CHAPITRE IV
Plan de lord Wellington ponr défendre le Portugal , et soutenir la cause de l’Espagne. — Position de son armée après sa retraite de Talaveyra. — Jonction des troupes portugaises sous les ordres du feld-maréchal Beresford à l’armée anglaise. — Ses positions par rapport l’armée française. — Sa ligne de retraite. — Résultats de la prise d’AImeïda. — Lord Wellington Concentreses forces. — Il oblige les habitants à quitter leurs foyers. — Masséna tente vainement de tourner l’aile gauche des alliés. — Bataille de Buzaco. — LesFrançais avancent sur Coïrabre.. — Retraite de lord Wellington sur les lignes de Torrès-Vedras. — Position respective de l’armée française et de celle des alliés à la fin de l’année 1810.
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Quoique l'armée anglaise , au mois de juillet 1 809, se fiï t ret i rée de T ala vey ra su r Méri da , lord W ellingf on ne fut point contraint d’évacuer le territoire espagnol. Au lieu de compromettre l’armée anglaise au gré du gouvernement espagnol , dans les positions qui lui étaient inconsidérément indiquées , il préféra très-sagement de rester sur la frontière des deux royaumes pour observer les mouvements des corps d’armée français : il fit stationner ses troupes pendant près de trois mois entre Mérida et Badajoz , jusqu’à de que les évènements de la guerre dans la Vieille-Castille et la nécessité de veiller à la sûreté du Portugal,
Digiti
l’obligèrent, au mois de décembre , à se retirer audelà des provinces de l’Espagne et à se porter sur la rive droite du Taget Lord Wellington fut alors prendre quelque temps de repos à Lisbonne. Au mois de février, l’année anglaise augmentée , des troupes portugaises disciplinées par le tnaréohal Bérësfôrd , fut cantonnée sur Une ligne très-étendue , qu'l comprenait Oporto, Lamego, Yizeu, Coimbre, Abrantès et Santerein. t)es environs de ces deux dernières villes, le général Hill, à la tête d’un corps de cavalerie, descendit sur la Guadiana pour surveiller lès mouvements des Français qui avaient paru devant Badàjoz. Les poiuts les plus éloignés de la province dé Tras-ôs-montes n’étaient pas défendus : un parti français s’approcha de la ville de Bragance , et la somma vainement de se rendre. Il serait inutile de suivre l’armée anglo-portugaise dans tous ses , cita pgemen ts.de positions pendant les mois de mars t ,pA da'vr'H il suffit d’indiquer ses positions, alors (quelle se trouva à portée de farinée française , au mqiuepjt oq celle-ci s’avançait pour entreprendre ;,|pS| sjéges de Giudad-Rodrigo et d’Almekla. L’armée anglaise était (partagée en cinq divisions: la premigre, aux ordïrs du général Spencer, forte d’environ six mille hommes, occupait Célérico, éloignée à peu près de vingt. milles de la grande armée française. La seconde, commandée par le général Hill, forte d’environ huit mille hommes, était placée, |cuu»ne division, centrale, dans les montagnes, à
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Portnlègre, entre le Tage et la Guadiana, d’où elle veillait sur les frontières d’Espagne : la troisième division que commandait le général Cox, forte de dix mille hommes , était stationnée «à Guarda qui était le principal poste, et se trouvait à vingt milles des lignes françaises: la quatrième, dont l’effectif était de quatre mille hommes, et qui était commandée par le général Picton, occupait le village nommé, Pen-Hell; la cinquième, aux ordres du général Crawftird , était stationnée à mi-chemin , entre le principal corps de l’armée anglaise à Guarda et la ligne française à Giudad-Rodrigo, c’est-à-dire, à environ dix milles de l’un et de l’autre. Mais cette cinquième division n’était point stationnaire; elle s’avançait quelquefois jusqu’à Saint-Félix, on rétrogradait, suivant que l’exigeaient les circonstances. Le quartier-général de lord Wellington était à Vizeu. Les troupes portugaises commandées par le maréchal Béresford, se réunirent à la fin de juillet au duc de Wellington. Toutes les divisions portugaises furent postéps dans les montagnes ou les vallées , qui en s’abaissant graduellement viennent se terminer à lu plaine à l’extrémité de laquelle est située Ciudad Rodrigo : ainsi cette plaine, qui a environ dix milles de largeur; séparait les deux armées.
Nous ferons mieux connaître et l’invasion de» provinces septentrionales du Portugal par l’armée du maréchal Masséna,et les opérations défensives de lord Wellington, enjoignant quelques détails géo-
l4a HISTOIRE
graphiques à l’indication des positions respectives.
Entre la principale position des Anglais à Guarda et Lisbonne, il y avait une distance de cent quatrevingt-dix milles, à peu près vingt jours de marche. Trois routes principales conduisent de Lisbonne à la frontière d’Espagne : la première par Abrantès ; la deuxième par Elvas, et la troisième par Coïmbre: l’armée anglaise , en s’avançant vers le nord , suivit la route d’ Abrantès. Le premier poste important sur cette route est Santarem : cet, te place éloignée de quarante-cinq milles de Lisbonne, est, par sa situation sur les hauteurs, extrêmement forte. Elle commande la grande route de l’est, et forme la première défense de Lisbonne contre un ennemi qui s’avance de la frontière d’Espagne. Elle est flanquée au sudest par le Tage et au nord-est par des montagnes très -escarpées ; elle est en outre renforcée par des retranchements dont l’objet est de fermer la route entre ces hauteurs et le fleuve. Cette ville contient dix -sept églises, et une grande quantité de couvents où des moines de toutes couleurs prêchaient avec fureur une croisade contre les Français. Le second poste en suivant la grande route de l’est, plus importante encore, est Abrantès, à trente milles de Lisbonne , et à cent vingt milles de Guarda; c’était la principale position des Anglais. Cette ville, située très-près du Tage, fut uq camp romain; circonstance qui indique assez sa force naturelle; l’art n’y
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avait rien ajouté. Yilla-Yelha est une autre position militaire, en raison de ce qu’elle commande un passage sur le Tage. Elle est environnée de montagnes escarpées à travers lesquelles ce fleuve semble avoir forcé son passage. Castel-Branco , qui fut aussi un camp romain , est situé au débouché d’un autre défilé. Le pays qui l’environne offre des positions militaires tellement fortes, qu’on peut les considérer comme un vaste camp retranché. La citadelle et les murs sont en ruine, et hors d’état de soutenir un siège. A mi-chemin de Castel-Branco à Guarda , est Cavilha. Le pays commence à devenir plus montueux, et forme ce que dans toute la péninsule, l’on appelle sierras, ou chaînes. La sierra d’EstrelIas, ou la montagne de Stars, dans le voisinage immédiat de Cavilha, s’élève à une hauteur de six mille pieds au-dessus du niveau de la mer. Une ville aussi grande et située dans une position aussi escarpée que l’est Cavilha, où les murs de quelques-unes des maisons s’élèvent, d’un côté, de cinquante! soixante pieds au-dessus du sol, tandis que de l’autre, les planchers sont à son niveau, devait être d’un grand avantage en cas de retraite pour s’opposer aux progrès de l’ennemi.
De Cavilha, le terrain s’élève de montagne en montagne jusqu’à Guarda, qui est située sur l’une des montagnes de la sierra d’Estrellas, près la source du Mondego. C’est un vieux château entouré de murs en pierre avec des tourelles : Guarda est située
de maniées que larsqu’ou l’aperçoit de loin, cette ville ressemble à un simple clocher placé sur le sommet de la montagne. Les chemins qui y conduisent sont tracés à travers des rochers et des abîmes ; c’est l’une des plus fortes places du Portugal. Aussi long-temps qu’il eût été possible à lord Wellington de nourrir son armée à Guarda , il aurait pu défier toute la puissance de la France. De Guarda à Ciudad- Rodrigo, où le maréchal Ma&séna eut, durant très-long -temps, son quartier-général , la distance est d’environ vingt -cinq milles; mais les deux armées étaient tellement en avant de leurs quartiers-généraux respectifs, que quelques-unes de leurs divisions étaient souvent éloignées de cinq , de sept , et même de dix milles les unes des autres.
Des hauteurs de Pen-Hell, de Célérico et de Guarda, l’armée anglaise pouvait tous les jours voir à peu de distance les lignes de l’armée française dans la plaine de Ciudad-Rodrigo. La cavalerie changeait de positions, marchait tantôt en avant, tantôt en arrière; quelquefois elle descendait dans la plaine, ce qui donnait lieu à de petits combats avec les avant-postes français.
Les positions de l’armée anglaise avaient été déterminées ainsi dans le cas où le cours de la campagne pendrait nécessaire de se retirer sur Lisbonne. Il était sans doute dans les premières inteutions du duc de Wellington d’opérer sa retraite, non par la route de Coïmbre à Lisbonne, mais par celle
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d’Abrantès, qui présentait tant d’avantages contre l’ennemi. Quant aux positions de l’armée française, elles étaient en général dans la grande plaine aux pieds des montagnes sur lesquelles les Anglais et les Portugais étaient campés. Dans cette plaine sont situées les villes de Badajoz, Ciudad-Rodrigo, et à une certaine distance, Valencia. Toutes les divisions n’étaient pas stationnées dans la plaine; mais elles étaient toutes postées de manière qu’elles pouvaient opérer leur jonction avant qu’il fut possible de les forcer à en venir à une action générale.
Le grand objet des Français était d’achever la conquête de la péninsule; celui de lord Wellington de conserver le Portugal.
La cavalerie, attachée à l’avant-garde commandée par le général Crawfurd , resta dans les villages près du fort de la Conception jusqu’au 21 juillet, époque où les Français furent obligés de se retirer vers Almeîda , et où le fort de la Conception fut détruit. Depuis ce moment jusqu’au a 4 juillet, le général Crawfurd continua à occuper une position près d’Almeïda , étendant sa droite vers Zuma. Dans la matinée du 24, peu après la pointe du jour, les Français l’attaquèrent dans cette position avec un corps de sept mille hommes d’infanterie et de trois mille de cavalerie; le but des Français était de couper la division aux ordres du général Crawfurd du principal corps d’armce. Ce général , qui n’avait que quatre initie hommes d’infanterie et 9 ix cents de
cavalerie, se retira par le pont de la Coa. Il conserva une position en avant et près du pont aussi long-temps qu’il fut nécessaire pour donner le temps aux troupes qui avaient passé de se poster avantageusement, et le pont fut ensuite défendu avec la plus grande ténacité. Les Français firent trois tentatives pour l’enlever; elles furent toutes repoussées avec une perte considérable des deux côtés. Le général Crawfurd retira ses troupes des rives de la Coa, et fit sa retraite sur Carwelhas; car il n’entrait pas dans l’excellent plan de défense de lord Wellington de maintenir la cinquième division de son armée dans les positions avancées quelle avait momentanément occupées. Tandis qu’il était occupé à faire des démonstrations sur la frontière de l’Espagne, il faisait construire des lignes d’un grand développement en avant de Lisbonne; ces lignes, enveloppant la capitale et ses dehors, s’étendaient depuis la mer jusqu’au Tage. C’est dans ces retranchements, presque inexpugnables à cause des difficultés du terrain, qu’il avait le projet de se retirer pour se rapprocher de ses ressources, et recevoir les renforts venant d’Angleterre.
Après la prise d’Almeïda, il commença à opérer sa retraite lentement et en bon ordre, concentrant peu à peu les corps qui avaient été détachés, et gardant les points menacés par l’armée française.
Le nombre de troupes qui firent tête au maréchal Masséna au commencement de la campagne
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n’excédait pas vingt-cinq mille hommes: le 19 septembre, elles prirent position en arrière de l’Alva au port de Murcella.
Lorsque les troupes anglaises commencèrent à se retirer, elles détruisirent tous les ponts et les moulins établis sur la Coa. Une division de milices portugaises, commandée par le général Muller, occupa la forteresse de Chaves; une autre, aux ordres du général Silviera , fut placée sur la rive septentrionale du Douero; et une troisième, soüs le commandement du général Trent, dans les environs de St- Jean de Peschiera. Au moyen de ces dispositions, si les Français s’avançaient par Vizeu, comme on s’y attendait, ils devaient être harcelés par les corps des milices portugaises. Ces mouvements de l’armée anglaise furent précédés d’une proclamation publiée le 4 août 18 [O, par lord Wellington. Après avoir fait un affreux tableau des calamités qu’éprouvaient , disait-il, ceux des habitants des villages sur les frontières du Portugal, qui, sur la foi des promesses des Français, étaient restés dans leur domicile , et s’étaient soumis, il déclarait aux habitants des villes et des campagnes « qu i! n’y avait de surete pour eux que « dans une résolution fixe et déterminée d’empêcher « les progrès de l’ennemi dans l’intérieur du Portu- « gai, en enlevant tout ce qui pouvait lui être utile « et faciliter sa marche. L’armée sous son commande- « ment protégerait une portion du pays aussi grande « que possible. Mais le peuple seul pouvait préserver
« ses propriétés en les plaçant hors de l’atteinte des « Français : ses devoirs à lui envers le prince régent « de Portugal et la nation portugaise, l’obligeaient à « faire usage du pouvoir et de l’autorité dont il était « investi , pour forcer celles des personnes qui nion- « treraient de la nonchalance à faire les efforts né- « cessaires pour les sauver elles-mêmes de dangers si « imminents, et préserver leur pa'ys d’une ruine iné- « vitable. En conséquence, il ordonnait que tous les « magistrats et employés du gouvernement qui reste- « raient dans les villes et villages après avoir reçu « ordre des commandants militaires d’en partir, et « toutes les personnes, de quelque classe qu’elles fus- « sent, qui auraient des communications avec l’eu- « nemi , ou l’assisteraient en quoi que ce fût , seraient « considérés comme traîtres, jugés et punis selon « les lois du pays. »
Tandis que l’armée anglaise opérait sa retraite par Ponto-Mureella , toutes les forces françaises se réunissaient aux environs de Pen-Hell, pour la poursuivre. Déjà lord Wellington était parvenu à deux lieues aude là de Coïmbre. Son aile gauche occupait les montagnes d’Ancorba : sa droite s’étendait à Pen-Acova sur le Mondego, au confluent du Vouga , ayant environ quatorze milles d’avance sur les Français, qui avaient poussé leur avant-garde jusqu’à Pen-Aheïra de Azore. En arrière des montagnes d’Ancorba , et dans une direction parallèle, se trouvait une route qui courait du nord au sud entre Coïmbre et Sardas, vers la
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partie septentrionale de celle qui était occupée par les milices- portugaises aux ordres du colonel Tient. Un corps de mille hommes, Anglais et Portugais était stationné à Méal-Hadda, communiquant avec les forces du colonel Trent et le principal corps de l’armée Anglaise. Le maréchal Béresford, avec son corps de troupes régulières portugaises, qui était arrivé le an septembre à la Sierra de Bastieros, était stationné à l’extrémité septentrionale des montagnes d’Ancorba, et à l’aide des divisions du colonel Trent et du général Spencer , ce maréchal avait effectué sa jonction avec lord Wellington , qui , indépendamment de l’avantage de sa position dans les montagnes , avait mis en ligne ces troupes portugaises» et s’était rapproché de ses principales ressources, tandis que la distance qui séparait le maréchal Masséna de ses magasins, s’augmentait de plus en plus. Lord Wellington était accompagné dans sa retraite de toute la population du pays, qui détruisait, autant quelle le pouvait, tous les objets quelle ne pouvait emporter avec elle. Dans le même temps le corps du général Régnier étant arrivé à Sabugal et à Alfaytes le 1 a et le 1 3 de septembre, l’armée française, infanterie, cavalerie, artillerie, se mit en mouvement le 1 5 par les villes de Guarda et de Célérico. Elle franchit rapidement les hauteurs et descendit dans la vallée du Mondego. Le même jour une autre forte colonne passa sur les hauteurs d’Aloerca , qui forment la gauche de la Sierra de Guarda
et de Mayal-de-Ghevas. Le 16 , la cavalerie anglaise, sous les ordres de sir Stapleton Cotton, se retira de Gélérico et se porta dans la vallée de Mondego.
Lord Wellington avait chargé le général Hill , qui était posté à Elvas, de veiller aux opérations du général Régnier et de faire un mouvement sur la rive droite du Tage, pour couvrir la route de Gastel - Branco à Lisbonne. Il avait aussi organisé à Thomar un corps de réserve sous les ordres du général Leith; en conséquence, au moment où le général Régnier commençait à coopérer directement avec le maréchal Masséna par un mouvement sur la rive droite du Tage, le général Hill, par un mouvement correspondant, se plaçait à Portalègre sur la droite de lord Wellington, et couvrait ce point important pour assurer les communications entre cette droite et la ligne du Tage.
Le plan du maréchal Masséna consistait à tourner la gauche de lord Wellington ; celui-ci pour éviter ce danger, se retira, comme on l’a dit, à travers la vallée du Mondego, et ordonna aux généraux Hill et Leith, de venir le rejoindre à la forte position du pont de Murcella sur l’Alva,oùii était résolu de disputer le passage; mais le maréchal Masséna s’en étant aperçu, changea tout à coup son plan , repassa le Mondego et se jeta sur la route qui conduit de Vizeu à Coïmbre, afin de s’emparer des ressources que présentaient cette ville et le territoire adjacent , et continuer de là sa marche
sur Lisbonne. Lord Wellington pénétrant le but de ce nouveau mouvement du maréchal Masséna', se détermina à couvrir Coïmbre, non pas dans l’intention de se maintenir dans cette ville ouverte (elle n’était pas susceptible d’une longue défense et ne pouvait avoir aucune influence décisive sur l’issue de la campagne), mais il était important que les habitants pussent se retirer avec leurs effets; en conséquence, lord Wellington repassa le Mondego et se plaça entre le maréchal Masséna et Coïmbre.
Le maréchal Masséna arriva le 19 septembre à Vizeu, marchant par des chemins hérissés de rochers. « Nous n’avons trouvé, écrivait le maréchal, «que d’affreux précipices; nous n’avons traversé « que des déserts : on ne voyait pas une ame ;; tout « avait été détruit , emporté ou abandonné ; les An- « glais ont eu la barbarie d’ordonner que tous ceux « qui resteraient dans leurs maisons seraient fusillés ; «vieillards, femmes, enfants, tout fuyait devant « nous (1 ). »
Le ai septembre, toutes les forces du maréchal Masséna se trouvèrent concentrées à Vizeu ; il fut obligé de les y faire séjourner trois jours, afin de prendre le temps de faire arriver les bagages et le parc d’artillerie ; ce qui donna à lord Wellington le temps d’exécuter sa manœuvre du passage- de la gauche à la droite du Mondego ; il fit prendre posi-
(1) Lettre du maréchal Masséna au maréchal Bessières.
tion au ceutre et à l’aile gauche de son armée sur la Sierra de Buzaeo , qui se trouve perpendiculaire au cours du Mondego, et couvrit ainsi Coïinbre, ne laissant à Ponte-Murcello que le corps aux ordres du général Hill.
Le maréchal Masséna quitta Vizeu le a 4 -> ®t arriva le 26 devant la position de Buzaeo , occupée , à l’exception du corps du général Hill, par toute l’année alliée anglaise et portugaise. La cavalerie anglaise observait la plaine eri arrière de l’aile gauche.
La Sierra de Buzaeo est une haute chaîne de montagnes , qui de Montego s’étend vers le nord : sur le point le plus élevé de cette chaîne , environ à deux milles de celui où elle se termine, -est situé le couvent de Buzaeo. La Sierra de Buzaeo se lie par une suite de pays montagneux avec la Sierra de Caramula ; et presque sur la même ligne que la Sierra de Buzaeo , est une autre chaîne de montagnes semblables, appelée la Sierra de Murcella : toutes les routes qui de Coïinbre se dirigent vers l’est , conduisent à l’une ou à l’autre de ces Sierras : le passage en est très-difficile pour une armée.
Pour arriver au sommet de chacune de ces chaînes, il faut des deux côtés gravir des pentes trèsroides.
Le maréchal Masséna tenta audacieusement, et peut-être témérairement , d’enlever cette forte position , le 27 septembre. Deux relations de la bataille
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de Buzaco, l’une du lord Wellington, l’autre du maréchal Masséna, s’accordent sur les points principaux; savoir, que les Français firent des tentatives réitérées pour chasser les alliés des montagnes ; qu’ils déployèrent dans leurs attaques beaucoup d’audace et de persévérance, mais qu’ils furent repoussés avec grande perte : dans une lettre au comte de Liverpool, lord Wellington ajoute les particularités suivantes : « Durant l’attaque de la Sierra de Buzaco , quoique presque toute l’armée française composée des corps de Ney, Junot et Régnier, montant ensemble de soixante-dix à quatre-vingt mille hommes, fût sous les armes, vingt à vingt-cinq mille hommes seulement prirent part à l’action, Pt du côté de l’armée anglaise, qui était de soixanteà soixante-dix mille hommes, un nombre aussi petit en proportion. La ligne anglaise occupait une espace de trois lieues. Les troupes anglaises étant en position sur la montagne de Buzaco, lord Wellington, dans l’attente d’une attaque, donna cet ordre général, que si l’ennemi venait à gravir la montagne et à attaquer, les soldats le laissassent approcher , et qu’après une seule décharge ils tombassent sur lui à la baïonnette. D’après la nature du terrain , l'artillerie française ne pouvait être pointée avec avantage contre les alliés , tandis que l’artillerie de ceux-ci faisait de grands ravages dans les rangs des Français. Durant tout le combat, le maréchal Masséna dirigea les mouvements en personne : tous les généraux commandants des corps étaient à la tête de leurs
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divisions respectives. A cette époque, la force des troupes portugaises était de trente-cinq mille hommes, dont vingt-cinq mille étaient avec lord Wellington ; le reste était réparti dans les garnisons d’Abrantès, Santerem, fort St- Julien, et autres forts aux environs de Lisbonne.
La relation donnée par le maréchal Masséna , de la bataille de Buzaco, porte un caractère, de modération et de vérité; elle est peu différente de celle de lord Wellington : « Ayant reconnu la posi- « tion de Buzaco, dit-il, je fis faire une attaque sur « la gauche par le second corps , et sur le centre par a le sixième ; le huitième resta en réserve : cette po- « sition est certainement une des plus fortes du Por- « tugal; cependant le général Régnier gagna le som- « met de la montagne, et il commençait à s’y établir, k lorsque le général Hill, à la tête d’un corps de viugt « mille hommes, en colonnes serrées, attaqua nos « troupes qui, harassées de fatigue, commençaient « à se former sur la chaîne de montagnes, et les en « repoussa. Cette retraite, soutenue par une forte « réserve , se fit en bon ordre, et le second corps a reprit sa première position. Au centre étaient les « divisions Loison et Marchand. La première fit une « attaque sur la droite du chemin qui conduit au « couvent de Buzaco, et la seconde sur la gauche : « le général Loison étant obligé de gravir une « montagne très -escarpée pour rejoindre la grande «route, y parvint après de grands efforts; mais il
a n’avait pas eu assez de temps pour s’y former et « s’y établir , que deux colonnes anglaises arrivèrent « les rangs serrés et protégées par une nombreuse «artillerie, chargèrent cette division et la forcèrent « à la retraite : le général Marchand , qui devait sou- « tenir l’attaque, prit position pour arrêter i’ennetni. « Les Anglais n’osèrent pas avancer à plus de trois a cents toises de leur ligue de bataille: le restedujour « se passa en escarmouches. Ayant attentivement re- « connu cette position, que lord Wellington ne se « serait pas hasardé à occuper, s’il n’avait pas pensé, « comme moi, quelle était extrêmement forte, j’ar- « rêtai de suite mon plan , et je m’efforçai d’obtenir * par mes manœuvres un avantage qui autrement « aurait coûté beaucoup trop de braves. Afin de te^ « nir l’ennemi en incertitude sur mes mouvements , « j’envoyai des reconnaissances d’infanterie et de ca- « valerie vers la droite et vers la gauche. D’après- les « avis que je reçus , je me déterminai à tourner l’ar- « mée anglaise par ma droite. La position du pont «de Murcella , que l’ennemi avait fortifié, et sur « lequel il pouvait faire un mouvement de flanc par «les montagnes de . Pen - Acerva , lui facilitait les « moyens d’y porter toutes ses forces en moins de « deux heures, tandis que la route de Sardas traver- « sant le col de Caramuella, ine portait à Bojaloo, « dans un pays ouvert et fertile. Ce mouvement « tournait la gauche de l’ennemi , et me donnait les « moyens de manœuvrer sur son flanc. Le 28 , «à
« six heures du soir, je quittai la position de Moira, « et je marchai sur Bojaloo. Le huitième corps, «qui n’avait pas souffert, forma l’avant-garde; le « sixième fut placé au centre, et le deuxième à l’ar- « rière- garde. Tous mes blessés suivirent sur les « caissons de l’artillerie et sur des bêtes de somme. « L’ennemi s’apercevant après minuit de celte ina- « nœuvre, marcha en grand désordre vers Coïmbre, « après avoir détruit toutes ses munitions, et brûlé « ses magasins. »
Cette lettre du maréchal Masséna au prince de Neuchâtel, datée de Coïmbre le 4 octobre, fut interceptée en Portugal. Le maréchal Masséna évaluait la perte des Français en tués et blessés à trois mille hommes, compris les officiers , dont plusieurs, entre autres les généraux Simon et Graindorge, l’étaient grièvement. Ce dernier mourut de ses blessures.
Tandis que les Français, ayant tourné la position des Anglais à Buzaco, étaient en marche par un chemin détourné pour Coïmbre, lord Wellington, par une route directe , y arriva avant eux , le 3o septembre; mais Coïmbre n’était pas une position où l’on pût s’opposer avec avantage aux forces des Français ; il envoya , ce jour même , son avant-garde sur la rive gauche du Mondego, et continua le jour suivant sa retraite, à marches forcées, par Sombas, Legria et Alcobaca , sur les positions fortement retranchées près de Torrès- Vedras, où il arriva le
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9 octobre. Les alliés restèrent peu de temps à Coïmbre; mais il leur suffit pour détruire les magasins qui s’y trouvaient. Cependant ceux établis à Figuièras, au confluent du Mondego, qui étaient plus considérables, tombèrent au pouvoir des Français. Au moment où lord Wellington se porta sur la rive gauche du Mondego, il laissa quelques corps de cavalerie sur la rive droite, afin de donner plus de temps pour évacuer Coïmbre. Les habitants de cette ville et ceux de toutes les autres à travers lesquelles l’armée alliée passa, l’accompagnèrent dans sa retraite, emportant avec eux leurs effets les plus précieux. On détruisit tout ce qui pouvait être de quelque usage à l’armée française. Les habitants de Coïmbre, après avoir enlevé tout ce qu’ils purent, engagèrent les soldats anglais à suivre cet exemple, et à jeter dans le Mondego les provisions qu’ils ne pouvaient emporter. On en fit de même à Figuièras. La peinture tracée par le maréchal Masséna de de ce déplorable évènement n’est point exagérée. «L’ennemi, dit-il, brûle et détruit tout à mesure « qu’il évacue le pays; il force les habitants à aban- « donner les maisons sous peine de mort': Coïmbre, « ville de vingt mille âmes, est déserte; nous ne « trouvons aucunes subsistances ; l’armée se nourrit « de blé de Turquie et de quelques végétaux restés « dans la terre (i\ »
(i) Lettre du maréchal Masséna au prince de Neuchâtel, dalée de Coïmbre, le 4 octobre 1810.
Tous les habitants s’étaient effectivement enfuis de Coïmbre, laissant la ville absolument déserte, conformément aux ordres donnés par la régence. La route de Lisbonne était encombrée. Les mères emportaient leurs enfants au berceau; toutes les routes de Saint-Thomas et des autres villes voisines de Lisbonne étaient également couvertes d’hommes, de femmes et d’enfants.
Le gouvernement et les habitants de Lisbonne , surtout ceux des hautes classes, reçurent les réfugiés avec empressement, et adoucirent par les secours cju’ils leur prodiguèrent les sacrifices qu’ils faisaient à la cause commune. Le parlement et la nation britannique vinrent aussi au secours de ces infortunés. La chambre des communes vota une somme de cent mille liv. sterl. , et une souscription volontaire produisit une somme au moins égale.
On a remarqué dans les différentes guerres conduites par l’empereur Napoléon, qu’il s’écartait rarement de certaines règles qu’il s’était faites; ses principales maximes étaient d’amener aussitôt que possible, les opérations à un engagement décisif, de se porter avec impétuosité et des masses supérieures, contre les forces de l’ennemi , et s’il ne pouvait l’envelopper , de séparer ses ailes , en perçant à travers son centre ; mais surtout de le surprendre par la célérité des mouveihents, sans attendre l’établissement des magasins, sans encombrer son armée de bagages superflus, et même avant la réduction des
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places fortifiées qui se trouvaient sur la ligne d’opération. L’avantage de ce système de guerre avait été prouvé par la conquête du Milanais en 1796, par les victoires d’Ulm et d’Austerlitz en 1 8 o 5 , par celles de fénaet d’Auerstædten 1807 et celle de Ratisbonne en 1809. Toutefois Napoléon avait reconnu que ce système n’était pas applicable à la guerre d’Espagne et de Portugal , à cause de la nature du pays, et parce que le grand nombre de places fortes, de lieux fermés, et de positions respectables donnait aux armées nationales et à leurs puissants auxiliaires les moyens de prolonger la lutte et de rendre de plus en plus difficile le succès d’une invasion. Il fallait nécessairement revenir à la guerre méthodique , et la prudence du lord Wellington obligeait à s’y astreindre. Cependant après la prise de Ciudad -Rodrigo, le maréchal Masséna n’hésita pas à s’avancer avec la plus grande célérité et sans magasins, à travers la province de Beira, vers les rives du Tage en Estrainadure : il espérait trouver en Portugal des subsistances, comme il l’avait fait en Italie et en Allemagne. D’après l’idée qu’il s’était faite du caractère du général anglais , le maréchal ne pensait pas qu’il opposerait aux Français le système de guerre de Fabius (1). Avant la prise de Ciudad-Rodrigo et d’Al-
^i) Les obstacles que l’armée de Portugal a rencontrés, dit le Moniteur, viennent d’un système inactif de défense profondément combiné, et qui a été exécuté avec une bar-
ineula , Masséna s’était flatté d’amener l’armée angloportugaise à une action générale; on reprocha meme à lord Wellington de n’être pas venu au secours de ces deux places; mais il n’entrait pas dans son plan de risquer d’affaiblir son armée par des entreprises hardies , qui en cas de succès n’auraient pas décidé la campagne, et qui, en cas de revers, auraient été désastreuses puisqu’elles auraient causé la ruine des Anglais et entièrement perdu la péninsule.
L’objet du général anglais dans cette campagne, était de défendre le Portugal , et en même temps d’occuper une portion considérable des forces françaises qui eussent été employées sur d’autres points, et auraient peut-être achevé la soumission de l’Espagne. A raison de son infériorité en nombre, du mauvais état et de l’indiscipline des troupes portugaises , il agit sagement en se tenant sur la défensive. Dans ce système de guerre prolongée, les troupes portugaises furent exercées et aguerries : elles furent, pour la première fois, mises sérieusement en action dans la position avantageuse des hauteurs escarpées de Buzaco. Le courage et la fermeté quelles y déployèrent augmentèrent leur confiance et celle du chef de l’armée alliée. Lorsqu’il jugea que la position de Buzaco n’était plus tenable, il se retira en bon ordre sans chicaner le ter-
barie unique dans nos guerres européennes , pour l’honneur des états et de l’humanité.
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rain , jusqu’à ce qu’arrivé plus près de Lisbonne , il se trouva à portée de ses ressources , dans des positions qu’il avait fait retrancher avec le plus grand soin, et qui étaient tellement fortes par la nature et par l’art, qu’il pouvait s’y maintenir contre les efforts des Français. Par une suite de l’entière dévastation du pays, l’armée du maréchal Masséna continuellement harcelée sur ses derrières par les milices portugaises, dut bientôt se trouver réduite à la plus grande détresse ; plus elle avançait , plus ses besoins augmentaient.
L’armée française entra à Coïmbre le 1 er octobre , le jour même que le principal corps des alliés quitta cette ville. La cavalerie anglaise qui avait été laissée pour protéger la retraite des habitants, fit seulement quelque démonstration de résistance. Le i , le maréchal Masséna poussa son avant-garde jusqu’à Condeixa, et donna ordre à sa cavalerie légère de s’emparer de tous les chemins qui viennent aboutir à la grande route de Lisbonne. Il ne trouva pas à Coïmbre les ressources sur lesquelles il avait compté. Les approvisionnements de toute espèce avaient été emportés ou détruits; il s’était mis en marche d’Alméida avec des vivres pour trois jours seulement : il en trouva une petite quantité à Vizeu ; mais avant qu’il eût atteint Coïmbre, son armée ne vivait plus que de maïs, que les soldats portaient dans leurs havre-sacs , tous les moulins avaient été brisés : il laissa ses malades et ses blesses à Coïmbre dans Tome III . 1 1
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deux couvents retranchés, les confiant à la garde de trois raille cinq cents lionmes seulement ; il ne pouvait pas disposer -d’un plus grand nombre : la meilleure garde , disait- il , qu’il pût leur donner , était de battre l’ennemi, et de le repousser jusqu a ses vaisseaux mouillés dans le port de Lisbonne. Quoiqu’il n’eût pas de magasins, et que vingt mille hommes de milices portugaises se trouvassent sur ses derrières, il continua son mouvement avec toutes ses forces et suivit aussi vivement que possible la marche des alliés dont l’arrière-garde avait chaque jour de légers engagements avec la cavalerie française. Ce ne fut que le i4 octobre, que faisant en personne la reconnaissance des retranchements des Anglais, il vit la situation dangereuse où son ardeur et sa confiance l’avaient conduit.
La grande position des alliés consistait en une ligne de hauteurs fortement retranchées, depuis Alhandra sur le Tage jusque à Torres-Vedras ^environ à trente milles de Lisbonne, et de là à 1 embouchure du Fissandro. Derrière cette première ligne , étaient deux autres lignes de retranchements et de redoutes, qui s’étendaient d’Éricayra et de Mafra sur la mer , jusqu’au Tage; une de ces lignes qui était la plus proche de celle de Torres-Vedras , pouvait être efficacement défendue avec vingt mille hommes ; et l’autre, qui était la plus voisine de Lisbonne, avec la moitié de ce nombre. Ces lignes étaient garnies d’une quantité immense de grosses
pièces d’artillerie. Indépendamment de cette triple ligne, on avait construit des redoutes à Penniclie, Obidoz et autres lieux : les collines étaient retranchées sur la gauche de la position : toute la côte depuis Viiniera jusqu’à l’embouchure du Tage, était hérissée de redoutes garnies d’artillerie; sur la droite, les rives du Tage étaient flanquées de chaloupes canonnières. On avait aussi, dans divers endroits, pratiqué des mines prêtes à jouer; enfin, presque tout le pays jusqu’au Mondego, ressemblait à une immense place fortifiée en forme de croissant. Les alliés avaient réuni dans les lignes de Torres-Vedras , d’Érieayra et de Mafra , défendues par soixante-dix à quatre-vingt mille combattants, toutes les denrées du pays à travers lequel ils avaient fait leur retraite : ayant d’ailleurs Lisbonne derrière eux, ils étaient abondamment pourvus de toutes les choses dont ils pouvaient avoir besoin.
Les troupes françaises, afin de pourvoir plus aisément à leur subsistance , et de les préserver des effets de la saison, furent réparties sur une ligne étendue de cantonnements, en face de l’armée alliée. Le quartier-général fut établi à Àlèntquer : dans les parties où les villages étaient éloignés les uns des autres , la chaîne des cantonnements était complétée par des camps barraqués. Cette ligne qui comprenait la forte position de Monte-Junto, s’étendait de la mer au Tage, et toutes les forces qui l’occupaient étaient postées de telle manière qu’elles pouvaient
être réunies clans l’espace de quatre heures. Le corps du centre était stationné à Sobral ; la droite à Otta et Villa-Nova, et la gauche à Villa-Franca. Une division de dragons occupait Alventre, afin de couvrir le liane droit et de le garantir des attaques d’une divison de cavalerie anglaise stationnée sur le Fissandro; les Français ne purent maintenir l’appui de leur gauche, la position de Villa*Franca , à cause des feux de la flottille de chaloupes canonnières; l’amiral Williams eut ordre de remonter le Tage avec toutes les chaloupes et les pontons, afin de couvrir, s’il y avait lieu, le passage de l’armée anglaise sur l’autre rive du fleuve.
Le maréchal Masséna ayant reconnu les positions des alliés, se borna à retrancher la sienne , à prendre Monte-Junto, et à réunir des bestiaux, des grains et des raisins secs pour la subsistance de son armée. Tous les mouvements, les changements, ou les détachements qu’il faisait, n’avaient plus d’autre objet: ses cantonnements limités par le Tage , furent bientôt resserrés de plus en plus par les milices portugaises. Le général Silviera, avec son corps détaché, occupait les routes d’Alméida à Franeoso, Gelerico et Guarda. Le colonel Trent se jetant sur les derrières, entra le 7 octobre à Coïinbre où il fit cinq cents prisonniers, presque tous malades où blessés à la bataille de Buzaco. Le jour suivant, le général Wilson arriva dans cette ville avec son détachement: il s’était emparé de trois cent cinquante chevaux
Digitiz
n ESPAGNE;
île trait qui avaient été laissés en arrière de l’armée française, pour ramasser des vivres. Ce général, à la tête d’un détachement d’infanterie et de cavalerie , s’avança par Condéixa, et occupa la route entre Coïmbre et Leyria. Lés garnisons portugaises de Penniche et d’Obidoz, et la cavalerie anglaise firent sur le flanc droit des Français une petite guerre fort destructive. Les détachements envoyés pour aller à la recherche des vivres, étaient surveillés de si près et tellement harcelés par les milices portugaises et la cavalerie anglaise , que le maréchal Masséna n’était réellement maître d’aucune autre partie de territoire que de celle où était postée son armée. Les Français trouvèrent d’abord du blé et du millet qu’ils faisaient bouillir , ou qu’ils broyaient avec des moulins à bras ; mais cet approvisionnement bientôt épuisé, devint si difficile à renouveler, que les soldats se nourrissaient , le plus souvent, de la chair des bestiaux avec des raisins secs ou d’autres fruits, à défaut de toute substance farineuse; une dejeurs plus grandes privations fut le manque de sel. A la fin d’octobre , il ne restait presque plus de bétail , de sorte que dans les premiers jours de novembre, les soldats français commencèrent à manger la chair des chevaux et mules : la détresse devint extrême ; la difficulté de réparer la chaussure du soldat et l’impossibilité de la refaire augmentait encore sa misère. Un corps de trois à quatre mille hommes que le maréchal Masséna avait laissé sur le Mondègo ,
avait été tellement resserré qu’il fut obligé, après une honorable mais inutile résistance, de se rendre .à discrétion. Les prisonniers furent envoyés à Oporto, et trois mille cinq cents fusils tombèrent entre les mains des Portugais : ce ne fut qu’avec peine que le colonel Trent qui escorta lui -même ses prisonniers, parvint à, les sauver de la fureur des paysans : ils furent pillés et quelques-uns tombèrent victimes de la rage de ces forcenés.
Plus le général français restait forcément inactif devant les lignes de l’armée anglaise , plus les difficultés de sa position augmentaient ; les fortes pluies qui tombaient dans cette saison , la rendirent encore plus fâcheuse. On ne pouvait faire avancer la grosse artillerie : le Mondégo était débordé : le maréchal Masséna se trouvait , pour ainsi dire , investi dans ses positions : il ne pouvait attaquer les alliés ; c’eût été une coupable et vaine témérité, et sa retraite vers le nord était presque impossible. Menacé d’une famine absolue, le maréchal Masséna n’avait que le choix des difficultés, savoir: de s’efforcer, en étendant ses cantonnements, de se maintenir sur la rive droite du Tage , jusqu’à ce qu’il reçût des renforts en hommes et des secours en munitions et en vivres, ou de faire une tentative désespérée pour traverser le Tage et se soutenir dans l’Alentejo; ce qui cependant n’aurait pas pu être de longue durée, parce que cette province est très-pauvre. Cependant, pour détourner l’attention
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des alliés , il fit construire des chaloupes , des pontons, et des ponts-volants; tandis que dans le même temps , il faisait des mouvements pour remonter le fleuve , se portait d’Alentquer à Santarem qu’il fortifia par des retranchements et des inondations. La position de l’armée française formait un triangle dont Santarem et le Tage étaient la base, la Zezere un des côtés, et la chaîne des montagnes l’autre. On jeta des ponts sur la Zezere, et un corps de troupes fut stationné à Punhete qu’on avait aussi fortifié. Dans les mois de novembre et de décembre, la cavalerie, au nombre de neuf à dix mille hommes, fut dispersée dans des cantonnements le long de la rive droite du Tage, et jusqu’aux confins du- haut Beira. Des redoutes furent construites sur différents points du même côté du fleuve ; ainsi le rayon dans lequel le maréchal Masséna pouvait faire des subsistances se trouvait un peu plus étendu ; et il attendait les renforts et les vivres qu’il espérait recevoir du maréchal Mortier, et des généraux Drouet et Gardanne. Le corps du général Drouet, fort de douze mille hommes, arriva dans les premiers jours de décembre, avec un convoi considérable ; et quelques semaines après , il reçut celui du général Gardanne, à peu près de la même force. Vers la fin de ce mois, des détachements du corps du maréchal Mortier, et de celui du maréchal Soult, au nombre de quatorze mille hommes , ayant quitté l’Andalousie, s’avancèrent sur la rive gauche du Tage , à travers
l’Estramadure , au moment où le général Drouet s’avançait par la vallée du Mondégo : le général Wilson, pour éviter une lutte inégale, abandonna Coïmbre, et se retira sur Espinhal.
Il y avait alors quelque apparence que la fortune allait changer et devenir favorable aux Français; mais lord Wellington resta fortement attaché à son plan de défense ; il pensait que si les renforts envoyés au maréchal Masséna , et ceux qui étaient en route , n’étaient pas en état de protéger ses convois contre les attaques des corps nombreux qui le harcelaient sur son flanc droit et sur ses derrières, et de couvrir l’établissement de magasins, ils ne feraient qu’aggraver les souffrances de son armée. L’enthousiasme des Portugais était porté au plus haut degré, tout le pays était en armes; les soldats de marine de la flotte anglaise furent débarqués pour former la garnison de Lisbonne, et les troupes qui la composaient furent envoyées pour renforcer l’armée alliée, qui fut encore augmentée par l’arrivée de dix à douze mille hommes sous les ordres du marquis de la Romana. On avait retiré de Cadix la plus grande partie des troupes anglaises qui s’y trouvaient,- et d’autres régiments arrivaient de la Méditerranée et de Gibraltar. Les bords du Tage étaient flanqués par les chaloupes canonnières anglaises ; et sept sloops ou corvettes eurent ordre de remonter ce fleuve. Des retranchements considérables furent élevés à la rive gauche , afin de protéger
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la navigation. La presqu’île formée par la petite baie de Moita, près Aldea - Gallega sur le Tage, et celle de St-Ubes, vis-à-vis Setuval, fut, à tout évènement, coupée par une double ligne de retranchements garnis de grosse artillerie, et défendus par un corps de trois mille matelots : de cette manière, les Français ne pouvant pas s’avancer sur Almoda, vis-à-vis Lisbonne,' projet qui aurait pu être exécuté par le maréchal Masséna, les corps des généraux Hill et Beresford furent portés sur la rive méridionale du Tage, tandis que lord Wellington, avec le principal corps d’armée, restait campé à Cantaxo, sur le front de là grande ligne de Torres- Vedras. De quelque côté qu’une attaque fût entreprise, la flotte anglaise était prête à y porter des renforts. Le nombre de troupes qui pouvaient être mises en action dans l’espace de quelques heures, a été diversement évalué; il semble toutefois pan des documents officiels français et anglais, que les deux armées étaient à peu près égales en nombre,-, c’est-à-dire que, de chaque côté , elles s’élevaient de quatre-vingts à quatre-vingt-dix mille hommes. S’il y avait quelque avantage, il était probablement du côté des alliés : telles étaient les positions et les forces respectives de l’armée française et de l’armée alliée en Portugal à la fin de l’année 1810.