DU CHAPITRE III
La frontière du Portugal devient le principal théâtre de la guerre dans la péninsule. — Prise de Ciudad-Rodrigo et d’Alméida par les Français.
La place de Ciudad-Rodrigo était le point important de la communication des provinces du midi avec celles du nord , et le seul qui restât au pouvoir du gouvernement espagnol : le duc de Dalinatie devait l’attaquer, et après l’avoir réduite, il devait aussi assiéger Alméida afin de s’ouvrir l’entrée en Portugal. Le maréchal Mortier avait été précédemment dirigé contre Badajoz ; les frontières du Portugal devenaient le principal théâtre de la guerre dans la péninsule. L’armée destinée à cette expédition»fut appelée l’armée du centre.
C’était une des maximes de Napoléon qu’on devait, autant que possible, achever une opération de guerre avec les mêmes troupes. Le siège de Badajoz fut suspendu jusqu’à ce que l’insurrection fut apaisée dans le sud-est de«l’Espagne ; celui de Ciudad- Rodrigo différé jusqu’à ce que Léon fut complètement soumis. Les Asturies étant occupées et la Galice contenue par la présence d’une force considérable sur ses frontières; un petit corps français
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de trois à quatre mille hommes entra vers la fin de décembre 1809 dans la capitale de la province de Léon, d’où les Espagnols se retirèrent. Le huitième corps d’armée, sous les ordres du général Junot,mit le siège devant Astorga, et, par une distribution convenable de garnisons, tint les autres places dans la soumission : une division commandée par le général Bonnet prit possession d’Oviédo, s’étendit dans toute la province des Asturies et menaça de pénétrer dans la Galice. Le général Bonnet, quoique occupé de rencontres continuelles avec les guérillas, établit des communications avec Léon et St.-Ander. Il eût pu s’avancer en Galice; mais il eut ordre d’attendre dans sa position, que ses mouvements ultérieurs fussent déterminés par les évènements. Astorga fut pris le 1 2 avril , après un siège de peu de durée. Trois mille cinq cents Espagnols mirent bas les armes et furent envoyés prisonniers de guerre en France. Les Français trouvèrent dans la place vingt pièces de canon et deux mortiers. Après la prise d’Astorga , et un engagement assez important avec une réunion de guérillas, le huitième corps se réunit à celui du maréchal Ney devant Ciudad- Rodrigo.
L’absence du chef suprême se faisait sentir dans les opérations combinées entre les généraux en chef des divers corps d’armée. Le maréchal Ney appréhendait beaucoup que le général Junot, avec lequel il n’était pas en fort bonne intelligence , ne coopérât
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pas à la réduction de Ciudad - Rodrigo avec le zèle et la promptitude que les circonstances exigeaient. Dans la première semaine de mai, la moitié du corps du maréchal Ney était déjà en position devant la place, et il ne lui manquait, pour ouvrir la tranchée, que de savoir si Junot était disposé à relever ses postes de communication avec les garnisons de Zamora et de Toro , et s’il était dans l’intention de le soutenir efficacement. Dans le cas où le général Junot ne consentirait pas à ces propositions, le maréchal était déterminé à entreprendre le siège avec ses seules troupes et à le pousser avec vigueur. Le maréchal Soult avait écrit, le 3o avril, une lettre au maréchal Ney pour lui demander d’envoyer un fort parti jusqu’au Tage. La réponse à cette lettre donne une idée exacte de la situation du maréchal Ney, et fournit quelque notion de cette espèce de guerre irrégulière dans laquelle les Français étaient alors engagés. Le maréchal Ney faisait observer qu’un détachement tel qu’on le demandait, devait au moins être composé de mille cinq cents hommes , force dont il n’était pas en ce moment en état de se passer, attendu que toutes les troupes sous ses ordres étaient à peine suffisantes pour couvrir la ligne trop étendue qu’il occupait. Il fallait détacher trois mille hommes, afin de garder les fours et les magasins qu’il avait fait construire derrière la ligne de blocus , et protéger les convois venant de Salamanque : il était nécessaire d’avoir un fort poste «à St.-Fé-
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Ux , afin d’observer Almeïda , et un détachement sur la gauche de l’Agueda pour couper toute communication entre cette place et les pays environnants, et s’opposer aux mouvements des Anglais. Les travaux à faire aux tranchées devant Ciudad-Rodrigo demandaient aussi , durant quatre jours , quatre mille hommes, de sorte qu’en tout, il ne lui restait pas dans le camp, douze mille hommes prêts à combattre , s’il devenait nécessaire de livrer bataille ; cependant, malgré tous ces désavantages , il était résolu à continuer le siège dans l’espérance d’un prompt succès (1).
Le maréchal Masséna était en route de Paris pour venir prendre le commandement de l’armée destinée à la conquête du Portugal. Cette armée devait se composer des deuxième, sixième, et huitième corps, formant ensemble une force de quatre-vingt mille hommes. Le ta mai, un officier (l’état - major se présenta devant Ciudad-Rodrigo pour sommer cette place de se rendre : le gouverneur répondit qu’il ne voulait avoir de communication avec les Français que par la bouche du canon.
Le siège de Ciudad-Rodrigo fut, pendant longtemps, retardé par de fortes pluies, de mauvais chemins, la difficulté des transports des munitions et des vivres, et enfin, par l’approche de l’armée alliéç
(1) Lettre du fjjarççhal Nfiy ffi maréchal Soult, datée d* Sajaijianquo, je .6 ra^i 181°. 1,:, , ,