‹ Histoire D'EspagneChapitre 18 sur 46 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Uu corps français est dirigé contre Badajoz. — Son objet. — Efforts du maréchal Masséna contre l’armée de lord Wellington. — Adresse de la junte de Badajoz à la nation espagnole. — Guerre de Guérillas. — Caractère de leurs chefs. — Système combiné des Français. — Réunion des Cortès. — Conduite politique du roi Joseph. — Difficultés de sa situation. — Mesures de conciliation. — Vain espoir de pacifier l’Espagne.

Un corps, sous les ordres du maréchal Mortier, fut dirigé vers le milieu du mois de mars 18 10, contre Badajoz. Les Français, ayant échoué dans une attaque contre cette ville, s’établirent à Mérida, Zafra et Santa -Maria. L’investissement de Badajoz fut abandonné pour quelque temps par la nécessité de pousser le siège de Cadix, et d’apaiser les insurrections dans les provinces de Grénade et de Murcie. Cependant l’on fit encore des démonstrations contre Badajoz ; les reconnaissances des Français avançaient quelquefois jusque sous les glacis. Ces fausses attaques avaient eu pour objet d’occuper l’armée alliée d’Estramadure, tandis que la véritable invasion du Portugal était poussée par la route de Ciudad-Rodrigo et d’Ahnéida. Lorsque les troupes aux ordres

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(lu marquis de la Romaa furent tirées de Badajoz , de Campo- Major et d quelques autres points de l’Estramadure pour se réunir à lord Wellington, elles furent remplacées >ar des Portugais, et par des corps anglais : le siège le Cadix, comme on l’a déjà fait observer, ne marchit qu’avec lenteur. Les principaux efforts des Fracais furent naturellement dirigés contre l’armée tlliée aux ordres de lord Wellington. Si le maréaal Masséna avait réussi à forcer les Anglais d’évacer le Portugal , la conquête et la soumission de toutda péninsule étaient assurées.

Après tous les revers e fortune éprouvés par les Espagnols vers la fin de Sog, ils se convainquirent par des expériences mul pliées , que leurs armées étaient absolument hors ’état de se mesurer avec les Français en bataille ragée, et ils eurent de nouveau recours à ce système e guerre irrégulière, qui avait été recommandé pa la junte de Séville au commencement de la réviution , et qui avait été suivi durant quelque temj avec succès. La junte de Badajoz publia une adrae à la nation espagnole, pour l’exciter à combattre :s Français avec [énergie meme au milieu de leurs tomphes , et donna ordre de lever le plus grand nomre possible de corps détachés. Elle en organisa prticulièrement trois de cent cinquante hommes cliatn , dont un tiers de cavalerie : elle ordonna égalèrent d’en lever de moins nombreux en proportion delà population des pa-

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roisses ou des districts de a province, et ces petits corps étaient subordonnés aux trois principaux : l’ordre de la junte désignaitrussi les armes dont on devait faire usage : elles se éduisaient à deux seulement : le fusil et le coutcas; le fusil, pour attaquer les convois et les détchements ennemis dans des embuscades et des surrises : le coutelas, pour des attaques de nuit, ou ds combats corps à corps. Des ordres semblables furnt publiés par les juntes de Galice et des Asturies Dans toute l 'étendue de l’Espagne , même dans 1s provinces les plus fréquemment parcourues , een partie occupées par les Français, comme celles le la Vieille-Cartille , de Léon, de Navarre, d’Aragon, de Catalogne, de Valence , de Murcie et dCrénade , l’on forma, sans l’intervention d’aucune atorité publique , des bandes armées pour tomben l’improviste sur les Français et leurs partisans, arêter leurs convois, enlever leurs avant-postes, surûller et harceler leurs patrouilles, surprendre 1ers traînards, faire des attaques quand on avait lvantage du nombre, et se mettre en embuscade nand la sûreté dépendait de la fuite : ces bandes draient se réorganiser d’ellesmêmes, revenir à la clirge, résister et se multiplier par la rapidité de leur marches et la connaissance qu’elles avaient des rotes et des défilés. Parmi les chefs les plus renomiés des partis de guérillas, l’on remarquait Longalans la Galice et les Asturies , Mina dans le nord dea Castille , Santochilaes dans

la province de Léon, don Juan Sanchez près de Salamanque, le baron d’Éroles dans l’Arragon , et l’Empecinado, dans le voianage de Madrid (1).

Après la retraite da lord Wellington et la défaite complète de la principale armée espagnole, commandée par le général Ariesaga, les troupes françaises furent dispersées sur différents points et à de grandes distances , afin de faciliter leur subsistance et de tenir dans la soumission le pays qu’on venait de conquérir. L’armée alliée présentait une force formidable sur la frontière d’Espagne. Les Français, afin de poursuivre leur grand dessein , la réduction de Cadix et de Lisbonne, furent obligés de concentrer leurs forces. Ce mouvement produisit l’effet d’une diversion dont les guérillas profitèrent. Plusieurs villes, auparavant occupées par les Français, tombèrent entre les mains de ces partisans; entre autres Oviédo et Gijon dans les Asturies. Quand les divisions françaises furent rassemblées pour s’opposer aux armées réunies de lord Wellington et du général Cuesta, les guérillas, prenant leurs avantages, parcoururent le pays en différentes directions. Lorsqu’après la

(1) L’Empecinado. — C’est par ce surnom qu’on distinguait un chef dont le véritable nom était Martin , et dont toute la famille avait péri de la main des Français; l’Empécinado jura de consacrer sa vie à venger les siens, et de ne poser les armes tant qu’il resterait un seul Français en Espagne. Il réunit en peu de temps une troupe de 1200 hommes qui fut progressivement portée à plusieurs milliers.

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retraite de Talaveyra, les troipes françaises revinrent dans leurs anciens cantomeinents, les guérillas furent dispersées, mais non soumises; car, au départ de ces mêmes troupes , pour rejoindre le maréchal Masséna, les guérillas se montrèrent de nouveau en force et avec plus d’audace qu’auparavant. Ainsi , en raison de ces mouvements alternatifs dé concentration des troupes françaises pour combattre en bataille rangée, et ensuite de la dispersion des différentes divisions, afin de pourvoir à leur subsistance dans un pays pauvre, épuisé et résolu de conserver son indépendance au prix des plus grands sacrifices, la guerre semblait devoir être interminable. A mesure que les guérillas augmentèrent en nombre et en audace, les Français se virent dans la nécessité d’envoyer des escortes de plus en plus fortes pour protéger leurs courriers , leurs convois , contre ces partis qui attaquaient sans cesse leurs derrières, empêchaient les communications, interceptaient les vivres, et qui, par le butin qui tombait entre leurs mains, s’indemnisaient des ravages commis dans les provinces par les troupes françaises. La misère à laquelle le pays était réduit devenait si grande, quelle forçait beaucoup de jeunes gens à entrer dans les guérillas, comme le seul moyen de subsistance. L’on voit par les lettres des generaux français qu’ils étaient continuellement dans la nécessité de disperser leurs divisions, afin de maintenir la tranquillité dans les provinces conquises,

d’en imposer à la population, et de la tenir dans l’obéissance. Les Français, malgré la supériorité de leur nombre, n’étaient pas en état d’envahir à la fois toutes les parties de l’Espagne. Attaqués de tous côtés, ils ignoraient le nombre des ennemis qu’ils avaient à combattre. Pas un espion ne les servait , si ce n’était pour les faire tomber dans des embuscades. Les guérillas dispersées sur un point reparaissaient réorganisées sur un autre. De nouveaux corps armés, qu’on croyait anéantis, semblaient sortir de dessous terre.

Un convoi considérable, destiné pour la solde de l’armée française, fut intercepté dans la nuit du 10 octobre entre Bayonne et Madrid, par le fameux partisan Mina. L’escorte de ce convoi, d’abord composée de trois cents hommes, avait été renforcée par trois cents autres, envoyés par le gouverneur de Gomara. Tout fut dispersé ou pris par cinq cents hommes aux ordres de Mina ; il s’empara de douze voitures chargées d’argent, de soixante prisonniers, de trente chevaux et de beaucoup d’armes et de munitions. Un convoi de six mille fusils et d’autant d’uniformes, expédié de Bayonne aux troupes qui occupaient les Asturies, fut également pris en route. Dans les environs de Madrid, un corps de huit mille hommes, commandé par î’Empecinado, portait la terreur jusque sur le trône. L’on dit, dans un journal espagnol, que, vers les premiers jours de septembre, l’oncle et le successeur de Mina dans le

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