afin de maintenir la communication entre les deux rives opposées , distantes l'une de l’autre d’environ cent-trente toises. Le 18 décembre,

tous les postes espagnols furent repoussés dans la forteresse. Dans la nuit du 20 au ai , deux mille paysans, favorisés par un vent violent et par une profonde obscurité, ouvrirent la première parallèle devant les deux bastions , nommés l’un St. -Pierre, et l’autre St.-Jean, son extrémité gauche à la distance de dix brasses du mur , et s’avançant du bord de la rivière jusqu’à la plaine appelée le plateau d’Orléans, ce qui formait une étendue de deux cents cinquante toises. Dans le même temps, on ouvrait sur la rive gauche de l’Ebre , une tranchée à quatrevingt-dix toises de la tête du pont, et l’on érigeait des batteries pour flanquer la principale attaque. Le 22, la division de l’armée de Catalogne aux ordres du générale Frère, vint se réunir à l’année de siège. Ce général prit position sur l’Ebre à la distance d’une lieue au-dessous de Torlose, afin d’avoir l’œil sur la route vers Tarragone et la côte de la mer. Un .bataillon fut détaché à Col de l’Albe; la septième nuit du siège, le chemin couvert fut couronné, même avant que les batteries fussent terminées , opération audacieuse et brillante dont l’histoire des sièges n’offre peut-être pas d’exemple ; elle coûta le sang de beaucoup de braves , et entre autres , cinq officiers d’artillerie furent tués du 1 7 au 27 décembre ; les Espagnols formés en colonne d’environ quatre cents hommes, se précipitèrent avec une incroyable intrépidité sur les assiégeants, repoussant tout devant eux; mais quelques nouveaux régiments arri-

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vant au secours des troupes engagées au moment critique où un parti d’Espagnols avait pénétré dans un logement du chemin couvert et brûlait quelques gabions, les Français s’avancèrent en grande force par le plateau d’Orléans, les repoussèrent dans leurs murs, après en avoir tué ou fait prisonniers un grand nombre. Dans le même temps, on avait réussi après avoir surmonté des difficultés multipliées, à transporter le parc d’artillerie de siège sur la rive gauche. La navigation sur la rivière était extrêmement difficile, et le feu de la garnison qui balayait toute la rive, apportait de grands obstacles à la construction des batteries. Cependant à l’aide d’un feu trèsvif de mousquetterie dirigé contre les embrasures des assiégés, on parvint à construire en plein jour, une batterie à cinquante toises du fort Orléans. Le 29, à la pointe du jour, quarante-cinq pièces de canon des dix batteries élevées sur les deux rives de la rivière, commencèrent un feu qui , dans l’espace de deux heures, fit taire tous ceux qui lui étaient opposés : le pont fut coupé et le jour suivant entièrement détruit. Dans la nuit du 29 au 3 o , les Espagnols évacuèrent la tête de pont et les Français en prirent possession. Le 3 o , le château seul Gt entendre son feu, et le 3 i le feu cessa entièrement. Les parapets étaient détruits , les embrasures hors d’état de recevoir du canon ; deux brèches avaient commencé d’être ouvertes dans le mur : quelques centaines d’hommes étaient descendus dans le fossé,

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l’avaient traversé, et les mineurs suivaient avec activité leurs travaux. Dans ces circonstances , l’on vit le I er janvier 1811, flotter un pavillon parlementaire sur la cime du château : deux officiers vinrent trouver le général français avec une lettre du gouverneur qui les autorisait à proposer les conditions d’une capitulation : ils offrirent d’évacuer Tortose, pourvu qu’on permît à la garnison de se retirer à Tarragone , ou bien de se rendre dans quinze jours , si, à cette époque, la place n’était pas secourue. Ces propositions furent rejetées : on recommença à lancer des bombes et des obus sur la ville et le château : les mineurs reprirent leurs travaux. Dans la matinée du 2, une nouvelle batterie construite avec une célérité extraordinaire dans le chemin couvert sur la contrescarpe du fossé , tira à la distance de quinze toises, ouvrit une brèche qui s’élargissait d’heure en heure. Dans le même temps , trois pavillons blancs flottaient sur les remparts. Le feu continuait sur tous les points : tout fut prêt pour donner l’assaut ; une colonne était dirigée pour monter à la brèche. Des parlementaires se présentèrent de nouveau : l’ordre fut donné de ne pas les recevoir si ce n’était à la condition imposée lors des premières négociations : ils furent forcés de s’y soumettre. En conséquence , la garnison composée de huit mille hommes, mit bas les armes, déposa ses drapeaux et fut conduite comme prisonnière de guerre à Sarragosse. Les Français s’emparèrent de cent soixante-dix-sept

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Français s’emparèrent de cent soixante - dix - sept pièces de canon, de neuf mille fusils et d’une immense quantité de boulets , de bombes et de poudre (i). Le gouverneur de Tortôse fut condamné par une cour martiale tenue à Tafrragone à avoir la tête tranchée , comme ayant rendu par trahison à l’ennemi la forteresse confiée à ses soins.

(i) Lettre du maréchal Suchctau ministre de la guerre, datée de Tortosc , le 4 janvier 1 8 1 1.

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