‹ Histoire D'EspagneChapitre 27 sur 46 · CHAPITRE VIJI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIJI

Suite des opérations militaires en Espagne. — Les Français prennent Valence. — Ils échouent devant Tariffa. — Ciu- , dad-Rodrigo est investi par lord Wellington. — Celte place est prise d’assaut. — Tentative contre Tarragone. — Succès des Français dans la province de Valence. — Investissement de Badajoz par lord Wellington. — Prise de cette ville. — Irruption des Français en Portugal. — Courses des guérillas. — Expédition du général anglais Hill à Almaraz. — Défaite de Ballestcros à Bornos. —

— Marche de lord Wellington sur Salamanque. — Prise des forts de cette ville. — Marche du maréchal Marmont.

— Bataille de Salamanque. — Les alliés entrent à Valladolid. — A Madrid. — Capitulation d’Astorga. — Le blocus de Cadix est levé. — Bilbao est évacué. — Reprise de Séville. — Lord Wellington échoue contre Burgos. — Dispositions de l’armée française. — Retraite des alliés à Freynada. — Travaux des Cortès et de la régence. — La constitution est solennellement proclamée. — Lord Wellington est nommé général en chef des armées espagnoles.

— Destitution de Ballesteros. — Affaires de Portugal.

A la fin de l’année 181 1, l’importante ville de Valence se trouvait investie de tous côtés par le maréchal Suchet , et réduite pour tous moyens de défense à ses propres forces, et aux débris de l’armée de Blake. Les lignes dont Valence était entourée avaient six

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mille toises d’étendue, et avaient coûté à la ville douze millions de réaux et le travail de plusieurs milliers d’hommes durant deux années : elles formaient un camp retranché , défendu par près de vingt mille hommes de troupes de ligne, six mille de milices, et étaient armées de plus de cent canons. Les Français ouvrirent la tranchée dans la nuit du I er au a janvier 1812, à soixante -dix ou quatrevingts toises des ouvrages espagnols ; et en quatre jours , les ingénieurs poussèrent le travail des mines jusqu’à cinquante toises du fossé. Des batteries furent construites à une distance très-rapprochée : ces opérations eurent pour effet de porter les Espagnols à abandonner leurs lignes , et à prendre position dans les faubourgs. Le 5 , on commença le bombardement, et le maréchal Suchet offrit à la ville une capitulation qui fut rejetée par le général Blake. Le bombardement fut aussitôt continué, et dans l’intervalle de trois jours et trois nuits, deux mille sept cents bombes furent lancées dans la ville , où elles causèrent plusieurs incendies. Pendant ce temps, on était parvenu à se loger dans les faubourgs , et le mineur avait été attaché sous les deux principales portes : cette ville populeuse était ainsi menacée de toutes les horreurs d’un assaut ; et afin de les prévenir, -le général Blake consentit à capituler. Valence fut remise au pouvoir des Français avec environ dix-huit mille hommes de troupes de ligne faits prisonniers de guerre , un grand nombre d’officiers supérieurs ,

trois cent soixante-quatorze pièces d’artillerie et une grande quantité de munitions. La milice fut désarmée , et des mesures vigoureuses furent prises pour rétablir la tranquillité dans la province. Le titre de duc d’Albuféra fut conféré au maréchal Suchet, comme une récompense de ce grand fait d’armes.

Victorieux dans cette partie de l’Espagne, les F rançais échouèrent en Andalousie dans une entreprise d’une moindre importance : le projet contre Tariffa ayant été repris à la fin de l’année précédente 1 8 1 1 , le maréchal Victor avait investi cette ville avec une force considérable , la brèche avait été ouverte au corps de place. Dans la soirée du 3i , les troupes commandées pour l’assaut s’avancèrent vers la brèche : la résistance intrépide des assiégés fut couronnée d’un plein succès ; les plus courageux des assaillants tombèrent au pied de la brèche, et la masse de la colonne fit, sous le feu le plus meurtrier, une retraite précipitée. Le colonel anglais Skerret donna dans cette occasion un bel exemple d’humanité. Le terrain entre la ville et les batteries des Français était jonché de blessés qui eussent péri s’ils y étaient restés, ou qui auraient été massacrés par les Espagnols. Le colonel fit arborer un pavillon parlementaire , et permit de les enlever : depuis ce moment , les Français n’entretinrent plus qu’un feu partiel , dont le but semblait être d’élargir la brèclie, et de préparer un second assaut ; mais dans la matinée du 5 janvier , ils levèrent le siège et se retirèrent en bon

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ordre, après avoir incendié les objets qui ne pouvaient être facilement transportés. Le colonel Skerret dit dans son rapport , « que la garnison de Tariffa ,

« forte de dix-huit cents hommes de troupes anglai- « ses et espagnoles , et n’ayant pour toute défense « que de mauvaises murailles , et contre un corps de « dix mille hommes, a frustré les plus grands efforts « des Français, et les a forcés de se retirer en aban- « donnant une partie de leur artillerie.»

Lord Wellington, qui, ‘dès l’automne, avait cantonné Ses troupes derrière l’Agueda, s’etait mis en mouvement au commencement de l’année. Dans une dépêche , datée de Gallègos , le 9 janvier J 8 1 a , il informa le secrétaire -d’état des affaires étrangères, qu’il avait investi Ciudad-Rodrigo le jour précédent. Il annonçait qu’il avait pris d’assaut une redoute nouvellement construite par les Français sur la montagne de Saint-François, et qu’il avait ouvert la tranchée à cent cinquante toises de la place. Le général Hill était arrivé le 3o décembre à Mérida , d’où le général Dombrowski s’etait retire la nuit precedente , en abandonnant ses magasins de subsistances. Le général Hill s’était porté en avant dans 1 intention d’attaquer le général Drouet, qui se replia dabord sur Zafra , et ensuite sur Lléréna. Le general anglais mit ses troupes en cantonnement à Merida. Lord Wellington pressa vivement le siège de Ciudad-Rodrigo. Le i5 janvier, la seconde parallèle était établie à soixante et quinze toises de la place.

Le feu des batteries ayant fort endommagé les défenses de la place , et ouvert des brèches praticables , lord Wellington se détermina à donner l’assaut , quoique les approches n’eussent pas été poussées jusqu’à la crête du glacis , et que la contrescarpe fût encore entière. L’attaque fut faite dans la soirée du 19, par cinq colonnes séparées. En moins d’une heure, les assiégeants furent maîtres des remparts, où leurs colonnes se formèrent et se lièrent les unes aux autres. Alors seulement les Français qui s’étaient vaillamment défendus, se soumirent. La perte des Anglais fut considérable, surtout en officiers supérieurs. Les fruits de cette victoire furent la prise' d’une place très-importante , et d’une garnison de quinze cents hommes, de cent cinquante-trois pièces d’artillerie, y compris un équipage de siège de l’armée française, et d’une grande quantité de munitions de guerre. La perte des assiégeants s’éleva, du i 5 au 19 janvier, à près de onze cents hommes tués ou blessés. Les Cortès, comme un témoignage éclatant de la satisfaction que leur causait ce succès, conférèrent par acclamation à lord Wellington le rang de grand d’Espagne de première classe, avec le titre de duc de Ciudad- Rodrigo.

Jetons encore un coup d’œil sur les divers théâtres de cette guerre, si compliquée. A cette époque ( février 181a ), les Français concentraient leurs forces du nord vers Salamanque, et c’était pour cela qu’ils avaient évacué la province des Asturies.

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Du côté de l’est , durant le siège de Valence , les Espagnols , sous le commandement du général Lascy et du baron d’Eroles , soit pour opérer une diversion, soit pour profiter de l’éloignement du principal corps de l’armée française, firent une attaque sur Tarragone , dans laquelle ils furent soutenus par quelques bâtiments de guerre anglais : cependant le général Decaen ayant dirigé sur ce point la division Lainarque, avec une partie de la garnison de Barcelonne sous les ordres du général Maurice Mathieu, les Espagnols furent attaqués le ^4 janvier , sur les hauteurs d’Alta-Fouilla , et défaits avec une perte considérable d’hommes, d’armes et de bagages , et celle de toute leur artillerie.

A P rès la prise de Valence, le maréchal Sucliet poursuivit ses succès , et les Français se rendirent maîtres de Saint-Philippe de Gaudia, et de Dénia. Péniscola se rendit bientôt après. Le maréchal Soult occupait, avec son corps d’observation, les frontières de Murcie, et avait poussé un parti jusqu’au camp de Lorca.

Lord Wellington resta quelque temps à Ciudad- Rodrigo, afin d’en faire réparer les fortifications et de mettre cette place en état de défense ; il en donna ensuite le commandement à un gouverneur espagnol, et se retira à Freynada. Badajoz fut le premier objet vers lequel il dirigea ses opérations. Après avoir fait les préparatifs nécessaires, il se mit en mouvement de Freynada le 6 mars, et arriva le 1 1 à Elvas. Les

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Français n’avaient alors d’autres troupes en campagne dans l’Estramadure , excepté une partie du cinquième corps à Villa-Franca, et une division sous les ordres du général Darricau, à la Sérena. Le 16, le général anglais leva les cantonnements de son armée et investit le même jour Badajoz , par les deux rives de la Guadiana. Le jour suivant , il ouvrit la tranchée, et établit la première parallèle : la garnison fit le 19 une vive sortie qui fut repoussée. Au moment de l’investissement, le général Sir Thomas Graham avait traversé la Guadiana avec un corps de troupes, et dirigé sa marche vers Lléréna ; tandis que le général Hill, qui était revenu de Miranda à ses cantonnements près d’AlluqUerque, se porta de nouveau sur Badajoz. Le siège fut poussé sans interruption, malgré le mauvais temps et la crue des eaux de la Guadiana qui endommagea le pont de communication: le a 5 mars, six batteries armées de vingthuit pièces ouvrirent leur feu : dans la soirée du même jour, un ouvrage avancé, appelé la Picurina, fut enlevé d’assaut par un corps de trois cents hommes qui s’y établit. Le 3 1 mars , les batteries de la seconde parallèle tirèrent avec beaucoup d’effet : le général gouverneur Philippou n’en montrait que plus de vigueur; il fit une seconde sortie que les Anglais pe repoussèrent qu’au prix de beaucoup de sang. Les mouvements des généraux anglais Grahara et Hill , avaient obligé les Français à se retirer vers Cordoue ; mais le maréchal Soult s’était mis en jsiouve-

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ment les a3 et 24 , et avait marclié sur Séville avec toutes les troupes qu’il avait pu réunir. Lord Wellington sentit l’urgente nécessité de presser ses attaques : des brèches ayant été ouvertes aux bastions de la Trinité et de Sainte -Marie, il se détermina à brusquer la place. Dans la nuit du 6 avril, il ordonna des attaques simultanées sur différentes parties des ouvrages. L’une de ces attaques , celle par escalade du château de Badajoz, conduite par le général Picton, réussit, et la division à ses ordres s’y trouva établie vers onze heures et demie. Dans le même temps, deux autres divisions montèrent à l’assaut par les brèches des bastions; mais le général Philippon avait fait retrancher les brèches, et multiplié les obstacles; il soutint fermement l’assaut et la résistance des assiégés fut si opiniâtre, que les assiégeants, après un long combat et une perte considérable, furent contraints de se retirer. Cependant la possession du château assurée par le succès des autres divisions décida du sort de la ville, parce qu’il commandait tous les ouvrages intérieurs et extérieurs de la place ; au point du jour , le général Philippon, qui s’était retiré à Saint-Christoval, se rendit avec toute sa garnison. Au commencement du siégé, elle était composée de cinq mille hommes; douze cents avaient été tués ou blessés avant l’assaut où périrent un grand nombre de ces braves : la perte des assiégeants en tués et blessés depuis l’investissement jusqu’à la prise de la ville , s’éleva à

plus de cinq mille Anglais ou Portugais : c’était sans doute acheter bien cher cette conquête; mais l’importance de cette seconde place forte sur les frontières du Portugal, pour le succès des opérations futures dans la péninsule, était pour ce sacrifice un motif suffisant.

Dans l’intention de faire une diversion en faveur de la garnison de Badajoz, le maréchal Marmont s’avança sur Ciudad-Rodrigo qu’il tint bloqué; un parti français fit une reconnaissance sur Alméida, mais il fut vivement repoussé. Le 7 avril, le maréchal Marmont quitta les environs de Ciudad-Rodrigo et se porta à Sabugal; son avant-garde poursuivit le général Alten dans le Bas-Beyra jusqu’à Castel -Franco, où il entra le 12; mais cette place fut aussitôt reprise par les généraux Alten et Lecor.

Le maréchal Soult, qui s’était avancé de Séville jusqu’à Y illa-Franca dans l’Estramadure , apprenant la prise de Badajoz , se retira vers les frontières de l’Andalousie. Le général Graham ordonna à sir Stapleton-Cotton de poursuivre son arrière-garde avec la cavalerie anglaise; Stapleton ayant atteint la cavalerie française et les brigades Marchand et Anson à Villa-Garcia, attaqua ces troupes, et profitant de la supériorité du nombre , il remporta un avantage. Les Français se retirèrent aussi de Leréna, et évacuèrent ensuite entièrement l’Estramadure. Aussitôt que lord Wellington fut instruit de la retraite du

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maréchal Soult, il fit avancer son armée vers la Castille.

Durant cette période, les partis de guérillas se montrèrent extrêmement actifs; Espoz-y-Mina obtint, dans diverses rencontres, des succès en Navarre et dans les districts voisins; souvent, quand on le croyait entouré par les détachements français, il réussissait à s’échapper du milieu d’eux, et se montrait plus audacieux qu’auparavant. Le général Ballesteros, qui avait été nommé capitaine général de l’Andalousie, surprit et détruisit, le il\ avril ( une colonne aux ordres du général Rey. Mérino, tomba à l’improviste sur un corps français , près d’Aranda , le 16 avril , et lui fit cinq cents prisonniers. Ce curé, devenu chef de bandes, exerça, dans cette occasion , de terribles représailles pour l’exécution de trois membres de la junte de Badajoz, et de quelques-uns de ses soldats. Il fit mettre à mort vingt prisonniers pour chacun des premiers, et dix pour chacun des derniers.

D’un autre côté , les Français s’étant réunis en forces sur les frontières de la Galice , simulèrent un projet d’attaque sur cette province, afin de favoriser. le dessein qu’ils avaient de rentrer dans les Asturies, et qu’ils effectuèrent, le 17 mai, sous le commandement du général Bonnet, en reprenant possession d’Oviedo, Grado et Gijon.

Le 24 avril, lord Wellington se trouvait à Alfayates, sur la frontière du Portugal; les Français

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