‹ Histoire D'EspagneChapitre 16 sur 46 · Tome III · texte numérisé non relu

Tome III

anglo-portugaise, sous le commandement du duc de Wellington. La tranchée fut enfin ouverte dans la nuit du 1 5 au 1 6 juin : le maréchal Màsséna avait déjà pris le commandement de l’année. Le deuxième corps, sous les ordres du général Regnier, se porta sur Alcantara et manœuvra sur la rive droite du Tage. On pensait que les premier, quatrième et cinquième corps seraient plus que suffisants en Andalousie. Au moyen de ces dispositions, disait le ministre major -général au roi Joseph, dans sa lettre du a3 mai 1 8 1 o , l’empereur pensait que le maréchal Masséna serait en état de s’emparer de la forteresse de Ciudad- Rodrigo : qu’il paraissait par les journaux anglais que l’armée de lord Wellington était composée de vingt-trois mille Anglais et Allemands et de vingt-deux mille Portugais : lé ministre ajoutait qu’il était dans l’intention de l’empereur que le maréchal eût plus de troupes qu’il n’était nécessaire pour cette opération , afin de battre les Anglais dans le cas où ils tenteraient de faire lever le siège. On lui ordonnait de se rendre devant Ciudad-Rodrigo , avec le sixième et le huitième corps, laissant deux mille dragons du huitième corps au général Kellerman, ainsi qu’une force d’environ dix mille hommes, infanterie, cavalerie et artillerie, pour entretenir la communication avec les derrières de l’armée : le sixième corps, avec ce qui restait du huitième, était évalué 1» environ trente mille hommes. '•

La ville de Ciudad-Rodrigo fut complètement in-

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vestie sur la rive droite de l’Agueda par le corps du maréchal Ney, et sur la rive gauche par celui du général Junot. Un détachement fut envoyé de ce, dernier corps vers St. -Félix, pour veiller sur les mouvements de l’ennemi , le tenir en échec , et couvrir toutes les opérations du siège. On construisit des redoutes; on resserra la place par des travaux exécutés dans un terrain difficile , et quelquefois à travers le roc solide et des cours d’eau. Dans la matinée du 6 juin, quarante -six pièces commencèrent sur Ciudad- Rodrigo un feu qui dans peu de temps fit taire celui de la garnison; mais les Espagnols , qui avaient à leur disposition une nombreuse artillerie, renouvelèrent leurs batteries, et firent pleuvoir une grêle de bombes et de boulets sur les assiégeants; ceux-ci, afin de couvrir leurs ouvrages , attaquèrent deux couvents qui furent pris et repris plusieurs fois , et où les Français ne purent se maintenir qu’après que ces édifices furent presque détruits. Us prirent alors possession du faubourg Saint -François : le 28, le gouverneur, don André Herrastry fut sommé de se rendre; mais il refusa de capituler. La garnison et les habitants excités par les moines, pleins d’un enthousiasme religieux porté au plus haut degré, semblaient déterminés à résister jusqu’à la dernière extrémité : on recommença donc le feu avec une nouvelle vigueur : les batteries furent rapprochées : une brèche de

quinze à dix -huit toises fut jugée praticable Je 18 juillet. Dans la nuit de ce même jour, l’explosion d’une mine fit ébouler une partie de la contrescarpe dans le fossé. Le io , vers quatre heures après midi , cette brèche étant découverte, trois soldats y montèrent avec une rare intrépidité et déchargèrent leurs armes sur la garnison. Le feu, qui depuis quelques heures était devenu très-faible , cessa alors entièrement : les Français, en colonnes serrées, marchaient à l’assaut, lorsque le drapeau blanc fut arboré : la garnison se rendit à discrétion : les vairtqueurs furent frappés du spectacle de bouleversement et de ruine qui partout s’offrit à leurs regards. A peine voyait-on une maison qui ne portât des marques du terrible siège que la ville venait de subir. Deux mille soldats et habitants furent tués : la garnison, au nombre de sept mille hommes, déposa les armes dans l’arsenal : on trouva dans la ville cent-vingt pièces de canon, deux cents mille livres ^ de poudre et plus d’un million de cartouches d’infanterie (l). La garnison de Ciudad-Rodrigo fut envoyée prisonnière de guerre en France.

La première opération qu’entreprirent ensuite les Français pour l’exécution de leurs projets en Portugal , fut le siège d’Almeïda ; mais ils s’occupèrent d’abord à réparer et augmenter les fortifications de

(i) Lettre du prince d’Esling au prince de Neuchâtel , datée du camp devant Ciudad-Rodrigo, le ta juillet 1810.

Ciudad-Rodrigo , en attendant le retour des troupes qui escortaient les prisonniers espagnols et l’arrivée de quelques autres renforts ; on envoya des partis pour reconnaître la position de l’armée anglo-portugaise, dont les postes avancés se retiraient à mesure que les Français gagnaient du terrain. Vers le milieu d’août ,.les forces aux ordres du maréchal Masséna étaient évaluées de la manière suivante. Quinze mille hommes du corps du maréchal Ney , commandés par le général Loison, investissaient Almeïda : le; reste de ce corps, environ dix mille hommes, était devant le fort de la Conception ; vingt -cinq mille hommes sous les ordres du général Junot devant le fort St-Félix , à trois milles au nord-ouest de Ciudad - Rodrigo. Un troisième corps de vingtcinq mille hommes était à Ciudad-Rodrigo et dans les environs. Ces trois corps se trouvaient à deux jours de marche des alliés, et quelques-uns de leurs détachements n’en étaient pas éloignés de plus de sept à huit milles. Le maréchal Masséna avait son quartier-général à Valdemula , village près de Ciudad-Rodrigo, qui, trois semaines avant, avait été occupé par les Anglais. ,,

Au nord du Portugal, le général Kellerman avec dix mille hommes menaçait Oporto; et au sud , le général Regnier, avec quinze à dix- huit mille hommes, l’Alentejo. Le maréchal Masséna publia, le 14 août, une proclamation adressée aux habitants du Portugal , annonçant « qu’il était à la tête

« de cent dix mille hommes (1), destinés à prendre « possession de ce royaume et à en chasser les A11- « glais : toutefois, il protestait que l’empereur son « maître , loin d’entretenir aucun sentiment d’ani- « mosité contre la nation portugaise, était son vé- « ritableami; les Anglais, disait-il, n’étaient guidés « que par des vues d’intérêt, tandis que Napoléon « ne voulait qu’affranchir les Portugais et garantir « leur indépendance : le temps de la clémence et de « la généroitsé n’était pas encore passé; mais le mo- « ment était arrivé pour eux , de montrer par 1 leur « soumission qu’ils étaient dignes de la protection de « l’empereur; enfin, il les menaçait des plus grandes « calamités en cas de résistance. » Le maréchal Masséna n’était pas aussi confiant qu’il voulait le paraître , dans la supériorité numérique ; différents corps, par l’effet des pertes devant l’ennemi et des maladies, étaient bien au-dessous de leur complet. Une lettre interceptée de Napoléon à Massénà , publiée dans les journaux espagnols et portugais , contient une réponse à la demande du maréchal d’un renfort de quarante mille boni mes. « Quant au renfort que « vous demandez, dit l’empereur, il est impossible « de vous envoyer un aussi grand nombre de trou- « pes dans le moment actuel. Aussitôt que cela

.(1) Compris sans doute les troupes commandées par les généraux Regnier et Kellermann , qui étaient tous deux sous les ordres du maréchal.

« pourra se faire, vous recevrez tous les secours « possibles ; eu attendant , vous devez forcer les « Anglais d’en venir à un engagement général ; si « vous êtes victorieux , la péninsule est à nous ; si « vous êtes battu , ce qui n'est pas improbable , a vous aurez au moins assez affaibli l’ennemi pour « trouver moyen de faire une bonne retraite. » Ces témoignages extraits de lettres qu’on dit avoir été interceptées et qui sont publiées en temps de guerre par une puissance ennemie, sont fort équivoques; Napoléon n’admettait guère la probabilité d’un revers; cette lettre n’est pas authentique; elle est une preuve de cette misérable politique à laquelle la plupart des puissances belligérantes ont eu fréquemment recours, et qui consiste à publier des mensonges. ,

La forteresse d’Almeïda, jugée par le général Dumouriez la plus forte place du Portugal, est située sur le sommet d’une haute montagne, ou plutôt sur un plateau fort élevé, à cent treize milles au nord-est de Lisbonne. Elle est divisée par une vallée très-profonde, dans les sinuosités de laquelle roule la rivière de la Coa, qui, se précipitant avec rapidité au milieu des rochers de granit, va se jeter dans le Duero, après avoir reçu les eaux de trois petites rivières. lie lit de la Coa se trouve à la distance d’un mille d’Almeïda. Cette ville avait six fronts bastionnés avec demi-lunes, fossés et chemin couvert, un château-fort, presque au centre de la

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ville, et sur le point le plus élevé, des magasins à l’épreuve de la bombe, des puits dans l’enceinte du château , et à une petite distance une belle source. La population d’Almeïda n’excédait pas deux mille cinq cents aines : la forteresse avait une garnison de cinq mille hommes , anglais et portugais , mais tous commandés par des officiers anglais : le gouverneur était le général Cox.

La tranchée fut ouverte devant Almeïda dans la nuit du i5 au 16 août : une fausse attaque dirigée contre le nord de la ville occupait l’attention des assiégés, tandis que deux mille ouvriers, couverts de gabions, creusaient la première parallèle sur une longueur de cinq cents toises, à travers une couche de terrain rocailleux ; il fallut faire jouer la mine : dans la nuit du au a4 , la seconde

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parallèle fut ouverte dans le roc vif, à moins de cent cinquante toises de la place : le feu du château obligeait les travailleurs à quitter la tranchée pendant le jour. Le a6, à cinq heures du matin, onze batteries (65 pièces de canon) ouvrirent leur feu contre la forteresse qui répondit avec vigueur : vers huit heures du soir, une bombe tomba datas l’enceinte du château sur un caisson qu’on remplissait de poudre , et fit sauter le magasin principal : l’explosion fut terrible , et semblable à l’ériiption d’un volcan; le château, la cathédrale et toutes les maisons des environs furent renversés, les débris furent lancés jusque dkns les tranchées des assié-

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géants. "Nèuf cents personnes furent tuéés, et quatre iCënts blessées; là plus grande partie des canonnîërs de la garnison petit par cet accident. L’incendie S’étendit rapidement, et la ville entière était en flàmfôës, quand le maréchal Masséna fît suspendre le bombardement , et conjura le gouverneur d’âcéèptfer‘ une' honorable capitulation , et d’éviter la destruction inévitable de la place, de la garnison et des habitants. Cëlui-ci , après avoir envoyé des officiers anglais pour conférer sur les conditions proposées, ' refusa ujr accéder, et le feu recommença du côté dès Français : celui de la place ne fut repris que faiblement, et quelques heures après, là capitulation fhtsignée. La garnison faite prisonnière sortit avec honneurs de la gueire, et déposa ses armes sur le glacis. Quatre-vingt dix-huit pièces d’artillerie de rempart , et sept pièces de campagne tombèrent entre les mains des Français , avec trois cent mille rations de biscuit, cent mille rations de poisson salé , et une grande quantité d’autres approvisionnements (1).

Douze cents miliciens portugais, au lieu de retourner dans leur pays, entrèrent volontairement au service de la France, et furent employés comme pionniers. Le vingt -quatrième régiment de ligne portugais suivit cet exemple, et fut également incorporé dans l’armée française. Ce corps fut placé sous le commandement d’officiers portugais recon-

(1) Lettre du maréchal Masséna au prince de Neuchâtel, datée du fort de la Conception, du ad août 1810.

nus pour leur dévoûment aux Français. Cent douze canonniers portugais et quatre cents cavaliers furent aussi, sur leur demande, admis au service français. Le maréchal, étonné lui-méme de leur défection, ne confia à ces troupes que les postes les moins importants ( i V

La division du corps dumarédial Ney, commandée par le général Loison , avait été principalement employée aux deux sièges de Ciudad Rodrigo et d’Almeïda. Tout le reste formait l’armée d’observation, qui n’eut point à combattre, et dont les divçrs mouvements précédèrent < la marche des Français sur Lisbonne. • . . . ;

(i) Lettre du maréchal M asséna au prince de Neuchâtel, datée du fort de la Conception, le 3o août.

d’espagne.

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